Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]

23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Recent stuff (2016-17)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

4 Janvier 2014

Voeux de l'an 14 en 14 syllabes
[comme dans ce programme du mois dernier]

Qu'en
scène
l'an
vienne

sans
vaine
grand
peine

vouer
souhaits
vastes

pour
jours
fastes

[Voir aussi cette ancienne liste de propriétés du nombre 14, et ces diverses rimes en -orze]


7 Janvier 2014

Quatorze rimes anaphonétiques

Après avoir trimé
longtemps à la trémie,
brûlé mainte thermie
à son labeur rythmé,
il garde le mérite
le soir d'être un ermite.

L'ombre dit je m'étire.

Ni crossé ni mitré,
il ferme ses mirettes,
compose des rimettes
dans son crâne myrté,
pour que l'art ait maistrie
et que le thème rie :

Le jour vit, je m'itère.

[Voir aussi ces rimes anagrammatiques]


9 Janvier 2014

Automate vocalique
[Le 8/1/14, Noël Bernard a proposé et illustré sur la liste oulipo une nouvelle contrainte vocalique, inspirée des automates cellulaires comme le jeu de la vie de John Conway. Nicolas Graner l'a immédiatement appliquée au premier vers du Desdichado de Nerval, pour en réécrire le premier quatrain. Je lui ai emboîté le pas pour le 2e quatrain, Noël Bernard s'est chargé du 1er tercet, et j'ai finalement achevé le sonnet — en lui ajoutant aussi une signature itérant une quatorzième fois l'automate de Noël.]

El juego de la vida

Je suis le ténébreux, – le veuf, – l'inconsolé,
Inca morne, indien blême et amok corrosif.
Mon seul ibis, pied fin, s'infecte sous l'onglon
Qui fait voir, indistinct, le vert du corossol.

Dans l'onction indigo, toi l'être sans mouron,
Rends l'us d'oisifs violons, promets les mers du bout,
Si l'abusif tocsin sous mon sein tressautant
Prône l'art flori pour tour intersidérale.

Suis-je plus Horus ou Adonis le bien mis ?
La croix au front, Luna m'émut d'olives bio ;
Je fus collé au bar épiant un joli cou...

Si j'hallucine Hadès, six cordeaux modulant
Comme accords inventifs ou cris évaluables,
J'unis Euphronios pur à l'orphisme attendri.

            François Arthur Douglas de Ludovic de Biron
            (strophes successives de N. Graner, Gef, N. Bernard, Gef)


23 Janvier 2014

Tourisme carrollien
Nouvelle proposition pour le LaTourEx (après ces pangrammes de 2007 et ce palindrome monovocalique en Y de 2009).
Partir du village breton de Berhet et se rendre au patelin auvergnat de Mauzun, mais en ne changeant qu'une seule lettre
à chaque étape (doublets de Carroll). Il est nécessaire de visiter au moins 34 autres communes françaises :

Berhet (22140), Berzet (63122), Burzet (07450), Burret (09000), Barret (16300), Larret (70600), Larrey (21330), Sarrey (52140), Sarcey (69490), Darcey (21150), Darney (88260), Varney (55000), Vagney (88120), Lagney (54200), Lagnes (84800), Lannes (47170), Pannes (45700), Parnes (60240), Pernes (62550), Bernes (80240), Bernis (30620), Bernin (38190), Bernon (10130), Cernon (39240), Cerdon (45620), Cordon (74700), Corbon (61400), Coubon (43700), Coulon (79510), Toulon (83000), Toudon (06830), L'Oudon (14170), Loudun (86200), Laudun (30290), Lauzun (47410), Mauzun (63160).

On remarquera que la première étape, Berzet, n'est curieusement qu'à 30 km de la destination finale !

De Berhet à Mauzun

En supplément, une page dont l'adresse <http://www.gef.free.fr/Voncq-Szkudy-Bixaj.html>
est un pangramme de 36 lettres — le plus court possible sur ce site.


8 Février 2014

Logo-rallye carrollien
[99 mots, de « soussiens » à « violeuses », ne diffèrent que d'une seule lettre à chaque étape. Cet excellent programme de Nicolas Graner vous permet de trouver de telles suites avec les mots de l'Officiel du Scrabble. J'ai ici également autorisé les gentilés, c.-à-d. les noms donnés aux habitants des diverses communes, qui ne sont pas des noms propres s'ils sont utilisés comme adjectifs. Il n'existe pas de chaîne plus courte reliant les deux extrémités, et cette suite de 99 mots est la plus longue possible avec le vocabulaire choisi. Il y a trois ans, Nicolas avait prouvé que la plus longue dans l'Officiel du Scrabble totalisait 66 mots, de « servante » (ou « dormance ») à « fressure ». Je me suis évidemment servi du programme de Nicolas pour trouver les 99 mots employés ci-dessous. Le seul aspect oulipien a été de les relier par une histoire.]

Un parcours semé d'embûches

Ma soeur Louise et moi sommes nées à Saux, patelin du Lot, mais notre famille déménagea en Tunisie neuf ans plus tard, dans la magnifique cité portuaire d'Hadrumète, aujourd'hui appelée Sousse. Cette paronymie avec notre village natal nous semblait a priori de bon augure. Nous comprîmes hélas rapidement que supporter une poignée d'intégristes soussiens serait encore plus difficile qu'une centaine de racistes saussiens. Même dans une ville éprise de liberté, les écarts types gaussiens rendaient probable l'existence d'obscurantistes primaires.

Autrefois, nous nous gaussions des médisances paysannes, et nous haussions nos épaules aux faux compliments sur notre bronzage naturel. Mais nous haïssions cette crétinerie du fond de notre âme. Ces Français de souche imaginaient-ils que nous paissions avec leurs troupeaux ? C'étaient plutôt eux, les ânes !

Aussi avait-il fallu que nous prissions la décision d'émigrer. Certes nous grincions des dents et crissions des ongles à cette perspective. Mais à trop fréquenter des chasseurs illettrés, nous nous crassions les synapses comme les canons de leurs fusils.

La Méditerranée traversée, nos parents ouvrirent un petit restaurant. Nous y brassions de la bière sans alcool et braisions des méchouis fort appréciés des clients. Si nous avions conservé la faconde midi-pyrénéenne, nous brairions sans doute que notre table était la meilleure du pays. Avec la retenue de nos amis touareg, nous bruirions juste qu'il s'agissait de mets assez délicats.

À notre arrivée, Louise et moi étions encore trop jeunes pour aider au service. Nous avions l'autorisation de jouer devant la vitrine, mais à la condition de ne jamais importuner la clientèle par des cris ou des sanglots. Peut-être avez-vous déjà vu des enfants pleurer tant qu'on dirait qu'ils pleuvent. Nous étions si bien élevées que nous bruinions à peine !

Et nous bouinions ainsi tous les soirs, inventant des histoires de trésors cachés, dans des bibliothèques labyrinthiques où nous fouinions. Une fois, ma soeur proposa :
« Il y aurait un grimoire magique à l'intérieur du mur. Pour l'en sortir, nous gratterions le plâtre.
– Oui, nous fouirions le crépi, approuvai-je pour étaler la richesse de mon vocabulaire dont j'étais si fière. Nous trouverions la recette de la poudre de perlimpinpin : nous ferions pousser du chanvre, nous le rouirions et nous le rôtirions. Mais le parchemin préciserait aussi qu'on doit y adjoindre quelques morceaux d'un fruit talé.
– Qu'est-ce que ça veut dire, Carole ?
– Cela signifie qu'il nous faudrait l'abîmer un peu, en le meurtrissant de quelques coups. Nous attraperions cette pêche, par exemple, et nous la cotirions de cette façon. »
(Comme maints restaurateurs tunisiens, nous cotisions à une coopérative agricole qui nous fournissait d'excellents produits.)
« Cotissons-la ! », se réjouit Louise en m'imitant et en devinant miraculeusement la bonne forme de l'impératif.

Notre scénario fut écouté par des touristes français attablés non loin de nous. Je n'y avais pas prêté attention car ils ne parlaient que de « l'avaler, l'avaler... » Plus tard, j'ai compris qu'ils venaient en fait de Lanvallay, en Bretagne. Ces clients côtissois me surprirent donc pendant que je cotissais une pêche initialement appétissante, et que je rôtissais à l'allumette une cordelette arrachée au rideau. Leur regard réprobateur me fit sentir qu'un changement immédiat d'attitude s'imposait. L'un d'eux s'était levé et se dirigeait vers nous alors que je retissais la tenture tant bien que mal et revissais le couvercle du bocal à bonbons.

La vocifération qui s'abattit sur nous était prévisible. J'y répondis d'un ton calme : « Je rêvassais, Monsieur.
– Du temps où j'étais avocat général, tu ne t'en serais pas tirée comme ça, petite peste ! Même ceux qui échappaient à un premier procès, je les attaquais de nouveau, je leur recassais l'échine et leur recausais le plus de déboires possible ! »
Quant à moi, l'air désinvolte, je recousais les franges du rideau à l'aide d'allumettes éteintes.
« Je les torpillais encore et encore de mes plaids infectés, je les recoulais pour toujours dans l'océan de leur vilenie, je recollais leur nom dans le registre des condamnés ! »
Il était clair que je récoltais cette fois les fruits du péché, c'est-à-dire des fantaisies de la petite Louise.

Tandis que je recontais notre inoffensive rêverie à notre mère accourue, en omettant les détails brutaux ou pyrotechniques, je le reconnais, le magistrat blond continuait sa diatribe :
« J'ai fait écrouer tous les voyous mineurs de la Loire à la Marne, des tagueurs de Bécon-les-Granits aux saccageurs de fleurs de Baconnes. Marginaux béconnais et vauriens baconnais, même cachot ! Souvent, je les bâtonnais personnellement avant de les confier à quelque avocat véreux choisi par l'un des bâtonnats. Et s'ils n'avouaient pas leur délits, je leur enfonçais des bâtonnets dans les oneilles. Y sont également passées les filles de baronnets anglais, arnaqueuses baronnées par leurs propres cousines déshéritées. Je me souviens qu'à l'audience, le jury avait été conquis par mon brillant trait d'esprit "Sans baronnies, vous baronniez !"
– Ainsi bâtonniez-vous des gamins et bétonniez-vous vos argumentations, résuma ironiquement notre mère. Mais bedonniez-vous déjà autant qu'aujourd'hui, lorsque vous redonniez cours à votre cruauté dans vos harangues verbeuses ? Redondiez-vous toujours quand vous répondiez à la défense ?
– Vous répondrez de vos insultes, Madame la serveuse. Les commentaires sur mon embonpoint sont malvenus de la part d'une simple femme au visage noirci. Repoudrez-vous donc ! Et apprenez à éduquer vos enfants correctement : vous, les fillettes, vous recoudrez sur-le-champ ce tissu endommagé, malgré sa laideur.
– Recourrez-vous encore au machisme, comme vous recouriez jadis à la torture des mineurs ? Recoupiez-vous les témoignages avant de châtier des innocents ?
– Que ces saintes immaculées se confessent alors devant tout le monde : ne découpiez-vous pas cette toile pour en faire un pétard ? Ne voyez-vous pas, Madame, ce qu'elles deviendront si vous les découplez ainsi comme des chiennes de chasse ?
– J'aime autant les bambins découplés que les étoffes artistiquement découpées.
– Vous regretterez bientôt les épreuves découlées de votre indulgence. Quand ces roulures auront été déboulées dans le fossé, ne venez pas vous plaindre à la justice, car vous serez déboutées. Comme les catins qu'on avait retrouvées nues et les articulations des quatre membres déboîtées, au sommet de collines glaciales et déboisées. »

Ouïr tant de bêtises dégoisées d'un coup nous avait totalement dégrisées. Nous nous savions déprisées par ce phallocrate réactionnaire, mais sa logorrhée nous avait permis de réparer les dégâts, et les bordures du rideau étaient maintenant honorablement reprisées. Il aurait fallu que tu reprisses le débat en main, ma petite Carole, mais le temps que tu replisses l'ourlet et caches la boîte de réglisses, des barbus en djellaba s'étaient attroupés pour apporter leur soutien au mâle qui nous tançait.

Combien tu abhorrais leur mépris inquisitorial ! Il était crucial que tu leur réglasses leur compte, qu'à l'instar de Circé tu régnasses sur de tels porcs, rognasses leur arrogance vicieuse, cognasses sans pitié leurs gueules gargarisées d'injures comme « maudites infidèles » ou « connasses ». Fallait-il mourir pour satisfaire leurs penchants sanguinaires, que tu cannasses misérablement à leurs pieds ; ou que tu te vannasses à leur tenir tête, que tu te vantasses de ta créativité et de ta grammaire ?

N'était-ce pas plutôt l'instant idéal pour profiter du don de tes marraines ? Elles avaient voyagé cinq cents kilomètres pour te le prodiguer sur ton berceau. Maman te l'avait expliqué une nuit, à la place du récit qu'elle improvisait pour t'endormir. L'une venait de Treize-Vents en Vendée, l'autre des Ventes dans l'Eure, et elles t'avaient bien sûr offert le pouvoir de déclencher des tornades. Pour mater ces fanatiques blond et bruns, il fallait donc que tu ventasses.

J'entonnai des incantations ventaises et ventoises, les mains en ventouses sur mes oreilles. Un grandiose khamsin couvrit soudain Hadrumète, en provenance des dunes brûlantes et venteuses du sud. Le procureur et sa bande de pervers velus s'exclamèrent :
« Ces greluches sont non seulement des menteuses, mais aussi des monteuses de traquenards et des conteuses de sortilèges. Attendez-vous à de coûteuses poursuites judiciaires ! »

Mais le sirocco emporta leurs invectives et les contraignit à fuir par la mer. Ils contactèrent les routeuses du port pour choisir leur itinéraire, embarquèrent dans des chaloupes rouleuses et tangueuses, et mirent le cap sur Charybde puis Scylla. On n'entendit plus jamais parler d'eux.

À vingt ans, aujourd'hui, nous sommes devenues des militantes féministes. Rolleuses virtuoses, nous savons échapper comme le simoun aux fondamentalistes poilus, et colleuses d'affiches, nous fomentons la révolte chez les épouses captives et les ouvrières aux mains calleuses. Du désert au littoral, des valleuses à la plaine, nous organisons la résistance contre l'intolérance et l'idiotie, tumeurs villeuses de la société, et contre les pulsions violeuses de leurs porte-parole.

[Voir aussi ces sonnets carrolliens d'il y a trois ans]


En rab, un distique holorime inspiré par ce que certains journalistes ont pris pour un alexandrin :
« Là où la mer est passée, elle revient. » Notez l'hiatus, la césure phoireuse et la diérèse
cacastrophique. J'ai donc posté ceci sur la liste oulipo le 1/2/14 :

Houlà, mes rêves n'eus !

Où la mère Ève nue et l'heureux passant qu'hors
Houle amère est venu, hais le repas sans corps !

Si ma prosodie est impeccable (pas d'hiatus aux césures, grâce à un e caduc entre deux voyelles
au premier vers et un h aspiré au second ; rimes respectant la règle de la liaison supposée ; aucun
mot réemployé), la grammaire est au contraire bancale puisque Ève n'est associée à aucun verbe.
Noël Bernard et Françoise Guichard ont immédiatement proposé ces autres homophonies :

Hou ! l'âme erre et voeu n'eut, et l'heure passe encor (N.B.)
Houlà... Mes rêves nus hèlent : « Repasse encore ! » (F.G.)
Oule a mets revenus et le repas sent caure. (N.B.)
Oule, à mes raies, veux nuée. Le repas sent caure. (N.B.)


3–14 Février 2014

Brève rechute de pangrammite

Plusieurs abonnés de la liste oulipo ont relancé le thème des pangrammes. Pour la Chandeleur du 2/2/14,
Stéphane Gigandet a tout d'abord cuisiné cette appétissante description en 50 lettres : « Ah que j'aime le
goût de revenez-y d'une crêpe flambée aux kiwis. » Me souvenant d'un pangramme de 30 lettres obtenu
par Frédéric Schmitter en août 2001, « Perchez dix, vingt woks. Qu'y flambé-je ? », j'ai alors proposé
cet alexandrin intermédiaire, comptant 37 lettres comme le juge blond qui fume :

Qu'y flambé-je au kiwi ? Hé zou, dix à vingt crêpes !


À l'aide de cet excellent outil interactif de Stéphane Gigandet, Yves Niquil a alors composé le 3/2/14
un pangramme de 49 lettres, « J'irai à Quimperlé, au Zimbabwé, à Coxyde, à Frangrave, à Kashti »,
en demandant aux oulipotes de trouver plus court. Il suffit bien sûr de greffer un simple « Va à... »
aux hétéropangrammes urbains déjà construits jadis pour obtenir des énoncés similaires en 29 lettres.
Mais on peut du coup éviter le V dans la liste des villes, et descendre à 28 lettres en passant par le
Mexique, la France, la Pologne et la Géorgie :

Va à Xpujil, Frencq, Zbytków, Dgamsh !

Xpujil, Frencq, Zbytków & Dgamsh situés sur le globe terrestre

Pour éviter l'horrible hiatus « Va_à », je n'ai pas trouvé mieux que ces 29 lettres,
mentionnant deux communes françaises, une belge et une mexicaine :

Fuyez à Domps, Voncq, Bergwijk, Xthul !

Domps, Voncq, Bergwijk & Xthul situés sur le globe terrestre

Mais bien d'autres amorces de phrases sont envisageables.
Continuons donc nos sophistications
chez les French et les Belges,
puis nos amis d'Iran ou Africains du sud :

Je cherche en même temps l'éternel et l'éphémère à Vix, Dyk, Qûzg, Wobf.

Vix, Dyk, Qûzg & Wobf situés sur le globe terrestre

Ou si l'on choisit plutôt, à partir du sol français, d'aboutir au Congo via un duo urbain d'Iran :

Je cherche en même temps l'éternel et l'éphémère vers Gex, Fek, Dezq, Bwe.

Gex, Fek, Dezq & Bwe situés sur le globe terrestre

Noël Bernard a enfin lancé l'assez monstrueux défi d'un twoosh (140 caractères) tétrapangrammatique,
c'est-à-dire contenant au moins quatre fois toutes les lettres de l'alphabet. D'un point de vue purement
technique, il suffit de combiner quelques uns des pangrammes les plus courts déjà obtenus, par exemple
cette ligne obscure qui nécessiterait une glose préalable pour être compréhensible :


Schwarzkopf vit vingt blogs qwertz: gym X, phlox. Bref quand Jamblique rompt Szwcjk, gadjo junky, buvez cinq flux d'oxydé whisky, champ' vif

ou bien cette liste de 17 villes du monde entier :

Birx, Comps, Cox's Bump, Flyvbjerg, Ghwndzkay, Kwtdzah, Mpang, Przybków, Qfer, Qûjd, Shaqm, Vingfjeld, Vlijt, Vylst, Xiqun, Xtuc & Zweckhof.

On pourrait même reprendre les impératifs vus ci-dessus, et proposer un voyage depuis le Mexique
jusqu'au Viêt Nam, en passant par le Zimbabwe, la France, l'Allemagne (deux escales), le Danemark,
la Norvège (deux escales), retour au Danemark puis en Allemagne, la Pologne, l'Ukraine, l'Irak,
l'Iran (deux escales) et le Pakistan :


Explorons Xtuc, Lynx, Vicq, Wicht, Sumpf, Bjerg, Gjuv, Vingfjeld, Flyvbjerg, Duckwitz, Przybków, Mydzk, Kwtdzah, Qamsh, Bafq, Pshaq & Xnom !

Voyage de Xtuc à Xnom sur le globe terrestre

(Notez que les deux O du verbe sont compensés dans la liste des lieux : il y exactement quatre copies
de l'alphabet et une esperluette.)

En fait l'écriture de tétrapangrammes reste intéressante même en oubliant la surcontrainte des 140
caractères. Mon premier essai dans ce domaine en compte beaucoup plus, puisqu'il contient déjà
141 lettres, mais j'aime assez le sens obtenu :

Jury belliqueux, combatif, démythifiez vos
know-how jusqu'aux gencives : vide pédagogie !
Baroqueux francs-jeux, développez tapage
mohawk, cake-walk jazzy, rythme bénéfique !

On pourrait descendre à 140 lettres en remplaçant par exemple la « vide pédagogie » par un
« gag d'opus vide », mais ça deviendrait un peu plus abscons, et il y aurait maintenant 5 S en
tout (alors que le tétrapangramme ci-dessus emploie exactement quatre fois chaque consonne).


En supplément, un hétéropangramme construit le 6/3/14, dont tous les mots
à part le premier (nom propre) figurent dans l'Officiel du Scrabble :

Dans ce village gallois à urbaniser en priorité, si l'on vous demande où l'on
peut faire du sport, répondez juste qu'il suffit de danser assez longtemps.


Bwlch (ZUP), FAQ gym : dix jerks vont.


Pangramme palindrome de 55 lettres seulement, construit le 28/3/14,
partant d'Algérie pour atteindre l'Iran, en passant par la Syrie, la Russie
(deux escales), le Canada, l'Indonésie, la Malaisie, de nouveau la Russie,
la Virginie, la Turquie, la Serbie, la Norvège, l'Azerbaïdjan et l'Arabie Saoudite :

Djob, Zûq, Marx, Vyg, Culp, Sif, Kwah, Neten, Hawk, Fis, Pluc, Gyv, Xram, Qûz, Bojd.

Voyage de Djob à Bojd sur le globe terrestre

(Les précédents pangrammes palindromes composés sur la liste oulipo comptaient entre 131 et 237
lettres, mais offraient d'autres qualités ! Mon unique essai dans ce domaine totalisait 81 lettres.)


5 Mars 2014

Vocabulaire limité
[Début février 2014, Jean-Charles Meyrignac a proposé à la liste oulipo d'écrire une nouvelle utilisant cent mots différents — mais plusieurs fois chacun, si l'on veut. Il m'a fallu un mois pour trouver une idée intéressante adaptée à cette contrainte : écrire une nouvelle aussi longue que possible ! Titre compris, celle qui suit compte exactement quatre cents mots, dont exactement cent sont différents, mais elle est potentiellement infinie. Une fois l'idée trouvée, je n'ai eu besoin que de quelques minutes pour la rédiger, et vous allez comprendre pourquoi...]

Le livre de sable blanc

L'écrivain est immobile. Sa page est blanche. Il ne voit pas comment il pourrait encore s'exprimer. Pour de complexes raisons neuropsychologiques, son vocabulaire s'est réduit à chacun des deuils qu'il a subis. Et Dieu sait qu'il en a subi, des deuils. Sa page reste blanche. Longtemps.

Soudain, c'est l'illumination. Il attrape son stylographe et écrit rapidement quelques lignes. Il raconte qu'un écrivain est immobile. Il décrit que sa page est blanche. Il confesse qu'il ne voit pas comment il pourrait encore s'exprimer. Pour de complexes raisons neuropsychologiques, son vocabulaire s'est en effet réduit à chacun des deuils qu'il a subis. Et Dieu sait qu'il en a subi, des deuils. Il répète que la page de l'écrivain reste blanche. Longtemps.

Il témoigne alors de son illumination. Il décrit que l'écrivain attrape son stylographe et écrit rapidement quelques lignes. Il détaille ce que l'écrivain est en train de rédiger : celui-ci raconte qu'un écrivain est immobile, devant une page blanche. Comment pourrait-il encore s'exprimer ? Pour de complexes raisons neuropsychologiques, son vocabulaire s'est en effet réduit à chacun des deuils qu'il a subis. Et Dieu sait qu'il en a subi, des deuils. Il raconte que l'écrivain décrit un alter ego dont la page reste blanche. Longtemps.

Il continue à rédiger rapidement l'histoire de cet écrivain ayant enfin trouvé le sujet de son texte, à savoir la description d'un alter ego soudain illuminé. Le premier écrit que le deuxième écrit que le troisième décrit un écrivain immobile. La page de ce dernier est blanche. Ce quatrième écrivain ne voit pas comment il pourrait encore s'exprimer. Pour de complexes raisons neuropsychologiques, son vocabulaire s'est en effet réduit à chacun des deuils qu'il a subis. Et Dieu sait qu'il en a subi, des deuils. Les trois premiers écrivains décrivent que la page du quatrième reste blanche. Longtemps.

Soudain, cet ultime écrivain est illuminé. Il prend son stylographe et griffonne fiévreusement ceci : « L'écrivain est immobile. Sa page est blanche. Il ne voit pas comment il pourrait encore s'exprimer. Pour de complexes raisons neuropsychologiques, son vocabulaire s'est réduit à chacun des deuils qu'il a subis. Et Dieu sait qu'il en a subi, des deuils. Sa page reste blanche. Longtemps. »

[N.B. : Cette contrainte d'un vocabulaire très limité n'est pas neuve. On peut penser tout d'abord aux micronouvelles, mais il en existe aussi de plus longues ne dépassant pas la cinquantaine de mots différents, par exemple la dernière des Fantômes et Farfafouilles de Fredric Brown. Le best-seller pour enfants Green Eggs and Ham du Dr Seuss répondait à un défi explicite de son éditeur : écrire un livre utilisant exactement 50 mots différents. Une traduction française peut en être écoutée sur YouTube.]


16 Avril 2014

Dégradation
[Le 16/4/14, Gérard Le Goff a proposé et illustré une nouvelle contrainte poétique sur la liste oulipo : le vers (ou la strophe) numéro n commence systématiquement par les mêmes n-1 mots (ou syllabes). Je me suis immédiatement amusé à la prendre à rebrousse-poil : ci-dessous, chaque alexandrin compte treize mots d'au plus une syllabe, le nième conservant les mêmes 14-n premiers mots. Le célèbre premier vers, de Racine, était tout indiqué pour partir de treize mots.]

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon âme
Le jour n'est pas plus pur que le fond de ta peur
Le jour n'est pas plus pur que le fond sans sa flamme

Le jour n'est pas plus pur que le rire ou le pleur
Le jour n'est pas plus pur que si mon vers se pâme
Le jour n'est pas plus pur lorsqu'on le chante en choeur
Le jour n'est pas plus neuf mais ne fais pas un drame

Le jour n'est pas très clair ni le mois ni quel an
Le jour n'est su car las un trou noir reste en plan
Le jour n'entre en ma tête autre orbe où la nuit sombre

Le jour t'a fui trop tôt vois le vide et le rien
Le temps gomme et rend creux l'art du mal ou du bien
Pour que ton lai s'en tienne à de vains mots sans nombre


8 & 21 Avril 2014

Deux quasi-sonnets à rimes formées de doublets de Carroll
[comme en mars 2011, mais avec ici deux surcontraintes : le premier emploie
des rimes homographes allophones, et le second des anacycliques syllabiques

    pita - pipa - ripa - râpa - rama - rami - ravi
    tapi - papi - pari - para - mara - mira - vira

— d'où l'allusion au miroir et bien sûr à Lewis Carroll, les décasyllabes césurés
5/5 rendant hommage aux haïkus composés par Annie Hupé depuis fin 2013]

En Éthiopie, un ras
Au cheveux coupés ras
Se sentait triste et las
Depuis des lunes, las !

Le sorcier lui dit « Lis
Ce conte aux fleurs de lis
Dont les tons blancs ou bis
Te feront crier bis !

Souviens-toi quand tu bus
L'histoire de ce bus
Apparemment sans but :

Ton esprit, dès qu'il but,
S'affranchit de son lut
de spleen. » Alors il lut.


De l'autre côté du miroir

Durant son goûter fait de pain pita,
Alice aperçut un lapin tapi.
S'approchant dudit, elle n'en pipa
Un seul mot à son assoupi papi.

Coursant l'animal, donc, elle ripa
Dans un trou profond — c'était mon pari.
Tombant trop longtemps, elle se râpa,
Mais un tas de foin sa chute para.

En un lac de pleurs, Alice rama,
Puis vit sur la rive un lièvre mara
Auprès d'un toqué jouant au rami.

Une reine rouge enfin les mira,
Demandant leur tête avec l'air ravi.
De son rêve Alice alors la vira.


26 Avril 2014

Doublets de Carroll anacycliques littéraux

        Swinging in the rain

Le court a l'air              d'une ria
 J'essuie un tir     mais mon coeur rit
 Pas un seul tif         dresser ne fit
   Dur comme tuf         mon revers fut
 Spectateurs tus           l'audace sut
 Bien sauver tes          balles de set
     Attrape-les      mes grains de sel
   Car je te lis       clair sur le sil
  Mon jeu te lia        broya comme ail
       En la ria vaincre est dans l'air

En supplément, un arc-en-ciel, une palette moins variée et quatre menus pangrammatiques
(cette dernière catégorie ayant aussi été joliment explorée par d'autres abonnés à la liste oulipo)

Indigo du web, azur, kaki, vert perroquet, jaune crayeux, miel, fuchsia. [55 lettres]
Kaki, jaune glauque, topaze, or oxydé, mauve, fuchsia du web. [46 lettres]
Noix de cajou, blé, fromage poivré, quetsche, kiwi, yuzu. [43 lettres]
Quiche aux fèves pilaw, jambon d'York : goûtez ! [36 lettres]
Zwieback, fromage, jus d'exquis plant, Vichy. [35 lettres]
Quahog vif, un jars, zwieback, pot d'oxymel. [33 lettres]

P.S. du 8/2/17 employant volontairement des noms de marques :

Muesli Bjorg, fève Quick, dauphin, yuzu, Twix. [35 lettres]
Spam vu : coq, boulghour, yuzu, Twix (junk food). [décasyllabe césuré 5/5 de 34 lettres, sans E]


10 Mai 2014

Bouleversement nivométrique
[boule de neige arithmonyme fondante : le premier vers compte 14 mots, le deuxième 13, et
ainsi de suite jusqu'à l'unique mot du dernier vers, qui signifie « amateur de mots trop longs »]

L'on m'a dit un peu fou car j'aimais les mots courts,
L'art pur du pas grand chose à l'air peut-être vide.
Tous les gens m'ont raillé, m'ont pris pour un livide,
Riant de mes bris de vers, ma vie et mon parcours.

Mais un jour le Robert vint pile à mon secours
Et je le dévorai de plus en plus avide.
Face à vingt lettres, lors, je demeure impavide ;
Des noms moins rabougris fleurissent mes discours.

Toutefois je n'observe aucune autocensure,
M'emberlificotant dans quelque démesure.
Comment interpréter ce bouleversement ?

Un omnipraticien sinistrovolubile
Psychanalysera : pathologiquement
Hippopotomonstrosesquipédaliophile !

[N.B. : Oui, il y a une synérèse sur le participe présent « Riant » du 4e vers.]


P.S. : Mi-août 2013, Robert Rapilly puis moi-même avions déjà construit des distiques le plus asymétriques
possible en nombre de mots. En voici un de plus en alexandrins (de 24 & 1 mots) parlant du diagnostic
endoscopique subi par un patient peu enthousiate pour les anciennes auscultations électroacoustiques :

J'eus l'air d'huer l'art d'Ohm d'hier, d'où l'on n'eut qu'yeux, n'eut d'ouïe :
oesophagogastroduodénoscopie !

On peut aussi tenter cet exercice acrobatique en imposant le même nombre de caractères
par vers (lignes isocèles) — mais le rapport du nombre de mots n'est ici que de 12/1,
le genre des rimes n'est pas respecté et le premier vers contient un hiatus :

Ému d'un W, j'y ai vu ce qu'est Bob :
Hippopotomonstrosesquippedaliophobe !

Ou au contraire conserver le même nombre de mots (et de syllabes) mais rendre les longueurs des deux
vers aussi différentes que possible, comme dans le concours organisé par Alphonse Allais fin 1901.
Voici un exemple en deux fois dix mots :

21299
grands boeufs ne vaudraient point d'un Fabergé quelque oeuf !

ou encore plus dissymétrique mais au sens moins évident :

21299
prompts grands boeufs couards craindraient d'un Fabergé... quelque oeuf !

On pourrait aussi conserver les mêmes lettres, c'est-à-dire composer un distique d'anagrammes
dont le nombre de mots diffère autant que possible. Le rapport n'est que de 8/1 dans les exemples
suivants, mais j'ai comme plus haut évité la faiblesse de rimes entre adverbes. Le deuxième vers
signifie « en effectutant un type de myélographie permettant d'explorer les culs-de-sac contenant
du liquide céphalo-rachidien situés sous la moelle épinière » (!), et les molécules du quatrième se
trouvent essentiellement dans le feuillet intérieur de la bicouche lipidique des membranes plasmiques.

Chaque doc ici lue (¡ olé !) s'y programmant
Myélosaccoradiculographiquement

Oh ! phagocytons-y le mil, plats d'hyalines
Glycosylphosphatidyléthanolamines

Pour finir, un quatrain en 7+7+1+1 mots, utilisant deux autres monstres dodécasyllabiques,
l'apopathodiaphulatophobie étant la peur d'être constipé et l'hexakosioihexekontahexaphobie
celle du nombre 666. Bien évidemment, la gématrie de ces vers n'a pas été laissée au hasard.

Plusieurs supersticieux trop peureux, que tu snobes,
Sieurs toujours constipés, stressaient pour le moment
Apopathodiaphulatophobiquement
Hexakosioihexekontahexaphobes.


23 Mai 2014

Liponyme
[Vladimir Putin a signé plusieurs lois interdisant l'emploi de certains mots jugés vulgaires dans
la presse, les arts et les spectacles. Les oulipotes se sont évidemment empressés de les détourner,
notamment Alain Chevrier et Noël Bernard. Mes quelques alexandrins ci-dessous sont d'une
légalité irréprochable.]

Doraphilie
        à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom

Quand le navire fut au bollard amarré,
En descendit bientôt un moine cénobite.
Nulle femme facile aurait su l'attirer,
Mais un oeil le piqua d'une affection subite.

Ce regard était d'or, fier, presque snob, aisé,
Perdu dans un pelage huilé d'encre de Chine.
Avec une kitsch hâte, il courut embrasser
Cet incorrompu teint de femelle féline.


27 Mai 2014

Vocabulaire de base
Bien que j'adore les mots rares, comme ces pages oulipiennes l'illustrent souvent, les contraintes
limitant le vocabulaire m'intéressent aussi. On pourrait par exemple n'utiliser que les 1500 mots
français les plus courants, classés ici par fréquence décroissante, voire n'en prendre que les 50
ou 100 premiers pour composer des comptines à la Dr Seuss. Comme premier essai, voici un
quasi-pangramme assez naturel, formé des mots numéros 120, 14, 1412, 17, 407, 1, 294, 18,
769 et 634 (mais sans K ni W, absents de cette liste) :

Chez qui voyage en paix l'ombre du juste fou ?

Si vous préférez un véritable pangramme, remplacez le dernier mot par le nom propre nigérian
Kwaf ! D'après cette base de données, le nom (propre) le plus fréquent contenant les K et W est
New York. En le combinant aux mots numéros 747, 2, 407, 150, 324, 230, 27 et 6 d'éduscol, on
obtient un pangramme de 36 lettres :

Juge de paix, quel chef tombez-vous à New York ?

Mais l'emploi transitif du verbe tomber n'est pas très courant, donc montons à 38 lettres (dont deux R, hélas) :

Pauvre New York, chez qui dix fois le juge tombe !

Voici pour finir un sonnet de dissyllabes, n'utilisant que 20 mots parmi les 100 plus
fréquents (mais employant abusivement comme noms un adverbe et un infinitif) :

Vouloir
un grand
pouvoir
mais sans

savoir
pour quand
avoir
le temps.

Tout comme
un homme
de bien,

aller
parler
de rien.


9 Juin 2014

Fable express
pour fêter l'entrée à l'Oulipo de deux écrivains hispanophones,
Eduardo Berti et Pablo Martín Sánchez :

Un héros calvinien reçoit en héritage
Évian, Perrier, Vichy, Vittel, mais ces fardeaux
L'écrasent. Il lui faut, pour durer davantage,
Le soutien d'une reine au grand pied, au fort dos.
Moralité (disons conclusion, voire adage) :
Palomar tint sans chaise et Berthe y aide hoir d'eaux.

[Voir aussi ces anagrammes animalières]


24 Juin 2014

Sonnet d'alexandrins numériques à sens suivi


2 Juillet 2014

Cour jus
[ouliporimes alphabétiques, comme la liste oulipo les a déjà expérimentées au moins quatre fois]

        Déboires

    Désirant la main
   d'un beau carabin
     — futur médecin,
  elle a l'air badin.

Trouvant en son sein
    du courage enfin,
    elle sert un gin
et lance tchin-tchin !

     Il semble si in,
     ce jeune cadjin
       vêtu de kin.

 Elle offre un malin
      sourire carmin,
      charme féminin ;

 puis sort avec soin
  d'une boîte en pin
 sa cithare — un qin,
  chante en mandarin...

Mais c'est le raisin
   qu'aime ce crétin :
   que dit le coquin ?

  « Porte-moi du vin
dans ma chambre twin,
      médoc ou fixin.

 Ton yang et ton yin
   me rendent zinzin ! »


4 Juillet 2014

Féminin pluriel
[Essai d'alpharimes « longues », ici avec six lettres
constantes après celle qui parcourt l'alphabet. Il me
semble difficile de faire mieux -- ou pire, car c'est
du coup trop répétitif. Le schéma strophique reste le
même que dans mes précédents « Déboires ». Cela étend
la notion de « répétition abrégée » du sonnet : après
un classique 8/6 (= 4+4/3+3), on passe à un plus bref
7/5 (= 4+3/3+2). Bien expérimentalement vôtre ; Gef_]

               Dom Juan

         Il aimait les païennes,
    les saintes, les lesbiennes,
      les jeunes, les anciennes,
         drôles ou tragédiennes ;

          nobles et plébéiennes,
          esclaves chérifiennes,
            naïves collégiennes
    autant qu'expertes chiennes.

           Des îles hawaiiennes
         aux lagunes fidjiennes,
       ses thèses lamarckiennes

l'entraînaient : « Normaliennes
       et sottes seront miennes,
       sans fautes darwiniennes.

       Les valeurs tolstoïennes
     sont mes clefs oulipiennes :
          chérir les Iraqiennes
         comme les luthériennes.

  Halte aux peurs malthusiennes
    prônant que tu t'abstiennes,
      aux raideurs énarquiennes !

       Il faut que tu deviennes
          libre — ô Malawiennes
      sans lois même marxiennes,

          ô sveltes Vitryiennes,
     clarté d'ondes hertziennes ! »

[Dans le genre libertin, voir aussi le véloquent]


6 Juillet 2014

[Essai d'alpharimes respectant l'alternance. Tous les vers sont
des alexandrins, mais certains sont décomposés en hexasyllabes,
pour mettre en évidence la contrainte littérale. Amitiés, Gef_]

                         Jugement troublé

        « Tremblez mortels, voici venu le Dies irae
           Où l'aristocratie autant que cette plèbe
             De porcs ensorcelés par la belle Circé
         Implore son pardon et pour un salut plaide ! »

                               Grisé d'irish coffee
                               ou bien de vrai café,
             Le poète improvise un genre de solfège,
         Mais jamais comme Homère il n'a philosophé :
                              « Lorsque je versifie
                           ainsi, dérailler vais-je ? »

                                  Il se met au saké,
                               reprend la scène-clé
                                 De son ode, l'acmé
                                    méditerranéenne :
                                    Ulysse en canoë,
                                   gravement éclopé,
                                Débarque dans Ashqe-
                                lon, cité balnéaire.

                                   La plage dépayse
                                   un héros si futé :
            « Serait-ce la contrée où Pâris fut tué,
       Où le troyen Dolon prit l'aspect d'une louve ?

Et quel est ce vieux chien que soudain j'interviewe ?
          Je devine mon trône aux mains d'un désaxé,
                          Mais il faudra qu'il paye :
                                  ou soumis ou gazé ! »


3 Octobre 2014

Chaque objet simple figure un vide
[La liste oulipo est arrêtée depuis le 25 août 2014. En attendant qu'elle redémarre sur un autre serveur, Noël Bernard a écrit une belle absente en son honneur. Elle est si réussie qu'elle m'a donné envie de explorer cette contrainte. Le « sesquisonnet » ci-dessous, outre l'alternance de ses rimes et ses autoréférences, fournit une sorte de kit pour d'autres poèmes : il suffit d'y piocher les vers correspondant aux lettres à épeler, et comme beaucoup de rimes sont identiques, ça peut donner des résultats supportables. Voici par exemple un huitain astucieusement régulier. Si vous avez besoin des k, w, x, y ou z, il faudra vous rabattre sur ces lipangrammes de Noël 2012, déjà inspirés par Noël Bernard.]

Phonèmes qu'on jugule et verbes défectifs,
Que ferais-je sans vous, langue docte, morphèmes ?
Que ferais-je sans vous, établi de graphèmes,
Vingt consonnes chômant jusqu'en ces plombs rétifs ?

Jadis un champ bloqua vos discours fugitifs.
Que serais-je sans vous qu'un guichet de blasphèmes,
Un jouvenceau blafard que la catastrophe aime,
Glauque ver innommable amputé d'adjectifs ?

Votre aphérèse au fond juge ça remarquable.
Que vaudrait ma fiction sans un long alphabet ?
Que chiffrais-je sans vous, monopode gibet ;
Ce grief de pendus, Jéhovah critiquable ?

Voici du major-chef le pas gai quolibet,
Galéjade furtive et script qui m'inhibait,
Effaçage aujourd'hui savamment immanquable :

— Philologue ravi, dis-moi ton objectif !
Moques-tu le pathos vague du subjonctif
Qu'un jovial contrepet mugira défrichable ?

Moins de francophobie : esquive le jargon !
Ces cinq jambages prends, fervent irréprochable,
Et je t'empêcherai d'offusquer le bougon.


11 Octobre – 11 Novembre 2014

Livres futurs
Robert Rapilly a proposé à la (nouvelle) liste oulipo de récrire ce paragraphe de Marcel Bénabou en respectant les contraintes que l'on veut :

Les livres que je n'ai pas écrits, n'allez surtout pas croire, lecteur, qu'ils soient pur néant. Bien au contraire (que cela une bonne fois soit dit) ils sont comme en suspension dans la littérature universelle. Ils existent dans les bibliothèques, par mots, par groupes de mots, par phrases entières dans certains cas. Mais il y a autour d'eux tant de vain remplissage, ils sont pris dans une telle surabondance de matière imprimée, que moi-même à vrai dire, malgré tous mes efforts, n'ai pas encore réussi à les isoler, à les assembler. Le monde en fait me paraît rempli de plagiaires, ce qui fait de mon travail une longue traque, la recherche têtue de tous ces menus fragments inexplicablement dérobés à mes livres futurs.

Marcel Bénabou, Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres, Textes du XXe siècle, Hachette 2006.


Hénaurmité [11/10/14]

Les articles que nous avons écrits, n'allez surtout pas croire, grand public, qu'ils soient de pures nullités. Bien au contraire (que cela une bonne fois soit avoué) ils sont des centons de la littérature scientifique mondiale. Ils existent dans les revues spécialisées, par morceaux de phrases, par extraits de résumés, par paragraphes entiers dans certains cas. Mais il y a autour d'eux tant de théorèmes corrects, ils sont pris dans une telle surabondance de démonstrations compréhensibles, que nous-mêmes à vrai dire (soyons francs), malgré tous nos efforts, notre application et les longues soirées d'hiver que nous y avons consacrées chaque été, n'avons pas encore réussi à tous les isoler, ni à les classer, puis les assembler pour enfin les publier. Tout compte fait, le fait que la communauté scientifique nous paraisse en fait remplie de plagiaires fait de notre travail une longue traque, la recherche têtue de toutes ces menues incohérences ou plus grosses inepties inexplicablement dérobées à nos articles passés, présent et futurs.

I go r et Gri ch ka Bénabov, Comment nous avons écrit chacune de nos thèses, Textes du Xe temps, Uni ver si té de Bour go gne 0.


Centon [20/10/14]

Certes les paroles s'envolent et les écrits restent, mais les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps, et leur propre contenu. Ceux que je n'ai pas écrits sont comme des archets, les caisses de résonance de violons : ils sont l'âme de mes lecteurs. N'allez pas croire qu'ils existent parce qu'il serait trop horrible qu'ils n'existassent pas. Chaque mot est comme une souillure inutile du silence et du néant. La vérité n'a pas de contraire (une parole une fois lancée ne peut revenir) : un chef-d'oeuvre de la littérature n'est jamais qu'un dictionnaire en désordre, et l'histoire universelle est celle d'un seul homme. Quand il meurt, c'est la bibliothèque de Babel qui brûle. Si mes livres n'existaient pas, il faudrait les inventer. Qui ne dit mot consent mais une image vaut mille mots, comme Vénus tout entière à sa proie attachée. La vie est une phrase interrompue dans tous les cas : si vous gagnez, vous ne gagnez rien — si vous perdez, vous perdez tout. Un homme qui dort tient en cercle autour de lui ce vain savoir qu'on va chercher si loin. De quelque fol amour qu'on ait rempli son coeur, en faisant des oeuvres de surabondance, il se garde bien d'oublier celles qui sont de nécessité, car ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière. À quinze ans, vingt ans tout au plus, cet homme est déjà achevé d'imprimer. Le bonheur, à vrai dire, est toute la sagesse, et la mort ne m'impressionne pas. J'ai moi-même l'intention bien arrêtée de mourir un jour : après l'effort, le réconfort. En fait, l'important ne serait pas de réussir sa vie, mais de rater sa mort. Tout ce qui sera n'est pas encore, mais point n'est besoin de réussir pour persévérer. Pourtant, la manière la plus radicale d'anéantir un discours est d'isoler chaque chose du reste. En effet, qui se ressemble s'assemble et le soleil luit pour tout le monde. Rien ne me paraît ressembler autant à un bordel qu'un centon. Un lion qui copie un lion devient un singe. Pendant que l'un descend pour être rempli, l'autre monte pour être vidé. Tout travail mérite salaire puisqu'un travail opiniâtre vient à bout de tout, mais qui recherche la grandeur, la grandeur le fuit. L'art est la recherche de l'inutile, et l'obsession des femmes est vitale : elle correspond à un besoin de vertu. Le paradis n'est pas sur la terre, mais il y en a des morceaux. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables. L'homme connaît le monde non point par ce qu'il y dérobe mais par ce qu'il y ajoute. Un livre n'est jamais un chef-d'oeuvre. Pour tout le monde, le futur parfait, c'est la mort.

Marsélection de Bénaboutures, Comment j'ai écrit certains de mes livres, C'est un siècle fait homme avec sa grande Hachette, depuis plus de deux mille six ans qu'il y a des hommes.

(Ce texte comprend des citations, parfois légèrement modifiées.)


Livres absents [23/10/14]

Ces nombreux ouvrages que je n'ai pas encore écrits aujourd'hui ne sont toutefois pas pur néant. À l'opposé, déclarons franchement que ce sont des objets suspendus dans les gros volumes du passé. Ils existent déjà dans les bibliothèques, par mots, par groupes de mots, par flots de phrases dans certains cas. Mais il y a à côté d'eux tant de vain délayage, ils sont enfouis dans un tel étalage de pages éditées, que moi-même honnêtement, en dépit de mes investigations, je ne les ai jusque là pas tous isolés ni assemblés. L'absolu cosmos m'a toujours paru farci d'humiliants plagiats, donc mon travail mûrit son long parcours, son obstination à unir tant d'inouïs discours, citations qu'on vola jadis à tort à mon art futur.

Marcel Bénabou, Pourquoi je n'ai forgé aucun livre, Journaux du IIe millénaire, Hachette 2005.


Vieilleries révérées [02/11/14]
[sélénet beau présent]

L'élève se livre,
révèle léser
vers reliés, livres,
verve réviser.

Lire, rêver, vivre
l'irréel, errer !
Se réveiller ivre,
les lèvres serrer...


Panscrabblogramme avec M et B comme jokers, décrivant une micro-
traduction pangrammatique conservant le nombre total de lettres.

[04/11/14]

Substituez « networks » à « phrases » dans le texte de Marcel Bénabou, inouï vivier mythologique : ça fera un joli pangramme fidèle.


Abécédaire [04/11/14]

Aucun bouquin créé, donc en fabriquer grappillant
hier: il jure kidnapper les mots, noms organisés,
phrases, que raflèrent sur tes ultérieurs volumes
wallonismes xylographiés, ysopets zoologiques.

Sélénet holorime [04/11/14]

En nuit, zèle où pages
allaient, raidi j'ai
ennuis et loupages
à les rédiger.

La littérature
lésinait sans ciel.
L'alite et rature
les inessentiels !


Doublets de Carroll [08/11/14]

Pourquoi n'a-t-il écrit aucun de ses livres
S'est-il enivré de vains extraits en litres
Cependant il n'encourt ni crosses ni mitres
Par ses citations des raisons de nos mètres
Plumitif mon disciple il faut que tu mettes
Un morceau choisi mais jamais que tu mentes
Ce n'est pas en copiant l'art que tu mentis
C'est l'inspiration qui t'entraîne à mentir
Respectant les conseils de ton vieux mentor
N'ose point frapper ton coeur ni ton menton
Rien ne vaut le possible et l'humble centon

-------------------------------------------

11 lignes, 43 colonnes, doublets de Carroll
obtenus avec le programme de Nicolas Graner
<graner.net/nicolas/divers/doublets.html> :
c'est le 11e chemin trouvé entre « livres »
et « centon ». Les lignes font 11 syllabes,
et sont césurées alternativement 6/5 & 5/6.

Alpharimes [10/11/14]

Je répète fier tel un paon
Mon art existe pour de bon
Enfoui dans la contrefaçon
Et sans en demander pardon
Pas schnock barbu caméléon
Cultivé plutôt que bouffon
J'évite longueur et jargon
Édités dans chaque torchon
Car autant ma reproduction
Sort de cet ivoirin donjon
Fait de papyrus d'ostrakon
De vélin même de brouillon
Autant j'abrège mon sermon
Dans sa quintessence sinon
C'est du baratin de saloon
J'ai copié depuis le Japon
Jusqu'à Tel Aviv au Yarqon
Un million de vers environ
Plus tard ma recombinaison
En fournira quelque centon
Pour eux je serai le gluon
Et le nettoyeur leur savon
Aucun livre ne vaut un won
Si l'on conserve son boxon
J'en connais un joli rayon
Il faut ouvrir son horizon
--------------------------
Alpharimes octosyllabiques
en « -on » de taille 26x26

Vocabulaire de base [11/11/14]
[réécriture du texte de Marcel Bénabou n'utilisant que les cent mots les plus fréquents de la liste établie par Étienne Brunet]

Les choses que je n'ai pas dites, n'allez quand même pas trouver, homme ou femme, qu'elles soient tout à fait rien. Pas du tout (veuillez bien le savoir en ce jour), elles sont comme dans la mer de ce qu'on a fait en d'autres temps. Elles se trouvent sous nos yeux et dans nos mains, par petites ou plus grandes choses, ou encore toutes données pour quelques autres. Mais il y a en même temps tous ces hommes qui parlent et parlent encore pour ne rien dire, ces choses sont prises dans leur si grand savoir-faire, que moi-même à tout dire, ayant passé des jours et des jours à vouloir prendre la main, n'ai pas encore su les voir, pour les mettre alors les unes avec les autres. La vie en fait passe pour tout vouloir me prendre, si bien que je dois avoir le temps de trouver, de mettre au jour peu à peu toutes ces petites choses que d'autres ont dites sans que je ne puisse rien y faire à temps.

Mari Bien-à-vous, Ce qui fait que je n'ai rien voulu dire, Vies de notre temps, Petite chose qui ne fait pas du bien, jour deux.


24 Novembre 2014

Kyrielle littérale
[Chaque mot commence par la dernière lettre du mot précédent.
Cette contrainte avait été illustrée en anglais par Mary Youngquist, citée par Martin Gardner dans son livre de 1989 intitulé Penrose Tiles to Trapdoor Ciphers.
Alain Zalmanski avait joliment repris cette idée en français en août 2000, et son poème est paru dans le numéro 6 de la revue Formules en 2002.
Ces deux poèmes sont disponibles sur le site de la revue électronique Drunken Boat.
Dans le numéro 12 de la même revue Formules, en 2008, Jacques Perry-Salkow a composé une époustouflante kyrielle littérale intitulée « Domino ».
Dans ma réécriture ci-dessous du Desdichado de Nerval, j'ai en outre interdit les hiatus, donc tous les mots commençant ou terminant par A, I, O ou U au milieu d'un vers.
J'ai également conservé des rimes similaires à celles de l'original, ce qui oblige à commencer presque tous les vers par un E.]

El Lesionado
(Ombre estropiée)

Être éteint, – ténébreux, – xérophile éploré,
Exceptionnel Landais sans surface établie :
Étoile évanouie et théorbe éclairé
Exhibant ton nimbus – son nom : Mélancolie.

En notre épais sépulcre, exutoire espéré,
Éploie enfin notre Est, transalpine Éolie,
Et ton narcisse éclos sous son nimbe écoeuré
Entremêlant ton nard duquel leur rose enlie.

Existe en nébuleuse !... entre Éros, Schwob, Biron ?
Notre épiderme encor rougirait trop pour Reine ;
En nageant tes seins sont très séduisants, sirène...

Et traversant ton Nil, les surprend donc Charon :
Nuançant tantôt telle Eurydice étouffée
Et tantôt trompetant toujours sec, coryphée.

            Espositofarèse évoquant Tristan Nerval (Labrunie)


29 Novembre 2014

Alunie songerie, détresse pie et glaïeul
[Les infinitifs au début de chaque vers forment un palindrome insécable,
c'est-à-dire tel que les espaces des lectures aller et retour ne coïncident pas :

rire, prédire, dresser, trimer, fréter, presser, gérer, vivre, régresser, prêter, frémir, tresser, dérider, périr.
Cette liste est très loin d'être un record de longueur (cf. ces trois pages d'Éric Angelini,
ces trois miennes, et j'ai depuis trouvé de plus longues listes palindromes d'infinitifs,
comptant environ 300 lettres pour 50 verbes), mais elle m'a fourni un prétexte pour
écrire un sonnet.]

Vivre
          à Édouard Jallois

Rire dès sa naissance en découvrant le monde
Prédire un avenir de savant troubadour
Dresser l'oreille à chaque amusant calembour
Trimer avec plaisir pour une oeuvre féconde

Fréter l'ivre bateau dont les livres sont l'onde
Presser le cours des vers au point de non-retour
Gérer sa fantaisie en jonglant par amour
Vivre dans le royaume où l'esprit vagabonde

Régresser lentement rejoindre les marmots
Prêter au ridicule en confondant des mots
Frémir au sûr déclin de sa propre faconde

Tresser une couronne hélas funèbre un jour
Dérider l'entourage une ultime seconde
Périr enfin mais sans renier son humour


21 Décembre 2014

En train
[twoosh isocèle pondu dans un TGV]

Mon benêt
téléphone
est atone
si jeunet
Ce carnet
abandonne
à la none
un sonnet

J'utilise
ma valise
en lutrin
Et balise
une frise
en airain

25 Décembre 2014

Métrique de l'isonnetwoosh
[copie d'un message adressé à la liste oulipo]

Quels sont les mètres possibles pour un sonnet twoosh isocèle (disons donc un isonnetwoosh), c'est-à-dire quatorze vers comptant chacun neuf caractères plus un retour-chariot ? Si vous êtes allergiques au tout dernier retour-chariot, il vous suffit de sauter une ligne après le huitième vers, par exemple.

Nous avons déjà vu qu'il est possible d'atteindre l'alexandrin avec des lettres épelées (cf. notamment WWWW de Perec ou les quelques phonnets de la liste oulipo) ou des nombres en chiffres (cf. De 97 à 99 d'Étienne Bernard ou ces Enchères), mais que peut-on faire avec uniquement des mots attestés en toutes lettres ?

La principale difficulté est alors le respect de l'alternance des rimes. En effet, les monosyllabes de neuf lettres donnent presque tous des rimes féminines (1), et au contraire, les pentasyllabes de neuf lettres donnent presque tous des rimes masculines (2). Il semble donc qu'il faille se restreindre aux vers de deux à quatre syllabes.

(1) À part les « borchtchs » chers à Nicolas Graner ou les « schproums », il faut avoir recours à la ponctuation et aux articles élidés pour atteindre neuf caractères, cf. « schnocks. », « d'yachts. » (pas franchement compatible avec cet y jamais lié), « d'oueds ! » ou « l'août... ». Comme les imparfaits et conditionnels en -aient donnent classiquement des rimes masculines malgré l'apparent e caduc final, on pourrait aussi tenter des choses comme « Trouilles jouaient, brouilles sciaient. », mais ça ne donne pas grand chose à sens suivi.

(2) Les quelques exceptions, comme « aérologie », « anaérobie », « idéalisée » ou « idéologie », contiennent forcément un hiatus interne, ce qui est autorisé en prosodie classique mais reste sans doute trop rare pour composer un sonnet.


Puisque le cas des trisyllabes a déjà été illustré, essayons ici les dissyllabes puis quadrisyllabes, sans ponctuation pour durcir la contrainte.

Safari oulipien

Pour voir
la lionne
gloutonne
s'asseoir
L'ouvroir
chantonne
l'automne
bleu-noir

L'herbage
l'ombrage
mais lors
Sa flèche
n'empêche
nos morts

Auto-plaidoirie

Réactivez
la poésie
apercevez
sa goétie
Réécrivez
péripétie
récidivez
acrobatie

L'exagéré
inexploré
revivifie
amusement
Solidifie
oralement

P.S. du 29/12/14

D'après les Livres futurs de Marcel Bénabou :

Tu n'oses
t'enrouer
de proses
t'y vouer
Confondre
les temps
ni pondre
de chants

T'enivres
de livres
prochains
Que chipe
tout type
d'humains

Vœux :

Cent vœux
cosmiques
mes pieux
cantiques
Aux dieux
mythiques
bas-bleus
orphiques

L'an neuf
comme œuf
vous cède
splendeur
Et plaide
doux heur

P.P.S. du 30/12/14

Expérimentation à la limite : ajout du
monovocalisme et de l'arithmonymie aux
contraintes de l'isonnetwoosh. Déprime
d'une abonnée à notre bonne liste, qui
trouve certaines contraintes malsaines
et castratrices au lieu de la guider :

Récemment
Bérengère
lentement
désespère
Censément
réverbère
règlement
persévère

Respectez
Regrettez
éphémères
vertébrés
Délétères
démembrés

[Voir aussi ces isonnetwooshes postérieurs, dont un épelé et une plaisanterie numérique]


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