Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]
[28. Syllabic squares, vocalic sequences, music, etc. (2017)]
[29. Paradoxical constraints (2018)]
[30. Extensions of anancograms & other constraints (2018)]
[31. Express palindromes (2018)]
[32. Digrams, mesonyms et al. (2019)]
[33. Intervals, primes, n-grams & Queneau (2019)]
[34. Statistics and prime ASCII art (2020)]
[35. Extensions of HOGs & palindromes (2020)]
[36. Acrostics, rhythm and many other constraints (2020)]
[37. Block designs, neo-gematria, paronyms & boundaries (2020)]
[38. Metatogs, irrational sonnets, neo-sestinas, etc. (2021)]
[39. Prouhet-Thue-Morse, generalized sonnets and other forms (2021-22)]
[40. Architogs, polysympathy et al. (2022)]
[41. Paronyms, protehogs, dichotomy, etc. (2022)]
[42. Tropes and generalized palindromes (2022)]
[43. Block designs, binary gematria et al. (2023)]
[44. New express palindromes and octina (2023)]
[45. Paronyms, surdefinitions & palindromes (2023)]
[46. Palindromes, quenines, short forms, intransitivity, etc. (2024)]
[47. Graphs, sonyms & self-in-law (2024)]
[48. Musical & visual constraints, outlaws, Zipf, rhymes (2025)]
49. Autumn, antipalindromes, homophony, ABC (2025)
[50. Recent stuff (2026)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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6 – 10 août 2025

Automnets
[Le rythme bancal de la Chanson d'automne de Verlaine continue à beaucoup me plaire, donc j'ai proposé de l'adapter à une forme de sonnet en 4+4+4+3 / 4+4+4+3 / 4+4+3 / 4+4+3 syllabes, les rimes des trisyllabes finals étant toujours féminines. Robert Rapilly a trouvé l'excellent nom « automnet » pour cette forme. En voici sept de ma plume, le premier employant des rimes rares comme ci-dessus, les trois suivants holorimes comme en 2021, les cinquième & sixième sans surcontrainte (à part des rimes riches dans le sixième), et le dernier inspiré par les maliettes de Boris Vian.]

Piteux leader

Le tsarévitch
Fait du kérygme
Le central pitch
        De l'Énigme

Il croit son speech
Un paradigme
Mais c'est un kitsch
        Borborygme

Il chante en tweed
Avalant lied
        Et couleuvres

Après du funk
Tente du punk
        Piètres oeuvres

*

Qui pelotonne
Veaux, étalons,
Harde et vallons,
        Autochtone ?

Qu'y peut l'automne ?
Vos états longs,
Arts, dévalons !
        Au toc tonne,

Top, l'astiqueur
Tôt plastiqueur
        Aimant porte.

S'en va l'ancien
Sang valencien
        Et m'emporte.

[reprise des rimes de Verlaine]

*

Mathématique
Limitation,
Émanation
        Des mots, tique

Ma thématique :
L'imitation
Est ma nation
        Démotique.

Légalité :
L'égalité
        Satanée,

Et vite
Évitera
        Sa tannée.

[en hommage au grand pasticheur Daniel Bilous]

*

C'est la fin : à quoi bon combiner encore des
rimes ? Un vent glacial désavoue ces couplets.


Vé, l'ossement
Raie à mort, sage
Évènement.
        Mais tissage

Vélocement,
Réamorçage
Est vainement
        Métissage.

Et la bora
Élabora
        Catastrophe,

Contestations
Qu'ont tes stations.
        Qu'a ta strophe ?

*

Rêveur discret,
Aux théorèmes
Il préférait
        Les poèmes.

Quel intérêt
Ont ces problèmes
Loin du secret
        Des phonèmes ?

Quand je retiens
Des physiciens
        Leurs désastres,

Tout opéra
S'élèvera
        Vers les astres.

*

Transcendé vers
L'opalescence
D'astres divers
        En silence

L'amant des vers
Pense à l'essence
De l'univers
        Et s'y lance

Ce fol attrait
Qu'idolâtrait
        Le félibre

Fut jà plaisant
Mais à présent
        Le fait libre

*

Pour nos meilleurs
Peintres, vous êtes
Bien en couleurs,
        Malïettes.

Que sont vos moeurs ?
Quand tu les guettes
Battent leurs coeurs.
        Inquïètes,

Si des badauds
Tournent le dos,
        Elles pleurent

Avec les cris
D'une souris
        Et puis meurent.

[Voir aussi les automnets des oulipotes]


P.S. du 12/08/25 : « automnet aviaire » ou « ouïseaunets d'automne ». Combinaison d'un schéma de sonnet à rimes plates avec la forme ouïseaunet de Robert Rapilly, en imposant comme Verlaine des rimes féminines pour tous les trisyllabes, et comme Robert des rimes systématiquement entre singulier & pluriel ainsi que la mention d'un nom d'oiseau dans chaque strophe.

Cincles plongeurs
À l'air songeur
        Quand vous êtes
        En disette

Cygnes chanteurs
Avec lenteur
        Vous ne faites
        Pas la fête

Bruants proyers
Allez broyer
        L'âcre myrrhe

Des balsamiers
Pigeon ramier
        Tu les mires

[Voir aussi cette précédente combinaison d'automnet & ouïseaunet par Robert Rapilly]


P.P.S. du 23/08/25 : nouvel automnet holorime

Sénescence

Si l'an te ment,
Dessert veule âge,
Vêts l'ossement
        À mort, sage.

Sis lentement,
Décervelage ;
Vélocement,
        Amorçage :

Amasserez
Des lais, terrés.
        Va l'heureuse

Âme à ce rets
Délétère ; es
        Valeureuse.


P.3S. du 25/08/25 :

Sagittarius A*

Dense, j'attends
Stars égarées
De lieux distants,
        Aux marées,

Et je distends
Les mesurées
Marques du temps :
        Les durées.

Qui croit me voir
Me décrit noir,
        Voire vide.

Je suis pourtant
Fort important :
        Je vous guide.

[Voir aussi cette superbe réponse d'Alexandre Carret,
ainsi que mes autres automnets des 5–8 septembre 2025]


9 août 2025

Busards
[Nicolas Graner s'est inspiré des rimes & rythme du titre d'un article de presse pour définir la forme « busard » : quatrain monorime de 3+3+5+5 syllabes. J'en ai construit sept ci-dessous, en alternant le genre de leurs rimes rares.]

Examen à Chartres
      « Des xénarthres
      Vient la martre »,
Dit-il, plein de dartres,
Dents sales de tartre.

*

      Puis ce keum
      Prétend : « Hum,
Tout actif maelström
Mesure un angström. »

*

      Le vieux bigle
      Un flou sigle :
Montre-t-il un trigle
(poisson) ou chien (beagle) ?

*

      En gestalt,
      Un pur malt
M'a fait voir du smalt —
Grisant bleu cobalt.

*

      En octobre
      Vint l'opprobre :
Perdre au whist un robre
Tout en étant sobre.

*

      Dans un tramp,
      Cette vamp
Utilise un clamp
Pour ouvrir le champ'.

*

      Maints pétoncles
      Mangea l'oncle,
Provoquant carboncle
Et même un furoncle.


P.S. du 11/08/25 : nouvelle série de busards à rares rimes

      Le grand rift
      Laisse un drift :
C'est, comme en un lift,
Pour la Terre un gift.

lift : coup soulevé, au tennis
gift : fécondation artificielle

*

Sisyphette
      Elle grimpe
      Vers l'Olympe
Habillée en guimpe
Mais à la fin quimpe

quimper : tomber

*

Toast
      L'ost low cost
      Post-glasnost
N'est plus qu'un compost
D'ancien permafrost

*

      Allez, ouste !
      La mangouste
Assène une rouste
À cette langouste

*

      Si le spitz
      De ce fritz
Boit son spritz en blitz,
Il vient d'un strélitz

*

      Ce grand Cafre
      Sans balafre
Aux grigris de safre
Est un vrai goulafre

*

      Le relaps
      But du schnaps1
Et mangea des blaps
En un menu laps

1 :  Tout schnaps light
      Au sunlight
À 100 Fahrenheit
Viole un copyright

*

      De l'épingle
      À la tringle
Voire à la résingle,
Qu'est-ce qui mieux cingle ?

*

      N'écoute onc
      Ce qu'un plonk
— Toujours gonflant, donc —
Braille en honky tonk

*

      Lorsqu'un bonze
      Traîne et bronze
On donne à ce gonze
Comme note un onze


P.P.S. du 12/08/25 : busard holorime

Printemps
      J'abuse art :
      Jà busard
Errant cible isard,
Et rancit blizzard.


13 août 2025

Holorimes asymétriques
[Les vers de rangs pairs sont des permutations circulaires phonétiques de ceux qui les précèdent. Comme il s'agit d'heptasyllabes, la coupure n'est jamais au milieu. Chaque distique n'est donc pas présentable comme un quatrain d'holorimes classiques de mètre deux fois plus petit. L'une des difficultés est que chaque vers doit citer deux rimes (au lieu d'une seule dans les holorimes classiques), donc deux syllabes sur sept sont surcontraintes. Le sonnet s'inspire des maliettes de Boris Vian. Cette forme d'asymétrie ne doit pas être confondue avec ces alexandrins de tailles très différentes de 2018.]

Mec, ou tu m'étudieras
Et tu diras mes coutumes,
Ton poste eu, m'enseigneras
En seigneur à tons posthumes

(Va sans peine, ajoute rai !),
Ou te rêvassant, pennage
Grenat, je décèderai :
Jeu d'essai, d'heure égrenage...

Éduqueras-tu, moqueur ?
As-tu maux que rets du coeur
Eut, tandis qu'as peur aux plombes ?

Hop, long but handicapeur :
Toute une tombe âpre, et fleur
Après flirt où tu ne tombes.

[Voir aussi cet autre sonnet d'holorimes à permutations circulaires
de Robert Rapilly, évoquant également les maliettes de Vian]


15 août 2025

Anti-palindrome vocalo-consonantique
[Rémi Schulz et Robert Rapilly ont déjà exploré la notion d'« anti-palindrome », où les n‑ièmes lettres en partant du début et de la fin sont toujours différentes. J'expérimente ci-dessous l'une des multiples façons d'endurcir cette contrainte : quand la n‑ième lettre est une consonne, la n‑ième en partant de la fin est une voyelle, et réciproquement. Voici le premier alexandrin que j'ai construit pour illustrer l'idée :

        Tudieu ! tu copieras un anti-palindrome.
Je n'ai volontairement rien modifié dans la première moitié du sonnet ci-dessous — ce qui rend plus acrobatique la seconde. Notons la synérèse moderne nécessaire sur le verbe « Jouais » du dixième vers, afin qu'il ne compte qu'une syllabe.]

El Desdichado

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
La corïandre ici que bien jonquille allie.

Fus-je bel ou le roi ?... Rhéa sinon Biron ?
Jouais un éveil oisif pendant nautique scène ;
Ai songé rouge hélas au trouble de la reine...

Saisie une auréole, assiégeais son perron :
Félibre reconnu, repris mon recopiage
Imité tour au tour de foulque humide et mage.

                                                    Tadeo Gautier

[Voir aussi cet autre anti-palindrome vocalo-consonantique de Robert Rapilly,
conservant tous les mots-rimes de l'original au lieu de ses sept premiers vers]


P.S. du 17/08/25 : anti-palindrome opposant les première & seconde moitié de l'alphabet. Autrement dit, quand la n‑ième lettre est entre A et M, la n‑ième en partant de la fin est entre N et Z, et réciproquement. J'ai cette fois choisi de conserver inchangés tous les seconds hémistiches de l'original, ce qui conduit bien sûr à tordre un peu plus les premiers. Si vous désirez garder le titre « El Desdichado », la signature doit être par exemple remplacée par « Bruno Prévost ».

Un circonscrito

Un sort si vermoulu : le veuf, l'inconsolé,
Pur maître du poème à la tour abolie ;
Ma couronne jugule, et mon luth constellé
Revêt l'opus sali de la Mélancolie.

Vers mon noir d'urubu, toi qui m'as consolé,
Dégote le terrain et la mer d'Italie,
Un troène dévot à mon coeur désolé —
Oued où cet aramon à la rose s'allie.

Sors en Zen ou Tao ?... Lusignan ou Biron ?
On macère rouge, off, du baiser de la reine ;
On va par un sopor où nage la sirène...

Ponte, j'ai treize fois traversé l'Achéron,
Y suant, bée itou, sur la lyre d'Orphée
Un alegretto d'oint et les cris de la fée.

                                                    Gérard de Nerval


P.P.S. du 18/08/25 : anti-palindrome topologique. Quand la n‑ième lettre comporte une boucle (en bas de casse), la n‑ième en partant de la fin n'en contient pas, et réciproquement. J'ai de nouveau conservé inchangés tous les seconds hémistiches de l'original, ce qui permet une comparaison plus directe des effets des contraintes. Celle-ci m'a semblé dure !

el desdichado

fier alcade bougon, — le veuf, — l'inconsolé,
un émotif de dieppe à la tour abolie :
ô l'albe nova plonge, — et mon luth constellé
reloge noir néon de la mélancolie.

vêpres du caveau, feu, toi qui m'as consolé,
évoque le tangage et la mer d'italie,
le genêt aromal à mon coeur désolé,
l'avenue où l'adret à la rose s'allie.

né bigot ou gra-al ?... lusignan ou biron ?
mon poupard dorera du baiser de la reine ;
j'épie à l'élément où nage la sirène...

rapide, engageable, ai traversé l'achéron,
réant néo-canon sur la lyre d'orphée :
les bas gobages, pie, et les cris de la fée.

                                                    luca de nerval


P.3S. du 19/08/25 : sélénet anti-palindrome opposant les 11 lettres les plus fréquentes du français (ESARTINULOC) aux 15 autres (BDFGHJKMPQVWXYZ). C'est une contrainte extrêmement dure si l'on cherche à antisymétriser des hémistiches voire de simples mots-rimes donnés. Ce sélénet n'imite donc plus le poème de Nerval. Il alterne en fait strictement les deux types de lettres mentionnés, ce qui simplifie l'antipalindromie. [Vous pouvez vérifier cette alternance avec une nouvelle option de ce programme PHP.] Notons qu'il ne respecte pas « la rigidité de l'okapi » (alternance consonne/voyelle) car on y trouve trois couples de consonnes successives (ps, ch, dr) et même deux triplets (pch, zlh). La suite « rya » ne serait pas autorisée non plus dans un okapi.

Rhum

Exigez image
De fixe puma !
Déjà je voyage
Vif, a maxima.

Fada, je m'évade,
Vide psyché, hop,
Chez l'hamadryade,
Bohème be-bop.


24 août 2025

Homovocalismes phonétiques
[Sous le nouveau nom de « toute-syllabie assonante », Maxime Masseron a relancé la contrainte des homovocalismes phonétiques, explorée sous le troisième nom d'« holo-assonances » en 2015 (entre autres) sur la liste oulipo. Ci-dessous, j'ai commencé par un sélénet selon la séquence vocalique ou-o-a-é-i (et son inverse), c.-à-d. dans l'ordre ascendant (et descendant) du premier formant de la voyelle. J'ai ensuite adapté notre souffre-douleur favori en reprenant dans chaque strophe les voyelles phonétiques de leur premier vers non modifié. Comme Maxime, j'ai identifié les voyelles ouvertes & fermées, et considéré les semi-consonnes comme des consonnes.]

Où proclamer l'ivre
Style et l'accord fou
Pour beaux-arts et livre
S'il n'est pas trop flou ?

Sifflez, oiseaux-mouches,
Outre opaque esprit !
Livrez à nos bouches
Tout l'or d'astre écrit !

[Voir aussi cette réponse encore plus contrainte d'Alexandre Carret, proche de nos homo(c/v)ismes de 2015]

*

L'expressif pathos

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le sire des Hébreux de recoins qu'on oppresse :
Ce gibbeux éther meurt, — le drelin gondolé
Se grise, mais l'Aigreur redevient son hôtesse.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi l'if du mont, l'eau, la ritale onde, ô liesse !
Cent papyrus comtaux à l'insight contrôlé —
En la vigne eus mon clos qu'allie à tronc, rose est-ce ?

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Visage où rouge est vu : j'eus bise en cou puis honte ;
Nixe a glouglouté pure, une île-antre ourdit conte.

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Répète là maints voeux à célesta, dénombre
Les lais que la sainte oeuvre, amère, et la fée ombre.

[Voir aussi ce quatrain d'hexasyllabes écrit la veille par Alexandre Carret, et cette variante de second quatrain pour le sonnet ci-dessus, qu'il a composée presque en même temps que moi. Cette contrainte phonétique est cousine mais différente des homovocalismes littéraux.]


P.S. du 31/08/25 : homovocalisme phonétique du Chantre d'Apollinaire

Encre

Régurgite l'opium, dégonflé refroidi
Spectre usineur au bord des conserves classiques,
Des surligneurs floraux ! Pressons les pneumatiques
Exclusifs, le logos, crayon verveux hardi ;

Ressuscite l'aulos escompté le mardi,
Réussite sonore et mondaines pratiques,
Les butineurs non-stop des fontaines magiques,
Et curïeux, sors tôt les contraires, pardi.

Quel lumineux cosmos, chers confrères agiles !
Es-tu si retors, mot des concerts peu faciles ?
Réunis deux morceaux, sers contextes gratuits,

Séductrices rotos, très complexes machines.
— J'ai mugi le propos d'énoncés retraduits
Et l'unique cordeau des trompettes marines.

[Voir aussi mes précédents poèmes oulipiens inspirés par ce monostiche d'Apollinaire]


5 – 8 septembre 2025

Nouveaux automnets
[Le premier est holo-assonant comme juste au dessus ; les deux suivants à signes extérieurs de richesse selon deux variantes différentes (suppression ou bien changement de la pénultième syllabe dans le second vers quasi-holorime, ce dernier avec très peu de mots par vers) ; le quatrième est monovocalique & monosyllabique à rimes riches ; la « stance en vendanges » finale est phonétiquement monovocalique en
ɑ̃ — cas très particulier d'holo-assonance.]

Personne à lettres,
Cet homme âgé
Sied naufragé
        Aux mal-êtres.

Des trop fats maîtres
L'étau gagé
S'est propagé,
        Ô plats mètres !

Dès lors, bravez
Les mots gravés
        Tôt par règles,

L'écho bavez
Et d'os gavez
        Vos noirs aigles.

*

Belle chanson
Peut, roucoulante,
Nimber leçon
        Peu roulante,

Et t'orientant,
Désopilante,
Elle est autant
        Désolante.

L'on vernissait
Un long verset
        Artistique.

Quel écriteau
Marquait l'étau
        Cathartique ?

[Voir aussi ces superbes réponses d'Alexandre CarretNoël Bernard]

*

L'indescriptible
Inanité
D'inadapté
        Destructible,

Imperceptible
Ambiguïté
D'embijouté
        Perfectible,

S'écoutera
Et coulera
        Impalpable,

Inaugurant
L'inopérant
        Incapable.

*

Rets d'encre

En mer, le ketch
Se perd : Me rendre
Près de ce fetch,
        Et le prendre,

Me sert de sketch.
Preste être et fendre
L'est, tel le stretch ;
        Bref, me tendre.

Le temps me vend
Très cher le vent.
        De mes plectres,

Je mets en vers
Ce lent spleen vers
        De verts spectres.

*

Sans transcendance

Antan chantant
Sens, vent, champs, danse,
L'enfant entend
        Qu'entre en transe

Grand tank, hantant
Camp, temps sans chance,
L'ensanglantant
        En vengeance,

Tranchant, flambant
En enjambant
        Chambre en cendres ;

Rampant, tremblant,
Cent gens semblant
        D'encens tendres.

[Voir aussi ce monovocalisme en [ɔ] et [o] d'Alexandre Carret, auquel je réponds ici]


9 – 10 septembre 2025

Holorimes monovocaliques
[Les automnets ci-dessus m'ont donné envie de combiner les deux contraintes de l'holorime et du monovocalisme en E. Je me suis vite souvenu que ça avait déjà été fait par Daniel Marmié dans son remarquable recueil « De la reine à la tour » (éd. de Fallois, 1995). J'ai lancé l'idée sur la liste oulipo avec une simple strophe de Chanson d'automne verlainienne. J'ai ensuite tenté un quatrain d'alexandrins, reprenant l'un des couples de rimes de cette strophe. Il s'agit du dialogue entre un oulipote défenseur du sens suivi et un obscur contorsionniste. Il est introduit par un demi-sélénet sans autre contrainte qu'une traduction approximative du quatrain d'alexandrins.]

Les très secrets
Lettrés se créent.
        Et rebelle,
Se tend ce vent.
Ce temps se vend,
        Ère belle.

*

Ô fou des contraintes,
Tu vas être exclu.
– Ni maître ni craintes
Pour le farfelu.

Déverse, écervelé, censément tendre lettre
Des membres vénérés ! J'enterre bellement.
– Des versets servent les sens, et m'entendre l'être,
Dément ? Brevet  n'est régenté :  rebelle ment.

[Voir aussi l'automnet holorime & monovocalique immédiatement composé par
Louis Couturier, et ces alexandrins holorimes en A, I, O & U de Robert Rapilly]


12 septembre 2025

Antérimes multiples
[Patrick Flandrin a relancé les antérimes, avec deux quatrains infiniment plus sensibles que ce que le grand rhétoriqueur Guillaume Crétin accumulait au XVe siècle. Leur particularité est d'employer quatre fois les mêmes deux premières syllabes des vers. J'ai expérimenté ci-dessous huit occurrences des mêmes trois premières syllabes, en ne répétant aucun mot. Pour enrichir les rimes finales, la voyelle phonétique de la syllabe les précédant est conservée dans les distiques successifs, qui alternent aussi pluriel & singulier.]

Allez, tendant vos rênes,
Haler tanker, ô rennes,
À l'étang où la raine
Halète encor ! Ma reine,
Allaitant les sirènes,
Hâlait tant mes migraines.
Ah laid temps qui m'entraîne,
Ale étanchée en thrène.


14 septembre 2025

Automnet-barre
[alternant le genre des non-rimes finales]

Sens l'érosion
Mettre aulne au rythme
Sans l'erroné
        Métronome.

Cent lérots vont,
Mais Trône orchestre
Sang, l'air odieux,
        Maître aux normes.

La fin des temps
Là feint d'échoir,
        Terroriste.

Les sceaux ouverts,
Laisse aux oublis
        Tes romances.

[Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret]


17 septembre 2025

Nouveaux textes & poèmes zipfiens

Graphe des nombres d'occurrences des lettres en échelle logarithmique

Application de la contrainte zipfienne aux nombres d'occurrences des lettres et non plus des mots. Autrement dit, après avoir classé les lettres par nombre décroissant d'occurrences, leur rang (minimum en cas d'ex aequo) est inversement proportionnel à ce nombre. Pour obtenir huit points parfaitement alignés sur le graphe en échelle logarithmique, j'ai ici choisi 24 E, 12 S, 8 A, 6 RT, 4 IN, 3 ULOC, 2 BDFGHMPQVXYZ et 1 JKW. Cela ressemble à un panscrabblogramme, mais avec d'autres nombres de lettres, notamment plus de E et de S, moins d'autres voyelles, et aucun joker.

Ce pangramme switche la loi de Zipf afin que chaque rang renverse
ses totaux de lettres (ses jokers vexés : bye !). Êtes bée ? Essayez.

*

Expliquez sobrement ces versets desséchés,
Négresse fée artiste,
Aérée analyste :
« Kiwi fade, aptéryx, quel jambon vous gâchez ! »


P.S. du 19/09/25 : retour à la contrainte initiale sur les nombres de mots, mais en atteignant ici 9 rangs parfaitement alignés selon une droite de pente –1 en échelle logarithmique.
• 1 mot est employé 36 fois (l'),
• 1 mot est employé 18 fois (d'),
• 1 mot est employé 12 fois (est — qu'il s'agisse du verbe ou du point cardinal),
• 2 mots sont employés 9 fois (air, or),
• 3 mots sont employés 6 fois (art, eau, oeil),
• 3 mots sont employés 4 fois (c', emblée, ou),
• 6 mots sont employés 3 fois (âme, ampleur, en, épaulard, honneur, troublée),
• 18 mots sont employés 2 fois (à, attends, au, ce, fond, immense, j', joindre, oeuvre, offre, où, plein, que, s', se, temps, une, vont),
• 27 mots sont employés 1 fois (a, avec, cette, commence, dans, dauphin, de, divin, dont, du, elle, et, faim, fin, le, on, outre, performance, qu', romance, sa, sans, serait, séraphin, son, telle, un).
Au lieu d'accumuler des homographes comme le 2 juin, j'ai ici « justifié » les trop nombreuses répétitions grâce à la forme auto-acrostiche d'hémistiche. Rémi Schulz m'a ensuite appris que Jean-Pierre Le Goff a fait plusieurs interventions sur le thème « eau + air = OR ».

Graphe des nombres d'occurrences des mots en échelle logarithmique

D'ampleur l'âme est troublée avec telle romance
Où s'offre une oeuvre immense, un art dont on a faim :
C'est d'air ou d'or d'emblée outre cette eau sans fin.
Au fond ce que j'attends serait qu'elle commence...

En l'honneur d'épaulard et de sa performance,
Vont se joindre à plein temps dans son oeil le dauphin,
L'air, l'eau, l'or, l'est. L'oeil ? L'art divin du séraphin !
D'ampleur l'âme est troublée où s'offre une oeuvre immense.

C'est d'air ou d'or d'emblée, au fond, ce que j'attends.
En l'honneur d'épaulard vont se joindre à plein temps
L'air, l'eau, l'or, l'est, l'oeil, l'art : d'ampleur l'âme est troublée.

C'est d'air ou d'or d'emblée en l'honneur d'épaulard,
L'air, l'eau, l'or, l'est, l'oeil, l'art ; c'est d'air ou d'or d'emblée :
L'air, l'eau, l'or, l'est, l'oeil, l'art ! L'air, l'eau, l'or, l'est, l'oeil, l'art !


Graphe des nombres d'occurrences des mots en échelle logarithmique

P.P.S. du 21/09/25 : haïku illustrant l'alignement de 4 rangs sur le graphe en échelle logarithmique (au lieu des 3 du premier haïku composé, qui employait des puissances de 2), à la manière des solutions de ce long poème-devinette de 2008.


Le fond, on le fond.
Le soir, le livre, on le livre.
Au lit, on le lit.




Graphe des nombres d'occurrences des mots en échelle logarithmique

P.3S. du 22/09/25 : triolet illustrant l'alignement de 6 rangs sur le graphe

L'enchantement, l'ois-tu ? — Je l'ois,
M'a répondu l'esprit du Mage.
— Enchantement de tes exploits !
L'enchantement, l'ois-tu ? — Je l'ois,

Mais l'on doit respecter des lois,
Rester sage comme une image...
— L'enchantement, l'ois-tu ? — Je l'ois,
M'a répondu l'esprit du Mage.


Graphe des nombres d'occurrences des mots en échelle logarithmique

P.4S. du 25/09/25 : villanelle en alexandrins, illustrant 10 rangs parfaitement alignés selon une droite de pente –1 en échelle logarithmique.
• 1 mot est employé 48 fois (l'),
• 1 mot est employé 24 fois (on),
• 1 mot est employé 16 fois (j'),
• 2 mots sont employés 12 fois (qu', vu),
• 2 mots sont employés 8 fois (admets, ai),
• 4 mots sont employés 6 fois (a, est, oeuvre, oit),
• 4 mots sont employés 4 fois (ancre, encre, esquif, oint),
• 8 mots sont employés 3 fois (au, chef, coeur, de, des, en, faut, il),
• 24 mots sont employés 2 fois (as, banquise, c', ce, d', écouter, jetons, la, le, les, m', mains, moins, mois, nous, pêcher, qui, s', sa, sans, ses, tout, tu, veut),
• 23 mots sont employés 1 fois (à, abîmant, blancs, cancre, chancre, chassons, contrefaçons, dire, du, échancre, frit, glaçons, hameçons, Lancre, mais, moissons, nef, palancre, Pierre, poissons, quelquefois, sorcières, splendides).

L'esquif, l'on l'a, l'on l'est ; j'admets, j'ai vu qu'on l'ancre.
C'est-à-dire qu'il nous  faut pêcher des poissons.
L'oeuvre, l'on l'oit, l'on l'oint ; j'admets, j'ai vu qu'on l'encre.

As-tu vu qu'en ce mois la banquise s'échancre ?
Tout chef veut ses mains-d'oeuvre au coeur des blancs glaçons.
L'esquif, l'on l'a, l'on l'est ; j'admets, j'ai vu qu'on l'ancre.

Vu qu'il faut m'écouter, au moins jetons le cancre,
Ce m'as-tu-vu sans coeur, chef en contrefaçons.
L'oeuvre, l'on l'oit, l'on l'oint ; j'admets, j'ai vu qu'on l'encre.

Qui nous a vu pêcher oit « Jetons sa palancre
Au coeur de la banquise ; il faut des hameçons. »
L'esquif, l'on l'a, l'on l'est ; j'admets, j'ai vu qu'on l'ancre.

Chef-d'oeuvre qu'oit sa nef, c'est moins Pierre de Lancre
Qui de ses mains a frit les sorcières — chassons !
L'oeuvre, l'on l'oit, l'on l'oint ; j'admets, j'ai vu qu'on l'encre.

Mais sans tout écouter, le mois s'en veut du chancre
Abîmant quelquefois les splendides moissons.
L'esquif, l'on l'a, l'on l'est ; j'admets, j'ai vu qu'on l'ancre.
L'oeuvre, l'on l'oit, l'on l'oint ; j'admets, j'ai vu qu'on l'encre.


Graphe des nombres d'occurrences des mots en échelle logarithmique

P.5S. du 27/09/25 : légère modification du début du chapitre LI de la Vie mode d'emploi de Perec (Valène, chambres de bonne, 9), afin de respecter la loi de Zipf exacte à 10 rangs alignés.
• 1 mot est employé 48 fois (les),
• 1 mot est employé 24 fois (de),
• 1 mot est employé 16 fois (la),
• 2 mots sont employés 12 fois (à, en),
• 2 mots sont employés 8 fois (et, sa),
• 4 mots sont employés 6 fois (dans, il, se, train),
• 4 mots sont employés 4 fois (d', l', peindre, une),
• 8 mots sont employés 3 fois (avec, du, lui, main, que, serait, son, tableau),
• 24 mots sont employés 2 fois (ainsi, ascenseur, aurait, blouse, comme, côté, debout, déjà, écharpe, grise, lampes, le, longue, même, palette, par, peindrait, peintre, porte, presque, toile, tout, un, violette),
• 155 mots sont employés une seule fois.

Il serait lui-même dans son tableau, dans sa chambre, presque tout en haut à droite, comme une petite araignée attentive tissant sa toile scintillante, debout, à côté de son tableau, sa palette à la main, avec sa longue blouse grise toute tachée de peinture et son écharpe violette.

Il serait debout à côté du tableau presque achevé, et il serait précisément en train de se représenter lui-même, esquissant du bout du pinceau la silhouette minuscule d'un peintre en longue blouse grise avec une écharpe violette, sa palette à la main, en train de peindre la figurine infime d'un peintre en train de peindre, encore une fois une de ces images en abyme qu'il aurait voulu continuer à l'infini comme si le pouvoir de ses yeux et de sa main ne connaissait plus de limites.

Il se peindrait en train de se peindre et autour de lui, sur la grande toile carrée, tout aurait déjà été mis en place : la cage de l'ascenseur, les escaliers, les paliers, les paillassons, les chambres et les salons, les cuisines, les salles de bains, la loge de la concierge, le hall d'entrée avec sa romancière américaine interrogeant la liste des locataires, la boutique de Madame Marcia, les caves, la chaufferie, la machinerie de l'ascenseur.

Il se peindrait en train de se peindre, et déjà l'on verrait les louches et les couteaux, les écumoires, les boutons de porte, les livres, les journaux, les carpettes, les carafes, les chenets, les porte-parapluies, les dessous-de-plat, les postes de radio, les lampes de chevet, les téléphones, les miroirs, les brosses à dents, les séchoirs à linge, les cartes à jouer, les mégots dans les cendriers, les photographies de famille dans les cadres antiparasites, les fleurs dans les vases, les tablettes de radiateurs, les presse-purée, les patins, les trousseaux de clés dans les vide-poches, les sorbetières, les caisses à chat, les casiers d'eaux minérales, les berceaux, les bouilloires, les réveille-matin, les lampes Pigeon, les pinces universelles. Et les deux cache-pot cylindriques en raphia tressé, les quatre calendriers que Cinoc conservait, les babouches tunisiennes rapportées à Mademoiselle Crespi par Béatrice Breidel, la table rognon ainsi que ce train se faisant tirer par sa locomotive, la couche en cuir synthétique, la boîte à épices ainsi que la coquille en nacre.


28 – 29 septembre 2025

Échanges vocaliques
[À la manière des homovocalismes phonétiques de 2015récents, le premier sonnet ci-dessous traduit El Desdichado (Le Déshérité) de Nerval en employant les voyelles phonétiques du sonnet en X (allégorique de lui-même) de Mallarmé, et le second fait le contraire. Alexandre Carret est l'auteur des strophes de rangs pairs du premier sonnet (seconds quatrain & tercet), Rémi Schulz a composé celles du deuxième sonnet, et j'ai écrit les strophes de rangs impairs, titres & signatures.]

L'homme est languide
(L'amer stoïque sieur ruiné)

J'ai vu l'ombreux Héros, — l'expirant Veuf proscrit,
L'employeur de Viville où l'infant n'a d'obole :
Nimbé, meurt l'edelweiss, — luth spectral me prescrit
Le seul pleureur Feu noir de l'Idée errant folle.

Tu daignais rendre tôt ma tombe ivre d'hubris ;
Ah Pausilippe !, l'eau d'Italie est morose ;
La fleur plaisait à cet innervé coeur au lys
Qu'à treille je portais, honteux, t'aimant, Ô rose.

Être Orgueil, Astarté ?... Paul Fort soit Jean Humblot ?
Va torride ce front de baise de mélo ;
Médite au creux du nant : juste plonge une nixe...

Et je sais vaincre sûr en ce Styx, roi dans l'eau,
Devant mouliner sec la queue basse ce mixe
De sainte ire à cris longs si beaux que c'est du slow.

                                                        Gérard de Naravel
                                                        [Alexandre CarretGef]

*

Les vers d'X d'alors
(reflet des psychés)

De griffes l'éclaireur meut le poinçon volé
De Craintes à nuitée astrale où favorise
L'affreux rêve à Gerfaut, et consumons l'ailé
Corps que ne connaît pas de boîtier, cendre omise

En l'acquis, nulle onzo d'habitat gondolé,
Mentale d'origine, éparse élite admise,
(Car le Sire élégant a son pleur étiolé,
Mais avec tout ce sang fatal l'eau se tamise.)

Puis là, jouxte ouverture, une immense Ourse y rompt
Son blond séjour en or sur des scènes d'arène :
Des béliers en galop pourchassent la sirène.

Elle est ce soir un coeur avéré sage et rond,
Ô nue, en tous atours lunatique l'aunée,
Ses jours riment la fin des sept nuits de l'année.

                                                        Stéphane Melmar
                                                        [Rémi SchulzGef]


P.S. des 3 & 6 octobre 2025 : bien plus dure contrainte inverse, à savoir d'abord la traduction du sonnet allégorique de lui-même de Mallarmé avec les consonnes phonétiques du Desdichado. Robert Rapilly a composé les strophes de rangs impairs, moi les deux autres, et nous avons finalement peaufiné quelques détails ensemble. Au dernier vers, j'ai repris l'excellent « sept » trouvé par Rémi Schulz dans sa précédente version plus libre des tercets. Contrairement à ma règle plus stricte de 2015, nous n'avons pas maintenu les groupements de consonnes comme dans l'original, et n'avons pas tenu compte des semi-consonnes.

L'aède cède auto-chant dit

Enjeu si loin tenu brûlant vif l'écu seul,
L'appréhension dicte — ô nuit liée au trouble ! —
Maint souhait létal mort, tumulte où cuit cet Hell
Portant linceul, néon, radon, lume, lac, houle

Dans les nus dais tabous tuant comme cancel,
Ramolli puzzle peint, l'émeraude te loue,
(Le fileur complaisant tôt manquera de sel
Au laiteux Rien lampé — prompt, le rasé s'alloue.)

Céans : joyau, mire off, Absolus Oignons, brous
Mais frein tragique au ras des bases de l'arène,
Joint ruant vide ; et l'Ogre Etna, jà la Sirène,

Gît défunt, voue encor, tard versant le courroux
Mis dans le trou tracé, râle lourd horrifie
Le cippe ardant les Sept où l'incrédule fie.

                                                        Jarred Nonrival
                                                        [Robert RapillyGef]

*

Ci-dessous, le Desdichado est approximativement traduit en employant les consonnes phonétiques du sonnet en X (de nouveau sans tenir compte des semi-consonnes). C'est encore bien plus difficile, car Mallarmé accumule beaucoup de consonnes, notamment dans ses 5e & 7e vers. Cette fois, Rémi Schulz, Robert Rapilly et moi-même avons travaillé indépendamment. Rémi a composé un premier quatrain, et Robert & moi des sonnets complets. Voici le mien, qui retrouve la première rime de Rémi (cassé), et cinq des six rimes des tercets de Robert (honneur, coeur, nixe, Achéron, patron) :

Siento un caos

Sans prise, aiglon tordu, — douloureux, — nu, — cassé,
L'angoissé semi-nonce au tant lapidé phare :
Mort-vivant suit péril, brol perd l'oeuf annexé
Qu'un noir écueil épais de son Erreur effare.

Sur l'encré décès, os, lev donne, et lump taxé,
Emballe un beau bleuet d'une eau nette et son are ;
Qu'heur lui montre tel pèze — et d'ampleur !, zeste axé,
Vin qu'au cens albigeois dahlïa niçois narre.

M'approchant, le cou rose, in, rêvant qu'oint honneur,
Goûts nés au Soleil, Pan, hot antre élude au coeur
De l'incarnat rendu fou qu'ont teint reine et nixe.

Là, deux fois tu n'allas m'enrayer Achéron,
Codant le bal formé par lais qu'hydre aux sons fixe :
Des saints toussant souhaits, tout là-haut soûl patron.

                                            (citons phonèmes là remis)


P.P.S. du 02/10/25 : illustration du fait qu'on peut être simultanément homovocalique et homoconsonantique sans être holorime (comme déjà prouvé en 2015 pour les syllabes finales des vers et les versions littérales de ces contraintes). Ci-dessous, les deux alexandrins centraux sont de ce type.

De chapeaux nains et robe échancrée, on s'honore :
Bal aux bibis, le dos ni n'a tissé nos rots,
Abolis bibelots d'inanité sonore,
Ni ne cause de gêne au cours des boléros.


P.3S. du 03/10/25 : homovocalismes puis homoconsonantismes phonétiques de la chanson de Sherma dans le jeu vidéo Hollow Knight: Silksong. L'original se transcrit approximativement « Faridou la cimanette / Donipoint na volinette / Pinassant mi manicette / Danafant sur le banc » — ou « vent » à la dernière syllabe. Mon poème évoque la déchéance d'un zonard (ce qui n'a rien à voir avec le thème du jeu, ni avec la mignonnerie de ce « Sherma »).

Farigoule à pique-assiette,
Johnny point n'a trotinette
Ni croissant ni d'anisette
        L'agrafant sur le banc.
Sherma
Baby-foot à cigarette,
Quotidien à mobylette,
Nuitamment l'inane y guette
        Sa maman : plus le temps.

Farandole à saumonette,
Dîner pana — vol honnête.
« Panonceau m'emmène, ascète »,
        Damné fils hurle au vent.

Frauduleux sommes, hauts n'êtes !
Déni peine vos lunettes.
Punissez mômes, nicettes
        D'aînés fonceurs : longs bans.


5 octobre 2025

Prose
[Le serveur de la liste oulipo est tombé en panne entre les 3 & 6 octobre 2025. Pour tester son fonctionnement, j'y ai posté ce court message de « prose » — proche de ce paragraphe d'il y a quatre ans.]

N'ayant ma dose d'astreints propos, c'est le repos, je suppose. Ce mot de prose craint ton stop, ô liste oulipo. Quelle cause ? Mais si repart ton étrange art, logosphère, avertis-moi : avec émoi, je t'espère.


8 – 10 octobre 2025

(Dé)nasalisations & (dé)voisements
[Autres formes d'homophonies, nasalisant les voyelles non nasales & le contraire :
            è
[ɛ] ↔ in [ɛ̃], a [ɑ] ↔ an [ɑ̃], o [ɔ] ↔ on [ɔ̃], eu [œ] ↔ un [œ̃],
et/ou vocalisant les consonnes non voisées & le contraire :
            p ↔ b, t ↔ d, k ↔ g, f ↔ v, s ↔ z, ch
[ʃ] ↔ j [ʒ].
Le premier distique ne s'occupe que des voyelles phonétiques, en interdisant celles sans nasales associées en français (i, ou
[u], u [y]), le deuxième ne traite que les consonnes phonétiques, en interdisant celles qui ne forment pas de tels couples [mnɲlʀ], et le quatrain final effectue simultanément ces deux types d'échanges. Chaque exemple illustre la totalité des échanges possibles.]

En lynx à dresser, trinque aux très à jeun : tâtons
Alexandrins cintrés, contraints, en jeu tantôt.

*

T'ôte cet écho fin, pièce du douteux temps
D'odes et d'egos vains : biaises-tu, tout dedans ?

*

Avance un bambin jà dingue, quand vint zinzin,
Honte à dater : va donc au sein des faux débats,
Ode entends d'infant tôt, gonze ! Éteints, vont tympans
En phase : papet chante, et qu'un gars fait cesser.

[Voir aussi ce sonnet holorhume de 2002 et ce premier distique dénasalisant de 2018]


12 octobre 2025

Homovocalisme & homoconsonantisme verlainiens
[comme dans ces sélénets d'il y a dix ans, j'ai composé ci-dessous deux homovocalisme
& homoconsonantisme phonétiques de la Chanson d'automne de Verlaine]

Vantons l'aurore

Céans volons
Et rigolons,
        Je l'ordonne,
Preste dompteur
Sur pesanteur
        Hors d'ozone.

Cours-tu volcans,
Stellaires camps ?
        L'aube fleure
Le feu pourprin,
Fier boute-en-train
        Vers ce leurre.

Réglementé,
L'ordre en beauté
        Fit en sorte
Que l'astre las
D'abstraits blablas
        Ne ressorte.

        (Prose est vaine, « Prospèrera l'humain »)

*

Échéance détenue

Là ce glaïeul
Dont veuille aïeul
        Dit l'antienne,
Blanc sommeil court
Donne un lai gourd,
        Hymne tienne.

Tisse affiquets,
Bilans moqués,
        Saine lyre,
Jumeaux savants
D'âgés ranz sans
        Joug, puis lire !

Ô jamais vu
Envoi mauve eu
        Comme un prote,
De soudains liens
Pour Éoliens
        Font marotte.

        (Pull-over en laine, « Opium citronné »)


14 octobre 2025

Hétérosyllabe
[Proposition de nouvelle contrainte, similaire à la règle de Boileau stricte et aux hétérogramme, hétérodigrammehétérotrigramme : aucune syllabe ne doit être répétée. Pour la durcir, j'ai volontairement identifié les voyelles ouvertes & fermées, et j'ai également tenu compte des syllabes supplémentaires dues aux rimes féminines, chantées sur une autre note.]

Au clair d'ocre Lune
Mon copain Pierrot
Passe-moi ta plume
Pour écrire un mot

Ma chandelle est morte
N'ayant aucun feu
Fais miséricorde
Pour l'amour à Dieu
[o.klɛʀ.do.kʀə.ly.nə]
[mɔ̃.ko.pɛ̃.pjɛ.ʀo]
[pa.sə.mwa.ta.ply.mə]
[pu.ʀɛ.kʀi.ʀœ̃.mo]

[ma.ʃɑ̃.dɛ.lɛ.moʀ.tə]
[nɛ.jɑ̃.to.kœ̃.fə]
[fɛ.mi.zɛ.ʀi.koʀ.də]
[puʀ.la.mu.ʀa.djə]

P.S. du 28/10/25 : Desdichado hétérosyllabique, identifiant comme ci-dessus voyelles ouvertes & fermées pour corser la difficulté. En revanche, les e caducs finals des rimes féminines ne sont ici pas comptés comme des syllabes supplémentaires, afin d'obtenir des rimes suffisantes respectant l'alternance. J'ai aussi choisi d'écrire tous les [eɛ] avec un [e] fermé plutôt qu'un [ɛ] ouvert. Quelques commentaires techniques sont disponibles dans ce message adressé à la liste oulipo. Louis CouturierRobert Rapilly m'ont aidé à améliorer mon douzième vers.

El Destechado
(Un Vagabond)

Je suis le mortifié, — l'ours veuf, — l'inconsolé,
L'obscur prince aquitain aux tours que l'on oublie :
Mes astres ont péri, — l'orphique oud aveuglé
Porte un flamboiement noir brûlant ma névroglie.

Aux nuits du grand tombeau, quand tu m'eus regonflé,
Rends-moi l'alpage intact, grève et mer d'Italie,
L'ocre fleur plaisant tant au coeur sombre, accablé,
L'ouche avec pampre où treille aux roses siège emplie.

Feindre Amour ou Phébus ?... Lusignan, soit Cesbron ?
Pour un baiser royal subis-je une migraine,
Rêvant bien dans un antre où naviguait sirène...

Puis trois fois j'ai vaincu, traversé l'Achéron :
Nuançant sur ce luth comme jouait Molière
Maints soupirs d'humble sainte ou cris d'aigre sorcière.

                                                        Gaspard de Nerval
[el.des.te.tʃa.do]
[œ̃.va.ga.bɔ̃]

[ʒə.sɥi.lə.moʀ.ti.fje.luʀs.vəf.lɛ̃.kɔ̃.so.le]
[lob.skyʀ.pʀɛ̃.sa.ki.tɛ̃.no.tuʀ.kə.lɔ̃.nu.bli]
[me.za.stʀə.zɔ̃.pe.ʀi.loʀ.fi.ku.da.və.gle]
[poʀ.tœ̃.flɑ̃.bwa.mɑ̃.nwaʀ.bʀy.lɑ̃.ma.ne.vʀo.gli]

[o.nɥi.dy.gʀɑ̃.tɔ̃.bo.kɑ̃.ty.my.ʀə.gɔ̃.fle]
[ʀɑ̃.mwa.lal.pa.ʒɛ̃.takt.gʀe.ve.meʀ.di.ta.li]
[lo.kʀə.fləʀ.ple.zɑ̃.tɑ̃.to.kəʀ.sɔ̃.bʀa.ka.ble]
[lu.ʃa.vek.pɑ̃.pʀu.tʀe.jo.ʀo.zə.sje.ʒɑ̃.pli]

[fɛ̃.dʀa.mu.ʀu.fe.bys.ly.zi.ɲɑ̃.swa.ses.bʀɔ̃]
[pu.ʀœ̃.be.ze.ʀwa.jal.sy.bi.ʒy.nə.mi.gʀen]
[ʀe.vɑ̃.bjɛ̃.dɑ̃.zœ̃.nɑ̃.tʀu.na.vi.ge.si.ʀen]

[pɥi.tʀwa.fwa.ʒe.vɛ̃.ky.tʀa.veʀ.se.la.ke.ʀɔ̃]
[ny.ɑ̃.sɑ̃.syʀ.sə.lyt.ko.mə.ʒu.e.mo.ljeʀ]
[mɛ̃.su.piʀ.dœ̃.blə.sɛ̃.tu.kʀi.de.gʀə.soʀ.sjeʀ]

                                        [gas.paʀ.də.neʀ.val]

P.P.S. du 01/11/25 : Chanson d'automne hétérosyllabique, avec les mêmes règles formelles que ci-dessus, et une synérèse moderne au 2e vers.

Chanson automnale

Si nous tremblons
Pour les violons
        De l'automne,
Saigne mon coeur
En sa langueur
        Qui bourdonne.

Tout divagant
Et blême, quand
        Sonne l'heure,
Tu te souviens
Des jours anciens
        Puis on pleure.

Lors je m'en vais
Par vents surfaits :
        L'air m'y porte
Comme il rafla
Naguère la
        Feuille morte.

(d'après Paul Verlaine)
[ʃɑ̃.sɔ̃.no.to.nal]

[si.nu.tʀɑ̃.blɔ̃]
[puʀ.le.vjo.lɔ̃]
[də.lo.ton]
[se.ɲə.mɔ̃.kəʀ]
[ɑ̃.sa.lɑ̃.gəʀ]
[ki.buʀ.don]

[tu.di.va.gɑ̃]
[e.ble.mə.kɑ̃]
[so.nə.ləʀ]
[ty.tə.su.vjɛ̃]
[de.ʒuʀ.zɑ̃.sjɛ̃]
[pɥi.zɔ̃.pləʀ]

[loʀ.ʒə.mɑ̃.ve]
[paʀ.vɑ̃.syʀ.fe]
[leʀ.mi.poʀt]
[ko.mil.ʀa.fla]
[na.ge.ʀə.la]
[fə.jə.moʀt]

[da.pʀe.pol.veʀ.len]

P.3S. du 06/11/25 : holo-assonances hétérosyllabiques
(combinaison de contraintes légèrement paradoxale)

Ce jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur,
Velours prévalu sur creuses plombes trompeuses.
Ne doutez d'art futur ! Je recompte nombreuses
Fleurs où les m'as-tu-vu pleureurs rompent longueur.
[sə.ʒuʀ.ne.pa.ply.pyʀ.kə.lə.fɔ̃.də.mɔ̃.kəʀ]
[və.luʀ.pʀe.va.ly.syʀ.kʀə.zə.plɔ̃.bə.tʀɔ̃.pəz]
[nə.du.te.daʀ.fy.tyʀ.ʒə.ʀə.kɔ̃.tə.nɔ̃.bʀəz]
[fləʀ.zu.le.ma.ty.vy.plə.ʀəʀ.ʀɔ̃.pə.lɔ̃.gəʀ]

P.4S. du 09/11/25 : traduction de la même Chanson d'automne que plus haut sous forme d'hétérotrigramme, c.-à-d. en n'employant qu'une seule fois chaque suite de trois lettres, même accentuées, et même séparées par des espaces, ponctuations ou sauts de lignes.

Couplets en demi-saison

Les sanglots longs
D'accordéons
        De l'automne
Brûlent ce coeur
Comme un rocker
        Monotone.

Tout suffocant
Puis blême, quand
        La défaite
S'oit, je revois
Moult sort de choix
        Qu'on regrette.

Ainsi je pars
Aux preux blizzards,
        Chair succincte
Céans et là,
Conforme à la
        Feuille éteinte.


P.5S. des 10 & 11/11/25 : titre et strophes (de six vers) indépendamment
hétérodigrammatiques, c.-à-d. ne répétant aucune suite de deux lettres.

Mélodie automnale imitée de Verlaine

Moult pathos prompts
Des carillons
        Au solstice
M'axent le coeur
D'un noir tanker,
        Ah réglisse !

Privé d'onguent
Et pâle quand
        Cogne l'âge,
J'apercevrais
Vieux jours de grès :
        Tôt m'abats-je.

Si je m'en vais
Auprès d'orvets
        Qu'on efface
Dans le zéphyr
Où sut ravir
        L'heur, j'y passe.


P.6S. du 12/11/25 : vers hétérogrammatiques, c.-à-d.
où aucune lettre n'est employée plus d'une fois.

Cri d'automne

L'amer typhon
Du batyphon
        Gris d'automne
Y mina coeur
D'un vil hacker,
        Bug atone.

Me disloquant,
Si plombé quand
        Vrombit l'âge,
Çà j'y revois
Un rayé mois,
        Donc j'y rage.

Chut, loin je pars :
Un flot épars
        Jà m'y porte
De ci, pour là
Qu'on piste la
        Faux si morte.


15 octobre 2025

Voeux cryptés
[homoconsonantisme & homovocalisme phonétiques en l'honneur d'un grand oulipote]

Abonné, enivre ce réel zèle masquant
l'oralité verbale incarnant l'hymne !

*

Voeux décryptés
[automnet]

En célébrant
L'anniversaire
D'un ami grand,
        Mon glossaire

Dit avec cran
Qu'est nécessaire
De rimer en
        Voeu sincère.

L'esprit malin
Et cristallin
        Vers le faîte

Veut le sens. Qui ?
C'est Zalmanski
        Que l'on fête !

[Voir aussi mes précédents hommages au même AZ]


21 octobre 2025

Chanson d'antan
[Chanson d'automne de Verlaine traduite avec seulement des voyelles nasales]

L'indien printemps
Sans chants contents
        Prend son timple,
Rompant l'entrain
D'un frein contraint
        Longtemps simple.

Combien blanc quand
L'instant clinquant
        Vient m'enjoindre
D'entendre un rien
D'ensemble ancien,
        Donc m'en plaindre.

Un vent changeant
En m'engrangeant
        Dans son ombre
Contre un blond foin
M'ancre enfin loin :
        Prompt, l'on sombre.

[Voir aussi cette page d'Éric Angelini & et Daniel Lehman (1991), ce lipophone allitéré de moi-même (2018), cette saturation nasale de Nicolas Graner (2018), le premier vers de ce distique holorhume  (2018) et cet automnet phonétiquement monovocalique en ɑ̃ (2025) de nouveau de moi-même, ou ce très récent distique holorime de Jean Roche (2025)]


27 octobre 2025

Énigme
[Passez votre souris sur cette explication pour l'afficher. Le demi-sélénet ci-dessous illustre l'unique boucle 4-6-3-5-(4-...) obtenue en comptant le nombre de lettres de chaque entier. Ils correspondent ici aux nombres de mots des vers, et sont repris en acronymes aux vers suivants.]

Comme il ne questionne
Qu'un art très rosse eu,
Sort-il xylophone
Trop rare ? Ont-ils su ?

[Voir aussi la boucle gématrique illustrée par Rémi Schulz dans le poème isocèle au bas
de cette page. J'y ai d'ailleurs humblement participé en en composant quatre décasyllabes.]


13 novembre 2025

Monovocalisme hétérophonétique
[Jean Roche a proposé & illustré la nouvelle contrainte d'un monovocalisme littéral (en E) mais pourtant hétérovocalique phonétique par vers, c.-à-d. dont les E se prononcent différemment. Voici une adaptation de ma part du sélénet originel.]

En ce spleen sélène,
Le speech, cher Clément,
Ben, dépend de penne :
Prête décemment !

Tweets, n'êtes l'essence
De news, récemment.
Geek cherche clémence :
Geez ! prenez serment.
[ɑ̃səsplinselɛn(ə)]
[ləspitʃʃɛʀklemɑ̃]
[bɛ̃depɑ̃dəpɛn(ə)]
[pʀɛtədesamɑ̃]

[twitnɛtəlesɑ̃s(ə)]
[dənjuzʀesamɑ̃]
[gikʃɛʀʃəklemɑ̃s(ə)]
[dʒizpʀənesɛʀmɑ̃]

13 – 16 novembre 2025

Vers hétérogrammatiques
[Les enchaînements d'anagrammes hétérogrammatiques sont le principe des poèmes en prose Alphabets, la Clôture, etc., de Perec. Traduire des vers mesurés et rimés en interdisant de répéter la moindre lettre en leur sein me semble une nouveauté, illustrée il y a quelques jours sur la Chanson d'automne de Verlaine. Je reprends ci-dessous cette contrainte pour d'autres poèmes, en commençant de nouveau par le sélénet originel. Les pentasyllabes la rendent difficile, car les vers de rangs impairs, à rimes féminines, doivent employer les six voyelles AEIOUY. Je les ai du coup imposées dans tous les vers de ce sélénet.]

Mytho zig à Lune,
Syndiqué Charlot,
Fichons-y ta plume :
J'y ferais un mot.

La psy du bic morte,
S'y brûla Phoenix.
Munis-y la porte,
Vis l'amour de Ptyx !


Adaptation hétérogrammatique par vers du poème À une Damoyselle malade de Clément Marot (choisi par Douglas Hofstadter comme fil conducteur de son livre le plus oulipien, Le Ton Beau de Marot). Ses trisyllabes facilitent a priori la contrainte hétérogrammatique, mais cela reste tout de même acrobatique en raison de leur étroitesse et de l'accumulation de rimes.

À ce long virus

Ma jolie,
Jà n'oublie
Mon salut,
Car déplut
La prison :
Guérison
Soutirez,
Mais ouvrez
Ci la porte
Qu'à fin sorte
Plus fiérot —
Ce Marot
Vous l'y mande.
Moult friande,
Si ta bouche
Là s'y mouche,
Vis danger
D'y manger
Confitures :
Point y dures
Mal fichue,
Ô grinchue
Tu viendras
Et choiras
Poids menu,
La vertu
Abolie,
Ma jolie.


Traduction hétérogrammatique par vers d'Un grand sommeil noir de Verlaine

L'échu pays noir
Y fond sur ma vie,
Y buvant l'espoir,
Flux à synovie.

Mytho pas vu, rien,
Plus d'info m'y trace :
Mal y sort du bien,
Nul ptyx, ô disgrâce !

Vers un hôpital
Y gît un corps alme
Pris chez un tombal
Opus, dinghy calme.


P.S. du 20/11/25 : automnet à rimes riches et vers hétérogrammatiques

Opus à rythme vif

Ô maux divers :
Lycanthropie,
Globaux hivers,
        Myopie,

Plat univers !
Car l'utopie
Combat du vers
        La copie.

Joug délicat :
Nul prédicat
        Mis n'y double

Ta psy d'orgueil.
Gym d'art : un oeil
        Vain s'y trouble.


P.P.S. du 25/11/25 : adaptation hétérogrammatique par vers de L'heure exquise de Verlaine

Façon subtile

Sort maxi-lune
Par un tel bois ;
Ad hoc tribune,
Part une voix :
L'info d'arbuste

Opina juste.

Si lac vu montre
Album d'espoir,
Puy d'ifs là contre
L'abyme noir
Où styrax chigne...

Ça plut, ô signe !

Suc d'onyx maître,
Paix du mortel
Oh ! pus y naître
Gratos du ciel :
Nova rutile...

Coda subtile.


P.3S. du 26/11/25 : bide au caf'conc'. Sonnet d'hexasyllabes hétérogrammatiques, avec
alternance de rimes consonantiques et vocaliques, pour explorer jusqu'où on peut aller.

Y perd job musical

Ce vibrato du lynx
Folk put dynamiser.
A dû m'hypnotiser
Ut d'opale syrinx...

Subito le pharynx
Punchy fit mal doser :
Zig chut d'ankyloser
Ce pivot du larynx.

Déçu, l'amphitryon
Discuta l'embryon
D'un job hyperactif.

Y récapitulons
À type vif : brûlons
Du gaz hypotensif !


21 – 22 novembre 2025

Automnets irrationnels
[de schéma
4a 4a 3B / 4c* / 4B 4a 4a 3B / 4c* / 4c 4D 4c 4c 3D, les trisyllabes
étant réservés comme précédemment aux rimes féminines finales des strophes]

Que sans frisson
La bande-son
        Soit muette,

C'est aberrant.

Si le poète
Pond sa chanson
D'une façon
        Désuète,

C'est aberrant.

Mais libérant
Ses vers, il brame,
Réverbérant
L'exubérant
        Épigramme.

[Voir aussi ces réductions de grands classiques par Robert Rapilly]

*

L'art je bouclai,
Large book, lai :
        L'or s'y terre,

Se dilatant.

Quel ord scythe erre
S'il a bâclé ?
Syllabe à clé
        Lors s'itère,

Se dilatant.

Ce deal attend
Quai, rade, au Tage :
C'est en tétant
Cet entêtant
        Radotage.

[Voir aussi ces holorimes d'Alexandre Carret]


P.S. du 23/11/25 : automnet irrationnel monosyllabique en 4+4+3/... lettres au lieu de syllabes

Évasion

Airs
pers,
   bye.

Fuis !

Baye
vers
vers,
   aïe...

Fuis !

Suis
hère,
puis
suis
   ère.


24 novembre 2025

Djinns d'automne (d'après Tor Go)
[réduction à la manière du Phane Armé de Queneau
et des récentes irrationalisations de Robert Rapilly]

Port, ville,
Asile
        Mort,
Mer grise ;
La brise
        Dort.

Dans la plaine
Naît l'haleine
        De nuit.
Elle brame
Qu'une flamme
        La suit.

La voix plus haute
D'un nain sursaute.
        Au galop
Il fuit, s'élance,
Sur un pied danse
        En un flot.

La rumeur approche,
Écho de la cloche
        D'un lieu maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tantôt s'écroule,
        Tantôt grandit.

Djinns aux voix sépulcrales !
Fuyons sous les spirales
        D'escaliers profonds.
Déjà s'éteint ma lampe,
L'ombre au long des murs rampe,
        Montant aux plafonds.

C'est l'essaim des Djinns qui passe
En trombe ! Leur vol fracasse
        La sylve en l'ébranlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Semble un nuage livide
        Portant l'éclair au flanc.

Ils sont tout près ! — Tenons fermée
Notre salle. Ô l'affreuse armée
        De vampires et dragons !
La poutre ploie en fleur mouillée,
Et la vieille porte rouillée
        Tremble à déboîter ses gonds !

Cris de l'enfer ! voix qui hurle et pleure !
L'horrible essaim fond sur ma demeure.
        Le mur geint sous ce bataillon.
La maison penche, en feuille séchée
Que l'aquilon balaye, arrachée,
        Roulant avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve,
J'irai prosterner mon front chauve
        Sur tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces vitraux fidèles
Meure le souffle d'étincelles
        De ces vils démons des soirs.

Ils sont passés ! — Leur cohorte
Cesse de battre ma porte
        De coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et frissonnent les grands chênes
        Sous leur brasier pliés !

Leurs ailes plus lointaines
Faiblissent dans les plaines,
        Si vagues qu'on croit
Ouïr la sauterelle
Crisser comme la grêle
        Sur le plomb d'un toit.

D'étranges syllabes
Aux accents arabes
        Viennent encor ;
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
        On rêve d'or.

Ô Djinns funèbres,
Dans les ténèbres
        Vont vos pas ;
Votre essaim gronde
Dans l'eau profonde
        Qu'on n'oit pas.

Ce bruit vague
C'est la vague
        Du bord ;
C'est la plainte
Presque éteinte
        D'un mort.

J'écoute
L'absoute
        Nuit...
S'efface
Fugace
        Bruit.


27 novembre 2025

Isocélisme d'automne
[Chanson d'automne traduite avec un nombre constant
de caractères par ligne (ici 15) malgré sa polymétrie]

Chant d'automne

Les émois longs
D'oints violons
D'outre-automne
Usent mon coeur
D'ocre langueur
Qu'on moissonne

Tout claudicant
Et faible quand
Advient l'heure
Je m'y souviens
De mois anciens
Mieux je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
L'air m'emporte
Vers çà puis là
Prompt comme la
Fraîcheur morte

Paul-M Verlaine

[Voir aussi cette fable d'il y a 27 ans]


28 novembre 2025

Haïkuphènes
[Robert Rapilly a défini & illustré sur la liste oulipo la notion d'haïkuphène : haïku dont le troisième vers n'emploie qu'un phonème consonantique répété, le premier au contraire ne l'emploie jamais, et ces deux pentasyllabes sont homovocaliques phonétiques. L'heptasyllabe central sert à clarifier l'ensemble. Ci-dessous, j'ai commencé par n'employer que deux mots au dernier vers, puis un adverbe et une locution adverbiale figée, en respectant l'alternance de genre des non-rimes. Dans les premier & troisième haïkus, les cinq phonèmes vocaliques (des pentasyllabes) sont volontairement différents. Le dernier vers du deuxième haïku est au contraire un palindrome de syllabes.]

Cesse l'antiphrase !
Tais-toi plutôt, comme nous
mêmement mimâmes.

*

Immonde non-dit,
l'extrême-droite célèbre
quiconque conquit.

*

Sans vocabulaire,
parfois ils parlent fort bas,
tantôt à tue-tête.


P.S. du lendemain : en deux jours, les oulipotes ont illustré les tautogrammes en [ptkbdgsʃvzʒmnj]. J'ai donc eu envie de compléter avec les six consonnes phonétiques restantes du français [flʀɲwɥ] — les dernières nécessitant de sérieuses contorsions ! Seuls les trois premiers haïkuphènes respectent encore l'alternance de genre des non-rimes.

« Ajouts incorrects ! »,
lance Donald à la presse :
Faf fou feint faux faits.

*

Turc n'eut pas d'abri.
Alors le Croisé trop vite
ulule « hallali ! »

*

Assez besogneux
aux oraux, l'ahuri risque
rare erreur, horreur !

*

La pro rabâcha
à ses cuisiniers : « Oignons,
agneau, gnagnagna... »

*

Bâtard avachi
mais fin gourmet, le chihua-
hua oit : « Wouah oie, oui ! »

(« chihuahua » avec des [w] et non des [ɥ])

*

Tant sollicita
ses chevaux qu'il ouvrit l'huis,
huant : « Huhau ! Hui, huit U.A. ! »

(abusives synérèses modernes partout, donnant donc
cinq monosyllabes, et « 8 » ici prononcé sans
[t] final)


P.P.S. du même jour : en fait, le français se sert aussi des rares phonèmes [hxŋ]. Le premier est souvent transcrit par une simple apostrophe ['], c.-à-d. une brève coupure du son obtenue par un coup de glotte. Le [x] correspond à la jota espagnole, aux « kh » arabes et à certains « ch » anglo-saxons. Le [ŋ] est le son des terminaisons anglaises en « -ing », que Nicolas Graner a su illustrer en en saturant le troisième vers mais en y autorisant d'autres consonnes phonétiques. J'ai fait de même pour l'encore plus acrobatique cas du [x].

Mollis l'encolure
de ton âne, et tout à coup,
au hi-han haut, hue !

*

Flotte ou vase, ô pote ?
Mange en ces azulejos
khobz, khouan. Loch, schorre ?

azulejo [azulexo] : carreau de faïence
khobz
[xɔbz] : pain nord-africain
khouan
[xuan] : frère musulman
loch
[lɔx] : lac écossais
schorre
[ʃxɔʀ] : vase grise d'estuaire


30 novembre 2025

Nouvelles chansons d'automne

Air automnal

Les livrent longs
Vos violons
        Aux automnes,
Ces chagrins coeurs
Logeant langueurs
        Monotones.

Si suffocant
Qin quiet quand
        Hoquette heure,
Suis seul, souviens,
Aime ans anciens
        Pers, puis pleure.

Vite vieux vais :
Mistral mauvais
        Enfle, emporte
Deçà, delà,
Liquidant la
        Moisson morte.

(Val Verlaine, « Vers vénusiens »)

[vers tautogrammatiques conservant les rimes de l'original, comme dans ces sonnets]

*

On donne chance tôt

Lance oh ! l'aiglon
Au vide, et l'on
        Tôt le donne.
C'est bleu qu'on meurt,
Gueux nu, dans leur
        Tome, ô nonne.

Us fous toquant,
Mais le bec en
        Sot ne leurre
Vieux singe mou :
Rien sans Ed, joug !
        J'ai peu l'heure.

Jeu véhément
Et mauve auvent
        Piquant orme ?
Eux, seuls dadas,
Ah ! les rapiats.
        Œil te forme.

(Pleine Vérole, « Imposture maniée »)

[anaphones des vers de la Chanson d'automne]


P.S. des 7 & 8/12/25 : comme Nicolas Graner dans ce Desdichado du 7/12/25, les mots sont ci-dessous classés par ordre alphabétique, titre et signature compris. La première version conserve les rimes de l'original, et illustre une brutale accélération finale de l'alphabet. La seconde est un abécédaire rimé à un mot par vers.

Abois accablés

Accompagnons
Accordéons,
        Âpre automne
Blessant blondeur,
Bloquant bonheur,
        Bref, brouillonne.

Car claudicant,
Claves clinquant
        Dans demeure,
Désert deviens.
Dieux draconiens,
        Drogue écoeure !

Encre enlevais,
Ente éprouvais ;
        Ère exporte
Feuilles jà là :
Le martela
        Moisson morte.

(Paul Verlaine, « Vers zoroastriens »)

*

Automnale bonne chanson

Dramatisons
Exécutions
        Fanfaronnes,
Générateurs
Hypnotiseurs
        Idiophones.

Jugulera,
Knockoutera
        Logistique ;
Manifestai
Nocivité
        Ophtalmique.

Paperassier
Quintessencié
        Revendique
Séparation,
Transportation
        Utopique.

Verlaine (William Xavier), « Ysopets zéphyriens »


P.P.S. (13/12/25) : monovoc'

Song of sobs
(Solo d'octobr... — oh non)

Vos flonflons chocs
D'oblongs wood-blocks
        Fort grognons
Tôt corrompront
Mon fond trop rond
        Post-gros gnons.

Lors mon dos rompt,
Front ton plomb : prompt,
        Chronos sort.
Nos sorts sondons,
Donc morfondons :
        Torts l'on tord.

Or, nos corps d'os
Vont hors cosmos.
        Ô föhn fort,
Portons l'ord, ô
Grosso modo
        Compost mort.

(Pol Wormwool, « Propos ronchons »)


P.3S. du 20/12/25 : « contrainte du snob » d'Eckler-Chevrier
— deux mots successifs n'ont aucune lettre en commun

Chanson d'automne vif

Les vingt maux longs
Aux violons
        De l'automne
Y font à coeur
D'ici langueur
        D'huis atone.

Mi-suffocant
Zig blême, quand
        Vibre l'heure,
Jà m'y souviens
D'oints flux anciens :
        Tôt l'on pleure.

Donc je m'en vais,
Nordet mauvais :
        L'air m'exporte
Au pif et là
Pris comme la
        Noix las morte.

(Paul M. Verlaine, « Compo saturniennne »)


1er décembre 2025

Tétraèdre
[Le mathématicien polonais Aleksy Schubert (Alx z Poewiki) a proposé & illustré en 2015 une généralisation de la forme sonnet, en remarquant que certaines caractéristiques du cube y sont liées, notamment 8 vers dans la première moitié, comme le nombre de sommets, 6 dans la seconde, comme le nombre de faces, et 2 parties, comme la caractéristique d'Euler. Il a aussi noté que le patron en papier d'un cube conserve 5 arêtes non coupées, ce qui m'a fait penser au nombre de rimes différentes d'un sonnet régulier français. J'ai aussi interprété le nombre d'arêtes, 12, comme le mètre des alexandrins — ce qui diffère ici des choix d'Alx z Poewiki. Ci-dessous, j'illustre le cas le plus simple correspondant au tétraèdre : 2 strophes (caractéristique d'Euler) de chacune 4 vers (4 sommets & 4 faces), en hexasyllabes (6 arêtes), sur trois rimes car il faut garder 3 arêtes pour découper un patron de tétraètre en papier.]

La pyramide en cèdre
Dont Borges fait mentions
Dans l'une des « Fictions »
Est-elle un tétraèdre ?

Mais ce flot de passions
Rend l'aède perplexe :
Que dire du simplexe
De nos trois dimensions ?


4 – 5 décembre 2025

Contre2rimes
[Toujours aussi passionné par les contre-assonances & les contrerimes, Pierre Lamy a illustré leur combinaison. Voici quatre quatrains de ma plume, respectant la règle d'alternance des genres : jamais deux mots-rimes de suite de même genre s'ils ne riment pas entre eux. Les trois premiers emploient des rimes orphelines ou très rares, et le dernier reprend le concept des contre-holorimes d'il y a neuf ans.]

J'ai lu dans un précïeux alde
        Qu'en présence d'un horst,
Le cours tectonique se solde
        Par un essor du karst.

*

L'athlète écossais de ce cirque
        Se veut fort comme un Turc,
Donc il s'entraîne et son corps sculpte
        Mais hélas porte un kilt.

*

On peut se délecter de folk
        Pour quatre euros et quelques
Dans tous les restaus et les selfs
        Ouverts autour du golfe.

*

Jeune con preux, né pâle et rosse,
        N'y versant des cauris*,
Je ne comprenais pas les rimes
        Ni vers sans décorum.

cauris [kɔʀis] : Ces coquillages, on le sait, servent encore de monnaie d'échange à de nombreuses populations africaines et indiennes. (Perec, La Vie mode d'emploi, XIII)

[Dans un état d'esprit voisin, voir notamment ce sonnet de 2003]


9 décembre 2025

Traductions abécédaires partielles
[Après mon abécédaire rimé de la Chanson d'automne, Noël Bernard a posté une superbe traduction du Chantre d'Apollinaire :
« Ah bizarre cordeau des euphoniums fluant. » Elle a poussé quelques oulipotes à traduire d'autres vers classiques sous forme d'abécédaires partiels. J'ai en fait commencé par un alphabet complet exagérant cette liste de compositeurs monosyllabiques d'Henri-René Lafon (1961) :
                    Onomatomancie
    Par des mots empruntés à la seule musique,
    Noms de grands maëstros mis dans un même sac,
    J'obtiens ce vers nombreux, mais que cacophonique !
    Haydn, Strauss, Schütz, Volf, Hahn, Schmitt, Franck, Glück, Brahms, Liszt, Grieg, Bach.
Ma traduction passe à des vers de treize syllabes pour pouvoir y citer les 26 lettres.]

Par des mots empruntés   seulement à la musique,
J'obtiens ces vers nombreux,   concoction cacophonique :
Abt, Brahms, Croft, Deutsch, Ernst, Franck,   Gluck, Haydn, Inch, Jeths, Klitzsch, Liszt, Mertz,
Noordt, Orff, Pärt, Quantz, Reich, Schütz,   Tveitt, Ung, Vasks, Wolf, Xian, Young, Zweers.

*

Voici maintenant les vers classiques que j'ai adaptés à des abécédaires partiels,
par ordre chronologique des originaux :

Amour ne fait alors que renforcer ses traits (Théophile de Viau, Aussi souvent qu'Amour)
Mais n'opère Plaisir que renforcer ses traits

Aussi bien ce discours ne fait que me lasser. (Corneille, La Galerie du Palais II, 8)
Aussi bien ce discours en fait gens hérisser.

Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux. (Corneille, La Suivante V, 8)
[Allons donc la trouver : que cet échange bien]

Plaise, quand rit son tour, un vieillard wagnérien.

Allons briser ces dieux de pierre et de métal (Corneille, Polyeucte II, 6)
Allons briser ces dieux en fer, granit, halal

Quelques regards sur toi sont tombés par mégarde. (Corneille, Le Menteur V, 6)
[On diroit qu'il m'en veut ; c'est moi qu'il dévisage.]

Quelque regard sur ton unicité voyage.

Contre l'Arménien qui ravage ses terres (Corneille, Rodogune I, 4)
Matant notre obscur preux qui ravage ses terres

Quoi, Prince, vous partiez ? Quelle raison subite (Racine, Bérénice III, 1)
Monseigneur, n'onc partez ! Quelle raison subite

Les mutins n'oseraient soutenir ma présence. (Racine, Mithridate IV, 6)
Les mutins n'oseraient pas que reste sentence.

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur. (Racine, Phèdre IV, 2)
[On sait de mes chagrins l'inflexible manière.]

Le matin naît onc pur quand rends sein tel un verre.

les matous n'ont pas d'engelures ! (Aloysius Bertrand, Les gueux de nuit)
les matous n'ont pas que rayures !

Aux brumeuses clartés de son pâle fanal (Théophile Gautier, Stances)
Aux brumeuses clartés d'enfariné fanal

Aux bouts charmants de cette gorge aiguë (Baudelaire, Le Léthé)
Aux bouts charmants d'ex-fauve gorge, hue

Belle comme Diane enfant (Banville, Préface)
Belle comme Diane enfant (soufflé par Pierre Ménard)

D'un coup d'éventail fut fêlé (Sully Prudhomme, Le vase brisé)
Au beau coup d'éventail fêlé

Aboli bibelot d'inanité sonore (Mallarmé, Sonnet en X)
Aboli babil coi d'escamoté folklore

Plus sûr que rien sur terre (Verlaine, Pourquoi triste, ô mon âme)
Ou plus que rien sur terre

Ces mains n'ont pas lavé les langes (Rimbaud, Les mains de Jeanne-Marie)
Les mains n'ont pas quêté rechanges

Lui qui rentre si tôt ? (Paul-Jean Toulet, Il pleuvait)
Prof qui rentre si tôt ?

Me voilà donc encor débarrassé d'un jour ! (Alfred Poussin, Minuit)
À bien choir, donc encor fuit grise heure ici, jour !

Ne chantez pas la mort, c'est un sujet morbide (Jean-Roger Caussimon, Ne chantez pas la mort)
La mort n'osez prêcher, qui rait sujet torpide


P.S. du 11/12/25 : abécédaire partiel du plus célèbre haïku

Le marais n'oyons.
Puis quelle rainette saute ?
Tremblote une vague.


P.P.S. du 12/12/25 : Pangramme alphabétiquement ordonné, adaptant le classique juge blond qui fume. On peut gagner deux lettres avec « quid rum » au lieu de « quand rhum ».

Déjà fort éméché, le magistrat s'adressa au comptoir argenté pour redemander
un grog. Le patron suggéra au serveur de lui servir plutôt un bon scotch :
« Pacfung, quand rhum ? — Sablez toujours un vieux whisky ! »


16 décembre 2025

Abécédaires surcontraints
[Tout d'avord un abécédaire n'employant que des monosyllabes]

Étendu dans la nue, Hélïos s'assombrit
Au jeu de mots grivois que l'oulipote écrit :
Mon fouet te guidera hors du dédale, esprit !

Moralité :
Ah bon, ce dieu en feu gît haut ? Il joint knout là,
met nuit où, pour que rat se tue, un vil witz X y zappe.


Après mon adaptation partiellement abécédaire du juge blond qui fume, je me suis demandé si l'on pouvait construire un tel pangramme alphabétiquement ordonné sans répéter de consonne. En voici un comme preuve de concept, alexandrin de 38 lettres n'employant que des mots autorisés au Scrabble francophone.

Ne comprenant l'agnier,
L'éméché cuisinier
Cueillit une algue noire
Au fond de sa baignoire.
Après mon cri moqueur,
Je n'eus pas de ranceur.

Moralité :
Mohawk n'oyez, paf queux ? Rejugeai scud, tub, ulve.


P.S. sans ordre alphabétique : remarquant par hasard que le cheval de Przewalski est un « nom commun » attesté, je ne résiste pas à le placer dans un pangramme hétéroconsonantique de 33 lettres, décasyllabe classiquement césuré 4/6.

Le typographe est très intimidé
En découvrant le nom d'un équidé :
« Qu'y font chevaux de Przewalski : jambage ? »


P.P.S. du 19/12/25 : combinant les idées de ces récents abécédaires rimé et monosyllabique, Louis Couturier a composé deux sonnets de monosyllabes alphabétiquement ordonnés. En voici deux autres de ma plume, respectant l'alternance des rimes et employant les mêmes dans les deux quatrains.

Contentons-nous de fourrage durant notre ultime guerre, en attendant le retour de l'abondance : herbacée d'Israël, petits crustacés, sève de plantes, céréale africaine, chrysalides.

Air
Bête,
Cette
Der

Ers
Fête,
Guette
Hier :

Ive
Juive,
Krill,

Lymphes,
Mil,
Nymphes.

*

Musicien ivoirien simulant la colère, avec un timbre rauque
causé par l'abus de liqueur de gentiane et de fruits secs

Ire
Joua,
Kwa,
Lyre.

Mire
Noix,
Ois
Pire !

Quand
Rend
Suze ?

Trois
Usent
Voix.

[Au 2e & 3e vers, « Jouas / Kwas » auraient respecté les rimes pour l'oeil, mais bien que les langues kwas existent au pluriel, ce contexte alcoolique aurait évoqué la bière russe kwas dont l'S final est sonore.]


P.3S. du 30/12/25 : autodescription

Abécédaire bien classique d'Esposito-Farèse Gilles, hélas ici juste kitsch : les mots n'offrent plus que routines, sans trouver un vrai witz, xalam yoyotant zwanzes.


21 décembre 2025

Djinn slim
[Le dizain ci-dessous emploie des strophes décroissantes de 4/3/2/1 vers, ce qui a déjà été fait, mais ici en reprenant le rythme bancal de la Chanson d'automne de Verlaine : vers quadrisyllabiques à rimes masculines, sauf le dernier de chaque strophe qui est un trisyllabe à rime féminine. Sa forme peut être rapprochée du mini-sonnet, du sonnaïku, de mes récents Djinns d'automne, et surtout du dernier poème holorime d'Alexandre Carret.]

Le ménestrel
Intemporel
Chante un formel
        Soliloque

Quand par instinct
Son souffle éteint
        Se disloque

L'aède atteint
        La semblance

        Du silence


24 décembre 2025

Automnet de Nithard
[L'association Zazie Mode d'Emploi a proposé à la liste oulipo de récrire cette page de Bernard Cerquiglini en respectant les contraintes que l'on veut. Voici un automnet reprenant à la rime plusieurs mots de l'original.]

Dans la chaumière
Ont tout gâté
Humidité
        Et poussière.

Mais par entière
Curiosité
Pour le jeté,
        Fais lumière !

Contre un carton
À l'abandon
        Se cogne Anne.

Joce Martin
S'écrie : « Enfin !
        C'est son crâne. »


P.S. du 01/01/26 : l'aphasie de Nithard. Systématisation d'« un mot pour un autre » : tous sont des paronymes de ceux de B.C. Une seule lettre en diffère quand de tels paronymes existent (certains peu connus), davantage sinon : 2 pour saisies, araignées, milieu, étrange, curiosité, clavicule, Jocelyne et Nithard ; 3 pour longtemps et ouverture ; 4 pour poussiéreux et administratrice (ce dernier nom changeant pourtant à peine !) ; carrément 5 pour Cerquiglini.

Des yeux camés ouvrèrent le poète, baissés car d'oseur. Se renferma sa houssière des tuiles, ô assignées des fiertés ! Tersonne d'étain morte, tepuis longeâmes. D'amandon ôtait tonal. Elfes matchèrent où miriez. Déj' rossignola. Dis, meugles éventées ? Tes débuts, ô d'évidente toux : Étaix y fêter un Allais, ô d'employés ex-reparlant. Ange, pitié ! Bêta, montre en Carnon poissonneux ! Donc ce croc pendit en mon errance. Ce Cartan brillait, auvert car à humilité (pas sériosité d'administrations), élargie d'envergure. Ô j'aime le su touché. On sertit en bac le plasmique. Sa fumière ne le campe. « Fin » apparaîtra, doux lémurs nés, tibial ure craticulé en crade engin. L'écrit jobeline, marlin mou mûri ne cherchant dépris vinat, âne !

Besnard resquillant d'intention du richard, Évitions — ne mincit, 2028, f. 94.


P.P.S. du 02/01/26 : sept sonymes (c.-à-d. strophes de 4/4/3/3 mots) + référence

Les deux dames ouvrent
La porte des lieux.
Elles y découvrent
Des rebuts pouilleux :

Bris de croix rognées,
Vieux bancs trop nombreux,
Toiles d'araignées,
Maints trucs poussiéreux.

Tout, à l'évidence,
Est juste à jeter,
Et leur intendance
Va le décréter.

Lorsqu'elle s'échappe
De l'ord clocheton,
Anne Potié tape
Dans certain carton.

Fort humide, il bâille.
La chef de guichet
Alors le détaille,
Dégage un sachet.

Puis sa torche scanne
Là quelques os durs :
Clavicule et crâne,
Tibias et fémurs.

Joy Martin s'écrie :
Cela fait vingt ans
Que Michel parie
Envers ces instants !

(Bout de la Trouvaille
d'un Nithard
, Bernard
Cerquiglini — qu'aille
Humblement mon art)


P.3S. du 08/01/26 : les sommes gématriques des vers
successifs écrites en base 2
donnent la tête à Nithard

Aux combles, vaillamment les deux dames ouvrirent
La porte, étreintes sous d'ords goûts de renfermé,
D'insectes, saletés. L'endroit était paumé :
Bagages délabrés, façades, se déchirent.

Crâne pixellisé « Effaçage déjà des fanges !, elles dirent ;
Balancer tout cela, ce rebut abîmé ! »
Partant, Anne Potié sans peur a rétamé
Ce carton défraîchi : des fracas s'entendirent.

Il bâillait, bord ouvert suite à l'humidité.
La chasseuse y fouillant — sioux curïosité,
Lit de sa lampe, y trouve un vieux sac de plastique.

Jocelyne Martin s'écrie : « Aux lointains temps,
Crâne, un tibia, fémurs — maint fragment squelettique !
Mon époux le cherchait souvent depuis vingt ans. »


24 – 25 décembre 2025

Automne irrationnel
[Tout comme Jacques Bens a défini le sonnet irrationnel à partir des premières décimales de π ≈ 3,1415, dont les chiffres totalisent 14 comme le nombre de vers d'un sonnet régulier, j'ai pris ci-dessous les premières décimales de la deuxième constante mathématique la plus connue après π, la base des logarithmes e ≈ 2,718 dont la somme vaut 18, comme le nombre de vers de la Chanson d'automne de Verlaine. J'ai conservé son mètre quadrisyllabique, à part les vers finals de chaque strophe qui sont des trisyllabes à rimes féminines. Comme dans l'automnet, cela n'empêche pas certains quadrisyllabes d'employer aussi des rimes féminines. J'ai choisi le schéma
aB/aaBcccD/D/eeeFgggF qui me semble le plus équilibré dans ce contexte, les capitales indiquant les rimes féminines.]

Le bullroarer*
        De l'automne

Blesse mon coeur
D'une langueur
Fort monotone,
Sanglot fréquent
Me suffoquant,
Livide quand
        Sonne l'heure.

        Oui je pleure

Les jours anciens
Dont me souviens,
Et je m'en viens
Au vent qui porte
Deçà, delà,
Sans tralala,
Pareil à la
        Feuille morte.

* bullroarer : anglicisme pour l'instrument de musique rhombe


Autre adaptation irrationnelle (reprenant plusieurs vers), cette fois selon le nombre plastique ≈ 1,32471. Cela donne encore 18 vers, mais conduit à six trisyllabes terminant les strophes, comme dans l'original de Verlaine. J'ai choisi le schéma équilibré A/⁠bbA/bC/dddC/eeeFggF/F.

        Si l'automne

Blesse mon coeur
D'une langueur
        Monotone,

Sourd ma rancoeur
        Et je pleure

En paniquant,
Tout suffocant
Et blême quand
        Sonne l'heure.

Je me souviens
Des jours anciens
Et je m'en viens
Au vent qui porte
Deçà, delà,
Pareil à la
        Feuille morte

        Qui m'escorte.

[Voir aussi ce poème quasi-holorime d'Alexandre Carret selon le même schéma]


P.S. du 26/12/25 : métatog le plus proche possible de la structure de la Chanson d'automne. Le tronquer après un nombre impair de vers totalise toujours un nombre premier de syllabes.

Les geignements longs
De ces violons
        De l'automne
Tourmentent mon coeur
D'une ocre langueur
        Monotone.

Vraiment suffocant
        Et blanc, quand
        Sonne l'heure,
Je me ressouviens
Des moments anciens
        Et je pleure

        Et m'en vais
Au mistral mauvais
        Qui m'emporte
Deçà puis delà,
Pareil au cloporte,
La poussière et la
        Feuille morte.

*

Variante du 28/12/25 : autre schéma de métatog tel que la fin de chaque strophe corresponde à un nombre impair de vers, donc à un total de syllabes premier. Le nombre de strophes, 7, est encore premier, et n'en lire que quelques unes donne toujours un hog. Le rythme est brisé par la série centrale de quatre trisyllabes (dont deux à rimes masculines pour respecter l'alternance), mais ce ralentissement peut évoquer les sanglots.

Les geignements longs
De ces violons
        De l'automne

Tourmentent mon coeur
Au passé fugueur

D'une ocre langueur
        Monotone.

Vraiment suffocant
Et livide quand
        Sonne l'heure,
        Je me pleure

        Et m'en vais
        Au mauvais

Mistral sans rivets
        Qui m'emporte
De la pergola
Deçà puis delà,

Analogue à la
        Feuille morte.


26 décembre 2025

Pangrammes aviaires
[Après ces pangrammes animaliers de 2016, en voici n'employant que des noms d'oiseaux. C'est plus contraint donc les résultats sont forcément plus longs, mais j'y ai interdit la répétition des consonnes.]

Foudi, huia, ibijau, kiwi, macareux, quetzal, sapayoa, vanga. [46 lettres]
Foudi, huia, ibijau, kiwi, macareux, quetzal, sapayoa, vanga.

Une variante emploie le plus ambigu « gaucho » comme nom d'oiseau attesté :
Foudi, gaucho, ibijau, kiwi, rémiz, sapayoa, talève, xénique[46 lettres]
Foudi, gaucho, ibijau, kiwi, rémiz, sapayoa, talève, xénique.

On peut même descendre à 45 lettres en employant l'« esclave », mais
ce nom d'oiseau n'a pas grand sens privé de son adjectif « palmiste » :
Esclave, foudi, gypaète, huia, ibijau, kiwi, rémiz, xénique[45 lettres]
Esclave, foudi, gypaète, huia, ibijau, kiwi, rémiz, xénique.

ou cette variante employant un long nom composé :
Esclave, fou, ibijau, kiwi, moa, orthonyx, pie, queue-de-gaze[45 lettres]
Esclave, fou, ibijau, kiwi, moa, orthonyx, pie, queue-de-gaze.


Ces photos d'oiseaux colorés étant agréables à regarder, je ne résiste pas à citer aussi un simple abécédaire construit le 24/12/25, pour illustrer que toutes les initiales sont possibles :

Aigle, buse, coq, duc, eider, fou, grive, hibou, ibis, jabiru, kiwi, labbe, merle, nestor, oie, paon, quetzal, râle, sterne, torcol, uraète, vautour, whakapapa, xénique, yuhina, zosterops.

Aigle, buse, coq, duc, eider, fou, grive, hibou, ibis,
jabiru, kiwi, labbe, merle, nestor, oie, paon, quetzal, râle,
sterne, torcol, uraète, vautour, whakapapa, xénique, yuhina,
zosterops.

[Voir aussi ce poème antérieur de Sylvia Cornet de Sawyn]


P.S. du 31/12/25 : palindrome prisonnier okapi monovocalique en 3+8 lettres,
dont le premier nom d'oiseau forme déjà un palindrome et le second est bègue

Palindrome prisonnier okapi monovocalique formé de deux noms d'oiseaux

*

Ce tétrapalin est visuellement joli mais introuvable : afo, tola, divida, lotofa.

Palindrome formé de quatre noms de bois

P.P.S. du 29/12/25 : pangrammes alexandrins hétéroconsonantiques de 34 lettres listant uniquement des noms de langues — qui suffisent donc pour « tout dire » ;-). Le premier ne mentionne que six langues, alphabétiquement ordonnées, mais a besoin d'une diérèse douteuse sur « fwâi » pour être un alexandrin. Le second en est un sans ambiguïté, mais cite sept langues et n'est pas parfaitement ordonné.

Bachkir, fwâi, gumatj, volsque, xipaya, zend. [34 lettres]
Baga, frysk, jawe, manx, laze, pachto, védique. [34 lettres]

J'ai fini par gagner une lettre le 19/01/26 :

Bedja, cham, frysk, vengi, zapotèque, xwela. [33 lettres]
Copte, védique, frysk, gumaj, hunzib, xwela. [33 lettres]


27 décembre 2025

Oiseaux rares
[Ouïseaunets surcontraints par des rimes rares]

Bulbul Sarcoramphe

Le sarcoramphe
Mange hémirrhamphes
    Sans calculs,
    Nul bulbul.

*

Syrrhapte

D'aptes syrrhaptes
Aisément captent
    Le seul volt
    Des frais smolts.

*

Huppe

La huppe dupe
Goûte des pupes
    Sur le tronc
    D'ajoncs longs.

[La rime (a)jonc/(ob)long/tronc est rare, mais il y en a des milliers avec
le -s final du pluriel, donc la forme ouïseaunet bousille ici mon intention]

*

Harle

Le harle marle
Dont tu me parles
    Fuit nos arcs
    Dans ce parc.

*

Nyctale de Tengmalm

Chasse brutale
De ces nyctales
    De Tengmalm :
    Aux napalms.

[rimes en -tale(s) pas rares du tout]

*

Rémiz

Un plus classique quatrain monorime pour finir, puisque
ces rimes en -iz ne peuvent pas être mises au « singulier » :

Un Kirghiz hafiz
Propose au show-biz
Ce quiz : le rémiz
Boit-il du gin-fizz ?

[Voir aussi cet ouïseaunet à rime orpheline de nouvel an, et ces deux premières
paires de rimes très rares mentionnant les oiseaux sylphe et tourdre]


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Last modified : January 19th, 2026