Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]

13. Some original constraints (2004-06)
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Recent stuff (2016-17)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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12 Septembre 2004

Treizain d'alexandrins en terza rima féminine

Tératologie

Sortir du labyrinthe ou rester là ? Souris-je ?
Me suis-tu, reflet gris, sans juger le moindre être ?
Trop monstrueux mais libre, il faut se joindre aux striges !

Aux chimère et vaseux pots-pourris, j'enchevêtre
Mon âme et d'exquis mots, nourri de folles fables
Qui vont, de bonne humeur, m'oindre aux timbres de lettres.

Je dis : sentez-vous poindre un passe-pied d'instables ?
Jeux d'amphigouri sourd : l'ampoulé, l'oiseux d'ores.
Et déjà l'ange Icare est tombé dans le sable !

Puis la fange entre au sein de ton nid, Minotaure...
Maton, vilain petit ! camard, ta cape rouge
Bouge pour embraser les cieux ; la peur s'instaure

Donc l'impatient Thésée enfin plante son vouge.

strige = vampire femme-chienne
vouge  = épieu de chasse

Sonnet d'alexandrins avec alternance

Tératologie

Sortir du labyrinthe ou rester la souris ?
Je me suis tu, reflet, gris, sans juger le moindre.
Être trop monstrueux mais libre, il faut se joindre
Aux striges, aux chimère et vaseux pots-pourris !

J'enchevêtre mon âme et d'exquis mots, nourri
De folles fables qui vont de bonne humeur m'oindre.
Aux timbrés de lettrés, je dis : sentez-vous poindre
Un passe-pied  d'instables jeux,  d'amphigouri ?

Sourd l'ampoulé, l'oiseux... D'ores et déjà l'ange
Icare est tombé dans le sable puis la fange.
Entre au sein de ton nid, Minotaure maton !

Vilain petit camard, ta cape rouge bouge
Pour embraser les cieux ; la peur s'instaure donc...
L'impatïent Thésée enfin plante son vouge.

Bien que la technique utilisée soit différente, l'apparition
de ce quatorzième vers est à rapprocher des sonnets loydiens
de Claude Berge, Bibliothèque Oulipienne n°22 et pp. 189-193
de l'"Atlas de Littérature Potentielle", folio essais n°109.
J'ai aussi choisi d'employer des rimes en i-è-a-o-ou dans le
treizain, et en i-in-an-on-ou dans le sonnet.

17 Octobre 2004

Rimes à contraintes

Zèle gêné gelez !

Voyez le surveillant héler « Té ! Pétrel, eh ! »
Au bord de l'océan, lavant appât naval ;
Car quand il ne plut plus, l'art sacra l'arc astral
Irisant lames d'eau, sel, été : fête-les !

Il vint pour contempler, relever, révéler
La beauté libre où nul amant à rat n'a mal.
Dans son dédale obscur, las ! savant n'a vassal
Qui ne le guide assez... Élément ne mêlez !

Restons rois de nos tours trop snobs, n'osons bon sport,
Chassons cavaliers fous, trot rococo, cor : tort !
Dame ! poule mouillée, urubu du bu ru !

Alors le pion cria : « Fi ! (sic) Ni l'incisif
Mat brillant, ni l'échec qu'un Turc du sud crut nu
Ne sauveront ce jeu ! » Fin script, il lit Pirc, snif.

Rimes palindromes monovocaliques, inspirées par un hexasyllabe échiquéen (le dernier du poème) que j'avais déjà envoyé sur la liste oulipo en réponse imparfaite à un défi de Jacques Jouet. Ce sonnet respecte en outre une alternance de rimes vocaliques & consonantiques, et celles en -u sont suffisantes car il s'agit de monosyllabes.
L'idée d'enrichir les rimes par une contrainte formelle remonte au XVème siècle avec les grands rhétoriqueurs, mais ils se concentraient sur les effets sonores.
On pourrait imaginer des rimes palindromes pauvres (monosyllabes gag, Ève, sis, non, tut), suffisantes (dissyllabes Anna, été, ici, Otto, Ubu), riches (cf. ci-dessus), et l'analogue des holorimes correspondrait aux vers totalement palindromes que la liste oulipo nous a déjà offerts (cf. notamment Robert Rapilly, Jean Roche, Jacques Perry-Salkow et Patrice Besnard). L'écriture d'un sonnet globalement palindrome est d'une difficulté encore supérieure (cf. les mêmes noms plus ceux de Dominic Bergeron et Bernardo Schiavetta). Adoucir cette Contrainte des contraintes en ne l'appliquant qu'aux fins de vers me semble une idée productrice, même si l'on n'aboutit évidemment pas aux mêmes tours de force...


22 Octobre 2004

                  Taratantara (sonnet)
         ou la fin d'un tyran épicurien et rigolard

          Toi, roi, tôt auras tiare haute entourée,
           Terre où tu tairas ta rente éthérée,
         Tes rôtis, tes rats, ta rate étirée.
             Ton rut te tuera tard -- honte tarée !
          Tu rotes. Tes reins tirent eau tarie.
          Tu romps ton tarin. Tout rate, otarie :
          Ta route au torrent t'arrête et te rend.
Antécédents :

Tarés folios espiègles_


15 Novembre 2004

Écrire un texte court sur la salle de bains
[contrainte choisie : la naïade n'emploie que les consonnes liquides L & R]

Ondine

Je terminais l'installation d'un mitigeur thermostatique pour
bain-douche (verrouillage à 38°C, garanti 2 ans si retourné
dans son emballage d'origine) quand j'entendis vaguement :
« L'eau alliée à l'air élira la rouille ! »

J'allais rétorquer que c'était de l'inox, mais personne ne
m'avait accompagné au chantier ce jour-là. Je me précipitai
donc vers les toilettes de l'entrée, d'où cette voix fluctuante
avait semblé provenir. Le cabinet était vide. La veille, j'y
avais hâtivement colmaté une fuite, car les locataires d'en
dessous se plaignaient depuis un mois de l'humidité de leur
penderie. En effleurant les tuyaux d'un doigt professionnel,
pour m'assurer de leur étanchéité, je remarquai des rides
au fond de la cuvette.

De retour à la salle d'eau, je trouvai une nymphette étendue
dans la baignoire. Elle fredonnait :
« Raoul ouïra le lai oral : Laure l'a élu, alléluia !
   Elle le ralliera à la loi ; elle le reliera au
   lierre, à l'île, à l'eau, à la lueur aurorale.
   Rieur, il la louera : Ouaille liliale à l'oeil
   rare, à l'aile irréelle, à l'allure aérée !
   Oie à l'oreille ourlée, à l'arrière roulé, à
   l'aréole auréolée ! Ô lolo, Oural où l'airelle
   a le rôle-roi ! Ô raie, ruelle rurale où roule
   le loulou olé olé ! Oui, Raoul ouïra l'aria :
   il lira la loi ; il ira à l'eau ; il aura Laure
   au lieu où erre l'oreiller ! »

Soûlé par sa litanie, je lui demandai sans ménagement si
elle cherchait les poux et voulait me voir marri. « Oui,
me répondit-elle,
   l'or reluira où le ru roulera. Le roi lui
   allouera le réal, l'aïeule Eulalie le leu,
   Aurélie la lire, Léo Euler l'euro. Où Laure
   ira, Raoul aura l'or ou l'aloi ! »

Elle me tendit alors un anneau métallique, mais il n'était
pas de diamètre 32. Pour adapter le flexible au mitigeur,
un joint élastomère était de toute façon préférable (à
condition de ne pas trop le serrer). J'envoyai donc son
jonc de laiton dans ma boîte à outils. Elle ulula :
« Erreur, erreur, lori éraillé ! L'ère au rire a rué :
   Laure raille l'ara leurré ! Le roi Uriel le rouera,
   ô roulure à oeillère ! Erre, erre, râleur Raoul !
   Le rire à Laure a l'ire ailée ! »

Elle s'échappa soudain par le siphon, dans un gargouillement
tourbillonnaire. J'y enfonçai illico le bouchon de 40. J'allais
enfin avoir un peu de calme pour achever cette salle de bains.
Nous atteignions déjà trois semaines de retard, et M. Aloysius
Bertrand
nous avait prévenus qu'il emménagerait dans l'après-midi.

[Une présentation soignée de ce même texte est disponible au format PDF (34 Ko)]

Décembre 2004

Mini-palindromes

La soucoupe s'éloigne avec une aisance fabuleuse :
et l'OVNI se déracine en Icare désinvolte.

Trop se laver nuit au savon :
et l'user net en résulte !

Même en citant les plus beaux exemples, je n'arrive pas à enseigner la notion de palindrome :
et cela idem, mon élève le nomme « dialecte » !

-- Tant de manières pour rien, n'est-ce pas décevant ?
-- Si, certes, cela m'a lassé des salamalecs étrécis !

Conseil :
Si le livre se repère servile, lis !

Tsunamindrome en deux vagues
(non aux stations balnéaires trop précaires)
La marina économe du démon Océan ira mal...
et la haute vague, vase de désaveu gavé, tua. Halte !

Les mois précédents, j'avais aussi envoyé ces deux énoncés explicitement drômois pour un jeu sur les « palindrômes » dans la Drôme :

On s'étonne, dans la Drôme, que le dur préfet d'à côté fasse
construire une prison au lieu de promouvoir la culture fourragère :
Ô hérésie ! un roc, à Saillans relaté,
élut sa Grenoble usuel bon ergastule,
et à l'ers n'allia sa cornue Isère, ho !

(Monstrueux jury aimant
les brillantes nouveautés,
sois sourd encore un moment
et tâche discrètement
de fuir les ambiguïtés)
Si, ô mordu démon ni sale ni brut,
tu bêles à mon or apatride,
itère l'otite, yéti,
tolère tiédir ta paronomase,
le but turbiné -- las ! innomé -- du drômois.


En janvier 2005, l'Université de Lille a lancé un appel aux réflexions & aux citations sur le thème « De la mesure ! ».
J'ai immédiatement souligné que les palindromes sont particulièrement réflexifs, et j'ai proposé cet énoncé :


La cuisine méridionale relevée est aphrodisiaque :
Le sud en rut connoît ci : « De la mesure ! »,
cette céruse malédiction nocturne du sel.

J'ai aussi rappelé que celui-ci est presque de Louise de Vilmorin :

La mesure ruse mal.

Voici ce que j'ai répondu en février 2005 aux amis se souvenant de la date ophycielle de mon anniversaire :

Et si l'âge le mitige, le laïc remercia le légitime légaliste !

J'ai peu après tenté ce début de mélodie palindrome :

Sol ré do ré la mi si la ré ut ré sol si ré mi la la ré la ré ré ré si mi fa ré sol la do mi sol la la ré mi ré do la ré si mi la :
Ali misera l'ode, rimera l'allô si modal, l'osera... Fi ! Miserere, râlera la lime. Ris, loser ! Tuer Ali si mal, éroder l'os...

Ce haïku commenté date de l'été 2005 :

Ce sera perpette,
élever et réussir
ce jeu que j'écris :
suer te révèle et te prépare sec !

Et ce cauchemar du 1er novembre 2005 fait écho au tsunamindrome d'il y a dix mois :

Sale repos

Être pâle, Cortázar écrit :
« À bâtir ce raz atroce,
la perte s'opère, las ! »


Février 2005

Court poème polysémique & autoréférentiel

      Le pied bot

C'est un lai sans papiers
Dont pourrissent les pieds
Autrefois nous en rimes
Mais vinrent affleurer
Des vers et nous le vîmes
    Ce mètre à pleurer



Minimaliste monostique monophonique

Le gueux de ce creux bleu ne veut que peu de feu



Toujours dans ce genre diogénien, voici un quatrain holorime boiteux écrit durant l'été 2005 :

Le glaçant limon sort des pavés détrempés.
      Se souvient-on du commun chiendent tendre ?
      Ce soûl vient, tondu comme un chien, d'entendre
Le glas : « Sans lit, mon sort d'épave est d'être en paix. »


7 Mars 2005

Participation à un recueil collectif pour fêter le trentième anniversaire d'Estelle Souche, créatrice de la liste oulipo.
Le texte suivant, vaguement inspiré de F. Wedekind (et peut-être aussi de Monsieur William de J.-R. Caussimon), se sert uniquement des consonnes de son prénom mais pas de sa voyelle. C'est donc un lipogramme en BCDEFGHJKMNPQRVWXZ, contrainte qui finit par réduire au silence autant le protagoniste que l'écriveron. L'unique but de la parenthèse finale est de faire mentir le titre.
Mes autres contributions à ce recueil collectif sont accessibles sur ma page d'hommages oulipiens.

Lipogramme

Louis Sully, alias Aloysius Tolstoï, alliait l'atout loti au statut loyal. As au loto, il totalisait tout : sous, toits, autos ; ou aussi atlas, atolls à tatous, îlots à toutous, oasis itou ! Oui oui oui. Il lisait Allais, aussi.

À l'août, il assista à « Lulu » (Lully ou Lalo ?). Au solo, l'alto ululait sol, stylisait la, y liait si, osait aussi l'ut. Aloysius l'oyait, Aloysius la toisait : la lolita l'attisait ! Au tutti, il sautillait à la Tati. L'alto salua : tilt, sa loi l'assaillit, lui lia tout os au lasso.

« Suis-la ! » s'ulula-t-il, « Taïaut ! À l'assaut ! ». Il la tutoya aussitôt : « Tu luis, ô lys, ô lotus, ô lilas ! » La lolita toussota : « Ouais, laïus à soûl ! (Asti ou stout ?) Soit tu sais la loi au lai ou à la salsa, soit tu tais tout lalala ! Tu louas là l'aloyau ou l'ailloli ? Oust, sot ouistiti ! »

Aussi y alla-t-il à la Titus : il la saisit, l'isola, lui ôta tutu, tissus, tout, l'alita, la tâta, la titilla, s'allaita au lolo lilial, la sauta, la souilla. L'alto lutta, lutta, situa au sol outil ou tuyau ; la lolita l'utilisa, latta, latta...

Las ! Lulu tua Sully au lit. Oui, Louis, tu as tout sali. Oui, stylo, la loi t'a tu. Oui, toi, tu as tout lu.

(Fée, empêchez qe je vexe Berg ce week-end !)


30 Avril 2005

Participation à un recueil collectif pour fêter le mariage de Béatrice Delpech & Stéphane Susana (grand palindromiste).


Août 2005

Distique holorime bancal (aussi bien du point de vue prosodique que scientiphyque !) inspiré par une conférence de physique théorique :

L'athée au ridé corps détestait toute foi.
La théorie des cordes est testée, toutefois.



Dans son brillant roman américain Ella Minnow Pea, paru en 2001, Mark Dunn décrit un pouvoir totalitaire qui mutile progressivement le langage. Pour des raisons un peu longues à résumer ici, les personnages se voient obligés de chercher un pangramme plus court que le célèbre « The quick brown fox jumps over the lazy dog » (voir ma traduction hétéropanphonétique de mars 2002), et plus exactement de 32 lettres seulement. Ils finissent par y parvenir, et de façon fort amusante, mais durant ma lecture de ce roman en août 2005, je me suis rendu compte qu'il existait aussi une solution évidente. Il suffit en effet d'une modification minimale de l'énoncé à battre : « Quick brown fox, jump over the lazy dogs ! ».

[Voir aussi mes divers pangrammes français]

1er Septembre 2005

Mise au point de ma galerie de pinacogrammes,
c'est-à-dire de portraits dessinés avec les lettres des noms des dédicataires.


14 Septembre 2005

Aconsonantisme initial
En septembre 2005, Alain Chevrier a décrit sur la liste oulipo l'étonnante conséquence d'une lésion cérébrale :
le patient ne peut plus prononcer les consonnes initiales d'aucun mot.
Pour leur venir en aide, j'ai donc réécrit un célèbre sonnet, dont l'auteur était lui aussi notoirement dingue.
 ;-)
[La brigade anti-hiatus et le club des Alternants déplorent toutefois qu'il n'ait été une poétesse.]

El Espichado
(Un Exhérédé)

Il est enténébré, ermite inconsolé,
Infant en Aquitaine aux abris abolis :
Un astre unique expire, un archet étoilé
Exhibe une aube obscure aux ennuis accomplis.

Aux enfeus ombragés, apaisant immolé,
Offre un ultramontain océan, embellis
Avec une ancolie un endocarde enflé,
Allie une églantine aux aramons emplis.

Amour ou Apollon ?... Aignan ou Obéron ?
Occiput empourpré en un embrassement,
Il a imaginé un amphibien amant...

Et il a enjambé, altier, un Achéron :
En itérant avec un orphique instrument
Élue exhalant et envoûteuse acclamant.

                                                  Édouard Énerval



Avocalisme initial
Évidemment, Nicolas Graner m'a immédiatement suggéré la contrainte complémentaire, nettement plus douce, dans laquelle aucun mot n'a le droit de commencer par une voyelle.
Il a lui-même écrit très rapidement une telle version du Desdichado (pas encore disponible sur son site Web) ; elle ressemble beaucoup à celle-ci que j'ai indépendamment pondue peu après :

Lo Desdichado
(Le mauvais sort mais le bon reste)

Je suis le ténébreux, le veuf déboussolé,
Prince des Landes dont la tour fut démolie :
Ma seule nova meurt, car mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui sais consoler,
Rends-moi Posilippo, la Sicile jolie,
La fleur qui fascinait tant mon coeur désolé,
La rose, le raisin que la treille relie.

Suis-je Hélios, Cupidon ?... Qui : Lusignan, Biron ?
Mon front rougit toujours du baiser de la reine ;
Je rêve dans le flot qui baigne la sirène...

Puis deux fois victorieux, je sus payer Charon :
Réitérant sur la lyre du coryphée
De sainte les soupirs suivis des cris de fée.

                                                  Gérard de Nerval



Arythmie
L'abus de haïkus (un vers, ça va...) provoque un autre type de lésion cérébrale, généralement associée à une arythmie primale. Exemple pondu en cinq « sept » :

     Je suis l'assombri,  le veuf et l'inconsolé,
      Le prince aquitain  dont la tour fut abolie :
   Mon étoile est morte,  et mon théorbe étoilé
    Porte un soleil noir  glaçant de Mélancolie.

   Dans la nuit funèbre,  ô toi qui m'as consolé,
    Rends-moi Pausilippe  et rivages d'Italie,
  La fleur qui plut tant  à notre coeur désolé,
 Et la treille où pampre  à l'églantine s'allie.

   Suis-je Amour, Phébus  ou Lusignan ?... Ou Biron ?
     Mon front est rougi  du baiser qu'y fit la reine ;
    Je rêve en la grotte  où nagera la sirène...

J'ai deux fois vainqueur  su traverser l'Achéron :
    Chantant tour à tour  avec la lyre d'Orphée
   Les soupirs de sainte  et les hurlements de fée.

                                         Shiraniwal

Nicolas Graner a tout de suite illustré la décomposition inverse, en dodécasyllabes césurés 7/5.


Septembre--Octobre 2005

Robert Rapilly a proposé à la liste oulipo de traduire le sonnet suivant en diverses langues :

Les vers à soie

Les vers à soie murmurent dans le mûrier
ils ne mangent pas ces mûres blanches et molles
pleines d'un sucre qui ne fait pas d'alcool
les vers à soie qui sont patients et douillets

mastiquent les feuilles avec un bruit mouillé
ça les endort mais autour de leurs épaules
ils tissent un cocon rond aux deux pôles
à fil de bave, puis dorment rassurés

En le dévidant on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle dame une robe
belle également qu'elle porte avec allure

Quand la dame meurt on enterre la soie
avec elle et on plante, sur sa tombe en octobre,
un mûrier où sans fin les vers à soie murmurent.

Jacques Roubaud, « Les animaux de tout le monde » (Seghers)



Comme Robert Rapilly suggérait le « patois » parmi les langues possibles, je n'ai pas résisté à la tentation d'appliquer la méthode voyelle+2,
mise au point en novembre 2000 pour torturer le Desdichado de Nerval :

Los vors ì sauo

Los vors ì sauo mermeront dins lo mêruor
uls no mingont pis cos mêros blinchos ot mallos
plounos d'en secro qeu no fiut pis d'ilcaal
los vors ì sauo qeu sant pituonts ot daeullots

mistuqeont los foeullos ivoc en breut maeulló
çi los ondart mius ietaer do loers ópielos
uls tussont en cacan rand iex doex pâlos
ì ful do bivo, peus darmont risserós

on lo dóvudint an turo en ful do sauo
dant an fiut paer eno bollo dimo eno rabo
bollo ógilomont qe'ollo parto ivoc illero

Qeind li dimo moert an ontorro li sauo
ivoc ollo ot an plinto, ser si tambo on actabro,
en mêruor aè sins fun los vors ì sauo mermeront.



Plus sérieusement, j'ai écrit ces variations homovocaliques (phonétiques) le 23 septembre 2005 :

Vanité

Ver à soie
sert à quoi ?
Taire sa voix,
traire la noix ?

Flair à bois
faire la loi :
gère sa poix
à claire voie.

Sa glaire croît ;
plaire à moi,
hier à rois,
à serfs cois.

Mère a froid ?
Fière a droit
à serre, toit,
vair : la joie !

Verre à soi ?
Pierre à toi ?
Suaire a choix ?
Perds ta foi !

À terre choit
ta chair, proie
à vers. Vois :
bière à croix.



Et j'ai proposé une nouvelle contrainte d'écriture le 5 octobre 2005 : tous les mots doivent comporter au moins un e caduc [schwa].

Vers à schwas

Cette chenille chuinte, éplucheuse de chêne
elle ne mange aucune exsangue mûre molle
pleine de sucre guère aubaine vinicole
cette douce chenille, esche séricigène

mastique mainte feuille, antienne de sirène
cela calme ; elle tisse, entoure cette épaule
de blanchâtre édredon replet dessus le pôle
le modelant de bave, elle pionce sereine

Je dévide le câble, effiloche textile
cette fibre devient robe de dame belle
noblement revêtue, ointe comme une sainte

Lorsque dame décède, enterre le textile
contre elle, ensuite plante attenant cette stèle
le chêne reprenant : cette chenille chuinte.

Gilles E.-Farèse selon « Bêtes de ce monde » de Jacques Roussebelle


15 Octobre 2005

Participation à un recueil collectif pour fêter le soixante-dixième anniversaire d'Alain Zalmanski,
pataphysicien oulipophile collectionneur de casse-tête et d'acrobaties verbales en tout genre.


3 Novembre 2005

Le cancre
                (d'après La Fontaine, Prévert et Roubaud)

L'élève est race oisive : il se lève & rassoit.
Pris de fou rire, il ose une supercherie :
« La laitière s'en va-t-en ville et rêve à soi :
"Les verrats s'oient grogner dans notre porcherie."
Mais bien vite l'Ève erre assoiffée : "Hélas ! ouah !"
Car la cruche... c'est elle, outre sa gaucherie.
"Au revoir vache, veau, cochon laid, vérace oie !" »
Alors le maître et les enfants prodiges rient.


8 Novembre 2005

Vers à soie figurés
Poème de 14 vers de 14 syllabes, dont la marge droite dessine le profil de Jacques Roubaud.
Étirer les vers du nez donne du fil de bave à retordre !

Les vers à soie

Écoute les vers à soie
murmurer dans ces mûriers
mais non ils ne mangent pas
leurs mûres blanches & molles
pleines d'un sucre onctueux qui
n'engendre hélas point de gniôle
maints vers de soie très patients
grouillant consciencieux douillets

scient puis mastiquent les feuilles
en brouillant leurs bruits mouillés
leur goût fait que tous s'endorment
mais pour ceindre un tour d'épaules
ils vont nouer leurs chauds cocons
bien gros et ronds aux deux pôles
grâce à leurs vrais fils de bave
puis choient sommeilleux drogués

Sur maints dévidoirs l'on branche
les trois cents longs fils de soie
puis l'on choie quelque harmonieuse
femme instruite aux vingt-huit robes
c'est notre oeuvre ample & gracieuse
qu'elle endosse ouais quelle allure

Lorsqu'un jour la dame meurt
Tu enterres l'oeuvre en soie
avec elle et puis tu plantes
près de sa tombe en octobre
quelque mûrier où sans fin
la chenille à soie murmure

Jacques Roubaud (1932-?)

Le douzième hémistiche était initialement « mais pour ceindre hanche et épaules », mais Nicolas Graner a immédiatement souligné que le h de « hanche » devrait être aspiré. C'est lui qui a trouvé la solution utilisée ci-dessus, à savoir « mais pour ceindre un tour d'épaules ».


2 Décembre 2005

Profil d'Étienne Lécroart
Présentation en prose de son dernier album, trop rapidement rédigée pour avoir le moindre intérêt littéraire, mais illustrant que tout le monde n'a pas le même profil

                    Hier
              soir, à la sortie de
          l'auditorium où l'OuLiPo avait
        révélé ses vies secrètes, nous avons
       eu la joie de trouver Étienne Lécroart,
     membre éminent de l'OuBaPo. "L'Association"
    vient de publier son dernier album, "L'élite à
   la portée de tous" (38 pages, 6 euros). Il remet
  en scène les trois héros de "Cercle Vicieux" (une
 BD palindrome) et "Le Cycle" (histoire à citations,
 autoréférences et contraintes multiples). Cette fois
le professeur Fignoteau et ses acolytes recherchent la
recette du best-seller, et expérimentent les poncifs de
la BD traditionnelle, notamment l'érotisme, la peur et
la violence. Ils se déguisent en personnages réalistes
aux ombres travaillées, ou en croquis de manga aux gros
 yeux brillants, mais doutent constamment de la réussite
 de telles pratiques. Leur autocritique est un vrai régal,
  car ils se livrent à de savantes analyses iconographiques
   et métatextuelles, qui contrastent avec leurs scènes très
   stéréotypées. Mais les tours de force de Lécroart ne sont
   évidemment pas absents. Un passage peut se lire aussi de
   droite à gauche, comme les mangas. Un autre cache un
          message publicitaire verticalement. Une page
               double cache avec virtuosité un énorme
                   portrait de Fignoteau, constitué
                       par l'ensemble des cases. Un
                          meurtre achève un record
                             d'itération iconique.
                                (Affichez ce texte
                                    en Courier 10)
                                       Gilles


1er Janvier 2006

Holorimes dépressifs pour le nouvel an
[bien qu'ils soient présentés comme des vers libres, il s'agit en fait de quatrains d'hexasyllabes, croisant leurs rimes plates & embrassées]

L'an te mange le sang.
Lentement je le sens t'étendre dans la tombe.
Tes tendres dents là tombent, vert silicate à combes.
C'est astreint,
quand descend cet astre incandescent vers six lits-catacombes,
à cordeler glaçants accords de laid glas,
s'en allant guider qu'aux lombes alanguies des colombes.
Et des deux mains te plombe nu l'habile froid,
sans nul habit le froissant,
aidé de maintes plombes.


4 Janvier 2006

Traductions français-français
Le 30 décembre 2005, Robert Rapilly a envoyé dix millions de sonnets palindromes sur la liste oulipo ! Il s'agit en fait de dix poèmes utilisant les mêmes rimes, et l'on en obtient 10 puissance 7 en combinant comme on le désire les dix couples de vers 1&14, 2&13, 3&12, etc., selon le principe (ici raffiné) des cent-mille milliards de poèmes de Raymond Queneau.
La potentialité littéraire de ces sonnets n'est pas seulement due à leur grand nombre, mais aussi à la richesse des images qui s'y bousculent. Il m'a semblé à la fois intéressant et amusant d'en traduire quelques uns en français plus courant. Robert Rapilly a lui-même composé une magnifique version symboliste de son deuxième sonnet de base. Ma première tentative personnelle s'est attaquée à son huitième sonnet de base, dont voici l'original :

Être sidéral s'il se marre
Sûr aperçu le lied rasa
Net repas nourrit nem avare
N'inactive le mimosa

Purâna vêt Cid écartèle
Nice démâta nez et nom
Nos sinus nases sa truelle
Telle Ur tasse sans unisson

Montez-en à ta médecine
Le tracé dicte van à ru
Paso mimé le vit canine

Râ va mentir ruons à perte
Nasarde île lucre paru
Serra mes lis la Ré diserte

                    Robert Rapilly

J'ai cru y déceler une liste de maximes en vers blancs :

Mais cette traduction hachée ne rendait pas justice au sens suivi du poème original, donc j'ai récidivé cinq jours plus tard en transformant en prose le dix millionième sonnet palindrome :

Être si damné de ma tiare
Sur appareil l'ocre mussa
Net reptile l'oedème mare
Ni tube ni vide vissa

Pur cas Ramsès s'il sut cisèle
Nivela sa reine guenon
Non gorgé cria la donzelle
Sellez nodal air ce grognon

Non Eugénie ras alevine
Les ictus lisses Mars a cru
Passive divine butine

Râ même d'Éole lit perte
N'assumer collier apparu
Serait âme d'en ma diserte

                    Robert Rapilly

J'ai compris qu'il s'agissait d'un simple épisode de notre doulce histoire de France :

Ma satanée couronne perdit son éclat en plein cérémonial. Le courtisan, véritable alligator sortant à marée haute, ne fixa pas mon sceptre et ne chercha pas même à détourner son regard vers le ciel. Ah ! si mes ancêtres avaient vu ce parfait cas d'école ! Il osa comparer le visage de mon épouse à celui d'un singe.
« Saignez-le, s'exclama-t-elle, et attachez ce râleur à un cheval !
-- Ma mie, ne devriez-vous point l'empoissonner plutôt ?
-- Arès t'inspire des attaques trop polies : ce dieu efféminé flemmarde comme un papillon ! Au contraire, Phébus saurait même prononcer la mort du Vent. »
Son éloquence ne cachait aucune pitié : elle lui passa une corde au cou et l'étrangla de ses propres mains.

[Voir aussi cette traduction du 5477503ème sonnet par Rémi Schulz, sous forme de palindrome phonétique ; et une autre version en prose du dernier sonnet, proposée par Alain Katz]

8 Janvier 2006

Cinq strophes d'une quatorzine monkienne
L'oulipien Ian Monk a remarqué fin 2005 une amusante propriété de la quenine d'ordre 14 : sept distiques à rimes plates, aa bb cc dd ee ff gg, sont immédiatement suivis d'un sonnet anglais, de schéma de rimes gaga fbfb ecec dd. Robert Rapilly a quant à lui repéré qu'une séquence palindrome abcdefg gfedcba précède les distiques plats. En fait, les deux précédents schémas de rimes sont également intéressants, ce qui porte donc à 5 les strophes successives d'une quatorzine dont l'ordre des rimes est facile à comprendre :

1/ dgc bfea cgd aefb    : tercet + quatrain puis anacycliques
2/ bdfgeca bdfgeca      : deux septains parallèles
3/ abcdefg gfedcba      : deux septains anacycliques
4/ aa bb cc dd ee ff gg : sept distiques
5/ gaga fbfb ecec dd    : sonnet anglais


Robert Rapilly & moi-même avons rapidement expérimenté cette belle structure avec des vers quadrisyllabiques. Mon exemple ci-dessous emploie des rimes assez riches, telles que le quatrième quatorzain (à distiques plats) respecte leur alternance et les classe par fréquence décroissante de leur première harmonique. Pour gagner de la place, je ne passe à la ligne qu'aux nouvelles strophes, et combine donc les vers en de plus longs versets. Cette forme me semble présenter en outre un intérêt pédagogique : illustrer l'élégance du schéma de rimes des sonnets !

  1. Tu paraîtras   étrange et trouble,   oeuvre formelle.
    J'ai serpenté   non sans cahots   dans le désordre   de l'anarchie.
    Chant pêle-mêle,   je me dédouble   comme un fatras.
    Logomachie,   tu vas te tordre   en ce chaos   désorienté.

  2. Désorienté,   tu paraîtras   en ce chaos   étrange et trouble.    Tu vas te tordre,   oeuvre formelle,   logomachie !
    J'ai serpenté   comme un fatras,   non sans cahots.   Je me dédouble    dans le désordre,   chant pêle-mêle   de l'anarchie.

  3. De l'anarchie   désorienté   chant pêle-mêle,    tu paraîtras   dans le désordre.   En ce chaos   je me dédouble.
    Étrange et trouble,   non sans cahots   tu vas te tordre   comme un fatras.    OEuvre formelle,   j'ai serpenté.   Logomachie !

  4. Logomachie   de l'anarchie,
    j'ai serpenté   désorienté.
    OEuvre formelle,   chant pêle-mêle,
    comme un fatras   tu paraîtras.
    Tu vas te tordre   dans le désordre
    non sans cahots.   En ce chaos
    étrange et trouble,   je me dédouble.

  5. Je me dédouble :   logomachie   étrange et trouble   de l'anarchie !
    En ce chaos   j'ai serpenté   non sans cahots,   désorienté.
    Dans le désordre,   oeuvre formelle,   tu vas te tordre.
    Chant pêle-mêle,   tu paraîtras   comme un fatras.
[Voir aussi cette quatorzine complète de Ian Monk, en anglais]

19--27 Janvier 2006

Quelques septillions de poèmes (et même beaucoup plus)
d'après les Vers à soie de Jacques Roubaud.

Les liens renvoient à la page dynamique (programmée en PHP),
mais quelques exemples statiques sont aussi donnés ci-dessous :


14 Février 2006

Porte-plume à l'HN
Alain Chevrier a proposé, sur la liste oulipo, une modification du dernier vers du sonnet en i de Mallarmé pour faire allusion aux cygnes morts récemment de la grippe aviaire en Italie : « Que vêt tué par le H5N1 le Cygne. »
Cela m'a donné envie d'inoculer véritablement ce virus au poème. J'ai rapidement composé un haïku aux initiales infectées, puis ai davantage travaillé pour imposer cinq H et un (seul) N dans chaque vers du sonnet mallarméen.

Haïkutinidase

Hulotte, hirondelle,
hibou, héron happeront
notre H5N1.



Grippe à vers

Le châtié, chahuté mais charmant aujourd'hui
Cherche à me déchirer par un coup de hache ivre
Ce loch rêche lâché que hante chez le givre
L'hyalin champ de rochers du schuss macache fui !

Le cygne chleuh d'hier chuchote que c'est lui
Schah hyper-chic mais qui chagriné se délivre
Se fichant de hucher la sphère chaude où vivre
Lorsque du chiche hiver le hic hargneux a lui

Le haut chef hochera cette hâve agonie
Par chaque éther échue au cher harle qui nie,
Mais hors l'horreur d'humus où chair comme heur sont pris

Ébauche qu'au hameau ce flash à schlich assigne,
Il s'inhibe au haschisch hostile de mépris
Tcharchaf de l'échappée hélas humble du Cygne.

Gef d'après Stéph5n1 Mallarmé & Ala1n 5hevrier



Le 12 mars 2006, j'ai aussi proposé de chanter ce poème de circonstance sur l'une des mélodies
composées pour Un grand sommeil noir de Verlaine (1881), notamment par Ravel (1895),
Varèse (1906), Stravinsky (1910), Vierne (1916) ou Honegger (1944). [Ma préférée
est la version de Stravinsky, suivie par celle de Varèse. Ces derniers liens pointent vers des extraits
de disques chez Amazon & la FNAC, à écouter avec le logiciel gratuit Real Player.]

Un prompt traquenard
Choit sans thérapie :
Crevez, tout canard,
Crevez, toute pie !

Voici le venin
Éliminatoire
Du H5N1
Sur mon territoire...

Je fuis tout oiseau
Que la faim balance
Dans le caniveau :
Prudence, prudence !

                        GeV_


19 Février 2006

Étude homographique
[alexandrins à rimes alternées, accumulant beaucoup d'homographes français, mais sans aucune prétention à l'exhaustivité]

Révolution

« On dit que les félins se tapissent chez eux
Sur les murs, les fauteuils, les paillassons oiseux. »
Nous notions ces notions haussant nos jalousies
Car nous avions en grippe avions et courtoisies.
Nous nous passions de tout, de rations, de passions,
Alors nous intentions des procès d'intentions :
« L'attitude des gens qui ne nous convient guère,
Qui peignent leurs cheveux d'un coloris vulgaire,
Lacèrent leurs souliers pour en faire des tongs
Et fondaient aussi bien des cités que des gongs !
Nous ne les prisons pas, leurs prisons luxueuses,
Leurs dormants réveillons, leur mise en bières gueuses.
Nous nous blasons du cloître où couvent leurs blasons,
Nous toisons leurs toisons et visons leurs visons. »
Tels des gens murs, il eût fallu qu'ils se terrassent,
Ou comme de givrés esquimaux, qu'ils crevassent.
Mais alors nous portions des portions de manteaux,
Souvent nous nous camions dans des camions-ghettos.
« Eh, pigeons ! nous pigeons vos altruismes vides ;
Bientôt nous moucherons ces moucherons avides. »
Travaillant nos dictions, nous dictions aux barons :
« Marrons-nous ; curetons ces curetons marrons ! »
Ils furent attrapés pas des fils de la vierge
Sauf peut-être Jésus ; chacun sortit sa verge
Car trop fier pour se fier à quelque parchemin
« Je pense, copiait-on, donc je suis mon chemin. »
Et nos coups plurent tant qu'ils en redemandèrent.
Puis comme des bateaux ils revirent : la terre !
Nous tendons nos tendons et violons leurs salons,
Nous salons leurs rognons et rognons leurs violons.
Ils admirent enfin leur défaite admirable.
Nous bouffons ces bouffons depuis la tête au râble,
Nous poivrons les poivrons et les rayons du plant.
Mais les rayons du jour insolent l'insolent :
L'heur létal est à l'est, et dès lors qu'ils résident,
Les anciens ennemis du président président.
L'ivre chef va corner « Corner, vulgum pecus ! »
Quand trop d'alcools sont bus, mieux vaut rentrer en bus.
Moralité : boutons et rejetons les pontes ;
Les égards d'un parent parent de telles hontes.
Nourrissons aux nichons nos tendres nourrissons,
Mais pistons et filons les cochons polissons.

[Voir aussi mes quelques autres textes utilisant des homographes]


27 Février 2006

Homographes & alternance
[sonnet d'octosyllabes respectant l'alternance des rimes, de schéma fmmf fmmf mmf mfm ou bien mffm mffm ffm fmf]

Les pieds du sonnet somnolent
Dans son niais regard convergent
Mais les rais d'un nuage émergent
Tout en irradiant le dolent

Ils cuisent vite l'insolent
La nuance ou le goût divergent
Puis des vers blancs le détergent
Comme les coups du vent violent

Trop de diérèses résident
En ce lieu commun évident
Les rejets sinueux affluent

Sens ou polysémie obvient
À l'imbroglio quoique influent
Les mots et la fin nous convient

Vocabulaire :
doler = aplanir à la hache / obvenir = échoir
dolent = malheureux / obvier = parer

Paraphrase d'une première lecture :
Quand on louche naïvement sur elles, les syllabes de ce poème restent apathiques. Cependant la brume laissera place à une vive clarté qui nous adoucira. Nous sommes bientôt grillés, car des couleurs & saveurs nouvelles nous illuminent. Les alexandrins apparemment non rimés se comportent comme un produit d'entretien, une tornade blanche qui nous pénètre de force. Toi qui te complais dans les poncifs, as-tu remarqué la grande quantité de semi-consonnes et de tortueux enjambements ? Une ou plusieurs significations sont alors restituées à ce chaos, malgré la présence de vocables rares, et nous finissons par comprendre.

Paraphrase d'une deuxième lecture possible :
Les syllabes de ce poème en sommeil entrent dans nos yeux naïfs. La brume laissera pourtant place à une clarté qui baignera les affligés. Tout impertinent sera bientôt grillé, car les saveurs & les couleurs s'opposeront à ses préférences. Comme une tornade blanche, les alexandrins apparemment non rimés vont le décrasser. Tortueuse rivière des mots, tes poncifs charrient une quantité exagérée de semi-consonnes, et elles rendent vains tes enjambements. Une ou plusieurs significations vont réduire notre confusion, certes toujours grande, car nous nous sentons invités par ses termes et surtout son terme.

Fi ! les gloses à poétiser_


60 Douzembre 2005

Voulez-vous savoir ce qu'est une anagramme de métro ?
[cliquez sur ce lien ou sur l'image réduite pour accéder au plan anagrammatique]

Réduction du plan anagrammatique

[Voir aussi ces quelques anagrammes de stations du métro de Rouen, Bruxelles & Marseille]


En rab, deux autres listes anagrammatiques :

Y salis météores [08/04/06]
Ô les asymétries : L'isolé / Mur créé / Sen vu (centime de yen repéré) / Rêtre (ressusciter ?) / RAMs (mémoires) / Des otaries / Prit jeu / Un astre / Un saur (hareng) / Pneu net / Un plot

Les meufs nues [10/04/06]
Les us enfumés : Ô cil Olympien, Aorte Réputée, Christ opéré A uriné Pôle laïc. Même l'open Le hait.


« Voulez-vous savoir ce qu'est un anaphone de métro ? » [22/04/06]
Il suffit de mélanger les phonèmes d'un nom de station, en généralisant donc la notion de contrepèterie.
Exemples pour la ligne n°1 :

       La Défense (Grande Arche) = Fait la danse (Champ de regards)
         Esplanade de La Défense = Sa flanelle dépasse dedans
                 Pont de Neuilly = Dieu nippon
                     Les Sablons = Hélas blond
                   Porte Maillot = Myope à tort
                       Argentine = Ange à tenir
      Charles de Gaulle - Étoile = Le glas le déchoit trop
                        George V = Je singe rock
           Franklin D. Roosevelt = Les quinze lourdes ferventes
     Champs Élysées - Clemenceau = Il cause aisément, Chancel
                        Concorde = Corps de con
                       Tuileries = Tire-huile
  Palais Royal - Musée du Louvre = L'adulé pouvoir à muselière
                   Louvre Rivoli = Ouvrir l'olive
                        Châtelet = Lâcheté
                  Hôtel de Ville = L'îlot vedette
                      Saint-Paul = Le pinceau
                        Bastille = Ce tibia
                    Gare de Lyon = Longue draille
                 Reuilly-Diderot = Oeil aux ris d'hydre
                          Nation = Son ail
              Porte de Vincennes = Vingt sortes de peines
                     Saint-Mandé = Dans ses mains
                         Bérault = Beau rai
            Château de Vincennes = Chaude veste à nain

« Voulez-vous savoir ce qu'est une anasyllabe de métro ? » [23/04/06]
Il suffit de mélanger les syllabes d'un nom de station, en restreignant donc la notion d'anaphone.
Exemples pour les lignes 4 & 14 :

           Porte de Clignancourt = Clignante cour de porc
                         Simplon = Plomb sain
           Marcadet Poissonniers = Sceau marqua des poignets
                   Château Rouge = Chat : route au jeu
             Barbès Rochechouart = Bar baisse, roche choir
                    Gare du Nord = Dune hors-Gard
                   Gare de l'Est = L'oestre de gars
                   Château d'Eau = Schah d'auto
          Strasbourg Saint-Denis = Ni strass de bourse, hein (Strasse : bourre de Nice, hein)
              Réaumur Sébastopol = Paul sait : bah, saur est au mur
                  Étienne Marcel = Celte hyène marrée
                      Les Halles = Le hâlé (Ah le lait)
                        Châtelet = Te lécha (Les chattes)
                            Cité = T'es si...
                    Saint-Michel = Chez le seing mis
                           Odéon = Onde et eau
          Saint-Germain-des-Prés = Singe erre près des mains
                   Saint-Sulpice = Ce sein sut le pis
                   Saint-Placide = Simple acide (De place ainsi)
          Montparnasse Bienvenüe = Ce parvenu n'a mon bien
                           Vavin = Vain, va... (Vint. Va.)
                         Raspail = Race paille
               Denfert Rochereau = Roche rodant fer
                 Mouton Duvernet = Ton mou ver du nez
                          Alésia = Allez-y, ah ! (À l'aise, ja !)
                 Porte d'Orléans = Emporte-les d'ores

                    Saint-Lazare = L'hasard ceint (Las arsin [malheureusement brûlé])
                       Madeleine = Laide manne (Laine de mât)
                       Pyramides = Mi-rapide
                        Châtelet = Te lécha (Les chattes)
                    Gare de Lyon = Galion d'heures
                           Bercy = Cyber [anagramme de Rémi Schulz] (Berce-y / Six bers)
              Cour Saint-Émilion = Tes cinq millions courent
Bibliothèque François Mitterrand = Sois franc, mi-oblitérant tes bics

4 Avril 2006

Mutilations de bras
Il paraît qu'un chef religieux a ordonné d'arracher un bras ou une jambe à toutes les poupées des enfants pour éviter qu'ils les idolâtrent. Sans entrer dans nulle discussion d'ordre théologique, mais en se restreignant au domaine des contraintes d'écriture auquel sont consacrées ces pages, il est intéressant de construire des phrases changeant de sens lorsqu'on leur enlève un « bras ».


22 Avril 2006

Nouvelles recherches de pangrammes autodescriptifs


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