Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]
[28. Syllabic squares, vocalic sequences, music, etc. (2017)]
[29. Paradoxical constraints (2018)]
[30. Extensions of anancograms & other constraints (2018)]
[31. Express palindromes (2018)]
[32. Digrams, mesonyms et al. (2019)]
[33. Intervals, primes, n-grams & Queneau (2019)]
[34. Statistics and prime ASCII art (2020)]
[35. Extensions of HOGs & palindromes (2020)]
[36. Acrostics, rhythm and many other constraints (2020)]
[37. Block designs, neo-gematria, paronyms & boundaries (2020)]
[38. Metatogs, irrational sonnets, neo-sestinas, etc. (2021)]
[39. Prouhet-Thue-Morse, generalized sonnets and other forms (2021-22)]
[40. Architogs, polysympathy et al. (2022)]
[41. Paronyms, protehogs, dichotomy, etc. (2022)]
[42. Tropes and generalized palindromes (2022)]
[43. Block designs, binary gematria et al. (2023)]
[44. New express palindromes and octina (2023)]
[45. Paronyms, surdefinitions & palindromes (2023)]
[46. Palindromes, quenines, short forms, intransitivity, etc. (2024)]
[47. Graphs, sonyms & self-in-law (2024)]
[48. Musical & visual constraints, outlaws, Zipf, rhymes (2025)]
[49. Autumn, antipalindromes, homophony, ABC (2025)]
50. Recent stuff (2026)
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

10 janvier 2026

Syncrétisme
[La mise en scène des pangrammes est la moitié la plus oulipienne de l'exercice, comme les définitions de mots croisés. En voici trois nouveaux de respectivement 32, 31 et 30 lettres, sans répétition de consonne, comptant seulement 4 ou 5 mots, qui terminent des quatrains.]

Jadis en contact avec l'hindouisme,
L'opéra chinois s'est bien enrichi,
Montrant son brillant et pur syncrétisme :
Flamboyez patchworks, védique jingxi !

*

Sheikh Ahmad Qomi, ta munificence
Concrétisera ce rets de canaux
Si pharaonique, et chacun t'encense.
Waqf, objectivez khlongs pyramidaux !

*

Le gel du fromage est trop véloce
Quand nous visitons l'Islande à ski.
Prônons nos bons scotchs hors lochs d'Écosse :
Fjord compliquant gex, buvez whisky !


22 janvier 2026

SonX platonicien

                Un glacé   météore   au sol fit   un cratère
Apparemment méditerranéen   et prestement tératogénétique   en présentant à la vie un berceau.
Les reptiliens fort peu conventionnels   absurdement expérimenteront   d'abandonner cette enchanteresse eau,
                Escomptant   par la boue   accéder   à la terre.

                Leurs troublants   mouvements   sont pour moi   le mystère
Inconnaissable et si miraculeux   que Jéhovah réglementairement   enferme sous quelque enchevêtré sceau.
Réellement, révélez les secrets   des éléments, solide quintuplet   platonicien et lumineux faisceau !
                L'Éternel   refusa,   mais pourquoi   nous le taire ?

                                Cela   pensé,   mon feu
                                Cerveau   paraît   en feu
Pour saisir les raisons   du Père de l'éther :   la signification   de nos jours sans futur   ne serait qu'indécence ?

                Cependant tout   problème écrit   redevient clair
Quand on se doute enfin   de l'art qui nous dépasse :   alors mystiquement,   nous comprenons soudain   qu'agit la quintessence.
                Littérateurs,   demeure ici   seulement l'air.

[Sonnet de schéma banvillien AbbA AbbA ccD eDe, où ces lettres représentent à la fois des thèmes, des rimes et plusieurs contraintes numériques. Le nombre de côtés des faces est également évoqué par le nombre de lettres de mots à la rime ou à la césure : trois lettres pour « feu », « air » et « eau », quatre pour « boue » (terre) et cinq pour « éther » (quintessence).]

[Voir aussi les poèmes platoniciens en polonais composés par Alx z Poewiki en 2015 — qui m'ont inspiré ce tétraèdre le mois dernier, ce sonnet de 2022 où Rémi Schulz se servait comme ci-dessus des cinq éléments grecs à la rime, et ce quatrain immédiatement écrit par Alexandre Carret quand j'ai commencé à discuter d'un tel « sonX platonicien » sur la liste oulipo il y a cinq jours.]


23 janvier 2026

Bucolique
[Sonnet pastoral selon la nouvelle contrainte de pantoum syllabique proposée par Robert Rapilly : deux vers successifs sont de schéma 1234/2*4*. Comme souvent avec ce type de contraintes, les consonnes sont associées aux voyelles qui les précèdent et/ou les suivent selon le bon plaisir de l'écriveron, et les voyelles ouvertes & fermées sont parfois identifiées. Ce sonnet respecte la contrainte de façon cyclique, c.-à-d. que le premier vers pourrait suivre le dernier.]

« Panage aime ure »,
Nakamura
Cahin-caha
Incanta, mûre.

Quand en murmure
Tant se muera
Ce brouhaha,
Brouillait ramure.

Hier au mûrier
Haussait yé-yé
Ses rapiéçages.

Raps messagers
Mais vergers sages :
Vers passagers.
[pa.na.ʒe.myʀ]
[na.ka.myʀ.a]
[ka.ɛ̃k.a.a]
[ɛ̃k.kɑ̃t.a.myʀ]

[kɑ̃t.tɑ̃.myʀ.myʀ]
[tɑ̃.sə.myʀ.a]
[sə.bʀu.a.a]
[bʀu.jɛʀ.a.myʀ]

[jɛʀ.o.myʀ.je]
[o.se.je.je]
[se.ʀap.je.saʒ]

[ʀap.mɛ.saʒ.ʒe]
[mɛ.vɛʀ.ʒe.saʒ]
[vɛʀ.pa.saʒ.ʒe]

P.S. des jours suivants : autres courts pantoums syllabiques, généralement précédés par des explications comme Robert le recommande. J'y explore quelques surcontraintes.

Pierre Gagnaire
nous étonna
quand la dernière
heure sonna :


Introverti
traumatisé ?
Maïzena
inénarrable !





[ɛ̃.tʀo.vɛʀ.ti]
[tʀo.ma.ti.ze]
[ma.i.ze.na]
[i.ne.na.ʀabl]

[un seul mot tétrasyllabique par ligne]

*

Nerval considère nos discutables réécritures
comme une conséquence de ses papillons noirs


L'inconsolé
qu'on enlaidit
n'en médit qu'aux
mélancolies

*

Dans son interminable langueur automnale, Verlaine a des symptômes daltoniens :

Ô sanglot long
sans jalons, crée
jade crayeux
de feuilles mortes

*

Un oulipote paresseux raccourcit le pantoublet :

Demi-format
minimaliste

*

Avec le même ton qu'il emploie pour influencer le Président,
l'état-major américain ordonne à son ambassadeur en Algérie
de n'avoir aucun complexe pour mépriser l'autorité locale :


Mot commandé
comme au dément :
« Moque homme en dey
commodément ! »

[pantoum syllabique holorime, impliquant aussi que la contrainte cycle]

*

[Les tercets & distiques qui suivent respectent la contrainte
syllabique de façon cyclique, comme dans le sonnet ci-dessus.]

Hérédité
réitérée :
hier est dit.

*

Catégorie :
théoriser
aux cas égaux.

*

Introverti
traumatisant
matins en vers

[très voisin de ce quatrain, mais maintenant cyclique]

*

Réaction d'un policier prenant la déposition d'une femme victime de violence sexuelle :

Pas consenti ?
Compatissant.

*

Le médecin-légiste fit son travail :

décortiqua
corps décati.

*

À force de la répéter, cette histoire originale finissait par devenir banale :

Rareté qu'on
reracontait.

*

L'alcool rend l'esprit pétillant — quand on en a un peu à jeun :

ébriété
brille, étayée.

*

Tout suffocant et blême quand sonne l'heure :

Temps ressenti
retentissant.

*

Jouez-vous du théorbe ou bien de la guitare,
Luth, mandore, banjo, mandoline ou cithare ?


— Qu'ukulélé.

[exemple conceptuel de monostiche pouvant cycler
sur lui-même selon la règle du pantoum syllabique]

*

Le lac effleure
La couleur con
Où se consume
Ce beau sumac,
Borée axé...
        Rêvons, c'est l'heure.

[adaptation à la contrainte du pantoum syllabique de
la deuxième strophe de L'heure exquise de Verlaine]

*

La voix plus haute,
Vois, chaos teste,
Calant estocs.
L'enfant hoquette,
Fend dans cet art,
Danse, y partant
Hypotendu
Au bout du flot.

(...)

Les Djinns funèbres
Jingle n'ébruitent,
Gueulant huit toux,
Lançant tout pas,
Centrant spahis
Trans, fait hideux :
Féconde fin
Qu'on ne feint pas.

[adaptation des première & seconde strophes tétrasyllabiques des Djinns de Hugo]

*

File la laine,
Le temps, l'aîné,
Tant l'ivre écho
Livre, comme art
Redémarra
Des mégalithes
Égalitaires
À l'éternel.
[fi..la.lɛn]
[.tɑ̃.lɛn.e]
[tɑ̃.livʀ.e.]
[livʀ.ʀə..maʀ]
[ʀə.dem.maʀ.a]
[dem.eg.a.lit]
[eg.a.lit.tɛʀ]
[a.le.tɛʀ.nɛl]

[adaptation du refrain de File la laine de Robert Marcy]

*

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé
Suivant, — et sombre, Râ veut féconder les lies.
Vends les sons ! pis, râle à fêter d'écrits lilas,
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

[généralisation à un autre mètre de cette contrainte syllabique, qu'on pourrait nommer patatoum en interprétant abusivement le « pan » de « pantoum » comme le « tout » grec !]


1er février 2026

Sonnet en patatoum syllabique
[Les syllabes phonétiques de rangs pairs de chaque vers deviennent celles de rangs impairs du vers suivant, et la règle est cyclique, c.-à-d. que le premier vers pourrait suivre le dernier. La transcription phonétique adopte le même point de vue que dans ce sonnet de tétrasyllabes de la semaine précédente.]

El Patatunado

Je suis le ténébreux, — le veuf, — tout blasphémé
Suivant, et marbres pris, voeu faible, aste amaigrie.
Vantail m'a réprimé, l'effet assez grimé :
Tailleur est emmêlé — faiblissait Symétrie.

Heure entendue aimable ici, s'il a trimé,
Rends-moi du flot marin sitôt la cyan mairie,
Moire, flore éreintante au conscient arrimé :
Retour existentiel convoita que mai rie.

Tous bugs issus, Ciel, Feu ?... Voilà Queneau, Prior !
Benêt sut effeuiller la panoplie, ô reine ;
N'ai-je, terrifié, vu passe où l'hybride est naine ?

Je tarifai Vulcain, soûlant, bridé ténor,
Talent fait tel qu'insole : en rade était Orphée.
L'ange tait le sonnet ; râles t'étouffaient, fée.
ʒə sɥi te ne bʀø vœf tu blas fe me
sɥi vɑ̃ te maʀ bʀø pʀi vœf ɛ blas ta me gʀi
vɑ̃ taj maʀ ʀe pʀi mel ɛ ta se gʀi me
taj œ ʀe tɑ̃ mel e bli se si me tʀi
œ ʀɑ̃ tɑ̃ dy e ma bli si si la tʀi me
ʀɑ̃ mwa dy flo ma ʀɛ̃ si to la sjɑ̃ me ʀi
mwa ʀə flo ʀe ʀɛ̃ tɑ̃ to kɔ̃ sjɑ̃ ta ʀi me
ʀə tu ʀe gzis tɑ̃ sjɛl kɔ̃ vwa ta me ʀi
tu gzis sy sjɛl vwa la nop ʀi ɔʀ
sy je la pa nop li ɔʀ ɛn
ʒə ʀif je vy pa su li bʀid ɛn ɛn
ʒə ta ʀif fe vy lkɛ̃ su lɑ̃ bʀid det ɛn ɔʀ
ta lɑ̃ fe lkɛ̃ lɑ̃ ʀa det tet ɔʀ fe
lɑ̃ ʒə ne ʀa tet tu fe fe

4 – 8 février 2026

Lohomeris
[Comme vu plus haut dans le cas des tétrasyllabes, la contrainte du pantoum (ou patatoum) syllabique implique une inversion de toutes les paires de syllabes successives quand elle est appliquée à un simple distique et qu'on impose qu'elle cycle — c.-à-d. que le premier vers pourrait suivre le dernier. Rémi Schulz a baptisé lohomeri cette généralisation du verlan. Voici quelques distiques selon ce principe. Les vers soulignés sont des citations (parfois légèrement modifiées) de grands poèmes classiques.]

Réalité convertissante,
Arrêtez l'hiver consenti !

*

Le chef ordonna au marmiton de tout verser dans le moule.
Celui-ci en fit maladroitement tomber sur la cannelle, mais
sut esquiver la gifle attendue, qui n'atteignit que sa toque.


Coule ça ! Pas précis, le queux pocha bâtons.
Le coup passa si près que le chapeau tomba.

*

La lesbienne proposa à la criminelle d'entamer une relation vampirique.

Danger cher, la goule s'y prêta de zéro :
« J'ai dans la chair le goût précis de ta rosée. »

*

En visitant les tombeaux du village, Lamartine s'émeut du temps qui passe :

Et la nef a reçu mes pas retentissants,
L'année fanée sur eux, pâmée, tant ressentie.

*

Après avoir calmement expliqué à son fils comment éviter que le bois de la porte ne pourrisse, en la badigeonnant d'eau de mer puis la laissant sécher plusieurs fois de suite, il lui demanda finalement de la poncer pour parfaire le traitement.

Le père lui laissa digérer — ça situe :
Pèle l'huis resalé ! J'ai dit sa réussite.

*

Chaque matin, le dieu Soleil salue le premier homme, qui
lui répond aujourd'hui avec insolence, influencé par Satan.


L'Adam piraté dit : « Pourra m'intéresser
Dans la rapidité, Râ, pour tes mains serrer. »

*

Les Huns se moquent en apercevant au loin le village qu'ils s'apprêtent à piller.

Tandis qu'à l'horizon
Dictant l'occase, on rit.

*

Au nord de l'Italie, n'oubliez pas de goûter les plats de poissons aux fruits.

Pô : les parme saumons,
Les pommes par monceaux !

*

L'ambiance glauque et sanguinolente de ce roman policier n'a rien d'original. À quelques notables exceptions près, le genre est resté gelé dans une singerie de son inventeur.

Des conduits de plomb gore ? Edgar Poe imitèrent
Condés, depuis — hors long arrêt d'hypothermie.
[de.kɔ̃d.ɥi.dəp.lɔ̃g.ɔʀ.ɛd.gaʀ.po.i.mi.tɛʀ]
[kɔ̃d.de.dəp.ɥi.ɔʀ.lɔ̃g.gaʀ.ɛd.i.po.tɛʀ.mi]

[N.B : plusieurs consonnes sont associées aux voyelles qui les précèdent]

*

L'or a, chez l'Oulipo,   la semblance d'édits,
Alors louchez,   polissant là   ce blanc d'idées.

*

[Ci-dessous, hommages aux oulipotes ayant aussi illustré cette contrainte]

Lorsque des trolls envahirent notre lumineuse liste,
on raconte que l'un de ses piliers se serait énervé.


Quand le réverbère au pire accueillit leurs rets,
Le camp verrait Robert Rapilly querelleur.

*

La tempête de ces mélanges syllabiques engendre n'importe quoi, mais
certains brillants oulipotes obtiennent pourtant maintes merveilles.


Mire ébauche ou l'tsunami fourvoyait ses dés !
Rémi Schulz, bon, a su fourmiller, vois, d'essais.

*

Ivre de toutes les règles oulipiennes, celui-ci nous offre aussi des chefs-d'oeuvre.

Alexandre Carret, tu picolais solo
Les cadres sans récapituler : colossaux !

*

Comme divers abonnés, j'ai parfois du mal à comprendre mes propres messages :

J'y crispe, ô létaux ire et fatras en pavés !
Cris : Gille Esposito-Farèse entravait pas.

[signature contorsionniste, en réponse à un défi de Rémi]

*

Dans son exploration des limites, Jouet répète un seul monosyllabe
sur plusieurs tons, sans hâte. Comme chaque Oulipien, il sait que
la richesse poétique est plus dans le bougeoir que dans la flamme.


Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Dû mot, où lent, tout rat l'assure : l'if est d'or.

*

Ajout du 1/3/26, en hommage au très sensible huitain que
Noël Bernard vient de composer selon cette contrainte

Son syncrétisme nippo-chrétien nous enseigne comment
nous libérer des normes.

Lis ! Noël Bernard là céans nous a guidés :
, libérez l'anar en ces agnus dei.


Toutefois, quand l'un de ses élèves cite le parachutisme comme
exemple d'évasion, il n'hésite pas à prévenir le doyen.

Nommer « béret » l'anar n'est correct (le râteau !),
Mais Noël Bernard là connaît le rectorat.


Ce poète fraternel aimerait que notre liste évite le rase-motte.
Rêveur, Noël Bernard — accord doué, poli —
Veut réel non-art (berk) hors d'aède : Oulipo !

[Voir aussi ces lohomeris citant des noms d'Oulipiens]


P.S. du 13/02/26 : variante littérale de cette contrainte, échangeant donc l'ordre de toutes les paires de lettres. Cette contrainte avait en fait déjà été explorée en 2015 dans un autre contexte (même suite de consonnes et même suite de voyelles, mais pourtant pas la même suite de lettres).

L'imam exorcisa de manière islamique
Ces plutôt primitifs instruments de musique :

        coranisa
        ocarinas

*

Vous cherchiez à cacher votre djeune djiction
En estompant tout signe aigu d'affrication :

        apâlîtes
        palatisé

*

Jeune administrateur sobre et sans attirail,
On bénit à présent ton départ à Dubaï.

        Ores un Émirat arabe, ménager
        Rose nu, mérita rab : amen égaré !


10 février 2026

Desdichado aux hémistiches en lohomeri
[Les alexandrins sont de schéma
ABCDEF BADCFE, où chaque lettre représente une syllabe phonétique. Leur découpage adopte le même point de vue que précédemment.]

Infortuné forain n'es-tu ?

Débarquons pâle et sot, — bardé, — pas consolé,
Même are à wali beau, ma mémoire abolie :
Si se construit Léthé, ce cistre hui constellé,
Là râlant, mêle ichor à la Mélancolie.

Qu'y toise en mal héros ? Toi qui m'as enrôlé,
Dis, cède ifs, Lolita, ces dix flots d'Italie,
Monade, et qu'earl ait zone à mon coeur désolé
Mais d'alme palissade à mes palmes s'allie.

Mur n'entoura trombine en Murat ou Biron ?
La horde mourait na hors l'amour de ma reine,
Tôt cou jais ; sirène est où t'oxygène et traîne.

Pas sur l'assez rond quai, surpassai l'Achéron :
Vrai couvre-lit fait d'or qu'ouvrait lyre d'Orphée,
L'accent de cor fêla sans l'accord de la fée.
de baʀ kɔ̃ le baʀ de kɔ̃ le
mem ma ʀa wa li bo ma mem wa ʀa bo li
sis kɔ̃s tʀɥi le te sis tʀɥi kɔ̃s te le
la ʀɑ lɑ̃ me li ʀɑ la me lɑ̃ li
ki twa zɑ̃ ma le ʀo twa ki ma zɑ̃ ʀo le
di se di flo li ta se di flo di ta li
mɔ̃ na de kœʀ le na mɔ̃ kœʀ de le
me da lmə pa li sa da me pa lmə sa li
myʀ nɑ̃ tu ʀat ʀɔ̃ bi nɑ̃ myʀ ʀat tu bi ʀɔ̃
la ɔʀ dəm muʀ ʀɛn a ɔʀ la muʀ dəm a ʀɛn
tɔk u ʒɛ si ʀɛn net u tɔk si ʒɛ net ʀɛn
pa syʀ la se ʀɔ̃ ke syʀ pa se la ke ʀɔ̃
vʀɛ kuv ʀə li fe dɔʀ kuv vʀɛ li ʀə dɔʀ fe
lak sɑ̃ kɔʀ fe la sɑ̃ lak kɔʀ la fe

16 – 20 février 2026

Rimes en tautopolygramme
[Gérard Le Goff a proposéillustré sur la liste oulipo une contrainte voisine des tautogrammes et des antérimes : les derniers mots des vers d'un sonnet ne riment plus, mais doivent commencer par les trois mêmes lettres, une voyelle puis deux consonnes. J'ai ci-dessous expérimenté cette contrainte en imposant quand même un schéma de rimes classique — ce qui est à la limite de l'impossible.
• Le premier sonnet est une simple adaptation de notre souffre-douleur favori.
• Le deuxième impose quatre lettres identiques (appr-) au début des quatorze mots-rimes.
• Le troisième choisit la voyelle O comme initiale, puisque A, E & I avaient été illustrées par plusieurs oulipotes.
• Le quatrième emploie le même préfixe de cinq lettres pour tous les mots rimes (trans-, commençant ici par une consonne), mais il a chaque fois la même signification, donc on atteint les limites de cette contrainte : le poème devient presque statique. J'ai volontairement choisi un mètre court pour ne pas abuser de la patience des lecteurs.
• Le cinquième est monovocalique en E, tout en étant encore rimé.]

L'Assombri
(assemblage assez assonant)

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'assermenté,
Le prince d'Aquitaine à l'arche assujettie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth assoté
Porte le soleil noir de la Bile assortie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as assisté,
Rends-moi le Pausilippe et la mer assouvie,
La fleur que j'adorais avec assiduité,
Et la treille où la rose est au pampre asservie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Quels noms s'associeront ?
Mon front rougit du coup que l'altesse m'assène ;
J'ai rêvé que nageait l'oréade assyrienne...

Et mes talents au Styx ma gloire assureront :
Modulant tel Orphée à sa lyre assumée
Cris et soupirs de fée ou de sainte assommée.

                                                    Assia Assiniwi

*

Apprimé

Sur la liste oulipo, les bardes s'apprêtèrent
À tester tout schéma dont nous nous approchions.
Acrobatiquement formés, nous apprenions
Comment s'en inspirer : les mots s'apprivoisèrent.

Quelquefois des lecteurs indulgents apprécièrent
Les poèmes dont nous les approvisionnions.
Alors, avec espoir, nous nous appropriions
La contrainte en question. Tous en approfitèrent.

Compagnons créatifs, vous nous apprébendiez
De procédés tordus — qu'un jour vous approptiez.
Il faudra néanmoins qu'on les approfondisse.

Certes le grand public se montre appréhensif,
Mais le chantre s'émeut qu'une âme approbatrice
Lui dise qu'il n'est pas trop approximatif.

*

Obstacle ?

Mon Dieu, l'Académie est bien trop observante ! —
Si vous me permettez telles obsécrations.
Pourquoi cumulez-vous autant d'obstinations
Dans votre orthodoxie à la norme obsédante ?

Fuyons la tradition, la règle obsolescente !
Sans créativité, nous nous obscurcirions
Dans l'ennui du nabot ; surtout nous obstruerions
Le cours de l'impossible, ô rivière obséquente.

Assiégeons l'irréel d'un trouble obsidional,
Débarrassons le fruit du voile obsutural,
Son péricarpe ouvrons comme une obstétricienne !

Toutefois n'accouchons jamais obscènement :
Un mot rare est souvent un éclat d'obsidienne
Que l'on offre au lecteur obséquïeusement.

*

Transfiguré

La transhumance
A transité.
Lors transporté,
L'homme est en transe :

La transcendance
L'a transmuté,
Transbahuté
Par transparence.

Transformation
Ou transgression ?
L'auteur transpire.

Sans transition,
Il doit transcrire
Sa transmission.

*

Enterrement

En ces berges enténébrées,
Les lèvres entrefermerez
Et lentement entreverrez
Des réels Enfers les entrées.

Ses sphères entrepénétrées,
Cent rêves entremêlerez ;
En vers, des lettres enterez
Envers des cendres enterrées.

Ne tremblez, même entretenez
L'effervescence, entreprenez :
Le Père Éternel s'entremette !

Desserrez les dents entretemps.
Certes le ménestrel s'entête
Désespérément, je l'entends.

[Ce dernier sonnet est en gras parce que je le considère comme le plus réussi de cette série. Même ses rimes statiques des quatrains, suivies par une légère différence durant un distique puis un dernier quatrain aux rimes vraiment nouvelles, me font penser à Monotone de Luciano Berio.]


P.S. du 24/02/26 : centon évoquant métaphoriquement une descente dans la folie causée par l'obscurantisme ambiant.

Entropie entraînante

Vous vous armez encor de trop d'entêtement !     [Émile Verhaeren]
Se piller, se tuer, et pour s'entredéfaire,     [Guillaume Bouchet]
Retirer nos cheveux de cet entablement     [Charles Cros]
Sentant crouler sur lui sa maison tout entière ?     [Anatole Le Braz]

Notre mal ne nous vient que de l'entendement :     [Jacques Vallée Des Barreaux]
Tous deux, l'ange et le roi, les mains entrelacées,     [Victor Hugo]
Se promettent de rire à son enterrement...    [Jean de La Fontaine]
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées.     [Théodore Agrippa d'Aubigné]

Sans pouvoir tour à tour vous entresecourir,     [Jean de Sponde]
Pâle et grave, percé de coups, haché d'entailles,     [Charles-Marie Leconte de Lisle]
Là le seul réconfort qui peut m'entretenir     [Théophile de Viau]
Sent dans le flanc du roc palpiter des entrailles :     [Cécile Sauvage]

Sous le rayon blafard qui les laisse entrevoir,     [Alexandre Soumet]
Quelques toits s'éclairant au fond d'un entonnoir.     [Victor Hugo]


P.P.S. du 25/02/26 : sonnet de tautotrigrammes dissyllabiques, juste pour démontrer que c'est techniquement possible.

Nos vendeuses écoulaient des manteaux de faux vison, arnaquant avec brio les clients naïfs. Nous leur avions demandé de les repérer par diverses indiscrétions et de les frapper au portefeuille. Nos instructions pour le premier boulanger étaient plus lapidaires : tout nettoyer puis mentir aux inspecteurs.

Fourreuses,
Fourguiez ;
Fourbiez,
Fougueuses.

Fouineuses,
Fouillez !
Fouaillez,
Fouetteuses !

Fournier
Fourrier :
Fournaises

Fourbir,
Foutaises
Fournir.


21 février 2026

Mésoheptagrammes
[Dans un état d'esprit voisin des tautopolygrammes ci-dessus, les quatorze mots-rimes contiennent maintenant la même chaîne de sept caractères « ouiller » en leur centre exact.]

               Ouille

Si vous disiez qu'ils magouillèrent,
      Lâchement nous bredouillerions
   Des raisons, puis gribouillerions
   Que simplement ils vasouillèrent.

 Les documents qu'ils bidouillèrent,
   Bien sûr nous les verrouillerions,
        Et vite nous patrouillerions
    Car nos miliciens zigouillèrent.

   — La Justice un jour fouillera
   Dans votre ordure et touillera
   Comme on récolte une mouillère.

         Votre impunité rouillera,
  Âmes au teint noir de houillère,
     Et l'Histoire vous souillera !


P.S. du lendemain : combinaison des deux contraintes ci-dessus. Non seulement les quatorze mots rimes commencent tous par les trois mêmes lettres, mais leurs centres exacts emploient aussi un triplet de lettres constant.

                        Conversationalization

             Oulipotes, si nous étions connexionnistes,
                    Avec ChatGPT nous confectionnerions
             Nos textes, et jamais ne contorsionnerions
       Nos esprits sous des lois trop conventionalistes.

           Nos préceptes ne sont guère confusionnistes
         Sinon dans l'ombre nous nous convulsionnerions,
           Nos fébriles cerveaux nous congestionnerions,
       Les lecteurs finiraient presque contagionnistes.

             La règle est de toujours conceptionnaliser
                 Mais sans dévotement confessionnaliser
        Car les normes d'antan souvent contusionnèrent.

                       Refusons la contraventionnalisation
Des mots longs dont les swings parfois conditionnèrent
                         Du rare la constitutionalisation.


26 février 2026

Sonnet mince paradoxalement sans répétition

Tu exiges une grande quantité de jeunes poissons de diverses espèces. Non seulement ce n'est pas donné, mais de telles transactions nous usent autant que les pièces de monnaie. Il nous suffit pourtant de simples siestes pour nous sentir de nouveau en forme et aller pêcher. Attention, dirige la perche vers le filet ! Es-tu confus de ta maladresse ?

Frais
(sommes)
sommes :
frais,

frais.
Sommes :
sommes
frais.

Gaffe !
Gaffe
sens

trouble.
Sens
trouble ?


P.S. sans rapport : pantoums syllabiques ayant également la symétrie des diagonnets, donc pouvant aussi être lus par colonnes. Tous sont cycliques, c.-à-d. que leur premier vers pourrait suivre le dernier. Les trois derniers quatrains sont en plus rimés. Et les deux derniers sont de surcroît palindromes syllabiques — ce qui implique qu'ils sont holorimes. Le but de ces acrobaties n'est que de tester ce qui est techniquement faisable dans cette classe de contraintes.

Françoise d'Aubigné prônait la modestie à la cour, mais le compositeur n'en avait cure, ce qui lui valut finalement la condamnation du Roi :

L'humilité
militait. Lu
-lly
t'éludait.
Tel eut délit.

*

La belle choisit quel fidèle amant inaugurera sa couche décorée de brique émaillée, où elle lui fera découvrir un ouvrage polisson :

Lise élit Joe,
zellige au lit :
« Lis-je au lige ? Oh,
joli-joli ! »

*

Antoine Doinel :

L'Éole est haut.
Olé-olé,
Léo Léaud
au laid hall est.

*

Moquerie d'un footballeur allemand jouant pour l'Espagne, lorsqu'il aperçoit la couleur brun rouge du chéquier d'un concurrent français plongé dans la torpeur par manque de vitamine B :

Ribéry bée.
Behr ibère y
rit : bai RIB et
béribéri !

[Voir aussi les réponses des oulipotes]


27 – 28 février 2026

Affichage défilant de syllabes
[En généralisant les diagonnets pantoums syllabiques ci-dessus à des mètres quelconques, même impairs, et un nombre de vers indépendant du mètre, on obtient une variante syllabique des compléments de noms de Michèle Métail : chaque vers est un décalage du précédent, les premières syllabes disparaissant à gauche et de nouvelles étant créées à droite, comme dans les affichages défilants des aéroports, gares, etc. Voici un sonnet de pentasyllabes blancs.]

Sa carcasse ambla,
Car cassant bla là
Qu'assembla, la lie
Sembla l'aliter.

L'hallali taira
L'allitération.
L'itération soude
Tes rations soudaines.

Rats, scions sous des no-
tions soude et nos mets ;
Soûls, dénommez l'eau !

Et nos mélodie,
Nome et l'ode y trissent...
Mais l'auditrice aime.

*

Même contrainte en trisyllabes blancs, ce qui ressemble davantage aux enfantines kyrielles

Muse va-t-en-guerre

Elle éteint
L'étincelle,

Tint ses lais
Célébrant
Les brancards,
Branque armée

Car méchante,
Mais chantonne
Champs, tonnerre
Tôt nerveux.

Air veuf, il
Veut filer :
Fi ! l'émit
L'hémistiche.


Acrobatique diagonnet 6×6 pantoum syllabique rimé avec alternance

Début février, pendant nos refrains avinés, toute la troupe crut voir un fantôme greffer le grand arbre. Nous lui criâmes d'emporter ses feuilles aux Enfers, et de ne pas nous parler de ces lieux crépusculaires où il aurait dû reposer en boule.

La Chandeleur hantée,
Chant de l'heure entêtée
De leurre, entait teck quand
Le rang tétait canthare.
Rends tes thés qu'en Tartare,
Tais tes camps tard t'arquant !

*

Quatrain de trisyllabes rimés avec alternance, donnant aussi des bégaiements rapprochés

Je fais remarquer à un rappeur que pour comprendre « Mes pas semez » d'Adrian
Le Roy
, il faut savoir que c'est le seul air employant des notes noires carrées.

Gynéco,
n'est caudée
qu'ode : Écho
décodée.


1 – 10 mars 2026

Lohomeris oulipiens
[Comme le mois dernier avec des noms d'abonnés à la liste oulipo, les distiques ci-dessous mentionnent chaque fois un nom de membre de l'Oulipo. Les syllabes de rangs pairs (resp. impairs) des premiers vers deviennent celles de rangs impairs (resp. pairs) des seconds. L'ordre est sans logique : celui de composition.]

Le frésident-pondateur me recommande une réécriture de Théophile Gautier.
François Le Lïonnais m'enrôle à demi-mot :
« Sois franc, lis le néo-roman de la momie ! »

*

En interprétant Socrate, ce mathématicien fusionne avec son piano.
Salon Olivier clame à Satie : En ce chant
L'on s'allie au clavier, ça m'a senti chanceux.

*

Nos propres oulipismes serviraient-ils de publicité pour cet humour bourru ?
Rêvant que montrer nos vers, dits sans titiller,
Vend Raymond Queneau, très divertissant yéti.

*

Ce quatrain est trop mauvais pour le grand romancier :
Là se blessant, l'art nu
t'a dit qu'à l'aune — ô vie !
d'Italo Calvino,
cela semblait nullard.

*

Jeux d'esprit cachant la douleur :
J'aurai paix, je crierai leur absence inhibée !
Et Georges Perec rit, hâbleur, s'y sent béni.

*

« Un individu plat et vaniteux est incompatible avec
l'enseignement ! », s'énerve le grand linguiste.

L'uni ramenard (berk) y sert ni l'illettré
Ni l'humeur à Bernard Cerquiglini : très laid !

*

Au cours d'une nuit agitée, l'écrivaine crut être menacée par un
voleur, mais il la libéra quand il entendit la sonnerie du réveil.

Là le clairon t'y ment mais ne rend loi rêvée :
Le larron Clémentine Mélois renverrait.

*

L'écrivain argentin fut gladiateur dans une vie antérieure.
Il reste traumatisé par son combat contre un camarade
nord-africain, qu'il dut mener jusqu'à sa fatale issue.

Ah ! Eduardo Berti ne ruse, amigo Maure,
Et darde au doigt Tibère une mise à mort : go !

*

Le professeur Périn sait que les politiciens ne paraissent modérés qu'en privé.
Luc Étienne s'est dit au « Canard » (ris, super !)
Qu'élus ne tiédissaient qu'à tort inaperçus.

*

Nous promenant sur la côte en pleine nuit, nous vîmes passer à grande
vitesse un navire somptueux, apparemment conduit par un prix Goncourt.

Surprit l'heure : Est-ce Hervé Le Tellier ? Vois ces fonds !
Prix surélevé certe — et le voilier fonçait.

*

Une étude métrique de la Genèse prouve que la première
femme, bien que bénie, n'avait aucune envie de se marier.

Valérie Beaudouin mène une enquête à déments :
L'Ève abhorre hymen d'oints, n'en eut à quémander.

*

Louis Roquin a beaucoup travaillé pour illustrer et mettre en
musique les premières constructions littéraires de sa compagne.

Michèle Métail dès son prime inattendu
Schème y mêle détails : prit son ami du temps.

*

Le Vice-Curateur n'est pas un élan ailé, tête de mule. C'est de nouveau Sandomir
mais sous un autre pseudonyme. En s'appuyant sur les enseignements du Sar,
il démontre comment se vautrer dans la boue libère la pensée.

Emmanuel Peillet dans Latis est élu
(âne, émets l'« u »).   Yeah, Péladan   sait illuter !

*

Peu attaché aux rimes, l'incarnation du clinamen oulipien
propose la notion d'alexandrin
blanc de longueur variable.
Jean Queval, cas d'écart aux règles si valables
Que j'en cavalcadais raire : ô sigle, l'ABLVA !

*

Lecaplain décrit le stoïcisme d'un moine hindou certes bien nourri
mais persuadé de n'être qu'une page trompeuse d'un livre divin.

Guillaume Marie lut le conte où l'alarmant
Yogi mamelu rit qu'on le latte où ment l'art.

*

L'animateur du Panorama de France Culture se moque de l'attirance
du matou de l'auberge pour les Espagnols méridionaux.

Que jà chat du restau vite aime Andalous, fi !
Jacques Duchateau reste évidemment filou.

*

Les virtuoses de l'Ouvroir cherchent à racketter le régent d'alcoolisme éthique
pour y faire aussi entrer son jumeau, mais il les ramène amicalement à la raison.

Frangin qu'assoient des cracks contre intérêts cessant ?
Geint François Caradec : « Trinquons, restez sensés ! »

*

Le poète observa un rouge-gorge s'ébrouer après sa baignade dans la claire fontaine.
Jacques Roubaud pista le passereau chassé
Que jabot roux tapisse. Ah ! le pro se sécha.

*

Une seconde lecture de ce texte subtil laisse entendre que la danse
importée en Argentine par les Européens cache une certaine violence.

Michelle Grangaud tend un étrange doublet :
Chez migrants le tango n'est un jeu tremblé, doux.

*

L'oiseau rebelle de Bizet est mal adapté à une voix d'ado grave et sans vibrato.
Sot, habanera cesse, ah cruel ! Mue aidait
À sonner basse et ras, crut Samuel Deshayes.

*

Cet artiste conceptuel était peu friand de musique traditionnelle.
Choeur, Marcel Duchamp te considérait scellé
Marqueur du celte chant — si cons rets délaissés !

*

La mathématicienne brame une étrange bucolique, dans laquelle Charon croise un
triton pendant sa traversée, en chantant ridiculement dans l'aigu comme un gondolier.

Rait Michèle Audin long nonsense pastoral :
Mirez l'eau chez l'ondin sans nom, passeur alto.

*

Comme l'architecture de son roman s'inspire d'une frégate, elle
feint de prétendre que le mérite en revient à l'armée américaine.

Nef a régalé ta maçonnerie, alors
Anne F. Garréta laisse aux marines l'aura.

*

Le correspondant australien offre à ses collègues un repas fastueux accompagné
de douces mélopées, qui endorment le théoricien des graphes pendant que le poète
germano-roumain improvise une minisextine.

Oskar Pastïor a l'art — Chambers gobergeant,
Car Ross t'y passe alors chants largo berçant Berge.

*

Pour son agaçante intronisation comme gourou de l'Outrapo, qu'il achète et traite
des restes de yack pour en faire des mâlâs à distribuer à ses fans confirmés.

Ô Stanley Chapman, brasse accros assez grands, paie,
Tanne os, chap'lets, brahmane au sacre exaspérant !

*

La mort efface notre infime existence, mais un ange transforma
le poème en barde britannique presque sans ongles.

L'au-delà nie homuncule. Une aile fit tôt
De l'ode Ïan Monk aux lunules néophytes.

*

Pour son nouveau récit, le riche Américain s'inspire de l'aphasie
de son vieux serviteur — qui situe les Indiens Dakotas en Amazonie.

Quel Harry Mathews, oh ! naze, use que son mou
Laquais marie aux Sioux une aqueuse mousson ?

*

L'un des premiers cooptés se disait attaché à la rigueur des fondateurs.
L'Oulipo l'effort brasse encore, c'est béton !
L'y louait Paul Braffort, corsant ses retombées.

*

Réinventant l'Oucuipo grâce à son expertise culinaire, la jeune écrivaine
propose aux aubergistes bretonnes de combiner le luxe de la viande
grillée, la simplicité des omelettes et la frugalité de Saint Jean Baptiste.

Maline, Louise Rose, ésotérique, écrit :
Lis, Malouine ! Rôts, oeufs aux hérités criquets.

*

Le nouvelliste prétendit que lorsqu'ils furent attaqués par les Romains,
les érudits des environs ne défendirent pas vraiment leurs épouses.

Jacques Bens avança — faits hier à peureux —
Que jà Sabins savants y ferraillèrent peu.

*

Le petit boulot que son double anarchiste a trouvé consiste à traverser Paris
pour y vendre des fenêtres circulaires. Mais comme il a plusieurs fois
voyagé dans des paquebots, il sait que le verre glisse souvent de la monture,
et il le dit honnêtement à tous ses clients. Du coup, il ne vend rien.

Humain, Pablo Martín Sánchez connaît ces mers :
Maint hublot patin(e). Marcher, ça n'est commercer.

*

Le spécialiste des Grands rhétoriqueurs a perdu tout
intérêt pour les ridicules églogues du XVIe siècle.

Mous lais et tons bouclés ! Albert-Marie Schmidt quitte
Les moutons et les boucs. «  ! » — râl(e) — : rime à kitsch mythe.

*

Le mathématicien participe à la Révolution, mais la souveraine se défend.
Pierre Rosenstiehl au stock aidera durant
Heurts. Pieds : Reine ose hostile estocade rendue.

*

En remettant les phonèmes dans sa besace, le polygraphe invente la contrainte loydienne.
L'aède clôt giberne où relever les sons,
Et là, Claude Berge y renouvelle son lai.

*

Le poète contemporain ne laisse jamais traîner ses dettes froidement,
car comme Pinocchio, il suit les conseils de sa bonne conscience Jiminy.

Frais dont criquet t'efforce, hyper juste, d'urger :
Onc Frédéric Forte persiste jugé dur.

[Voir aussi les lohomeris oulipiens de Robert RapillyAlexandre Carret — ce
dernier ayant traité les difficiles noms de membres de l'Oulipo absents ci-dessus.]


10 mars 2026

Télotautogrammes en A, I, O, U, Y

La voilà déjà
a cappella, ma sympa
milonga, hourra !

Cela compléta tanka
à terra incognita.

*

Récapitulai
ici joli lai
durci.
Ni reformulai,
ni dissimulai
souci.
Si déboussolai,
rétropédalai :
merci !

*

Ô sijo, grosso modo concerto,
Scénario, romancero rubato !
Lamento : mezzo-soprano pianissimo.

*

Prétendu haïku
chu jusqu'au milieu du feu,
jeu lu peu ou prou.

*

Landay : Bloody mary, chardonnay,
sherry, brandy, whisky-chantilly — gipsy destroy !


12 mars 2026

Aconsonantisme final
[Sous le nom de « contrainte nudiste », Alain Chevrier a proposé d'interdire aux mots de terminer par des consonnes. Il avait en fait déjà eu la même idée en 2005 pour le début des mots, et sa version finale est automatiquement respectée par la plus dure contrainte des télotautogrammes vocaliques. Bien que Patrice Besnard ait déjà réécrit El Desdichado en 2007 selon une contrainte encore plus dure (un seul E par mot, comme dernière lettre), j'expérimente ci-dessous cette douce variante sans consonnes finales.]

Este Desdichado
(Ce Déshérité)

Je me montre assombri, — le pauvre inconsolé,
Le prince de Gironde à la flèche abolie :
Ma seule chance expire où le cistre étoilé
Porte quelque astre encré de la Mélancolie.

De ce tombeau nocturne où serai consolé,
Donne-moi Nisida, la marine Italie,
La beauté qui charma ce cerveau désolé,
Pampre comme hortensia que la treille relie.

La Tendresse ou le Feu ?... Mélusine ai-je été ?
Ce visage a rougi du bisou de la reine,
Rêvé parmi la grotte où nage la sirène...

À mainte occurrence ai traversé le Léthé :
Grâce à ma lyre aussi modulai comme Orphée
Le souffle de la sainte ainsi que cri de fée.

                                                Grégoire Labrunie


P.S. du surlendemain : centon respectant la même contrainte. Racine est cité trois fois et Leconte de Lisle deux fois mais jamais dans les mêmes oeuvres. Voir ce message adressé à la liste oulipo pour des commentaires sur les faiblesses prosodiques dont je suis conscient. Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'une réécriture du Desdichado, on peut noter que les thèmes évoqués en sont voisins.

Pourquoi jusqu'au tombeau cette tristesse amère ?     [Charles-Marie Leconte de Lisle]
Le philtre desséché de ma sincérité     [Odilon-Jean Périer]
Semble me dire : Ô pauvre homme déshérité     [Charles Guérin]
Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière ?     [Marceline Desbordes-Valmore]

Douce mélancolie, aimable mensongère     [André Chénier]
Comme une ligne noire au sable illimité,     [Charles-Marie Leconte de Lisle]
Éternelle, immuable, immense vérité,    [Pierre Corneille]
Votre bouche à la mienne ordonna de se taire.     [Jean Racine]

La victoire elle-même a dégagé ma foi     [Jean Racine]
De sa légèreté inhumaine, sanglante :     [Théodore Agrippa d'Aubigné]
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante.     [Alphonse de Lamartine]

Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi     [Marc de Papillon de Lasphrise]
Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle !     [Victor Hugo]
Ma fortune va prendre une face nouvelle.     [Jean Racine]


P.P.S. du 19/03/26 : adaptation de la Chanson d'automne à cette contrainte

Complainte automnale

La larme qui
Au bouzouki
        Chante automne
Blesse le moi
De quelque émoi
        Monotone.

Comme ranci
Ou blême, si
        Sonne une heure,
Ai-je pensé
Au tu passé
        Que je pleure.

Chu, je vaque au
Dru sirocco
        Qui me porte
Deçà, delà,
Conforme à la
        Feuille morte.

(Pierre Verlaine)


P.3S. du 20/03/26 : trop facile contrepied, comme avec les initiales en 2005. La seule subtilité est qu'en prosodie classique, les finales en -es ne riment pas avec les verbes en -ent, d'où mon choix de la 2e personne du singulier mais sans pouvoir employer le pronom « tu ».

Chant automnal

Les sanglots longs
Des violons
        Des automnes
Blessent nos coeurs
En des langueurs
        Monotones.

Tout suffocant
Et blafard, quand
        Vont les heures,
T'encor souviens
Des jours anciens,
        Alors pleures

Et bientôt pars
Aux vents vachards
        Car escortes
Leurs divers flots,
Sort égal aux
        Feuilles mortes.


P.4S. du 21/03/26 : la douce contrainte ci-dessus, imposant des consonnes aux fins de tous les mots, pourrait être baptisée « textile » par opposition au nom « nudiste » choisi par Alain Chevrier quand ils terminent tous par des voyelles. Rémi Schulz a eu la belle idée de combiner les deux sous le mot-valise « textiste », et pour le justifier, de cacher un message codé dans la lecture de ces lettres initiales & finales. Cette triple contrainte devient évidemment fort dure. Ci-dessous, je n'ai pas suivi strictement ce que proposait Rémi, mais une variante similaire. Tous les mots commencent par une consonne et terminent par une voyelle (on peut les imaginer en monokini !), et la lecture de ces bords donne « Bibelot aboli d'inanité sonore » — micro-traduction d'un célèbre vers de Mallarmé jadis proposée par Alain Chevrier pour qu'il alterne consonnes & voyelles.

Busoni bigarré legato termina :
Bravo ! Libérerai défini nirvana,
Noterai titanique
Solo néo-rythmique.


P.5S. des 25–26/03/26 : l'acrotélonyme ci-dessus m'a fait me demander si un auto-acrotélonyme serait aussi possible, de manière analogue à ces auto-acronymes : peut-on coder le début (ou la fin) du même texte en lisant à la suite les première & dernière lettres de chaque mot ? Mon premier essai est une simple phrase de prose :
            Sa lettre tant relue tira net rêve lorsqu'écrivit Igor à Noémie.
Vous pouvez vérifier qu'elle code son début jusqu'à « tira ne[t] ». J'ai ensuite tenté un début de Desdichado en alexandrins, mais cette contrainte multiple est si dure que seuls deux vers sur quatre sont rimés.

Je végète gelé, — tétanisé, — gêné,
Le tenace tana : ni se gère négoce
(Lyre tale nova, ce tuba notera),
Ni se gaze ridé nodule — go, cané !

Vous pouvez cette fois vérifier que le quatrain auto-code ses deux premiers vers. J'ai ensuite tenté un quatrain auto-acrotélonyme infini, hélas de nouveau avec une seule paire de rimes sur quatre vers.

Muse, legato décarême !
Si rime le mélimélo
Désiré, le modèle même
Se rasera, se rasera...

Le quatrain code ici sa propre fin (dont les répétitions illimitées du dernier vers), à partir du « mélo » du 2e vers.

[Voir aussi ces auto-acrotélonymes de Louis Couturier]


17 mars 2026

Couples vocaliques
[Dizain régulier employant les 36 couples de voyelles ordonnées, sans espaces entre elles : AA, AE, AI, ..., AY, EA, EE, ..., YA, ..., YY. Voir cet éodermdrome d'il y a 28 ans pour une version n'illustrant que les 10 paires non-ordonnées sans Y, et autorisant les espaces entre elles, mais ne nécessitant que onze lettres en tout.]

Pacification

S'ennuyait l'émir ayyoubide
Dans un continuum broyeur.
Pourquoi guerroyions-nous sans coeur
Et déifiiez-vous l'égide ?
L'armée au zoo !, cria-t-il
Puis, extraordinaire deal,
Offrit rufiyaas à l'ensemble.
Aérez-vous sur le bryum,
Pigeons, boas dans l'aquarium,
Et poneys, trottinez à l'amble.


P.S. minimaliste du 19/03/26 : deux mots totalisant vingt lettres, qui suffisent pour illustrer les onze couples vocaliques AI, AU, AY, EA, IE, OI, OU, UA, UY, YE, YI. La première ligne est une paraphrase en décasyllabe.

Ô Bigordans, laviez-vous votre linge ?
Souyeaucois, aiguayiez ?


P.P.S. du 20/03/26 : quatrain d'alexandrins avec alternance de rimes consonantiques et vocaliques, employant les 25 couples de voyelles ordonnées sans Y (AA, AE, ..., UU), les espaces entre elles étant encore interdits.

Illumination

Devant le torii, nous dialoguions d'opium.
Se muait en nuée, éon du vacuum,
L'oeil de Dieu révélant le Graal : « Sont au zoo
Ex aequo le boa, le faon, l'homme et l'oiseau. »

[Voir aussi les 36 couples vocaliques avec Y illustrés par Bernard Maréchal]


27 mars 2026

Codages vocaliques
[Noël Bernard a illustré une suite précise de chiffres 1 & 2 successifs par des groupes de voyelles séparés par au moins une consonne. Je l'expérimente ci-dessous pour le début de la suite de Prouhet-Thue-Morse ABBA BAAB BAAB ABBA BAAB ABBA ABBA BAAB... J'ai chaque fois choisi le plus petit énoncé possible permettant de citer ces trois mathématiciens. Dans la première ligne, A = 1 et B = 2 ; dans la seconde, A = 2 et B = 1 ; et dans la troisième, chaque A représente une consonne et chaque B une voyelle.]

Copiez Prouhet-Thue-Morse !
 1  2     2 1     2  1  1

Tiens, l'apériodique suite des trois Prouhet-Thue-Morse !
  2      1 1  2 1  2   2 1  1     2     2 1     2  1  1

Suivez bien la suite prise à Prouhet, ci-appelée « Thue-Morse ».
cvvcvc cvvc cv cvvcv ccvcv v ccvvcvc  cv vccvcvv   ccvv cvccv

[Voir aussi les autres suites codées de cette manière vocalique par les oulipotes, ainsi que ces trois poèmes & cette prose illustrant la suite de Prouhet-Thue-Morse d'une autre façon]


P.S. du 3/4/26 : Rémi Schulz a proposéillustré un autre codage d'après le morse : les traits & points donnent alternativement des groupes de consonnes puis de voyelles, au moins deux pour un trait, une seule pour un point. Ci-dessous j'ai expérimenté cette dure contrainte sur le célèbre alexandrin de Mallarmé « Aboli bibelot d inanité sonore » (sans apostrophe).

Zaouïa, bravo : prions Allah, ah !
Aucun ud oirez, ô souci, crains eau !
Chut un éon : art, air, or ou mezzos ?
Ici truand eut oublié — rien a.
·− −··· −−− ·−·· ··
−··· ·· −··· · ·−·· −−− −
−·· ·· −· ·− −· ·· − ··−··
··· −−− −· −−− ·−· ·

29 mars 2026

Fin sans faim
[Sonnet de monosyllabes masculins, pour le seul plaisir d'utiliser en télostiche les cinq lettres différentes du mot « sonnet », comme l'avait remarqué Rémi Schulz en 2022. Le schéma de rimes régulier engendre « sonnet » dans l'ordre.]

Ô
Dams
D'ans :
No

Go !

Dents
Dans
Pho.

Vin
Vain.
Le

Sort
Le
Sort.

[Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret, évoquant deux poèmes de Rimbaud]


1er avril 2026

Naturisme ulcéré
[Pour rendre la « contrainte nudiste » plus perecquienne, les lettres finales des mots doivent ici faire partie de sa série fétiche ESARTINULOC, interdisant donc 58 % de l'alphabet. Pour corser la difficulté, toutes ces lettres finales permises sont utilisées au moins une fois.]

El Desdichado
(Le Déshérité)

Je suis l'obscur en deuil, — l'exclu, — l'inconsolé,
Le prince en Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon târ constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, mâne ayant consolé,
Rends-moi donc Pausilippe et mers de l'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
Je rêvai dans la grotte où nage la sirène...

Et vainqueur, je franchis quatre fois l'Achéron :
Modulant tour à tour au cistre, comme Orphée,
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

                                                Grégoire de Nerval

[Voir aussi cette ancienne plaisanterie]


Fool food
[pangramme]

Carte

Féroce d'avocat, cullen skink, anchoïade,
Hareng saur, waterzooï, bagna cauda, sushi,
Tartare de saumon, thon rouge, niboshi,
Marmite de bonite, alose, sardinade,

Stroganina, gravlax, stockfisch, estofinade,
Vitello tonnato, caldo de carachi,
Sauce Worcestershire, anchois, katsuobushi,
Salade scandinave, anguille, cotriade,

Matelote, morue à l'ajoarriero,
Ailerons de requin, bouillabaisse, ttoro,
Poulpe à la provençale, oukha, pissaladière,

Surströmming, lutefisk, halászlé, tataki,
Bourride à la sétoise, acras, truite meunière,
Court-bouillon de poissons, paprykarz szczeciński.

[Voir aussi cette palette]


4 avril 2026

Joug aux manteaux hivernaux
[Après les modérément durs télotautogrammes en E d'il y a vingt ans, la douce variante « nudiste » récemment proposée par Alain Chevrier, et mes exagérations « textiles » puis « ulcérée » dans l'extrême douceur, voici une contrainte nettement plus dure : aucun mot ne doit terminer par l'une des onze lettres fréquentes ESARTINULOC. Les trémas indiquent les diérères classiques, que j'ai pour une fois décidé de respecter malgré leur affectation.]

Infeliz
(Le Malheureux)

M'évoquez ténébreux, — piteux veuf, — moribond,
Tsarévitch lez Bordeaux aux châteaux guenilleux :
Fatum y morfond trop, — luth assez merveilleux
Étend Phénix noiraud quand Cafard correspond.

Miséricordïeux d'ombreux tombeaux répond,
Rend eaux d'attractif sud aux coteaux précïeux,
Houx, sureaux, phlox vitaux aux cerveaux soucïeux,
Y coud géranïum, tord-boyaux floribond.

Soyez d'astraux Lezay, preux Vercingétorix !
Ad vitam aeternam rougeaud aux feux royaux,
Rêvez d'animaux doux aux creux d'aqueux tuyaux...

Traversez deux canaux, victorïeux d'ord Styx.
Calquez Ronsard, Rimbaud, derechef modulez :
Soupirez vertueux, prodigïeux hurlez.

                                                Gérard Nabokov


6 avril 2026

Sonymes holorimes
[Dès l'introduction de la forme sonyme (quatrain de 4/4/3/3 mots), nous avions osé des holorimes dissyllabiques, et j'en avais composé sept en pentasyllabes fin 2024. En voici quatre nouveaux.]

Esclandre aux obsèques

Je ne foutrai pas
La paix : nommez lie,
Jeunes fous ! Trépas
Là peine homélie.

*

Sa grande âme monte vers le Verbe lorsque sa chair est emportée.

Le démontre en sphère
Qu'oral ange vint —
Le démon transfère
Corps à Langevin.

[Variante remplaçant le physicien par un compositeur russe : « Le démontre en sphère / Qu'annoncez art cuit. / Le démon transfère, / Canon, César Cui. »]

*

Le co-fondateur de l'Oulipo tire parti des contraintes,
qui structurent et enrichissent son discours.


C'était moins informe
Que nos rets montraient :
Ces témoins informent.
Queneau Raymond trait.

*

A.C. : « Assez ! »
Pour éviter toute dispute, arrêtons là ces holorimes.


S'itèrent ces sons
Dans ta série. Ôte !
Si, taire : cessons
D'entasser riotte.

[Voir aussi ces réponses d'Alexandre Carret]


7 avril 2026

E durs russes
[Idée de contrainte peu naturelle mais amusante, mariant les « E durs » de Patrice Besnard et les « boules de neige » de l'Oulipo (ou les « montagnes russes » de Patrick Flandrin si l'on désire en écrire davantage) : la n-ième lettre du n-ième mot est l'unique E qu'il emploie.]

En cet alexandrin loge notre humble hommage.
Distiques structurés, contraignez transcodage !
Kitschouilles scribouillaient antiparasitage.
Autopromotionnez antipollupostage !


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Last modified : April 8th, 2026