Syncrétisme
[La mise en scène des pangrammes
est la moitié la plus oulipienne de l'exercice, comme les
définitions de mots croisés. En voici trois nouveaux de
respectivement 32, 31 et 30 lettres, sans répétition de consonne,
comptant seulement 4 ou 5 mots, qui terminent des quatrains.]
Jadis en contact avec l'hindouisme,
L'opéra chinois s'est bien enrichi,
Montrant son brillant et pur syncrétisme :
Flamboyez patchworks,
védique
jingxi !
*
Sheikh Ahmad Qomi, ta munificence
Concrétisera ce rets de canaux
Si pharaonique, et chacun t'encense.
Waqf, objectivez
khlongs pyramidaux !
*
Le gel du fromage est trop véloce
Quand nous visitons l'Islande à ski.
Prônons nos bons scotchs hors lochs d'Écosse :
Fjord compliquant
gex, buvez whisky !
Un glacé météore au sol fit un cratère
Apparemment méditerranéen et prestement tératogénétique en présentant à la vie un berceau.
Les reptiliens fort peu conventionnels absurdement expérimenteront d'abandonner cette enchanteresse eau,
Escomptant par la boue accéder à la terre.
Leurs troublants mouvements sont pour moi le mystère
Inconnaissable et si miraculeux que Jéhovah réglementairement enferme sous quelque enchevêtré sceau.
Réellement, révélez les secrets des éléments, solide quintuplet platonicien et lumineux faisceau !
L'Éternel refusa, mais pourquoi nous le taire ?
Cela pensé, mon feu
Cerveau paraît en feu
Pour saisir les raisons du Père de l'éther : la signification de nos jours sans futur ne serait qu'indécence ?
Cependant tout problème écrit redevient clair
Quand on se doute enfin de l'art qui nous dépasse : alors mystiquement, nous comprenons soudain qu'agit la quintessence.
Littérateurs, demeure ici seulement l'air.
[Voir aussi les poèmes platoniciens en polonais composés par Alx z Poewiki en 2015 — qui m'ont inspiré ce tétraèdre le mois dernier, ce sonnet de 2022 où Rémi Schulz se servait comme ci-dessus des cinq éléments grecs à la rime, et ce quatrain immédiatement écrit par Alexandre Carret quand j'ai commencé à discuter d'un tel « sonX platonicien » sur la liste oulipo il y a cinq jours.]
Bucolique
[Sonnet pastoral selon la nouvelle contrainte de
pantoum syllabique proposée par
Robert Rapilly : deux vers successifs sont de
schéma 1234/2*4*. Comme souvent avec ce type de contraintes, les
consonnes sont associées aux voyelles qui les précèdent et/ou les
suivent selon le bon plaisir de l'écriveron, et les voyelles
ouvertes & fermées sont parfois identifiées. Ce sonnet
respecte la contrainte de façon cyclique, c.-à-d. que le
premier vers pourrait suivre le dernier.]
| « Panage aime ure », Nakamura Cahin-caha Incanta, mûre. Quand en murmure Tant se muera Ce brouhaha, Brouillait ramure. Hier au mûrier Haussait yé-yé Ses rapiéçages. Raps messagers Mais vergers sages : Vers passagers. |
[pa.na.ʒe.myʀ] [na.ka.myʀ.a] [ka.ɛ̃k.a.a] [ɛ̃k.kɑ̃t.a.myʀ] [kɑ̃t.tɑ̃.myʀ.myʀ] [tɑ̃.sə.myʀ.a] [sə.bʀu.a.a] [bʀu.jɛʀ.a.myʀ] [jɛʀ.o.myʀ.je] [o.se.je.je] [se.ʀap.je.saʒ] [ʀap.mɛ.saʒ.ʒe] [mɛ.vɛʀ.ʒe.saʒ] [vɛʀ.pa.saʒ.ʒe] |
P.S. des jours suivants : autres courts pantoums syllabiques, généralement précédés par des explications comme Robert le recommande. J'y explore quelques surcontraintes.
| Pierre Gagnaire nous étonna quand la dernière heure sonna : Introverti traumatisé ? Maïzena inénarrable ! |
[ɛ̃.tʀo.vɛʀ.ti] [tʀo.ma.ti.ze] [ma.i.ze.na] [i.ne.na.ʀabl] |
[un seul mot tétrasyllabique par ligne]
*
Nerval
considère nos discutables réécritures
comme une conséquence de ses papillons noirs
L'inconsolé
qu'on enlaidit
n'en médit qu'aux
mélancolies
*
Dans son interminable langueur
automnale,
Verlaine a des symptômes daltoniens :
Ô sanglot long
sans jalons, crée
jade crayeux
de feuilles mortes
*
Un oulipote paresseux raccourcit le
pantoublet :
Demi-format
minimaliste
*
Avec le même ton qu'il emploie pour influencer le Président,
l'état-major américain ordonne à son ambassadeur en Algérie
de n'avoir aucun complexe pour mépriser l'autorité locale :
Mot commandé
comme au dément :
« Moque homme en dey
commodément ! »
[pantoum syllabique holorime, impliquant aussi que la contrainte cycle]
*
[Les tercets
& distiques qui suivent respectent la contrainte
syllabique de façon cyclique, comme dans le
sonnet ci-dessus.]
Hérédité
réitérée :
hier est dit.
*
Catégorie :
théoriser
aux cas égaux.
*
Introverti
traumatisant
matins en vers
[très voisin de ce quatrain, mais maintenant cyclique]
*
Réaction d'un policier prenant la déposition
d'une femme victime de violence sexuelle :
Pas consenti ?
Compatissant.
*
Le médecin-légiste fit son travail :
décortiqua
corps décati.
*
À force de la répéter, cette histoire
originale finissait par devenir banale :
Rareté qu'on
reracontait.
*
L'alcool rend l'esprit pétillant — quand on en a un peu à jeun :
ébriété
brille, étayée.
*
Tout suffocant et blême quand sonne l'heure :
Temps ressenti
retentissant.
*
Jouez-vous du théorbe ou bien de la guitare,
Luth, mandore, banjo, mandoline ou cithare ?
— Qu'ukulélé.
[exemple conceptuel
de monostiche pouvant cycler
sur lui-même selon la règle du pantoum syllabique]
*
Le lac effleure
La couleur con
Où se consume
Ce beau sumac,
Borée axé...
Rêvons, c'est l'heure.
[adaptation
à la contrainte du pantoum syllabique de
la deuxième strophe de
L'heure exquise de Verlaine]
*
La voix plus haute,
Vois, chaos teste,
Calant estocs.
L'enfant hoquette,
Fend dans cet art,
Danse, y partant
Hypotendu
Au bout du flot.
(...)
Les Djinns funèbres
Jingle n'ébruitent,
Gueulant huit toux,
Lançant tout pas,
Centrant spahis
Trans, fait hideux :
Féconde fin
Qu'on ne feint pas.
[adaptation des première & seconde strophes tétrasyllabiques des Djinns de Hugo]
*
| File la laine, Le temps, l'aîné, Tant l'ivre écho Livre, comme art Redémarra Des mégalithes Égalitaires À l'éternel. |
[fi.lə.la.lɛn] [lə.tɑ̃.lɛn.e] [tɑ̃.livʀ.e.kɔ] [livʀ.ʀə.kɔ.maʀ] [ʀə.dem.maʀ.a] [dem.eg.a.lit] [eg.a.lit.tɛʀ] [a.le.tɛʀ.nɛl] |
[adaptation du refrain de File la laine de Robert Marcy]
*
Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé
Suivant, — et sombre, Râ veut féconder les lies.
Vends les sons ! pis, râle à fêter d'écrits lilas,
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
[généralisation à un autre mètre de cette contrainte syllabique, qu'on pourrait nommer patatoum en interprétant abusivement le « pan » de « pantoum » comme le « tout » grec !]
Sonnet
en patatoum syllabique
[Les syllabes phonétiques de rangs pairs de chaque vers
deviennent celles de rangs impairs du vers suivant, et la règle
est cyclique, c.-à-d. que le premier vers pourrait suivre le
dernier. La transcription phonétique adopte le même point de vue
que dans ce sonnet de tétrasyllabes de
la semaine précédente.]
| El Patatunado Je suis le ténébreux, — le veuf, — tout blasphémé Suivant, et marbres pris, voeu faible, aste amaigrie. Vantail m'a réprimé, l'effet assez grimé : Tailleur est emmêlé — faiblissait Symétrie. Heure entendue aimable ici, s'il a trimé, Rends-moi du flot marin sitôt la cyan mairie, Moire, flore éreintante au conscient arrimé : Retour existentiel convoita que mai rie. Tous bugs issus, Ciel, Feu ?... Voilà Queneau, Prior ! Benêt sut effeuiller la panoplie, ô reine ; N'ai-je, terrifié, vu passe où l'hybride est naine ? Je tarifai Vulcain, soûlant, bridé ténor, Talent fait tel qu'insole : en rade était Orphée. L'ange tait le sonnet ; râles t'étouffaient, fée. |
|
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Lohomeris
[Comme vu plus haut dans le cas des
tétrasyllabes, la contrainte du pantoum (ou patatoum) syllabique
implique une inversion de toutes les paires de syllabes
successives quand elle est appliquée à un simple distique
et qu'on impose qu'elle cycle — c.-à-d. que le premier
vers pourrait suivre le dernier.
Rémi Schulz a baptisé
lohomeri cette généralisation du verlan.
Voici quelques distiques selon ce principe. Les vers soulignés
sont des citations (parfois légèrement modifiées) de
grands poèmes classiques.]
Réalité convertissante,
Arrêtez l'hiver consenti !
*
Le chef ordonna au marmiton de tout verser dans le moule.
Celui-ci en fit maladroitement tomber sur la cannelle, mais
sut esquiver la gifle attendue, qui n'atteignit que sa toque.
Coule ça ! Pas précis, le queux pocha bâtons.
Le coup passa si près que le chapeau tomba.
*
La lesbienne proposa à la
criminelle d'entamer une relation vampirique.
Danger cher, la goule s'y prêta de zéro :
« J'ai dans la chair le goût précis de ta rosée. »
*
En visitant les tombeaux du village,
Lamartine s'émeut du temps qui passe :
Et la nef a reçu mes pas retentissants,
L'année fanée sur eux, pâmée, tant ressentie.
*
Après avoir calmement expliqué à son fils comment éviter que
le bois de la porte ne pourrisse, en la badigeonnant d'eau de
mer puis la laissant sécher plusieurs fois de suite, il lui
demanda finalement de la poncer pour parfaire le traitement.
Le père lui laissa digérer — ça situe :
Pèle l'huis resalé ! J'ai dit sa réussite.
*
Chaque matin, le dieu Soleil salue le premier homme, qui
lui répond aujourd'hui avec insolence, influencé par Satan.
L'Adam piraté dit :
« Pourra m'intéresser
Dans la rapidité, Râ, pour tes mains serrer. »
*
Les Huns se moquent en apercevant au loin
le village qu'ils s'apprêtent à piller.
Tandis qu'à
l'horizon
Dictant l'occase, on rit.
*
Au nord de l'Italie, n'oubliez pas de
goûter les plats de poissons aux fruits.
Pô : les parme saumons,
Les pommes par monceaux !
*
L'ambiance glauque et sanguinolente de ce roman policier n'a rien d'original. À quelques notables exceptions près, le genre est resté gelé dans une singerie de son inventeur.
| Des conduits de plomb gore ?
Edgar Poe imitèrent Condés, depuis — hors long arrêt d'hypothermie. |
[de.kɔ̃d.ɥi.dəp.lɔ̃g.ɔʀ.ɛd.gaʀ.po.i.mi.tɛʀ] [kɔ̃d.de.dəp.ɥi.ɔʀ.lɔ̃g.gaʀ.ɛd.i.po.tɛʀ.mi] |
[N.B : plusieurs consonnes sont associées aux voyelles qui les précèdent]
*
L'or a, chez l'Oulipo, la semblance d'édits,
Alors louchez, polissant là ce blanc d'idées.
*
[Ci-dessous, hommages aux oulipotes ayant aussi illustré cette contrainte]
Lorsque des
trolls envahirent notre lumineuse liste,
on raconte que l'un de ses piliers se serait énervé.
Quand le
réverbère au pire accueillit leurs rets,
Le camp verrait Robert Rapilly querelleur.
*
La tempête de ces
mélanges syllabiques engendre n'importe quoi, mais
certains brillants oulipotes obtiennent pourtant
maintes merveilles.
Mire ébauche
ou l'tsunami fourvoyait ses dés !
Rémi Schulz, bon,
a su fourmiller, vois, d'essais.
*
Ivre de toutes les règles
oulipiennes, celui-ci nous offre aussi des chefs-d'oeuvre.
Alexandre Carret, tu picolais solo
Les cadres sans récapituler : colossaux !
*
Comme divers abonnés, j'ai
parfois du mal à comprendre mes propres messages :
J'y crispe,
ô létaux ire et fatras en pavés !
Cris : Gille Esposito-Farèse
entravait pas.
[signature contorsionniste, en réponse à un défi de Rémi]
*
Dans son exploration des limites, Jouet répète un seul monosyllabe
sur plusieurs tons, sans hâte. Comme chaque Oulipien, il sait que
la richesse poétique est plus dans le bougeoir que dans la flamme.
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Dû mot, où lent, tout rat l'assure : l'if est d'or.
*
Ajout du 1/3/26, en hommage au
très sensible huitain que
Noël Bernard
vient de composer selon cette contrainte
Son syncrétisme nippo-chrétien nous enseigne comment
nous libérer des normes.
Lis !
Noël Bernard là céans nous a guidés :
Nô,
libérez l'anar en ces
agnus dei.
Toutefois, quand l'un de ses élèves cite le parachutisme comme
exemple d'évasion, il n'hésite pas à prévenir le doyen.
Nommer « béret »
l'anar n'est correct (le râteau !),
Mais Noël Bernard là connaît le rectorat.
Ce poète fraternel aimerait que notre liste évite le rase-motte.
Rêveur, Noël Bernard — accord doué, poli —
Veut réel non-art (berk) hors d'aède : Oulipo !
[Voir aussi ces lohomeris citant des noms d'Oulipiens]
P.S. du 13/02/26 : variante littérale de cette contrainte, échangeant donc l'ordre de toutes les paires de lettres. Cette contrainte avait en fait déjà été explorée en 2015 dans un autre contexte (même suite de consonnes et même suite de voyelles, mais pourtant pas la même suite de lettres).
L'imam exorcisa de manière islamique
Ces plutôt primitifs instruments de musique :
coranisa
ocarinas
*
Vous cherchiez à cacher votre djeune djiction
En estompant tout signe aigu d'affrication :
apâlîtes
palatisé
*
Jeune administrateur sobre et sans attirail,
On bénit à présent ton départ à Dubaï.
Ores un Émirat arabe, ménager
Rose nu, mérita rab : amen égaré !
Desdichado
aux hémistiches en lohomeri
[Les alexandrins sont de schéma ABCDEF BADCFE, où
chaque lettre représente une syllabe phonétique. Leur découpage
adopte le même point de vue
que précédemment.]
| Infortuné forain n'es-tu ? Débarquons pâle et sot, — bardé, — pas consolé, Même are à wali beau, ma mémoire abolie : Si se construit Léthé, ce cistre hui constellé, Là râlant, mêle ichor à la Mélancolie. Qu'y toise en mal héros ? Toi qui m'as enrôlé, Dis, cède ifs, Lolita, ces dix flots d'Italie, Monade, et qu'earl ait zone à mon coeur désolé Mais d'alme palissade à mes palmes s'allie. Mur n'entoura trombine en Murat ou Biron ? La horde mourait na hors l'amour de ma reine, Tôt cou jais ; sirène est où t'oxygène et traîne. Pas sur l'assez rond quai, surpassai l'Achéron : Vrai couvre-lit fait d'or qu'ouvrait lyre d'Orphée, L'accent de cor fêla sans l'accord de la fée. |
|
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Rimes en tautopolygramme
[Gérard Le Goff a
proposé
& illustré sur la
liste oulipo une contrainte voisine des
tautogrammes et des antérimes : les derniers mots des vers d'un
sonnet ne riment plus, mais doivent commencer par les trois
mêmes lettres, une voyelle puis deux consonnes. J'ai ci-dessous
expérimenté cette contrainte en imposant quand même un schéma
de rimes classique — ce qui est à la limite de l'impossible.
• Le premier sonnet est une simple adaptation de notre
souffre-douleur favori.
• Le deuxième impose quatre lettres identiques (appr-)
au début des quatorze mots-rimes.
• Le troisième choisit la voyelle O comme initiale,
puisque A, E & I avaient été
illustrées par plusieurs oulipotes.
• Le quatrième emploie le même préfixe de cinq lettres pour tous
les mots rimes (trans-, commençant ici par une consonne), mais il
a chaque fois la même signification, donc on atteint les limites
de cette contrainte : le poème devient presque statique. J'ai
volontairement choisi un mètre court pour ne pas abuser de la
patience des lecteurs.
• Le cinquième est monovocalique en E, tout en étant encore rimé.]
L'Assombri
(assemblage assez assonant)
Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'assermenté,
Le prince d'Aquitaine à l'arche assujettie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth assoté
Porte le soleil noir de la Bile assortie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as assisté,
Rends-moi le Pausilippe et la mer assouvie,
La fleur que j'adorais avec assiduité,
Et la treille où la rose est au pampre asservie.
Suis-je Amour ou Phébus ?... Quels noms s'associeront ?
Mon front rougit du coup que l'altesse m'assène ;
J'ai rêvé que nageait l'oréade assyrienne...
Et mes talents au Styx ma gloire assureront :
Modulant tel Orphée à sa lyre assumée
Cris et soupirs de fée ou de sainte assommée.
Assia Assiniwi
*
Apprimé
Sur la liste oulipo, les bardes s'apprêtèrent
À tester tout schéma dont nous nous approchions.
Acrobatiquement formés, nous apprenions
Comment s'en inspirer : les mots s'apprivoisèrent.
Quelquefois des lecteurs indulgents apprécièrent
Les poèmes dont nous les approvisionnions.
Alors, avec espoir, nous nous appropriions
La contrainte en question. Tous en
approfitèrent.
Compagnons créatifs, vous nous
apprébendiez
De procédés tordus — qu'un jour vous
approptiez.
Il faudra néanmoins qu'on les approfondisse.
Certes le grand public se montre appréhensif,
Mais le chantre s'émeut qu'une âme approbatrice
Lui dise qu'il n'est pas trop approximatif.
*
Obstacle ?
Mon Dieu, l'Académie est bien trop
observante ! —
Si vous me permettez telles
obsécrations.
Pourquoi cumulez-vous autant d'obstinations
Dans votre orthodoxie à la norme obsédante ?
Fuyons la tradition, la règle obsolescente !
Sans créativité, nous nous obscurcirions
Dans l'ennui du nabot ; surtout nous obstruerions
Le cours de l'impossible, ô rivière
obséquente.
Assiégeons l'irréel d'un trouble
obsidional,
Débarrassons le fruit du voile
obsutural,
Son péricarpe ouvrons comme une obstétricienne !
Toutefois n'accouchons jamais obscènement :
Un mot rare est souvent un éclat d'obsidienne
Que l'on offre au lecteur obséquïeusement.
*
Transfiguré
La transhumance
A transité.
Lors transporté,
L'homme est en transe :
La transcendance
L'a transmuté,
Transbahuté
Par transparence.
Transformation
Ou transgression ?
L'auteur transpire.
Sans transition,
Il doit transcrire
Sa transmission.
*
Enterrement
En ces berges enténébrées,
Les lèvres entrefermerez
Et lentement entreverrez
Des réels Enfers les entrées.
Ses sphères entrepénétrées,
Cent rêves entremêlerez ;
En vers, des lettres enterez
Envers des cendres enterrées.
Ne tremblez, même entretenez
L'effervescence, entreprenez :
Le Père Éternel s'entremette !
Desserrez les dents entretemps.
Certes le ménestrel s'entête
Désespérément, je l'entends.
[Ce dernier sonnet est en gras parce que je le considère comme le plus réussi de cette série. Même ses rimes statiques des quatrains, suivies par une légère différence durant un distique puis un dernier quatrain aux rimes vraiment nouvelles, me font penser à Monotone de Luciano Berio.]
P.S. du 24/02/26 : centon évoquant métaphoriquement une descente dans la folie causée par l'obscurantisme ambiant.
Entropie entraînante
Vous vous armez encor de trop d'entêtement !
[Émile Verhaeren]
Se piller, se tuer, et pour s'entredéfaire,
[Guillaume Bouchet]
Retirer nos cheveux de cet entablement
[Charles Cros]
Sentant crouler sur lui sa maison tout entière ?
[Anatole Le Braz]
Notre mal ne nous vient que de l'entendement :
[Jacques Vallée Des Barreaux]
Tous deux, l'ange et le roi, les mains entrelacées,
[Victor Hugo]
Se promettent de rire à son enterrement...
[Jean de La Fontaine]
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées.
[Théodore Agrippa d'Aubigné]
Sans pouvoir tour à tour vous entresecourir,
[Jean de Sponde]
Pâle et grave, percé de coups, haché d'entailles,
[Charles-Marie Leconte de Lisle]
Là le seul réconfort qui peut m'entretenir
[Théophile de Viau]
Sent dans le flanc du roc palpiter des entrailles :
[Cécile Sauvage]
Sous le rayon blafard qui les laisse entrevoir,
[Alexandre Soumet]
Quelques toits s'éclairant au fond d'un entonnoir.
[Victor Hugo]
P.P.S. du 25/02/26 : sonnet de tautotrigrammes dissyllabiques, juste pour démontrer que c'est techniquement possible.
Nos vendeuses écoulaient des manteaux de faux vison, arnaquant avec brio les clients naïfs. Nous leur avions demandé de les repérer par diverses indiscrétions et de les frapper au portefeuille. Nos instructions pour le premier boulanger étaient plus lapidaires : tout nettoyer puis mentir aux inspecteurs.
Fourreuses,
Fourguiez ;
Fourbiez,
Fougueuses.
Fouineuses,
Fouillez !
Fouaillez,
Fouetteuses !
Fournier
Fourrier :
Fournaises
Fourbir,
Foutaises
Fournir.
Mésoheptagrammes
[Dans un état d'esprit voisin des
tautopolygrammes ci-dessus, les
quatorze mots-rimes contiennent maintenant la même chaîne de sept
caractères « ouiller » en leur centre exact.]
Ouille
Si vous disiez qu'ils magouillèrent,
Lâchement nous bredouillerions
Des raisons, puis gribouillerions
Que simplement ils vasouillèrent.
Les documents qu'ils bidouillèrent,
Bien sûr nous les verrouillerions,
Et vite nous patrouillerions
Car nos miliciens zigouillèrent.
— La Justice un jour fouillera
Dans votre ordure et touillera
Comme on récolte une
mouillère.
Votre impunité rouillera,
Âmes au teint noir de houillère,
Et l'Histoire vous souillera !
P.S. du lendemain : combinaison des deux contraintes ci-dessus. Non seulement les quatorze mots rimes commencent tous par les trois mêmes lettres, mais leurs centres exacts emploient aussi un triplet de lettres constant.
Conversationalization
Oulipotes, si nous étions connexionnistes,
Avec ChatGPT nous confectionnerions
Nos textes, et jamais ne contorsionnerions
Nos esprits sous des lois trop conventionalistes.
Nos préceptes ne sont guère confusionnistes
Sinon dans l'ombre nous nous convulsionnerions,
Nos fébriles cerveaux nous congestionnerions,
Les lecteurs finiraient presque contagionnistes.
La règle est de toujours conceptionnaliser
Mais sans dévotement confessionnaliser
Car les normes d'antan souvent contusionnèrent.
Refusons la contraventionnalisation
Des mots longs dont les swings parfois conditionnèrent
Du rare la constitutionalisation.
Sonnet mince paradoxalement sans répétition
Tu exiges une grande quantité de jeunes poissons de diverses espèces. Non seulement ce n'est pas donné, mais de telles transactions nous usent autant que les pièces de monnaie. Il nous suffit pourtant de simples siestes pour nous sentir de nouveau en forme et aller pêcher. Attention, dirige la perche vers le filet ! Es-tu confus de ta maladresse ?
Frais
(sommes)
sommes :
frais,
frais.
Sommes :
sommes
frais.
Gaffe !
Gaffe
sens
trouble.
Sens
trouble ?
P.S. sans rapport : pantoums syllabiques ayant également la symétrie des diagonnets, donc pouvant aussi être lus par colonnes. Tous sont cycliques, c.-à-d. que leur premier vers pourrait suivre le dernier. Les trois derniers quatrains sont en plus rimés. Et les deux derniers sont de surcroît palindromes syllabiques — ce qui implique qu'ils sont holorimes. Le but de ces acrobaties n'est que de tester ce qui est techniquement faisable dans cette classe de contraintes.
Françoise d'Aubigné prônait la modestie à la cour, mais le compositeur n'en avait cure, ce qui lui valut finalement la condamnation du Roi :
L'humilité
militait. Lu
-lly t'éludait.
Tel eut délit.
*
La belle choisit quel fidèle amant inaugurera sa couche décorée de brique émaillée, où elle lui fera découvrir un ouvrage polisson :
Lise élit Joe,
zellige au lit :
« Lis-je au lige ? Oh,
joli-joli ! »
*
Antoine Doinel :
L'Éole est haut.
Olé-olé,
Léo Léaud
au laid hall est.
*
Moquerie d'un footballeur allemand jouant pour l'Espagne, lorsqu'il aperçoit la couleur brun rouge du chéquier d'un concurrent français plongé dans la torpeur par manque de vitamine B :
Ribéry bée.
Behr ibère y
rit : bai RIB et
béribéri !
[Voir aussi les réponses des oulipotes]
Affichage défilant de syllabes
[En généralisant les diagonnets pantoums
syllabiques ci-dessus à des mètres quelconques, même impairs,
et un nombre de vers indépendant du mètre, on obtient une
variante syllabique des
compléments de noms de
Michèle Métail : chaque vers est un décalage
du précédent, les premières syllabes disparaissant à gauche et
de nouvelles étant créées à droite, comme dans les affichages
défilants des aéroports, gares, etc. Voici un sonnet de
pentasyllabes blancs.]
Sa carcasse
ambla,
Car cassant bla là
Qu'assembla, la lie
Sembla l'aliter.
L'hallali taira
L'allitération.
L'itération
soude
Tes rations soudaines.
Rats, scions sous des no-
tions soude et nos mets ;
Soûls, dénommez l'eau !
Et nos mélodie,
Nome et l'ode y
trissent...
Mais l'auditrice aime.
*
Même contrainte en trisyllabes blancs, ce qui ressemble davantage aux enfantines kyrielles
Muse va-t-en-guerre
Elle éteint
L'étincelle,
Tint ses lais
Célébrant
Les brancards,
Branque armée
Car méchante,
Mais chantonne
Champs, tonnerre
Tôt nerveux.
Air veuf, il
Veut filer :
Fi ! l'émit
L'hémistiche.
Acrobatique diagonnet 6×6 pantoum
syllabique rimé avec alternance
Début février, pendant nos refrains avinés, toute la troupe
crut voir un fantôme greffer le grand arbre. Nous lui criâmes
d'emporter ses feuilles aux Enfers, et de ne pas nous parler de
ces lieux crépusculaires où il aurait dû reposer en boule.
La Chandeleur hantée,
Chant de l'heure entêtée
De leurre,
entait
teck quand
Le rang tétait
canthare.
Rends tes thés qu'en
Tartare,
Tais tes camps tard t'arquant !
*
Quatrain de trisyllabes rimés
avec alternance, donnant aussi des bégaiements rapprochés
Je fais remarquer à
un rappeur que pour comprendre
« Mes pas semez »
d'Adrian
Le Roy, il faut savoir que c'est le seul air
employant des notes noires carrées.
Gynéco,
n'est caudée
qu'ode : Écho
décodée.
Lohomeris
oulipiens
[Comme le mois dernier avec des noms
d'abonnés à la liste oulipo,
les distiques ci-dessous mentionnent chaque fois
un nom de membre de
l'Oulipo. Les syllabes de rangs pairs
(resp. impairs) des premiers vers deviennent celles de
rangs impairs (resp. pairs) des seconds. L'ordre est
sans logique : celui de composition.]
Le
frésident-pondateur
me recommande une réécriture de
Théophile Gautier.
François Le Lïonnais
m'enrôle à demi-mot :
« Sois franc, lis le néo-roman de la momie ! »
*
En interprétant
Socrate, ce mathématicien
fusionne avec son piano.
Salon Olivier clame à
Satie : En ce chant
L'on s'allie au clavier, ça m'a senti chanceux.
*
Nos propres oulipismes
serviraient-ils de publicité pour cet humour bourru ?
Rêvant que montrer nos vers, dits sans titiller,
Vend Raymond Queneau, très divertissant yéti.
*
Ce quatrain est trop mauvais pour le grand romancier :
Là se blessant, l'art nu
t'a dit qu'à l'aune — ô vie !
d'Italo Calvino,
cela semblait nullard.
*
Jeux d'esprit cachant la douleur :
J'aurai paix, je crierai leur absence inhibée !
Et Georges Perec rit, hâbleur, s'y sent béni.
*
« Un individu plat et vaniteux est incompatible avec
l'enseignement ! », s'énerve le grand linguiste.
L'uni ramenard (berk) y sert ni l'illettré
Ni l'humeur à Bernard Cerquiglini : très laid !
*
Au cours d'une nuit
agitée, l'écrivaine crut être menacée par un
voleur, mais il la libéra quand il entendit
la sonnerie du réveil.
Là le clairon
t'y ment mais ne rend loi rêvée :
Le larron Clémentine Mélois renverrait.
*
L'écrivain argentin
fut gladiateur dans une vie antérieure.
Il reste traumatisé par son combat contre un camarade
nord-africain, qu'il dut mener jusqu'à sa fatale issue.
Ah !
Eduardo Berti ne ruse, amigo Maure,
Et darde au doigt
Tibère une mise à mort : go !
*
Le professeur Périn sait que
les politiciens ne paraissent modérés qu'en privé.
Luc Étienne s'est dit au
« Canard » (ris, super !)
Qu'élus ne tiédissaient qu'à tort inaperçus.
*
Nous promenant sur
la côte en pleine nuit, nous vîmes passer à grande
vitesse un navire somptueux, apparemment conduit par un
prix Goncourt.
Surprit l'heure : Est-ce
Hervé Le Tellier ? Vois ces fonds !
Prix surélevé certe — et le voilier fonçait.
*
Une étude métrique de la
Genèse prouve que la première
femme, bien que bénie, n'avait aucune envie de se marier.
Valérie Beaudouin mène une enquête à déments :
L'Ève abhorre hymen d'oints, n'en eut à quémander.
*
Louis Roquin
a beaucoup travaillé pour illustrer et mettre en
musique les premières constructions littéraires de sa compagne.
Michèle Métail dès son prime inattendu
Schème y mêle détails : prit son ami du temps.
*
Le
Vice-Curateur n'est pas un
élan ailé, tête de mule. C'est de nouveau
Sandomir
mais sous un autre pseudonyme.
En s'appuyant sur les enseignements du
Sar,
il démontre comment se vautrer
dans la boue libère la pensée.
Emmanuel Peillet dans
Latis est élu
(âne, émets l'« u »). Yeah, Péladan sait
illuter !
*
Peu attaché aux rimes,
l'incarnation du clinamen oulipien
propose la notion d'alexandrin blanc
de longueur variable.
Jean Queval, cas d'écart aux règles si valables
Que j'en cavalcadais raire : ô sigle,
l'ABLVA !
*
Lecaplain décrit le stoïcisme d'un moine hindou certes bien nourri
mais persuadé de n'être qu'une page trompeuse d'un livre divin.
Guillaume Marie lut le conte où l'alarmant
Yogi mamelu rit qu'on le latte où ment l'art.
*
L'animateur du
Panorama de
France Culture se moque de l'attirance
du matou de l'auberge pour les Espagnols méridionaux.
Que jà chat du restau vite aime Andalous, fi !
Jacques Duchateau reste évidemment filou.
*
Les virtuoses de l'Ouvroir
cherchent à racketter le régent d'alcoolisme éthique
pour y faire aussi entrer son jumeau, mais il les ramène
amicalement à la raison.
Frangin qu'assoient des cracks
contre intérêts cessant ?
Geint François Caradec : « Trinquons, restez sensés ! »
*
Le poète observa un rouge-gorge s'ébrouer
après sa baignade dans la claire fontaine.
Jacques Roubaud pista le passereau chassé
Que jabot roux tapisse. Ah ! le pro se sécha.
*
Une seconde lecture de ce texte
subtil laisse entendre que la danse
importée en Argentine par les Européens cache une certaine violence.
Michelle Grangaud tend un étrange doublet :
Chez migrants le tango n'est un jeu tremblé, doux.
*
L'oiseau rebelle de Bizet est
mal adapté à une voix d'ado grave et sans vibrato.
Sot, habanera cesse, ah cruel !
Mue aidait
À sonner basse et ras, crut
Samuel Deshayes.
*
Cet artiste conceptuel
était peu friand de musique traditionnelle.
Choeur,
Marcel Duchamp te considérait scellé
Marqueur du celte chant — si cons rets délaissés !
*
La mathématicienne brame
une étrange bucolique, dans laquelle Charon croise un
triton pendant sa traversée, en chantant ridiculement
dans l'aigu comme un gondolier.
Rait
Michèle Audin long nonsense pastoral :
Mirez l'eau chez l'ondin sans nom, passeur alto.
*
Comme l'architecture
de son roman s'inspire d'une frégate, elle
feint de prétendre que le mérite en revient à l'armée américaine.
Nef a régalé ta maçonnerie, alors
Anne F. Garréta laisse aux marines l'aura.
*
Le correspondant australien
offre à ses collègues un repas fastueux accompagné
de douces mélopées, qui endorment le théoricien
des graphes pendant que le poète
germano-roumain improvise une minisextine.
Oskar Pastïor a l'art
— Chambers gobergeant,
Car Ross t'y passe alors chants largo berçant
Berge.
*
Pour son agaçante intronisation
comme gourou de
l'Outrapo, qu'il achète et traite
des restes de yack pour en faire des
mâlâs à distribuer à ses fans confirmés.
Ô
Stanley Chapman, brasse accros assez grands, paie,
Tanne os, chap'lets, brahmane au sacre exaspérant !
*
La mort efface notre infime existence,
mais un ange transforma
le poème en barde britannique presque sans ongles.
L'au-delà nie homuncule. Une aile fit tôt
De l'ode Ïan Monk aux lunules néophytes.
*
Pour son nouveau récit,
le riche Américain s'inspire de l'aphasie
de son vieux serviteur
— qui situe les Indiens Dakotas en Amazonie.
Quel
Harry Mathews, oh ! naze, use que son mou
Laquais marie aux Sioux une aqueuse mousson ?
*
L'un des premiers cooptés
se disait attaché à la rigueur des fondateurs.
L'Oulipo l'effort brasse encore,
c'est béton !
L'y louait
Paul Braffort, corsant ses retombées.
*
Réinventant
l'Oucuipo grâce à son expertise culinaire,
la jeune écrivaine
propose aux aubergistes bretonnes de combiner le luxe de la viande
grillée, la simplicité des omelettes et la frugalité de
Saint Jean Baptiste.
Maline,
Louise Rose, ésotérique, écrit :
Lis, Malouine ! Rôts, oeufs aux hérités criquets.
*
Le nouvelliste prétendit
que lorsqu'ils furent attaqués par les Romains,
les érudits des environs ne défendirent pas vraiment
leurs épouses.
Jacques Bens avança — faits hier à peureux —
Que jà Sabins savants y ferraillèrent peu.
*
Le petit boulot que son
double anarchiste a trouvé consiste à traverser Paris
pour y vendre des fenêtres circulaires.
Mais comme il a plusieurs fois
voyagé dans des paquebots, il sait que
le verre glisse souvent de la monture,
et il le dit honnêtement à tous ses clients.
Du coup, il ne vend rien.
Humain,
Pablo Martín Sánchez connaît ces mers :
Maint hublot patin(e). Marcher, ça n'est commercer.
*
Le spécialiste des
Grands rhétoriqueurs a perdu tout
intérêt pour les ridicules
églogues du XVIe siècle.
Mous lais et tons bouclés !
Albert-Marie Schmidt quitte
Les moutons et les boucs.
« Bê ! » — râl(e) — :
rime à kitsch mythe.
*
Le mathématicien participe
à la Révolution, mais la souveraine se défend.
Pierre Rosenstiehl au stock aidera durant
Heurts. Pieds : Reine ose hostile estocade rendue.
*
En remettant les phonèmes dans
sa besace, le polygraphe invente la contrainte loydienne.
L'aède clôt giberne où relever les sons,
Et là, Claude Berge y renouvelle son lai.
*
Le poète contemporain
ne laisse jamais traîner ses dettes froidement,
car comme
Pinocchio, il suit
les conseils de sa bonne conscience
Jiminy.
Frais dont criquet t'efforce,
hyper juste, d'urger :
Onc
Frédéric Forte persiste jugé dur.
[Voir aussi les
lohomeris
oulipiens
de Robert Rapilly
& Alexandre Carret
— ce
dernier ayant traité les difficiles
noms de membres de
l'Oulipo absents ci-dessus.]
Télotautogrammes en A, I, O, U, Y
La voilà déjà
a cappella, ma sympa
milonga, hourra !
Cela compléta
tanka
à terra incognita.
*
Récapitulai
ici joli
lai
durci.
Ni reformulai,
ni dissimulai
souci.
Si déboussolai,
rétropédalai :
merci !
*
Ô
sijo, grosso modo concerto,
Scénario, romancero rubato !
Lamento : mezzo-soprano pianissimo.
*
Prétendu
haïku
chu jusqu'au milieu du feu,
jeu lu peu ou prou.
*
Landay :
Bloody mary,
chardonnay,
sherry,
brandy,
whisky-chantilly
— gipsy
destroy !
Aconsonantisme final
[Sous le nom de « contrainte nudiste »,
Alain Chevrier a proposé d'interdire aux
mots de terminer par des consonnes. Il avait en fait déjà eu
la même idée en 2005
pour le début des mots, et sa version finale est automatiquement
respectée par la plus dure contrainte des
télotautogrammes
vocaliques.
Bien que Patrice Besnard ait déjà réécrit
El Desdichado
en 2007 selon une contrainte encore plus
dure (un seul E par mot, comme dernière lettre), j'expérimente
ci-dessous cette douce variante sans consonnes finales.]
Este Desdichado
(Ce Déshérité)
Je me montre assombri, — le pauvre inconsolé,
Le prince de Gironde à la flèche abolie :
Ma seule chance expire où le cistre étoilé
Porte quelque astre encré de la Mélancolie.
De ce tombeau nocturne où serai consolé,
Donne-moi Nisida, la marine Italie,
La beauté qui charma ce cerveau désolé,
Pampre comme hortensia que la treille relie.
La Tendresse ou le Feu ?... Mélusine ai-je été ?
Ce visage a rougi du bisou de la reine,
Rêvé parmi la grotte où nage la sirène...
À mainte occurrence ai traversé le Léthé :
Grâce à ma lyre aussi modulai comme Orphée
Le souffle de la sainte ainsi que cri de fée.
Grégoire Labrunie
P.S. du surlendemain : centon respectant la même contrainte. Racine est cité trois fois et Leconte de Lisle deux fois mais jamais dans les mêmes oeuvres. Voir ce message adressé à la liste oulipo pour des commentaires sur les faiblesses prosodiques dont je suis conscient. Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'une réécriture du Desdichado, on peut noter que les thèmes évoqués en sont voisins.
Pourquoi jusqu'au tombeau cette tristesse amère ?
[Charles-Marie Leconte de Lisle]
Le philtre desséché de ma sincérité
[Odilon-Jean Périer]
Semble me dire : Ô pauvre homme déshérité
[Charles Guérin]
Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière ?
[Marceline Desbordes-Valmore]
Douce mélancolie, aimable mensongère
[André Chénier]
Comme une ligne noire au sable illimité,
[Charles-Marie Leconte de Lisle]
Éternelle, immuable, immense vérité,
[Pierre Corneille]
Votre bouche à la mienne ordonna de se taire.
[Jean Racine]
La victoire elle-même a dégagé ma foi
[Jean Racine]
De sa légèreté inhumaine, sanglante :
[Théodore Agrippa d'Aubigné]
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante.
[Alphonse de Lamartine]
Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi
[Marc de Papillon de Lasphrise]
Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle !
[Victor Hugo]
Ma fortune va prendre une face nouvelle.
[Jean Racine]
P.P.S. du 19/03/26 : adaptation de la Chanson d'automne à cette contrainte
Complainte automnale
La larme qui
Au bouzouki
Chante automne
Blesse le moi
De quelque émoi
Monotone.
Comme ranci
Ou blême, si
Sonne une heure,
Ai-je pensé
Au tu passé
Que je pleure.
Chu, je vaque au
Dru sirocco
Qui me porte
Deçà, delà,
Conforme à la
Feuille morte.
(Pierre Verlaine)
P.3S. du 20/03/26 : trop facile contrepied, comme avec les initiales en 2005. La seule subtilité est qu'en prosodie classique, les finales en -es ne riment pas avec les verbes en -ent, d'où mon choix de la 2e personne du singulier mais sans pouvoir employer le pronom « tu ».
Chant automnal
Les sanglots longs
Des violons
Des automnes
Blessent nos coeurs
En des langueurs
Monotones.
Tout suffocant
Et blafard, quand
Vont les heures,
T'encor souviens
Des jours anciens,
Alors pleures
Et bientôt pars
Aux vents vachards
Car escortes
Leurs divers flots,
Sort égal aux
Feuilles mortes.
P.4S. du 21/03/26 : la douce contrainte ci-dessus, imposant des consonnes aux fins de tous les mots, pourrait être baptisée « textile » par opposition au nom « nudiste » choisi par Alain Chevrier quand ils terminent tous par des voyelles. Rémi Schulz a eu la belle idée de combiner les deux sous le mot-valise « textiste », et pour le justifier, de cacher un message codé dans la lecture de ces lettres initiales & finales. Cette triple contrainte devient évidemment fort dure. Ci-dessous, je n'ai pas suivi strictement ce que proposait Rémi, mais une variante similaire. Tous les mots commencent par une consonne et terminent par une voyelle (on peut les imaginer en monokini !), et la lecture de ces bords donne « Bibelot aboli d'inanité sonore » — micro-traduction d'un célèbre vers de Mallarmé jadis proposée par Alain Chevrier pour qu'il alterne consonnes & voyelles.
Busoni
bigarré legato termina :
Bravo ! Libérerai défini nirvana,
Noterai titanique
Solo néo-rythmique.
P.5S.
des 25–26/03/26 : l'acrotélonyme ci-dessus
m'a fait me demander si un auto-acrotélonyme serait aussi possible,
de manière analogue à ces
auto-acronymes :
peut-on coder le début (ou la fin) du même texte en lisant à la suite
les première & dernière lettres de chaque mot ? Mon premier essai
est une simple phrase de prose :
Sa lettre tant relue tira
net rêve lorsqu'écrivit
Igor à Noémie.
Vous pouvez vérifier qu'elle code son début jusqu'à « tira ne[t] ».
J'ai ensuite tenté un début de Desdichado
en alexandrins, mais cette contrainte multiple est si dure que seuls
deux vers sur quatre sont rimés.
Je végète gelé, — tétanisé, — gêné,
Le tenace tana : ni se gère négoce
(Lyre tale nova, ce tuba notera),
Ni se gaze ridé nodule — go, cané !
Vous pouvez cette fois vérifier que le quatrain auto-code ses deux premiers vers. J'ai ensuite tenté un quatrain auto-acrotélonyme infini, hélas de nouveau avec une seule paire de rimes sur quatre vers.
Muse, legato
décarême !
Si rime le mélimélo
Désiré, le modèle même
Se rasera, se rasera...
Le quatrain code ici sa propre fin (dont les répétitions illimitées du dernier vers), à partir du « mélo » du 2e vers.
[Voir aussi ces auto-acrotélonymes de Louis Couturier]
Couples vocaliques
[Dizain régulier employant les 36 couples de voyelles ordonnées,
sans espaces entre elles : AA, AE, AI, ..., AY, EA, EE, ..., YA, ...,
YY. Voir cet éodermdrome
d'il y a 28 ans pour une version n'illustrant que les 10 paires
non-ordonnées sans Y, et autorisant les espaces entre elles,
mais ne nécessitant que onze lettres en tout.]
Pacification
S'ennuyait l'émir
ayyoubide
Dans un continuum broyeur.
Pourquoi guerroyions-nous sans coeur
Et déifiiez-vous l'égide ?
L'armée au zoo !, cria-t-il
Puis, extraordinaire deal,
Offrit rufiyaas à l'ensemble.
Aérez-vous sur le
bryum,
Pigeons, boas dans l'aquarium,
Et poneys, trottinez à l'amble.
P.S. minimaliste du 19/03/26 : deux mots totalisant vingt lettres, qui suffisent pour illustrer les onze couples vocaliques AI, AU, AY, EA, IE, OI, OU, UA, UY, YE, YI. La première ligne est une paraphrase en décasyllabe.
Ô
Bigordans, laviez-vous votre linge ?
Souyeaucois,
aiguayiez ?
P.P.S. du 20/03/26 : quatrain d'alexandrins avec alternance de rimes consonantiques et vocaliques, employant les 25 couples de voyelles ordonnées sans Y (AA, AE, ..., UU), les espaces entre elles étant encore interdits.
Illumination
Devant le torii, nous dialoguions d'opium.
Se muait en nuée, éon du
vacuum,
L'oeil de Dieu révélant le Graal : « Sont au zoo
Ex aequo le boa, le faon, l'homme et l'oiseau. »
[Voir aussi les 36 couples vocaliques avec Y illustrés par Bernard Maréchal]
Codages vocaliques
[Noël Bernard a
illustré une suite précise de chiffres 1
& 2 successifs par des groupes de voyelles séparés par au
moins une consonne. Je l'expérimente ci-dessous pour le début
de la suite de
Prouhet-Thue-Morse
ABBA BAAB BAAB ABBA BAAB ABBA ABBA BAAB... J'ai chaque fois
choisi le plus petit énoncé possible permettant de citer ces
trois mathématiciens. Dans la première ligne, A = 1 et B = 2 ;
dans la seconde, A = 2 et B = 1 ; et dans la troisième, chaque A
représente une consonne et chaque B une voyelle.]
Copiez Prouhet-Thue-Morse !
1 2 2 1 2 1 1
Tiens, l'apériodique suite
des trois Prouhet-Thue-Morse !
2 1 1 2 1 2 2 1 1 2 2 1 2 1 1
Suivez bien la suite prise
à Prouhet, ci-appelée « Thue-Morse ».
cvvcvc cvvc cv cvvcv ccvcv v ccvvcvc cv vccvcvv ccvv cvccv
[Voir aussi les autres suites codées de cette manière vocalique par les oulipotes, ainsi que ces trois poèmes & cette prose illustrant la suite de Prouhet-Thue-Morse d'une autre façon]
P.S. du 3/4/26 : Rémi Schulz a proposé & illustré un autre codage d'après le morse : les traits & points donnent alternativement des groupes de consonnes puis de voyelles, au moins deux pour un trait, une seule pour un point. Ci-dessous j'ai expérimenté cette dure contrainte sur le célèbre alexandrin de Mallarmé « Aboli bibelot d inanité sonore » (sans apostrophe).
| Zaouïa, bravo : prions Allah, ah ! Aucun ud oirez, ô souci, crains eau ! Chut un éon : art, air, or ou mezzos ? Ici truand eut oublié — rien a. |
·− −··· −−− ·−·· ·· −··· ·· −··· · ·−·· −−− − −·· ·· −· ·− −· ·· − ··−·· ··· −−− −· −−− ·−· · |
Fin sans faim
[Sonnet de monosyllabes masculins, pour le seul plaisir d'utiliser
en télostiche les cinq lettres différentes du mot « sonnet »,
comme l'avait remarqué Rémi Schulz
en 2022. Le schéma de rimes régulier
engendre « sonnet » dans l'ordre.]
Ô
Dams
D'ans :
No
Go !
Dents
Dans
Pho.
Vin
Vain.
Le
Sort
Le
Sort.
[Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret, évoquant deux poèmes de Rimbaud]
Naturisme ulcéré
[Pour rendre la « contrainte nudiste »
plus perecquienne, les lettres finales des mots doivent ici faire
partie de sa série fétiche ESARTINULOC, interdisant donc 58 % de
l'alphabet. Pour corser la difficulté, toutes ces lettres finales
permises sont utilisées au moins une fois.]
El Desdichado
(Le Déshérité)
Je suis l'obscur en deuil, — l'exclu, — l'inconsolé,
Le prince en Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon târ constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, mâne ayant consolé,
Rends-moi donc Pausilippe et mers de l'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
Je rêvai dans la grotte où nage la sirène...
Et vainqueur, je franchis quatre fois l'Achéron :
Modulant tour à tour au cistre, comme Orphée,
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Grégoire de Nerval
[Voir aussi cette ancienne plaisanterie]
Fool food
[pangramme]
Carte
Féroce d'avocat, cullen skink, anchoïade,
Hareng saur, waterzooï, bagna cauda, sushi,
Tartare de saumon, thon rouge, niboshi,
Marmite de bonite, alose, sardinade,
Stroganina, gravlax, stockfisch, estofinade,
Vitello tonnato, caldo de carachi,
Sauce Worcestershire, anchois, katsuobushi,
Salade scandinave, anguille, cotriade,
Matelote, morue à l'ajoarriero,
Ailerons de requin, bouillabaisse, ttoro,
Poulpe à la provençale, oukha, pissaladière,
Surströmming, lutefisk, halászlé, tataki,
Bourride à la sétoise, acras, truite meunière,
Court-bouillon de poissons, paprykarz szczeciński.
[Voir aussi cette palette]
Joug aux manteaux hivernaux
[Après les modérément durs
télotautogrammes
en E d'il y a vingt ans, la douce variante
« nudiste » récemment proposée par
Alain Chevrier, et mes
exagérations « textiles »
puis « ulcérée » dans l'extrême douceur,
voici une contrainte nettement plus dure : aucun mot ne doit
terminer par l'une des onze lettres fréquentes ESARTINULOC.
Les trémas indiquent les diérères classiques, que j'ai pour une
fois décidé de respecter malgré leur affectation.]
Infeliz
(Le Malheureux)
M'évoquez ténébreux, — piteux veuf, — moribond,
Tsarévitch lez Bordeaux aux châteaux guenilleux :
Fatum y morfond trop, — luth assez merveilleux
Étend Phénix noiraud quand Cafard correspond.
Miséricordïeux d'ombreux tombeaux répond,
Rend eaux d'attractif sud aux coteaux précïeux,
Houx, sureaux, phlox vitaux aux cerveaux soucïeux,
Y coud géranïum, tord-boyaux floribond.
Soyez d'astraux Lezay, preux Vercingétorix !
Ad vitam aeternam rougeaud aux feux royaux,
Rêvez d'animaux doux aux creux d'aqueux tuyaux...
Traversez deux canaux, victorïeux d'ord Styx.
Calquez Ronsard, Rimbaud, derechef modulez :
Soupirez vertueux, prodigïeux hurlez.
Gérard Nabokov
Sonymes
holorimes
[Dès l'introduction de la forme sonyme (quatrain de 4/4/3/3 mots),
nous avions osé des holorimes
dissyllabiques, et j'en avais composé sept
en pentasyllabes
fin 2024. En voici quatre nouveaux.]
Esclandre aux obsèques
Je ne foutrai pas
La paix : nommez lie,
Jeunes fous ! Trépas
Là peine homélie.
*
Sa grande âme monte vers le Verbe lorsque sa chair est emportée.
Le démontre en sphère
Qu'oral ange vint —
Le démon transfère
Corps à Langevin.
[Variante remplaçant le physicien par un compositeur russe : « Le démontre en sphère / Qu'annoncez art cuit. / Le démon transfère, / Canon, César Cui. »]
*
Le co-fondateur de l'Oulipo tire parti des contraintes,
qui structurent et enrichissent son discours.
C'était moins informe
Que nos rets montraient :
Ces témoins informent.
Queneau Raymond trait.
*
A.C. :
« Assez ! »
Pour éviter toute dispute, arrêtons là ces holorimes.
S'itèrent ces sons
Dans ta série. Ôte !
Si, taire : cessons
D'entasser riotte.
[Voir aussi ces réponses d'Alexandre Carret]
E durs russes
[Idée de contrainte peu naturelle mais amusante, mariant les
« E durs » de
Patrice Besnard et les
« boules de neige » de
l'Oulipo (ou les
« montagnes
russes » de
Patrick Flandrin si l'on désire
en écrire davantage) : la n-ième lettre du n-ième mot
est l'unique E qu'il emploie.]
En
cet
alexandrin
loge
notre
humble
hommage.
Distiques
structurés,
contraignez
transcodage !
Kitschouilles
scribouillaient
antiparasitage.
Autopromotionnez
antipollupostage !
Last modified : April 8th, 2026