Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]
[28. Syllabic squares, vocalic sequences, music, etc. (2017)]
[29. Paradoxical constraints (2018)]
[30. Extensions of anancograms & other constraints (2018)]
[31. Express palindromes (2018)]
[32. Digrams, mesonyms et al. (2019)]
[33. Intervals, primes, n-grams & Queneau (2019)]
[34. Statistics and prime ASCII art (2020)]
[35. Extensions of HOGs & palindromes (2020)]
[36. Acrostics, rhythm and many other constraints (2020)]
[37. Block designs, neo-gematria, paronyms & boundaries (2020)]
[38. Metatogs, irrational sonnets, neo-sestinas, etc. (2021)]
39. Recent stuff (2021)
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

26 – 28 Juin 2021

Verlaine mène les vers
[Après mon récent holorimage de la Chanson d'automne de Verlaine, j'ai ici essayé des tercets 4/4/3 palindromes syllabiques — les consonnes étant parfois associées aux voyelles qui les précèdent, comme souvent avec ce type de contraintes. Les rimes de l'original sont de nouveau conservées.]

Tôt n'oscillons
Aux violons
      Si l'automne
Tonne, ô moqueur
Marasme à coeur
      Monotone !

Le répliquant
Dégradé, quand
      Plierait l'heure,
Leur rompit lien :
T'est resté... rien.
      Pile on pleure.

Port en qui vais,
Moment mauvais
      Qui t'emporte,
Mords-tu vers la
Feuille en feu là,
      Vertu morte ?

*

Pangrammisation de chaque strophe :

Les joyaux longs
Des oukpwé blonds
      De l'automne
Squeezent mon coeur
De fièvre en choeur
      Monotone.

Tout suffocant,
Les yeux blancs quand
      Jerke l'heure,
Je me souviens
Des gwerz anciens
      Et je pleure.

Chez toi je vais,
Blizzard mauvais
      Qui rapportes
Week-ends gelés
Oxydant les
      Feuilles mortes.

[Oukpwé : porte-voix africain fait d'une défense d'éléphant creusée]

*

Bon gros monovoc' :

Les blets relents
Des rebecs lents
      De septembre
Jettent déments
En tremblements
      Mes chers membres.

Blême, j'entends
Cesser le temps,
      En géhenne,
Je me remets
En tête mes
      Tendres scènes

Et je me rends
Vers d'enflés vents
      Prêts de prendre
Ce ménestrel
Emmené tel
      L'herbe en cendres.

*

Un mini-lipo pour finir :

Maints sanglots longs
Aux violons
      Automnaux
Battront ton for
D'un constrictor
      D'us banaux.

Tout suffocant
Puis pâli, quand
      Fuit ton jour,
Tu crois vivant
L'instant d'avant
      Sans humour.

Alors tu pars
Aux forts blizzards
      Qui t'ont pris
Par ci, par là,
Imitant la
      Mort sans prix.

[Voir aussi la version antonymique de Nicolas Graner — ainsi que les
antécédents de Robert RapillyPhilippe Saint Raymond fin avril dernier]


27 Juin 2021

On a déjà fait outrage à un poème — moderne, ancien, célèbre ou bien que l'on aime — à le citer sans respecter de coupure entre ses vers ni ses divers choix d'allure. L'alexandrin est un terrain trop facile et tout sonnet se reconnaît par son style. J'essaye ici un endurci schéma, mètre plus subtil car publié par un vrai maître. À mon avis, lecteur, tu vis sans grand-peine qu'à la façon d'une chanson de Verlaine, tu réentends ces quatre temps deux fois, certes, puis juste trois syllabes — ois ! — sont offertes. L'un des attraits reste les très denses rimes au demeurant, car on comprend que tu trimes. Mais n'abusons de ces poisons de contraintes qui prouveraient l'objet concret de tes craintes. Il faut savoir se prévaloir de voltige mais en finir sans parvenir au vertige.


3 Juillet 2021

Puissances gématriques
[Variante de la contrainte inventée par Philippe Saint Raymond en mai dernier, où l'on ne calcule plus les puissances des rangs alphabétiques des
lettres, mais celles des valeurs gématriques des mots — comme dans les carrés bimagiques proposés peu après par Rémi Schulz.]

        Être Phébus puis prince ? Ma reine me rêve avec
        elle. La treille dit rallier ce si mûr hélianthe.

        Sur ses pétales, une fée t'intimide, digne mage.
        Front hâlé, encore embrasé de sang rose, j'expire.

[Ces deux paragraphes illustrent l'égalité
        48n + 71n + 65n + 65n + 14n + 51n + 18n + 50n + 31n
        + 34n + 13n + 81n + 33n + 75n + 8n + 28n + 52n + 82n
        =
        58n + 43n + 78n + 40n + 16n + 20n + 83n + 39n + 26n
        + 73n + 26n + 60n + 63n + 9n + 41n + 57n + 10n + 77n
satisfaite pour n entier allant de 0 à 10 inclus.
La valeur n = 0 signifie par exemple qu'ils ont le même nombre de mots (18), et n = 1 qu'ils ont la même somme gématrique (819). Pour n = 10, les deux paragraphes ont pour valeur 37 912 506 905 868 246 273. Ces sommes de puissances diffèrent à partir de n = 11.
Comme ça ne demandait pas plus de travail, les deux paragraphes ont aussi le même nombre de lettres (76), ce qui n'a aucun lien avec les égalités ci-dessus.]


P.S. du 5/7/21 : L'égalité ci-dessus est l'une des plus compactes que j'ai trouvées — avec 18 termes dans chaque membre. Mais elle contient deux fois l'entier 65 dans le premier membre, et deux fois 26 dans le second, ce qui peut être considéré comme une faiblesse. J'ai donc indiqué à la liste oulipo deux autres solutions sans aucune répétition, comptant chacune 22 termes dans leurs membres. Rémi Schulz s'est servi de la première pour construire deux quatrains d'hendécasyllabes ayant une impressionnante quantité d'harmonies numériques. J'ai repris ci-dessous sa structure, mais en décomposant les hendécasyllabes en 4+4+3 à la Verlaine. Cette contrainte est si dure que l'on s'éloigne forcément de l'art figuratif ! Je ne fais que vous livrer ce qu'elle a accepté de rimer.

Anabas longs,
Ad hoc gallons,
      Acétone,
Décèdent tard.
Baba hagard
      Bec adonne.

Ébranlera,
Cacabera
      Acide heure.
Le tacticien
En akkadien
      Râle, pleure.

=

Accélérant
D'agacement
      — Achevage,
Gaba dealeur.
Affidé coeur
      Déménage.

Affamé, pais
Abaca : paix !
      Il déporte
Et tombola
Par ci fila
      Comme morte.

[Les deux moitiés illustrent l'égalité
        38n + 67n + 5n + 26n + 80n + 63n + 60n + 43n + 6n + 39n + 10n + 53n
        + 76n + 34n + 22n + 57n + 17n + 84n + 19n + 56n + 36n + 77n
        =
        82n + 4n + 69n + 52n + 11n + 66n + 31n + 62n + 54n
        + 32n + 45n + 8n + 50n + 21n + 83n + 25n + 78n + 35n + 12n + 28n + 49n + 71n
satisfaite pour n entier allant de 0 à 10 inclus. Il y a 44 mots en tout, dont les valeurs gématriques sont toutes différentes mais ont une moyenne de 44, et chaque moitié totalise 44 syllabes.]


3 – 7 Juillet 2021

Protéonets verlainiens
[sizains 4/4/3/4/4/3 lisibles selon au moins un autre rythme]

La lente larme
Encre l'alarme
      En hiver,
Meurtrissant l'âme :
Ancre sa lame
      Un enfer.
[strophe de sélénet]

La lente larme encre
L'alarme en hiver,
Meurtrissant l'âme : ancre
Sa lame un enfer.

*

Le chant immense
Sur lequel danse
      En été
La bonne lyre
A su décrire
      Ma gaîté.
[distique d'alexandrins]

Le chant immense sur  lequel danse en été
La bonne lyre a su  décrire ma gaîté.

*

Un violon
Leur crie au long
      De chaque âge
Qu'un opaque heur
Blesse tout coeur
      Mis en cage.

Pleur d'un volet
Qui claque au laid
      Vent puis craque
De gel ou bien
Peur ô combien
      Profonde : ah que

Se morfonde oeil
Portant le deuil
      De l'automne,
Donne un éteint
Cercueil au teint
      Monotone !
[sonnet banvillien de pentasyllabes]

Un violon leur
Crie au long de chaque
Âge qu'un opaque
Heur blesse tout coeur.

Mis en cage, pleur
D'un volet qui claque
Au laid vent puis craque
De gel ou bien peur.

Ô combien profonde !
Ah que se morfonde
OEil portant le deuil !

De l'automne, donne
Un éteint cercueil
Au teint monotone.

*

En des bois morts
Au centre alors
      Entre automne.
Ois les sournois
Vers du chantre, ois :
      Éventre aulne !

Et vois : à la
None par là
      Sonne l'heure.
Enfin cri vain
Leurre écrivain
      Comme il pleure.
[sonnet banvillien de trisyllabes]

En des bois
Morts au centre,
Alors entre
Automne, ois !

Les sournois
Vers du chantre,
Ois : éventre
Aulne et vois !

À la none,
Par là sonne
L'heure enfin.

Cri vain leurre
Écrivain
Comme il pleure.

[Voir aussi ce tanka de Nicolas Graner et cet autre distique d'alexandrins de Philippe Saint Raymond]


9 Juillet 2021

Holorimes bilingues
[Dans l'état d'esprit des classiques traductions homophoniques chères à van Rooten, Lord Charles et plusieurs oulipiens (dont François Le LionnaisMarcel Bénabou), Robert Rapilly a inventé et brillamment illustré la notion d'holorime bilingue. La nouveauté est que la moitié en une langue étrangère et son homophonie française forment ici un ensemble cohérent. Ci-dessous, j'ai essayé son idée sous forme de fable, la ligne finale en français étant une citation exhaustive du premier sonnet de monosyllabes, chef-d'oeuvre de Paul de Rességuier publié en 1835.]

Une fragile caille avait trouvé tout proche
De chez elle un travail : fabriquer en roseaux
Des genouillères, mais ça lui fit mal aux os.
Sa production chuta, lui valant maint reproche.

Lorsqu'on mit en caution le seuil de son couloir,
Elle n'accepta plus, s'enfuit vers un nuage,
Libre, encore plus haut ! Hélas un vent d'orage
Emporta pour toujours l'oiselle dans le noir.

For bail aisle door, sore frail quail more rose. (Close labor is lap reeds.)
Fort belle, elle dort. Sort frêle ! Quelle mort ! Rose close, la brise l'a prise.


13 Juillet 2021

Ballade composée
[Illustration des 34 compositions de 10 en sommes d'entiers de 2 à 10, comme
l'année dernière mais cette fois avec des vers de dix syllabes au lieu de dix lettres,
et sous forme de ballade pour ne pas reprendre la même terza rima. L'ordre choisi est
4+2+2+2 = 4+2+4 = 2+2+2+4 = 2+2+2+2+2 = 2+4+2+2 = 2+4+4 = 2+8 = 2+2+6 = 4+6 = 4+3+3
= 2+2+3+3 = 2+5+3 = 7+3 = 3+4+3 = 3+2+2+3 = 5+2+3 = 2+3+2+3 = 2+3+5 = 5+5 = 10
= 8+2 = 6+2+2 = 6+4 = 3+3+4 = 3+3+2+2 = 3+5+2 = 3+7 = 3+2+5 = 3+2+3+2 = 5+3+2
= 2+3+3+2 = 2+6+2 = 2+2+4+2 = 4+4+2 (= 4+2+2+2 = ...)
. On passe d'une expression
à la suivante en effectuant une seule somme de deux entiers voisins ou bien
en décomposant un seul entier en deux plus petits, et la règle est cyclique.]

Confraternels humains, notre poème
N'existera longtemps inéclairci.
Oyez plutôt l'ardu métasystème —
Contre cela, n'ayez l'esprit durci.
Coupons différemment l'épître ainsi :
Cette composition mathématique,
Code désoxyribonucléique,
Règle l'exact reconditionnement,
L'exploration phénoménologique —
Pathologie absurde m'opprimant.

Notre schéma, sévère stratagème,
Jamais n'expérimentons adouci.
L'épistémologique théorème
Pâtirait d'intervenir raccourci,
N'engendrant guère d'écrit réussi.
L'opératoire squelette algébrique
Donne l'excentrique effet linguistique
Avec l'obligé réarrangement
D'infrastructure décasyllabique,
Anatomopathologiquement.

L'hypothéticodéductif problème
Métamorphosera quelque souci
D'aristotélicien catégorème.
L'aliment finirait désépaissi,
Davantage adapté, digeste ici ?
Consultons l'alphabétique lexique
D'allure parallélépipédique
Déclenchant l'entier recommencement.
Espérons qu'alors l'effaré clinique
Pathologiste m'aidera vraiment.

Prince, reconduis l'univers cyclique !
Chaque terminologique fragment
D'une ballade extravagante explique
L'originel pathologique aimant.


P.S. du 18/7/21 : nouvelle ballade, selon un autre ordre cyclique des 34 compositions
de 10 en sommes d'entiers de 2 à 10 — obtenu en collaboration avec Nicolas Graner.
Son intérêt est de regrouper les césures classiques 4/6, les italiennes 6/4 (ainsi que
leur intersection avec les 4/6 pendant quatre vers) et les taratantaras 5/5. Les pires
bizarreries métriques sont réservées à la fin de la deuxième strophe, au premier vers
de la troisième et à l'envoi.
2+2+6 = 2+2+3+3 = 4+3+3 = 4+6 = 4+4+2 = 2+2+4+2    = 2+2+2+2+2 = 2+2+2+4 = 4+2+4 = 4+2+2+2
= 6+2+2 = 2+4+2+2 = 2+4+4 = 6+4 = 3+3+4 = 3+3+2+2    = 3+5+2 = 3+7 = 3+4+3 = 7+3
= 2+5+3    = 2+3+2+3 = 2+3+5 = 5+5 = 5+2+3 = 3+2+2+3 = 3+2+5 = 3+2+3+2 = 5+3+2 = 2+3+3+2
= 2+6+2 = 8+2 = 10 = 2+8    (= 2+2+6 = ...)

Quelle fantasque   arithmodépendance
D'une cervelle   indûment s'empara ?
L'effarouché   poète déclara
Désapprouver   métricodiscordance,
Originaux   découpages matheux
Autant qu'accrocs   d'interprète boiteux.
Lorsque soudain   survint   l'instant magique,
L'aède osa   plusieurs   propriétés
Conjointement,   dessein   pédagogique
Communiquant   l'émoi   d'accents comptés.

Inévitablement   cette cadence,
Aimant surenchérir   comme l'ara,
Avec obstination   redémarra,
N'intentionnalisant   l'outrecuidance
D'imiter l'Italien   nécessiteux
D'hémistiche excentré   voire douteux.
Brusquement s'inaugurera l'algique
Agrégat d'incompatibilités
Provoquant l'intolérance allergique :
D'intercommunication plaisantez !

Chaque pentasyllabe d'apparence
L'auteur scrupuleux   alors sépara,
Allant trompeter   taratantara,
Théâtralisant   l'autoréférence,
S'appesantissant   presque vaniteux.
Oubliez l'extrait   d'aspect cahoteux,
D'allure vraiment   tératologique.
L'eurythmie acquise   adoncques chantez :
Symétriquement   l'axiale logique
Ainsi communique   égales beautés...

Prince définitivement tragique,
Désintellectualisé, sentez
L'alphabéticométhodologique
Cause d'incommunicabilités.


P.P.S. du 21/7/21 : sélénet illustrant toutes les compositions de 5 en sommes de 1 et de 2.
        strophe 1    strophe 2
        —————————   ———————————
          1+1+1+2   = 1+1+1+1+1
        = 1+1+2+1   = 2+2+1
        = 1+2+1+1   = 2+1+2
        = 2+1+1+1   = 1+2+2

Il n'est ici pas possible de respecter les précédentes règles d'enchaînement (sur plus de deux
expressions de suite), donc j'ai simplement choisi des diagonales sénestro-descendantes de 2
puis de 1. Ce schéma minimaliste me semble toutefois moins intéressant que les doubles sélénets
engendrés par les 16 compositions de 5 en sommes d'entiers allant de 1 à 5, illustrées en 2016.

Un feu Pierre allume
Moins pour avoir chaud
Que prêter sa plume,
Stopper le speech haut

Que l'homme à sa porte
Adresse auxdits cieux.
L'amy ne supporte
Ses propos vicieux.


P.3S. du 23/7/21 : Desdichado selon les quatorze compositions de 10 en sommes de 1 et de 4.
    1er quatrain         2nd quatrain         1er tercet         2nd tercet
    ------------         ------------         ----------         ----------
    4+4+1+1              4+1+1+4              1+1+4+4            1+4+1+4
    4+1+4+1              4+1+1+1+1+1+1        1+1+4+1+1+1+1      1+4+4+1
    1+1+1+1+4+1+1        1+1+1+1+1+1+4        1+4+1+1+1+1+1      1+1+1+4+1+1+1
    1+1+1+1+1+4+1        1+1+1+1+1+1+1+1+1+1

Il n'est pas non plus possible de respecter les précédentes règles d'enchaînement, donc
l'ordre a été choisi pour que le premier quatrain soit classiquement césuré 4/6 ; le second
puisse être césuré aussi bien 4/6 que 6/4 (transition avec la strophe suivante) ; le premier
tercet soit césuré 6/4 à l'italienne ; les 11e et 12e vers servent de transition parce qu'ils
peuvent être césurés aussi bien 6/4 que 5/5 ; les 12e et 13e vers soient des taratantaras 5/5 ;
et seul le dernier vers soit vraiment irrégulier.

El Descompuesto II

L'enténébré,   — l'inconsolé je suis,
L'aristocrate   en lamentable ruine :
Mon luth est mort,   enveloppé de nuits
Et du trou noir   de l'automnale bruine.

Consolateur,   si je m'autodétruis,
Restituez   le mont,   la mer qui mine
Mon coeur si lourd,   le bon   millepertuis
Et la treille où sans fin   la fleur se vine.

Ai-je un caparaçon   d'aluminium ?
Mon front érubescent   d'un flirt de reine
Voit l'excavation même   où nage un renne...

Je triompherai   du Pandémonium
Où j'imiterai   l'angélique sage
Qui souffle  et d'impétueux cris du mage.


2 Août 2021

Pas de deux
[Les nombres de syllabes des mots successifs sont imposés par cette suite « sans carré » :
123132 123213 123132 131232 / 123132 123213 123212 313213 /
123132 123213 123132 / 131232 123132 131231
— qui se déduit aisément de celle (sans cube) de Prouhet-Thue-Morse. Cela signifie
qu'aucune chaîne de chiffres n'est immédiatement répétée, donc cette suite ne contient
aucun 11, aucun 22, aucun 33, aucun 1212, ..., aucun 123123, etc. Notez que quelques
vers n'admettent pas de césure classique, et surtout qu'il en existe deux de onze syllabes
et un de treize — ici volontairement un peu cachés.]

Petit jour frémissant

Un rayon s'aventure en matinal cothurne ;
Le confus gazouillis d'oiseaux dont l'ambitus
Se hisse volontiers aux cumulo-stratus
Coupe aussitôt   le discret récital nocturne.

Sous l'ovale horizon a disparu Saturne,
La rosée aguicheuse offre ses prospectus
Et l'horloge insomniaque enfouit quelque hiatus
Derrière onze inflexions d'une voix taciturne.

Cette aurore étourdit le troubadour usé
Qui reste maintenant craintif ou médusé
Par l'instant passager qu'un rossignol picore.

Quand reparaît   ce rythme d'escalier disjoint,
Le poème abîmé semble éclipser encore
L'ocre hiéroglyphe où   toute lumière point.


4 Août 2021

Pas de trois
[Desdichado dont les nombres de syllabes des mots successifs sont imposés
par la suite de Prouhet-Thue-Morse :
        1221 2112
        2112 1221
        2112 1221
        1221 2112

        2112 1221
        1221 2112
        1221 2112
        2112 1221

        2112 1221
        1221 2112
        1221 2112

        2112 1221
        1221 2112
        2112 1221
Son autosimilarité fait qu'elle peut aussi être lue verticalement. Elle permet
cette fois d'impeccables alexandrins césurés à l'hémistiche, contrairement
au schéma plus étrange engendré par la suite sans carré ci-dessus.]

¡Dicha, no!
(Le Paria)

Je serais l'obscur fils, — l'amer veuf, — l'hoir volé,
L'ancien prince à Bordeaux dont l'entier donjon plie :
L'étoile est morte hélas, — et blonde comme blé,
Ma lyre porte l'astre éteint de la Folie.

Parmi la nuit tombale, ô garant d'une clé,
Rends Naples, l'ample baie avec sa mer jolie,
La toujours tendre fleur qu'aimait mon coeur troublé,
Aussi le pampre exquis que l'ivre rose lie.

Être Morse ou Prouhet ?... Thue, Amour, Phébus, X ?
Front rougi depuis un baiser de ma marraine,
J'ai rêvé d'une grotte — ici vit la sirène...

Alors deux fois vainqueur j'ai franchi l'odieux Styx
En chantant chaque voix avec le luth d'Orphée :
Soupirs de sainte émue et clameurs d'aigre fée.

                                        Gérard Louis de Nerval


8 Août 2021

Nombres harmoniques

L'addition de un à six fois six égale carrément six cent soixante-six.
[phrase de gématrie 666 énonçant la vérité 1 + 2 + 3 + ... + 36 = 36×37/2 = 666]

En deal, la somme des n premiers cubes réitérera
le beau carré de la somme des n premiers entiers.

[deux lignes anagrammatiques énonçant l'étonnante identité
13 + 23 + ... + n3 = (1 + 2 + ... + n)2 = (n(n+1)/2)2]


6 – 12 Août 2021

Holorimes de PTM
Surcontrainte proposée pour les distiques holorimes : le nombre de syllabes des mots successifs doit correspondre au début de la suite de Prouhet-Thue-Morse
        1221 2112 / 2112 1221.
Malgré la difficulté d'une telle acrobatie, elle présente l'intérêt de respecter automagiquement une règle appréciée des purrhystes, à savoir ne jamais réutiliser le même mot dans les deux vers homophones — tout comme rimer un mot avec lui-même est interdit en prosodie classique. Après avoir composé sept distiques de ce type, j'ai essayé de les combiner en un faux sonnet à rimes plates toutes féminines. Comme dans le Desdichado ci-dessus, le schéma syllabique correspond aux 112 premiers termes de la suite de PTM :
        1221 2112 / 2112 1221 / 2112 1221 / 1221 2112
        2112 1221 / 1221 2112 / 1221 2112 / 2112 1221
        2112 1221 / 1221 2112 / 1221 2112
        2112 1221 / 1221 2112 / 2112 1221

Un holo-sonnet de Prouhet-Thue-Morse enfin

C'est tenace alors dur, hélas, aux dés : j'arrime
Cette nasse à l'ordure, et l'assaut déjà rime.
Encor ces jeux légaux ? Tôt karma jadis tique.
En corset gelé, go, tocard mage à distique !

Lâchant son faux levain, l'ivre aède écoule oeuvres :
La chanson folle vint, livra, hé, des couleuvres
Qu'on servit d'appâts tant dupés dans son épître.
Concert vide — ah ! patent — du pédant sonnet, pitre.

Lettrés, pas de remords : nos ronces grippent l'âge.
Les trépas d'heureux morts n'auront ce gris pelage ;
Ex-pervers, l'astreint cycle aura faim d'homme étrange.

Expert vers l'astre, ainsi clore afin d'omettre ange
Pas piégé. Sujet-rab, l'essai songe au livide
Papier : j'ai su gérable — et cessons, joli vide.


21 Août 2021

Duplex
[Le duplex est une contrainte douce inventée par le poète américain Jericho Brown. Il s'agit de sept distiques de même mètre (choisi entre 9 et 11 syllabes), tels que chaque premier vers reprenne tout ou partie du second vers du distique précédent. Cette règle est par ailleurs cyclique, c.-à-d. que le tout premier vers a des points communs avec le tout dernier. Cette forme fixe a été proposée par l'oulipien Daniel Levin Becker au festival Pirouésie, et transmise à la liste oulipo par Nicolas Graner — qui l'a aussi superbement illustrée. Vous trouverez ci-dessous deux exemples de ma plume, respectant d'autres surcontraintes pour me guider davantage.]

Le tremblement du firmament m'importune
Quand je vogue au rêve indigo de Neptune.

        Vogue alors vers Uranus, vert plus livide,
        Dont les anneaux orthogonaux ont un vide.

Les sept anneaux phénoménaux de Saturne
Sont le cadran du sidérant ciel nocturne.

        Jupiter en me sidérant se détache,
        M'éblouissant du rouge sang de sa tache.

Mars en croissant rougit du sang de la guerre,
Belle baston que pourtant on ne veut guère.

        Belle est Vénus et ce bonus me captive :
        Sa progression en précession négative.

Mais l'équation de précession de Mercure
Un tremblement d'étonnement me procure.

[Duplex en hendécasyllabes, dont chaque distique forme une strophe de schéma
4a 4a 3B / 4c 4c 3B à la manière de la Chanson d'automne de Verlaine.]

*

Ô dénigrante, à genoux, à tes plinthes,
Entends cet hymne au ton malencontreux !

        En tancé team, notons mal en complaintes
        Ces vers honnis pressentant tout contre eux.

Sévère, on y presse entente ou contrainte,
Et les mots d'elle y mîtes — latent creux.

        Elle est modèle : imite-la, tant crainte
        Comme en plan, cher ouvrier sonnant preux.

Comment plancher où vrillait son emprise ?
Humble trou vert, hauteur fade si grise ?

        Un bleu trouvère, auteur fat de scission,
        Morcelle afin d'améliorer ses rimes.

Mort, c'est la fin d'âme, hélio-récession
Au déni, grand âge : nous atterrîmes.

[« Duplex-barre » : le rappel du second vers de chaque distique par le premier du suivant est fait sous la forme de poème-barre — notion définie par le frésident-pondateur Le Lionnais, où les deux vers sont homophones sauf à leur dernière syllabe, en contre-pied des rimes classiques. L'ensemble constitue par ailleurs un sonnet régulier de décasyllabes.]

*

P.S. : Dans un genre voisin des poèmes-barre d'FLL et des poèmes pour sourds
d'Alphonse Allais, voici un distique holorime pour francophone inculte :

Contesta-t-on Richard Wagner ou sommité
Qu'on teste à ton riche art, Douanier Rousseau mité ?


28 Août 2021

Vertige
Rien ne vaut l'art ophyciel et la beauté académique telle qu'elle est enseignée dans les traités de prosodie des siècles passés. Je me permets donc quelques retouches purement techniques au chef-d'oeuvre « Vertige » du Professeur Rollin, publié en 1989 dans son recueil également intitulé « Vertige » :

Hïer matin, ma mère est allée au marché
Sur un petit vélo qu'elle avait enfourché.
Elle s'y procura non pas une citrouille
Mais quelque potiron à la couleur de rouille
Pour deux ou trois euros. Cette provisïon
Remplit tant son panier que sa décisïon
Fut prise avec bonheur : mes amis vont entendre
Grand bien de ce commerce et tous voudront s'y rendre.

[Voir aussi cette brillante réponse de Robert Rapilly]


4 Septembre 2021

Prose Très Malaisée

        Il était autrefois un écrivain raté qui vendit lâchement, pourrait-on supposer, son âme pitoyable à Lucifer afin de recevoir un talent supérieur. Satan ne choisit d'imposer qu'un unique décret : ne jamais reproduire aucun acte aussitôt, sous peine d'itérer alors pour toujours. Attendu que l'artiste n'était pas ingénu, il osa souligner qu'un règlement précis, ou disons davantage, était à définir, car sinon conserver le silence pendant deux secondes lui ferait illico paumer à jamais l'usage de n'importe quelle langue. Exemple tout aussi délirant : ne recourir, durant deux termes successifs, guère qu'aux voyelles de “soudain” bannirait soudain ad vitam aeternam l'E, contraignant l'écrit à force contorsions.
        « Jadis j'ai carrément en effet exigé ce protocole avec un romancier en manque d'invention, gloussa le diable. Cependant il domina vite le sujet. Clairement l'aide que j'apportais ne servait nullement l'auteur, donc j'avais décidé de l'affranchir avant la conclusion du pacte. Concernant ta prestation, mortel, tu devras constamment compter les syllabes des termes adjacents, afin qu'un rythme semblable ne revienne jamais à l'instant. Attention, cela se préjuge plus aisé qu'accoucher d'un lipogramme ici, mais éviter deux simples vocables ayant la même dimension ne suffira guère, car répéter un même groupement de gabarits sera tout autant interdit, sinon tu poursuivras de façon identique à l'avenir, comprends-tu pleinement bien ?
— Aucun problème, pensa le futé plumitif. J'ai autrefois bûché les échecs longuement, partant je n'ignore pas l'adroit théorème ourdi par Euwe, professeur et célèbre champion. Il démontra qu'on pourrait s'abstenir de redites triples sans nulle limite. Juste deux éléments lui furent utiles, mais forcément avec trois éléments, ça implique encore, pardi, la complète absence d'un immédiat doublon. »

        Il décida donc alors d'adopter ce protocole, avec un ordre proprement choisi de vocables de quelques syllabes : une, deux, enfin atteignant trois. « Oublions zéro en collant l'élision avec toute expression qui suivra », préféra-t-il, estimant aussi que bifurquer vers quelque distincte suite sans carré resterait à l'avenir possible, à condition de tester l'absence de succession bissée, y compris quelquefois longue. Le prosateur se lança bravement dans l'écriture éclair d'un paragraphe où chaque cadence changeait de schéma. Toutefois, il s'avoua surpris quand Satan rappliqua déjà pour annoncer :
        « J'ai noté l'interdit groupe “son âme”, contenant deux spécimens avec une syllabe de suite, malheureux, donc désormais aucun mot d'autre pointure n'aura la permission d'être inscrit.
— Excellent démon, vous dites n'importe quoi, répondit l'auteur. L'E caduc s'articule avant la consonne P. “Âme” possède donc nettement ici deux syllabes.
— En cette circonstance, “aucun acte” était illégal : deux syllabes chacun !
— Que nenni, rétorqua l'artiste en s'insurgeant. L'E caduc disparaît devant la voyelle ultérieure : A.
— Insolent, oses-tu résister ? Tu devrais apprendre qu'on m'appelle souvent le Malin. Andouille, cela fait maintenant un moment excessif que l'ensemble complet des vocables ne dépasse uniment l'aune de longueur maximum trois syllabes. Voilà ma conclusion : plus jamais davantage !
— Un semblable piège me semble compatible avec ta renommée, ô pervers Méphisto. Bravo de m'avoir arnaqué, mais néanmoins cela me semble possible toujours de m'exprimer un chouïa. Essayons-le. »

        L'écrivain reprit sa rédaction, mais après quatorze lignes, le diable reparut et derechef tenta un méfait scandaleux :
        « Depuis ses prémices, ton texte respecte l'ordre de cette séquence sans réplique (venant de l'ensemble sans cube découvert par Eugène Prouhet, Thue Axel, précédant Marston Morse) employant trois longueurs distinctes plutôt qu'un couple seulement. J'ai brusquement compris ton stratégique espoir, mais maintenant il faudra poursuivre pour l'éternel futur.
— Ah sûrement pas !, clama l'écrivain. Puisque le simple prologue de n'importe quelle suite autorise un nombre quelconque de reliquats, dire qu'il s'agit d'instamment celle de Prouhet-Thue, avec l'habile Morse associé, jamais ne finira par être démontré. Après un certain ensemble de composants, greffer une autre progression reste très possible.
— La notion d'infini m'agace beaucoup trop, pensa Lucifer. Ça m'embrouille chaque fois. Au delà d'environ six centaines soixante et quatre (j'assimile aussi six unités), je m'avoue étourdi devant tant d'objets évoqués. Bon, j'accepte cette fine idée, applaudit enfin ce Belzébuth peu brillant. Adoncques pour célébrer céans ta victoire, je voudrais révoquer notre pacte aussi. Désormais ta faconde pourra de nouveau s'exprimer comme tu trouveras bon d'oeuvrer. Attention pourtant, peut-être reprendras-tu l'informe style fort minable de jadis.
— Tentateur, je préfère rester tout comme maintenant ! »

        Ici se termine le récit, paraphé d'un pseudonyme obscur : Gef_


6 Septembre 2021

Terines berrychonnes
[Michel Clavel a proposé à la liste oulipo la notion de « terine berrychonne », avec un seul R dans le premier mot et un Y dans le second. Les finales vocaliques de chaque vers permutent selon la quenine d'ordre trois (123 / 312 / 231), mais les consonnes d'appui restent fixes, créant de nouvelles combinaisons comme dans les rimes berrychonnes. En voici deux de ma plume.]

Terrine berrichonne

Recette

De la chair à saucisse
Et du foie — oui, génial,
Persil, oignons alliés,

Pain dur, oeufs associés
À du lait de génisse
Et cognac familial :

En tout groupe social
Où jadis vous gêniez,
Apportez ce délice !

*

[Variante de terine berrychonne dans laquelle seul le phonème vocalique final permute, en laissant les consonnes fixes, aussi bien celle d'appui qu'après la voyelle. Deux rimes orphelines en ont profité pour se montrer, comme dans ce faux sonnet de 2003.]

Un beau jour le disciple
D'un rugbyman à quinze
Taillé comme une poutre

S'entiche d'une souple
Équilibriste exquise,
Modèle chez un peintre.

L'aborder n'est pas simple :
« Faut-il que je me couse
Un nez rouge de pitre ? »


5 – 10 Septembre 2021

Anakyrielles (ou kyrielles cousues)

Le jeu enfantin des kyrielles syllabiques est bien connu : j'en ai marre, marabout, bout de ficelle, selle de cheval, ... En voici une nouvelle variante, qui serait aux kyrielles standard ce qu'une véritable couture est au faufilage :

        la dernière syllabe d'un mot doit coïncider avec la première du précédent.
Autrement dit, au lieu d'écrire quelque chose comme
        Ceci simule le leurre recommandé des décadents
        dandinements, mensongers gestes tenaces.
dont les bégaiements sont peu adaptés à la poésie sublime, il faudrait cette fois
        Ceci laisse les reflets séduire ces versets divers,
        maudits gémeaux mangés cycliquement.
Ça reste saturé d'échos internes, mais moins bafouillants. Cela peut aussi être considéré comme l'anacyclique (mot à mot) d'une kyrielle standard, d'où le nom proposé d'anakyrielle.
J'ai commencé l'exploration de cette contrainte par un sélénet (en la faisant agir sur la dernière syllabe des rimes féminines, fortement prononcée dans cette chanson enfantine) :

        Venez neuve lune !
        L'occlut Lancelot,
        Celant nurse brune,
        Membru paumant peau.

        Repos temporaire
        Argumentant art,
        Revanchard sancerre,
        Tarissant nectar.

Puis un distique d'alexandrins :

        Je songe : l'enfançon gelant, moyenâgeux,
        L'émoi renouvelé, leurre jetables jeux.

Et finalement un Desdichado quelques jours plus tard :

El Desnivel
(Ténébrionidé jeté)

Je rage : pourrira l'époux inconsolé,
Toulousain manitou — manne émane ruinée.
Détruis des Ougandais ou l'erhu constellé !
T'évoquons occulté : maso n'aima l'Apnée.

Trappe ultra minuscule, ennemi remballé,
Rends l'attirant éclat — netteté détrônée
Des accordés visas, l'écrivit l'exilé.
Mêlez gamay, giga-névralgie avinée !

N'entrave ! Rayonnant, ronronnerait Biron ;
L'ébaubi t'enjôlait en énamourant reine.
L'arène étincela net : rainette, sirène...

Ainsi, géomancien, j'ai rongé l'Achéron ;
Tabula l'omerta, l'homme. Addendum : aubade,
Primo l'esprit yodlé, deuzio de rigolade.

                                                Gary Elgar


P.S. du 16/9/21 : anakyrielle littérale. Il s'agit d'une variante un peu plus douce, dans laquelle la dernière lettre de chaque mot est identique à la première du précédent. C'est d'une difficulté comparable aux kyrielles littérales déjà un peu explorées, mais la contrainte est bien plus cachée pour un lecteur non averti. Voici juste un premier quatrain de Desdichado :

Fatum extinctif

Être lugubre, — seul, — épars, — inconcolé,
Roi noir nécromancien en église abolie :
La soul exprès décède, — ud échu constellé
Avec ta nuit enfin niche en Mélancolie.


12 Septembre 2021

Quinine berry

Quinine berrychonne
[dans la variante où seule la voyelle phonétique de la rime se déplace selon la permutation de
Queneau-Daniel d'ordre 5, les trois consonnes phonétiques de ces dernières syllabes restant fixes]

Ce qu'un auteur trace
N'est pas pour les brèles.
Chaque rime écrite
Doit briller de chrome
Et fuir l'imposture.

L'âme est un citrus
Au fruit cérébral,
Méprisant la crotte,
Choisissant la crème
D'arts où s'investir.

Si l'aède trisse
Un seul son, que brûle
Sa rougeâtre crête
De coq et qu'il crame
Au soleil sans stores !

Ce vacarme atroce
Rendrait-il fébriles
Les aristocrates ?
D'abord nous le crûmes,
À leur mine austère.

Mais lorsque l'on tresse
Ensemble le brol
De mots que recrute
L'oeuvre où l'on s'escrime,
L'oulipisme est star.


13 Septembre 2021

Ouïseaulorimes
[Robert Rapilly vient de publier un superbe nouveau recueil de poèmes aux éditions Berline-Hubert-Vortex, « l'Oiseau qu'on n'ouït jamais », illustré de gravures de Marie Vilain. Il y invente une forme de micro-sonnet comptant quatre vers de 4/4/3/3 syllabes, mentionnant au moins un oiseau, et tel que les singuliers riment toujours avec des pluriels — systématisant un clinamen de Mallarmé, qui fournit le titre du recueil. Robert et la liste oulipo ont décidé de baptiser cette nouvelle forme fixe « ouïseaunet ».
À la manière de nos haïkus triplement holorimes de 2016, nous avons aussi cherché s'il serait possible de faire holorimer les vers de 4 & 3 syllabes, en jouant sur les diérèses & synérèses. Cinq oulipotes ont relevé le défi. Voici deux essais de ma plume d'ouïseau.]

Prédication d'un héron stylite

« Humble, on gît haut ! »
Fit — hérétiques ! —
Un blongios
Fier, étique.

*

Labbe trouvant suspecte la
fortune de la grive dorée


Mouette, O.K.,
Loriot triche :
Mouais, toquez
L'or, yachts riches !

[diérèses classiques sur mou-ette & lori-ot]


18 Septembre 2021

Terine bArrychonne
[Terine berrychonne de poèmes-barre. Ça combine donc les idées d'au moins cinq Oulipiens, trois plagiaires par anticipation et un oulipote : QueneauRoubaud pour la terine (après Arnaut Daniel), MathewsJouet pour les rimes berrychonnes (après John Berryman), Michel Clavel pour le mélange des deux, et Le Lionnais pour les poèmes-barre (après Alphonse Allais).]

Dense est vallon,   où sans péchés là brament
Des cerfs. Visse yeux :   elle aura jeu, la crèche.
L'air hâte eau mais   greffe à ce rat ses frusques.

Dans ces vals, l'on   nous empêchait : la brume
Desservit cieux,   et l'orage là crache
L'erratum aigre,   effacera ces fresques.

Danse, Ève ! Allons-nous-en pêcher la brème !
Dessert vicieux,   zèle au rageux : la cruche,
L'Érato maigre   — et fasse Râ ses frasques !


P.S. du 21/9/21 : Le mercredi, Oscar et Simon affrontent le dragon avec leur camarade Juju. Mais cet abruti est si lent et peureux qu'il finit par abandonner le château. Avec lui, c'est pas très marrant.

Capitaine,
pas tôt Jules
là se meut.

Cas piteux,
pathogène :
lasse mule

capitule !
Pataud jeu,
la semaine...


Previous oulipian page
See also my Ambigrams & Pinacograms, Pangrams, Wordlist, Mathews' Corpus, Logos and Pentominos
Back to Gef's Hotlist
HTML5 Powered Gilles Esposito-Farèse <gef@iap.fr>
Last modified : September 21st, 2021