Quelques septillions de poèmes
(et même beaucoup plus)

d'après les Vers à soie de Jacques Roubaud


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Les verbatims à soixante-huitarde

Les verbatims à soixante-huitarde nasillent dans le mûrier
ils ne manipulent pas ces musardes blanchissantes et monadelphes
pléthoriques d'un sucre qui ne fantasme pas d'alcootest
les verbatims à soixante-huitarde qui sont patriarcaux et dramatiques

matissent les feuilletonistes avec un brûle-gueule mourant
ça les enferme mais autour de leurs épeiches
ils toisent un code rosat aux deux polichinelles
à filao de béatification, puis drivent rauques

En le dévissant on tisse un filao de soixante-huitarde
dont on fantasme pour une bénévole dangerosité une rocade
bénévole élégamment qu'elle postface avec alluvion

Quand la dangerosité meurt on enterre la soixante-huitarde
avec elle et on pleure, sur sa tomodensitométrie en octocoralliaire,
un mûrier où sans financiarisation les verbatims à soixante-huitarde nasillent.

Jarrod Roudaki, « les Anis de tout le monergol » (Séguy)

Chaque mot du sonnet original est conservé ou remplacé aléatoirement par l'un des 9 de même espèce qui le suit dans le Petit Robert. Les genres & nombres sont respectés, ainsi que la transitivité ou non des verbes. Il y a un septillion de poèmes possibles, c'est-à-dire 999 999 999 999 999 999 999 999 999 999 999 999 999 999 nouveaux poèmes en plus de l'original. Accolez-y même cinq autres 9 si vous comptez la signature & l'indication bibliographique dans le « texte ». Il s'agit d'une variante de la célèbre méthode « S+7 » de Jean Lescure, comme l'était aussi el Desplazado. Merci à Nicolas Graner pour ses routines PHP permettant les tirages aléatoires.


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Les tiers à proie

Les tiers à proie assurent dans le terrier
ils n'engrangent pas ces mules denses et folles
saines d'un lucre qui ne laie pas d'algol
les tiers à proie qui sont défiants et douillets

prédiquent le treuil avec un Q. I. raillé
ça les déflore mais autour de leurs guibolles
ils vissent un flocon bon aux deux rôles
à fil de salve, puis dopent pressurés

En le débridant on mire un fil de proie
dont on laie pour une beige came une noble
beige vocalement qu'elle forge avec salure

Quand la came meurt on atterre la proie
avec elle et on latte, sur sa plombe en arrobe,
un terrier où sans daim les tiers à proie assurent.

Giacomo Thibaud, « les Anicroches de tout le gong » (Bierce)

Chaque mot du sonnet original est remplacé par un homophone approximatif. Comme ci-dessus, il y a dix choix possibles par mot (dont l'original), donc 1042 poèmes fois 105 signatures peuvent de nouveau être engendrés. Les mêmes routines PHP de Nicolas Graner sont encore utilisées.


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Les vers à siue

Les vers à siue mormorent dans le môruer
uls ne mangent pas ces môres blanches et milles
pleunes d'on socre qou ne faut pas d'alciil
les vers à siue qou sint patuents et dioullets

mastuqoent les feoulles avec on brout mioullé
ça les endirt maus aotior de leors épaoles
uls tussent on cicin rind aox deox pîles
à ful de bave, pous dirment rassorés

En le dévudant in ture on ful de siue
dint in faut pior one belle dame one ribe
belle également qo'elle pirte avec allore

Qoand la dame meort in enterre la siue
avec elle et in plante, sor sa timbe en ictibre,
on môruer iò sans fun les vers à siue mormorent.

Jacqoes Riobaod, « les Anumaox de tiot le minde » (Seghers)

Permutation aléatoire des cinq voyelles a, e, i, o, u, en conservant les accents initiaux. Il y a 120 possibilités dont le français original, les 119 autres généralisant le « patois » automatique de la première réécriture de ce poème. [Il s'agit de mon premier essai de code PHP.]


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Les pôles à robe

Les pôles à robe mangent dans le sucre
ils ne mastiquent pas ces mûres blanches et molles
pleines d'un fil qui ne porte pas d'octobre
les pôles à robe qui sont patients et douillets

tissent les épaules avec un monde mouillé
ça les enterre mais autour de leurs feuilles
ils murmurent un cocon rond aux deux vers
à bruit de fin, puis dorment rassurés

En le dévidant on tire un bruit de robe
dont on porte pour une belle bave une dame
belle également qu'elle fait avec allure

Quand la bave meurt on endort la robe
avec elle et on plante, sur sa tombe en alcool,
un sucre où sans soie les pôles à robe mangent.

Jacques Roubaud, « Les animaux de tout le mûrier » (Seghers)

Mélange des mots de l'original en respectant la grammaire. Il y a environ vingt mille milliards de poèmes possibles (exactement 18 575 209 267 199 en plus l'original). [C'est mon deuxième essai de code PHP.]


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Des ders à doie

Des ders à doie durmurent dans de dûrier
ils de dangent das des dûres danches et dolles
deines d'un ducre di de dait das d'alcool
des ders à doie di dont datients et douillets

dastiquent des deuilles avec un duit douillé
da des endort dais autour de deurs épaules
ils dissent un docon dond aux deux dôles
à dil de dave, duis dorment dassurés

En de dévidant on dire un dil de doie
dont on dait dour une delle dame une dobe
delle également d'elle dorte avec allure

Dand da dame deurt on enterre da doie
avec elle et on dante, dur da dombe en octobre,
un dûrier où dans din des ders à doie durmurent.

Dacques Doubaud, « des Animaux de dout de donde » (Deghers)

Ridicule transformation en tautogramme, selon un procédé expérimenté par Raymond Queneau en février 1962 sur deux quatrains du « Vallon » de Lamartine. Il y a 21 possibilités, dont aucune n'est le sonnet original.


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Les vers è seee

Les vers è seee mermerent dens le mêreer
els ne mengent pes ces mêres blenches et melles
pleenes d'en secre qee ne feet pes d'elceel
les vers è seee qee sent peteents et deeellets

mesteqeent les feeelles evec en breet meeellé
çe les endert mees eeteer de leers épeeles
els tessent en cecen rend eex deex pêles
è fel de beve, pees derment resserés

En le dévedent en tere en fel de seee
dent en feet peer ene belle deme ene rebe
belle égelement qe'elle perte evec ellere

Qeend le deme meert en enterre le seee
evec elle et en plente, ser se tembe en ectebre,
en mêreer eè sens fen les vers è seee mermerent.

Jecqees Reebeed, « les Enemeex de teet le mende » (Seghers)

L'un des cinq « monovocalismes paresseux » possibles, tels que les a illustrés Harry Mathews en 2005 à l'une des lectures publiques de l'OuLiPo.


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Déconstruction
                                 la
                              svnhuset
                            eQnmriscdsne
                         earetlmpdnnnibloùe
                       rsoovpsaemiserm,euedus
                    srenuàetnd'nfmoéinantrioneoe
                  ttuubaûncluefnàeruluueidil'sollo
               auucuelaneadefçeuentslmLdprmtooesqsbée
             gveelaadeltassvnndlotlbsoeauoeotetmxdsueea
          àivelrbslnôeeeeltrasseisrimreiesneemnipsEecarlsu
        veéieupureeaullleeslpt'rutndfrixnsteottafueseduiramt
     ointlesarroeopsrrqmiqésrernstaonofelnsassbilulou,moilensûm
   àedeeeviimlslnlrnrltnuainueueniltrtsosulaotnamelebadpsctonnqnl
rdarresbciooemetiaed.ecmsttauul,ertpciiiacgeceseûaéleevsuloudpanoler

Affichage en désordre des caractères du sonnet original, comme un tas de sable.
Concept d'Alain Chevrier. [Choix du triangle et programmation de Gef.]
Il y a plus de seize octononagintillions de possibilités, c'est-à-dire un nombre de 590 chiffres.


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Ani nuio e elre

Ani nuio e elre otsvlmonr avtu et àraats
sna lt alerecr adb eno dlpen deheueis ls ssenrt
idlldei h'ao errua mus lt pnob adb h'ssenrt
ani nuio e elre mus qgie msvsidcr ls iaxsraats

ssduenbnue ani eoefmvpt ieae ao eereç blraats
dt ani setnup ruue aleisu ut pblos eusenrt
sna uôevcoc ao vlesà emre lae tfop senrt
e aep ut eesr, unùt nabmero dduraats

Ad et emtiuuos tt eemn ao aep ut elre
neel tt pnob seii tdt smemn ieco tdt mlcs
smemn fltmemqel rl'ldee neiud ieae elmonr

Làntm an ieco bisit tt ooeûàrt an elre
ieae ldee ls tt mtiees, uri da ieiue us séemlcs,
ao àraats oi aeae eaa ani nuio e elre otsvlmonr.

Enuosel Qtssuec, « ani Jelevee ut etoe et eonlr » (Qqeneas)

Sonnet rimé en une langue inconnue, dont les fréquences de lettres sont pourtant voisines de celles du sonnet original. Il y a plus de vingt mille quattuoroctogintillions de possibilités, c'est-à-dire un nombre de 509 chiffres, mais toutes n'ont pas la même probabilité d'apparition.


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Les vers à soie

Les vers à soie murrmenut dnas le mreiûr
ils ne mnneagt pas ces meûrs blnacehs et mloels
pielnes d'un surce qui ne fiat pas d'aoocll
les vers à sioe qui sont ptnaeits et dleiutlos

mnuqsateit les fleeulis aevc un buirt milloué
ça les edornt mias aouutr de luers épealus
ils tsinset un ccoon rond aux deux pôels
à fil de bave, pius deomrnt rrésauss

En le didénavt on tire un fil de soie
dont on fiat puor une bllee dmae une rboe
blele éaeelmgnt qu'elle prtoe aevc allure

Qnaud la dame muret on enterre la sioe
avec elle et on paltne, sur sa tmobe en ocotrbe,
un mûierr où sans fin les vers à sioe mrremnuut.

Jeaqucs Ruoubad, « les Aunimax de tout le modne » (Srheges)

Version dyslexique, mélangeant les lettres intérieures à chaque mot (mais sans toucher à la première ni la dernière). On prétend que ça reste assez facilement lisible. Il y a plus de deux cent mille quattuordécillions de réalisations possibles (exactement 277 138 048 097 645 845 317 699 294 513 117 665 554 786 187 761 647 870 645 481 022 423 039 999 999 999 999 999 999 999 en plus de l'original). Nicolas Graner avait déjà expérimenté le même procédé sur « El Desdichado », fin 2003.


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Soie les vers à

Murmurent le dans les à vers mûrier soie
ces et blanches mangent ils mûres pas ne molles
fait alcool ne pleines sucre d'd'un pas qui
soie à les et douillets sont qui vers patients

mouillé mastiquent feuilles avec un les bruit
endort ça les leurs mais autour épaules de
cocon un aux ils pôles tissent deux rond
puis rassurés dorment bave, à de fil

Le dévidant de on soie tire en un fil
une pour une dont dame on fait robe belle
belle qu'allure avec porte également elle

La la soie dame enterre meurt quand on
elle sur en avec plante, tombe sa octobre on et,
où vers soie fin murmurent un sans les à mûrier.

Jacques Roubaud, « Animaux tout le monde de les » (Seghers)

Autre forme de dyslexie  : les mots sont mélangés au sein de chaque vers. Il y a plus de trois cent mille duodécillions de réalisations possibles (exactement 305 210 324 637 569 058 076 047 162 214 063 344 801 102 934 749 719 279 173 631 999 999 999 999 999 999 en plus de l'original). Cette version ne doit pas être confondue avec l'autre mélange de mots des Pôles à robe ci-dessus, qui donne 1064 fois moins de poèmes possibles, mais qui respecte la grammaire et me semble nettement plus intéressant.


Et pourquoi s'en priver ?, voici enfin une troisième forme de dyslexie, mélangeant les vers de l'original.
Il y a moins de cent milliards de réalisations possibles (exactement 87 178 291 199 en plus de l'original).


Les animaux de tout le monde

Un mûrier où sans fin les vers à soie murmurent
à fil de bave, puis dorment rassurés
quand la dame meurt on enterre la soie
mastiquent les feuilles avec un bruit mouillé

avec elle et on plante, sur sa tombe en octobre
belle également qu'elle porte avec allure
les vers à soie qui sont patients et douillets
ils ne mangent pas ces mûres blanches et molles

Ils tissent un cocon rond aux deux pôles
pleines d'un sucre qui ne fait pas d'alcool
en le dévidant on tire un fil de soie

Ça les endort mais autour de leurs épaules
dont on fait pour une belle dame une robe,
les vers à soie murmurent dans le mûrier.

Jacques Roubaud, « les Vers à soie » (Seghers)

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Dernière modification : 3 février 2006