Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]
[28. Syllabic squares, vocalic sequences, music, etc. (2017)]
[29. Paradoxical constraints (2018)]
[30. Extensions of anancograms & other constraints (2018)]
[31. Express palindromes (2018)]
[32. Digrams, mesonyms et al. (2019)]
[33. Intervals, primes, n-grams & Queneau (2019)]
[34. Statistics and prime ASCII art (2020)]
[35. Extensions of HOGs & palindromes (2020)]

36. Recent stuff (2020)
[37. Future stuff (2020)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

19 Mars 2020

HOG à rimes carrolliennes
[Nombre premier de vers (23), de syllabes par vers (5 ou 7) et de syllabes au total (137). Mots-rimes
successifs ne différant que d'une lettre. Beaucoup d'expressions figées sont volontairement employées.]

    Puisque est mort son père
Et que l'a rejoint sa mère,
    Il cherche en la mare
De larmes la perle rare
    Apaisant sa rage.
Sera-ce l'ombre d'un sage,
    D'une sale sole,
Ou chacun à tour de rôle ?
    Il sait que la roue
Du destin l'a mis en joue,
    S'en donne à coeur joie
Pour l'égarer de sa voie.
    Il fait peine à voir,
Scrutant du matin au soir,
    Fouillant avec soin
Dans cette botte de foin.
    Une seule fois,
Vers le trente-six du mois,
    Il trouvera, mais
Gardant le coeur sur la main
    Comme du bon pain,
Il va tout laisser en paix :
    L'art n'a pas de prix.


29 Mars 2020

miserere
[Sonnet respectant simultanément deux propriétés du mot « coronavirus » : l'alternance
consonne-voyelle (rigidité de l'okapi), comme dans cette excellente dépêche Sçientifique
de Nicolas Graner, et la contrainte du prisonnier laxiste (évoquant le confinement actuel),
c.-à-d. un lipogramme en
BDFGHJKLPQTY autorisant ponctuation, diacritiques et points
sur les
i.
L'okapi est assez mal adapté à l'alexandrin classique, car il interdit de faire suivre les
e caducs
par une voyelle, donc ils sont bannis des 6e et 7e syllabes — ça récuse sa césure sinon.]

ce coronavirus ose me remiser
en une zone si morose — ma masure.
macaron avisé résume sa mesure
mi-sévère : ceci va me sécuriser.

à ce cocorico venez ironiser :
on examinera sa semi-sinécure,
si ça s'avérera rimer avec usure,
sa menace sera non à minimiser.

or, avare sécu ric-à-rac érosive,
son ère mènera sur arène nocive
car on exonéra ses écus à césar.

un économe sec ici même remixe
ni revenu reçu ni canevas anar.
en ire mûrira monomane ma rixe.


P.S. du lendemain : distique rodigrammatique à rime riche

Homme, chat, caracul, sole, ah ! serpent et mye,
On est tous vicinaux : las aire pandémie...

Autre distique hétérodigrammatique du 14/04/20 :

Las mortels, abusez de vos confinements
Si carcéraux et gris pour lire dix romans !


31 Mars 2020

Holorimes hétérodigrammatiques
[Première tentative de distique d'alexandrins holorimes qui soit aussi rodigrammatique
— c.-à-d. n'utilisant aucun couple de lettres successives plus d'une fois, même séparées par
des espaces ou des ponctuations. C'est d'une difficulté assez effroyable, d'où les hiatus et
l'obscurité de l'énoncé proposé...]

Gare à ce génie,
D'où que vous veniez !
Buvez gin, non lie,
Restez habillés !

Moralité :
Sirs roms, n'y allez nus, scythe et kazakh, au djinn :
Ce rhum, ni (ah) laid, n'eut cité casaque, ô jean !


P.S. du surlendemain :

Parfums et toiture
Médusent d'amour
Le mage immature
Ça vaut le détour

Moralité :
Ô myrrhe et thym, dais, lys, en qui lauze hacke Roi,
Oh mirés teints, délice : ankylosas coeur, wouah !


3 & 5 Avril 2020

Deux minimalismes
[en marge de ces deux monovocalismes plus travaillés]

• Robert Rapilly a proposé à la liste oulipo de résumer la vie de Félix Fénéon
en 140 caractères (twoosh). Voici ma proposition — où j'évoque, à sa manière,
le fait qu'il n'était pas le premier chantre de la concision :

Félix Fénéon (1861–1944), critique français,
découvreur de talents non académiques. Ce n'est
pas de lui que Jules Renard disait “Trop long”.

• Acronymes confinés

Pandémie : pas absolument nécessaire d'en mourir in extremis.
Coronavirus : cet obscur ravage organique nous aura valu isolement rigoureux une semaine (un semestre ?).

[Voir aussi ces autres acronymes des oulipotes]


9 Avril 2020

Coronavirus
[Jean-Luc Doutrelant a proposé à la liste oulipo de composer des homophonies
approximatives de « coronavirus », à la manière du n° 16 de la « Bibliothèque
Oulipienne
 ». Vous pouvez retrouver les nombreuses réponses dans les archives
de la liste. Voici l'unique quatrain, autoréférentiel, que j'ai écrit.]

Ce confinement
Trop long nous courrouce
Nous sentons vraiment
Qu'hors on a vie douce


Je suis ensuite passé aux anaphones, c.-à-d. au mélange des phonèmes de « coronavirus » :

De sa nourriture
Jamais assouvi,
Sa progéniture
Cronos eut ravi.

Dans l'Arctique immense,
Un ours n'a pas su
Trouver de pitance :
Carnivore ossu.

Rugova dit quatre
Fois : Vaincre les chars,
Milosevic battre,
Unir Kosovars !

Vinko Globokar
Le trombone honore
D'échos globaux car
Cuïvra sonore.

Traditionaliste,
L'instituteur a
Des goûts de graphiste :
Cursive honora.

Un enfantillage
De cet acabit
(Ça me décourage)
Au connard survit.


Et pour étendre encore davantage, je suis finalement passé aux anagrammes :

L'Oulipo décida d'explorer alentour
      Ouvroir scan
Nous travaillions vraiment beaucoup à cette époque
      Car ouvrions
On aperçut soudain flotter une défroque
      Or, voir un sac
Ramons vite il pourrait s'agir d'un troubadour
      Cours, aviron !

Listant tous ses travaux en guise de bonjour
      C.V. : on sourira
Il nous semble passé maître du soliloque
      Avons cru roi
Mais si bête et si mal léché que l'on s'en moque
      Vrai ours con
En voyant s'épancher son discutable humour
      Con s'ouvrira

Le bonhomme se dit à l'olifant habile
      Savoir un cor
Et lance tel Roland un râle volubile
      Ouvra son cri
Nous faut-il supporter un désordre pareil
      Ouïr son vrac

Sur lui plongeons afin d'étouffer ce sans-gêne
      Son à couvrir
Apparaît un squelette en son simple appareil
      Car voir un os (vrai os cornu)
Lors comme à Roncevaux la terreur nous enchaîne
      Nous riva, roc

Mais je me suis souvenu juste après que Nicolas Graner avait déjà composé
un sonnet selon la même contrainte le 20/03/20, et plusieurs de nos anagrammes
sont très voisines voire identiques ! Fort heureusement, nos sonnets sont différents.


P.S. des 12 & 14/04/20 : ovillejorona

Qu'annonce chaque tabloïd ?
        Le Covid.
Quel nom choisit l'Académie ?
        Pandémie.
Que reprenons-nous en chorus ?
        Le virus !

Mais pas besoin d'un thésaurus
Ni des finesses du Parnasse
Pour savoir qu'ici nous menace
Covid, pandémie ou virus.

*

Quelle option reste anéantie ?
        La sortie.
Jusqu'à quand Macron le promet ?
        Onze mai.
Que répète-t-il à l'antenne ?
        Quarantaine.

Ô trop lointaine prétentaine
Que fait miroiter le pouvoir !
L'ancienne norme est notre espoir :
Sortie en mai de quarantaine...


12 Avril 2020

Centon ténébreux

Quasimodo     [Tristan Corbière]
(Vérité)     [Jean Molinet]

Sitôt qu'a disparu le coupable immolé,     [Victor Hugo]
À chaque heure apaisant la souffrance amollie     [Auguste Angellier]
Comme un joyau royal dans un coffre scellé,     [Charles Guérin]
Ci-gît un monde mort pour cause de folie.     [Auguste Barbier]

Et mes ressentiments ne l'ont pas violé,     [François Maynard]
Et rêvant, dans leur vol, la libre Thessalie     [Charles-Marie Leconte de Lisle]
Peut rire du plaisir qu'elle vous a volé,     [Théophile de Viau]
Vous dont le sang lavait toute grandeur salie.     [Arthur Rimbaud]

Quels que soient mes destins, je dis comme Byron :     [Alfred de Musset]
Ô mes désirs semés en la déserte arène !     [Madeleine Des Roches]
Car son bras a guidé la première carène     [José-Maria de Heredia]

Devant le frais cottage au gracieux perron,     [François Coppée]
Et volant après toi, le docile Morphée     [Paul Desforges-Maillard]
Tenant de mille coeurs un superbe trophée.     [Clovis Hesteau de Nuysement]

                                      Madame de La Val     [Mellin de Saint-Gelais]


16 Avril 2020

Homointervalles
[maladroites tentatives en français pour imiter ce message caché du Futility Closet]

Jean, ânier mi-navré.
W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V
J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A B C D E F G H I
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A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
N O P Q R S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M

Lu ara : « Zobs du crevé ! » Et l'âne : « Bof, périr. »
S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R
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Fou lu, y ragréer ci : pan ! Enterré.
F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A B C D E
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F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A B C D E

Mob pré-su, vie mi-an cerna givre, na !
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Boxö, Erara, Hudud, Iveve, Mzizi, Najaj, Renen, Fofo, Irir, Lulu.
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W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V

Boxö, Erara, Hudud, Iveve, Mzizi, Najaj, Renen, Fofo, Irir, Lulu.

Typote PUF va du val inédit.
T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S
Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X
P Q R S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O
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T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S
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Bi-pelté show nu était là.
M N O P Q R S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L
B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A
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Q R S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P
B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A

Yes, vague zek, jouis !
T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S
Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X
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S T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R
C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z A B

Pacte dû, ce SDF ne s'éprit.
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A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
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T U V W X Y Z A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S
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Ex-union : atout vu.
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Zoo zappa dette là.
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24 Avril 2020

Monogrammes
[Liste de titres monogrammatiques, à la manière de ce passage d'« Ulysses » de James Joyce,
aujourd'hui bien connu des perecquiens : « Books you were going to write with letters
for titles. Have you read his F? O yes, but I prefer Q. Yes, but W is wonderful. O yes, W. »
Ça systématise la Bibliothèque Oulipienne n° 130 de Paul Braffort.
Les nombres indiqués donnent les totaux des lettres correspondantes dans cette même phrase,
juste pour le plaisir de jouer avec l'algorithme de Jacques Pitrat, que j'ai reprogrammé le
19/04/20 avec le logiciel Mathematica. Ça m'a permis de retrouver facilement nos résultats
de 1998
et d'en obtenir beaucoup de nouveaux, dont quelques exemples sont associés à la
date 04/20 en bas de cette page.
À cette occasion, j'ai remarqué que l'astuce centrale de cet algorithme avait en fait déjà
été expliquée quatre ans avant Jacques Pitrat dans cet article de Lee Sallows.]

Pendant le confinement, j'aurais dû lire ou voir
cinquante-cinq fois « À » de Hisashi Okuyama,
treize fois « b: » de Frank Escoubès,
vingt fois « C » de Tom McCarthy,
trente-huit fois « D. » de Robert Harris,
cent une fois « E » de Daniel Danis,
trente-quatre fois « F » de Daniel Kehlmann,
douze fois « G. » de John Berger,
vingt et une fois « H » de Philippe Sollers,
quatre-vingt-une fois « I » de Shankar Shanmugham,
sept fois « J » de Caroline Sagot Duvauroux,
onze fois « K. » de Bernardo Kucinski,
vingt-sept fois « L » de Thibaut Klotz,
treize fois « M » de Juan Vilá,
cinquante-quatre fois « N » d'Éric Pessan,
cinquante-huit fois « O » de Tim Blake Nelson,
quatorze fois « P » de Paul Spurrier,
quatorze fois « Q » de Luther Blissett,
quarante-cinq fois « R » de Tobias Lindholm et Michael Noer,
soixante-dix fois « S. » de Jeffrey Jacob Abrams,
cinquante-six fois « T » de Lionel Gaspar,
trente-six fois « U » de Grégoire Solotareff,
dix fois « V. » de Thomas Pynchon,
une fois « W » de Francky Gilbert-Lauret,
sept fois « X » de Sébastien Teissier,
sept fois « Y » de Jacques Heyst,
et huit fois « Z » de Vassilis Vassilikos.


24 Avril 2020 (bis)

Lettres à leurs rangs alphabétiques
[Dure contrainte littérale de nouveau trouvée sur Futility Closet : construire une phrase
dont le plus de lettres possible apparaissent à leurs rangs dans l'alphabet, par exemple
A comme première lettre, ou B comme seconde, ..., ou Z comme vingt-sixième et dernière
lettre. Voici trois tentatives personnelles introduites par des demi-sélénets, comptant
16 lettres correctement placées, et même 17 pour le troisième exemple.]

Sombre précipice
Reçois nos passés
Vers son fontispice
De plâtre foncez

Moralité :
Abîme, fiai-je l'an, ô pur stuc ? Axez !

*

Ce précis repère
Est ingurgité
Lorsque se tempère
La moindre gaîté

Moralité :
A bu défini jalon : ô périt un witz !

*

Belle, je possède
Internet grand flux,
Un sol couleur guède...
Et ne chante plus.

Moralité :
Ah ! clef 4G ai-je, lino pers, tu gwerz ?

[Voir aussi ces énoncés de Noël Bernard et Nicolas Graner]


P.S. du lendemain, avec seulement 15 lettres mais cette fois selon l'ordre alphabétique inverse :

Calme idiome en Chine
Happons le soupir
D'âme qui s'échine
À ne pas mourir

Moralité :
Zen wu, attrapons le jingle du ba !


P.P.S. du 26/04/20 : Noël Bernard a proposé de reprendre la contrainte ci-dessus,
mais avec une autre suite de lettres imposées, par exemple celles du premier
vers du Desdichado, ou leur anacyclique comme dans ce premier exemple
de sa plume. Voici ce que j'ai construit peu après selon son modèle, avec
28 lettres sur 33 coïncidant avec cet anacyclique :

Fleuve où l'on vénère
La Femme, choisis
Bien ainsi la pierre
Que tu détruisis

Moralité :
 Élis rocNil où Ève louer ! Bene telsi usez.
(élos noc  nil fu eve lxuer   béné tel  si useJ)

Je me suis ensuite amusé à imiter les lettres de ce vers dans leur ordre de
lecture normal, mais en interdisant la réutilisation de mots de l'original.
25 lettres sur 33 sont ici correctement placées :

Ô frères helvètes,
Amis d'Israël,
Rejoignez nos fêtes,
Youpi, de Noël !

Moralité :
 HéSuisse ! , Hébreux ! Réveillonnonsolé !
(Je  suisle   té  nébreux   leveuflincons  olé)


27 Avril – 6 Mai 2020

Demi-sélénets à graphies excentriques
[distorsions orthographiques d'homophones allographes,
classiques dans les limericks anglais]

Ceinte par de Broglie,
Madame de Staël
En 17 endoglie
L'univers postaël.

[N.B.: la grande épistolière Germaine de Staël est vraiment morte en
1817 en s'écroulant dans les bras de son gendre Victor de Broglie.]

*

Avec mon laguiole
Qu'on avait gouaillé,
J'ai troué la guiole
Et me suis nouaillé.

*

C'est une gageure
De voir un fleuron
Alpin, je vous geure,
Dans le Lubeuron.

*

Loin d'une féerie
Est la nuit à Stains :
La périféerie
N'offre aucun destains.

*

J'allais à La Clayette
Portant un fuchsia
Sur ma bicyclayette ;
L'effort m'asfychsia.

*

C'est bien sûr Tom Cruise
Et non Jean Paulhan
Qui fuit la cambruise
Tout en la spolhan.

*

Quand Harvey Weinstein
(Pas McConaughey)
Pour l'huile s'obstein,
C'est de monaughey.

*

Il faut que l'on dompte
À notre grand dam
Ce fier mastodompte
En l'appréhendam.

*

Pervers, tu diffemmes
En traitant de clowns
Sans vertu dix femmes
Berçant leurs pitchowns.

*

Mus jusqu'à leurs moelles
Par le gai scherzo
Montant aux étoelles
D'un petit wazo,

Se goinfrent les moennes
De croque-mentcieux
En frottant leurs couennes
Car ils aiment cieux.

*

Étrange Amérrhique,
De jour ou by nheit
Danse la pyrrhique
Contre Fahrenheit.

Moralité :
Suis le Celsius !

*

Après qu'Alain Caughannes
Eut bûché vaughan Neu-
mann, surgit Vaughan Jaughanes
Classifiant les neu.

(Le nom du mathématicien Vaughan Jones, créateur entre autres de polynômes de nœuds,
se prononce à peu près
[von dʒɔns]. J'ai ici généralisé l'[o] de son prénom à son nom
de famille et à ceux de von Neumann et Alain Connes, dont les travaux sont liés.)

[Voir aussi ces demi-sélénets de de Nicolas Graner et Noël Bernard]


8 Mai 2020

Dangers du déconfinement
[En contre-pied de la brillante réforme antipostillon de François Pla, l'« Aubade des
pendus » ci-dessous n'emploie que les consonnes phonétiques les plus contagieuses PBTD.
Même les semi-consonnes et les suites de deux voyelles phonétiques ont été interdites.]

Pas d'abandon d'habitat
ou patente débandade


Ton bedon t'empâtait d'hébétude embêtante,
Tu t'es tu tant de temps, tapi dans ton taudis.
Tu boudas dépité, tête éteinte, attendis
D'adapter ton tempo de taupe indépendante.

Date atteinte, on te dit d'habiter dans ta tente
Pendant tout août itou, boutade de bandits !
Débouté de bateau ? Tintin ! Tôt tu bondis :
Débuter ton topo de bipède te tente.

Debout dans ta pampa, tu détends tes petons,
Tes pattes de badaud, patauds bouts de bâtons ;
Papy datant d'antan, tes petits pas titubent.

Ton but était tabou — pis, ton toupet douteux :
Des toubibs d'hôpitaux t'amputent et t'intubent.
Bon-papa, tu t'étends dans ton tombeau piteux.

[Voir par exemple ces anciens lipophones pour un respect de la réforme antipostillon sans distordre les mots]


13 Mai 2020

Na, Gille n'élime Émile Nelligan
[Robert Rapilly a proposé de reprendre les mots-clefs de vers classiques dans des palindromes.
Voici trois alexandrins de mon humble plume inspirés par ce sonnet d'Émile Nelligan. Mon
premier vers est loin d'être original dans le domaine des palindromes, mais c'est une micro-
traduction du onzième de Nelligan. Les bords des deux autres alexandrins sont extraits
du huitième vers de Nelligan, et son douzième a fourni le mot « mystère » intermédiaire.]

Tu, bel, rengageras à regagner le But ?

Tâte essor à trader et symétrie, bon Bob :
N'obéir, té !  mystère d'art  à rosse État.


P.S. du 19/05/20 : ourobindrome-express dont la ligne centrale est inspirée par le Chantre
d'Apollinaire. Le demi-sélénet introductif aurait pu être plus clair, mais je n'ai pas résisté
à la tentation d'employer quelques homographes et homophones — y compris le couple
anglo-français « grave / tombe » déjà utilisé en mai 2008.

Un grave la tombe
De luth ou de cor
Nettoyant la tombe
De patelle encor

Moralité :
Hep ! mort en ud étonné,
élue seule en note d'une trompe hâtive marine,
son arapède parano s'en ira, m'évita.


P.P.S. du 22/05/20 : palindrome-express inspiré par la fin du dixième vers de
l'Amérique d'André Chénier, mais évoquant en fait le roman Robert d'André Gide.

Quand l'épouse charge
Son couple ennuyeux
L'auteur tait la marge
Du démenti pieux

Moralité :
Éveline de ça le drap sape.
Gide rend Robert sinistre :
bord ne rédige pas par delà
ce déni levé.


15 Mai 2020

Double acrostiche interne
[Généralisant ces anciens acrostiches internes de Jean Fontaine, Alain Chevrier et
Rémi Schulz, j'ai cherché deux colonnes simultanément lisibles dans le Desdichado
de Nerval, d'abord à la main, puis avec l'aide informatique cruciale de Nicolas Graner.
Le résultat choisi ci-dessous offre une sorte de condensé du poème — même
le deuxième mot étant bien adapté au protagoniste déshérité.]

                                                        Étoile usuraire
                                                        Noirâtre sonnet


                      Je suis le tÉNébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
       Le prince d'Aquitaine à la TOur abolie :
                       Ma seule étOIle est morte, — et mon luth constellé
                Porte le soleil noIR de la Mélancolie.
                             Dans LA nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
          Rends-moi le Pausilippe ET la mer d'Italie,
                            La fleUR qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la roSE s'allie.
             Suis-je Amour ou PhébUS ?... Lusignan ou Biron ?
                    Mon front est ROuge encor du baiser de la reine ;
                       J'ai rêvé dANs la grotte où nage la sirène...
              Et j'ai deux fois vaINqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyRE d'Orphée
         Les soupirs de la sainte ET les cris de la fée.


J'ai ensuite effectué une micro-traduction de ce sonnet afin que tous ses mots soient lisibles
verticalement selon de tels acrostiches internes (dans un sous-ensemble de vers contigus
pour les mots de moins de quatorze lettres), à condition d'indenter convenablement les vers.
Même les mots du poème original qui ont ici été modifiés sont lisibles de cette façon, ainsi
que ceux du titre, du sous-titre, de la signature et du nom de naissance de Gérard Labrunie.

El Desdichado
(Le Déshérité)

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma destinée est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir d'une Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
La treille où ce bon pampre à la rose s'y lie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan, de Biron ?
Mon front voit rouge encor d'un baiser par la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

            (Gilles Esposito-Farèse d'après Gérard de Nerval)

[Voir aussi la magnifique animation et la version dynamique qu'en a faites Nicolas Graner]


P.S. du 17/05/20 : modification de mon ancienne version Circulaire
du Desdichado pour lui ajouter un acrostiche interne autodescriptif

Sinistre soleil


                  Aliéné nié Séide désolé

             Ma région aquitaIne a fini abolie

         Mon étoile n'emplit Ni mon luth constellé

      Ni l'abstrait soleil noIr de ma tempe affaiblie


  Aux tombeaux par leurs nuitS sainte âme aux soins zélés

 Rends-nous donc tous les monTs d'où choient eaux d'Italie

Maints plants d'exquises fleuRs pour mon coeur tant troublé

Puis la treille au doux pamprE où stricts rosiers s'allient


 Suis-je Amour l'ocre Hélios Schwarzschild Planck ou Biron

  Mon front clair s'oint de pOurpre au baiser de la reine

    Songeant bien quiet dans L'antre où nagea la sirène


         Lors j'ai su traversEr une fois l'Achéron

             Vocaliser opus aInsi que coryphée

                  Évoé amuï éLyséen ô fée


24 – 26 Mai 2020

Doubles acrostiches internes
en vers courts et selon deux colonnes adjacentes
[Les mots de 14 lettres lisibles verticalement ou en diagonale sont tels que chaque
consonne de l'un correspond à une voyelle dans l'autre. La musique des « Ricochets »
de Brassens est bien adaptée aux neuf derniers vers du troisième sonnet.]

  Totalitarisera
  inexorabilités

     TIens, rime,
    cONquiers
     TEs vers
    MAXime !

     LOi prime,
Les aIRs
     TAnt clairs
     ABîme.

   PéRIl
 Du vIL
     SIlence...

     ET sot
     RElance
   L'ASsaut.

*

Prosodiquement
autodidactique

PArnassiens
RUisseaux d'encre,
ÔTez d'ancre
SOnnets miens.

ODe, tiens
DIgne, échancre
IDiot cancre !
QAnûn, viens !

UChronie
ET jaunie
MIne, tu

ÉQuivoques
NUits si moques
TErcet tu.

*

Allégorisation
 diagonalisable

ADore la drogue
ALIgnant un mot
LAs de marmot
ManÈGe analogue
Ici GOmme bogue
FeignONs à mémo
Vain bRAvissimo
Têtu phILologue
Pote moiSIssant
Agis en pASsant
À dure monTAgne
Rimeur affaIBli
Ton chant abOLi
Mérite le bagNE

[Voir aussi ce double acrostiche interne de Noël Bernard]


30 Mai 2020

Sachez ma discrétion, timbrés de liste oulipo : on découvre le fol
antagonisme de ma loi préétablie en analysant mes caractéristiques
incontestables. On aura l'obligation de délivrer des ombres la
syllabe sans diviseurs autres qu'unité, ni nominalement double à
elle-même. Puissions-nous les voir sans difficulté, ces rangs
choisis d'Euclide, dispositifs bluffants, universels nombres
premiers ! Lisons les alexandrins d'un poème incohérent :

        Ô règle désirée en une douce étreinte !
Prévoyons le futur, mais sans diérèse en trop
Scions l'ensemble des mots qu'a régi la contrainte
En syllabes fusant, plus grandes que zéro.
        Manqueront les produits de l'actuelle étape.
Sourd aux chiffres, si l'art naît pour étiqueter,
Mieux vaut rester muet. Tôt son texte on retape
Comme lorsqu'on entasse ions à déchiqueter.
        Catalogue achevé, ne montreras-tu guère
Postérieurement ce qui fut calibré ?
Vas-tu désamorcer ton appareil filaire
Et nous lancer au pur zénith enténébré ?

        Schéma crétin ou pauvre euphonie élimée,
Risque ta livraison sans aucune ablation.
Tes illisibles vers, poésie enfumée,
Scions car confusément, les sourcils net haussions.
        Que caches-tu, polymorphie osée ?

Ma craie ouvre l'iris, vraisemblable potion, zélé topo,

Crée où livre est posé

Oulipo.

                (Li Po)

[Chaque partie (séparée par une ligne blanche) est obtenue à partir de la précédente
en n'en conservant que les syllabes de rangs premiers. C'est donc un adoucissement
des holorimes stroboscopiques d'il y a seize ans (et de cette contrainte littérale postée
sur la liste oulipo). Les nombres premiers sont repérés en gras dans la liste ci-dessous,
correspondant aux 276 syllabes de la première partie, et respectant ses retours à la ligne
pour aider la comparaison :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,
20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43,
44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63,
64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83,
84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99,
100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116,
117, 118, 119, 120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 132,
        133, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144,
145, 146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156,
157, 158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168,
169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180,
        181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192,
193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203, 204,
205, 206, 207, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216,
217, 218, 219, 220, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228,
        229, 230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 238, 239, 240,
241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252,
253, 254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264,
265, 266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 273, 274, 275, 276.
]


2 Juin 2020

Mélodie irlandaise
[d'après Gérard de Nerval imitant Thomas Moore, citant en « acrostiche de trigramme
par vers » les 42 lettres (réponse ultime) du dix-septième alexandrin de l'original :

        Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes
Les trois premières lettres des vers successifs doivent ici être lues de gauche à droite,
et non en colonnes comme dans nos précédents doubles acrostiches. Il s'agit d'une
réponse à cette généralisation de la notion d'acrostiche par Nicolas Graner.]

CARrière commencée au soleil du matin,
JEPerçus le roulis d'une barque sur l'onde.
REFluèrent les flots avant la nuit profonde,
ÈRE où gît sur le flanc nacelle ou brigantin.

ENChevêtrés au temps, voilà notre destin :
ORS brefs de la jeunesse où le bonheur abonde,
ESBignés quand le soir étend son voile immonde
ROUillant notre âme, seule en un chagrin certain.

ILLusion d'une paix qu'offrirait la vieillesse !
ARDez, charmes de l'aube, y compris sans liesse,
SET brumeux qu'on préfère aux lueurs du couchant !

SESame désiré pour une renaissance
LARguant émois nouveaux et flammes s'ébauchant,
MESure cet amour parfumé d'innocence !


5 Juin 2020

Quatre quatrains

Le citoyen modèle a l'esprit formaté
Pour que jamais n'advienne aucune catastrophe :
Il ne critique rien, surtout ne philosophe,
Et abêti, dément, ne médite, bâté.

*

Pouvoir autoritaire et sans borne, tu prônes
La surveillance en masse aussi bien des vieux lits
Que des innocents, même en terre ensevelis :
Señor drap, eh cercueil, non-lieu crêché par drones !

*

Pendant la canicule, un mollasson blanc-bec
Déshydraté voudrait boire une limonade,
Croyant qu'un dieu liquide en fait l'en persuade :
Ce soda élit un inutile ado sec.

[Quatrains d'alexandrins terminés par un palindrome]

*

D'où viennent donc  ces rythmes irritants ?
Le Cantor, loin  de la grâce teutonne,
Combine au jazz  la ballade bretonne :
Vil gwerz funky  que Bach joue à dix temps.

[Quatrain de décasyllabes terminé par un pangramme hétéroconsonantique
de 33 lettres. Moins de lettres sont possibles, mais avec aussi moins
de syllabes, et l'on perdrait alors l'autoréférence aux « dix temps ».]


8 Juin 2020

El Auto-acrónimo
[les initiales des mots successifs reproduisent les deux premiers vers et demi]

J'étais triste, — anthracite, — inconsolable, — seul,
Tsarévitch régional ici sans tour entière :
Astre noir trépassé, — harpe rend aurifère
Cet inquiet tournesol encrant indûment Nieul.

Confortante ombre, nuit sous opaque linceul,
Accorde Bagnoli, latine eau salutaire,
Ensemence urgemment la transalpine serre
Avec rose et vignoble illuminant tilleul.

Cupidon, Hélios reste ?... En Gontaut illusionne ?
Orange nous aima l'incendiaire couronne ;
Il songeait alentour : nageait sirène tard...

Or ultra-résistant, Enfer nous traversâmes :
Il est rythmiquement émis avec sitar
Tes religieux échos, nos ovations infâmes.

(réécriture tauto-référente effectuée par acronymes suivis, selon Esposito)

[Voir aussi cet auto-acronyme en prose de 2011]


9 Juin 2020

Étude rythmique
[Illustration de l'aspect chaotique de la plus petite suite sans cube, que j'avais proposée
et un peu étudiée en janvier 2017, en en calculant environ 40 000 termes. Elle avait fini
par être ajoutée à l'encyclopédie de Sloane. Ci-dessous, les pentasyllabes représentent
les 0 de cette suite, et les heptasyllabes ses 1. Mon but a été d'obtenir une irrégularité
rythmique aussi rhygoureuse que possible.]

    Écoute ma voix
    Jamais ne répète
Un rythme plus de deux fois
    Il prend l'escampette
    Tu ne le revois

Évite toute routine
    Choisis avec soin
Une forme fort mutine
    Et cependant loin
    D'être libertine

La mesure de ses vers
    Semble chaotique
    Comme l'univers
D'un musicien psychotique
Mais l'ordre est déterminé
    Par la robotique
    D'un code obstiné

Tu te croyais dilettante
    En lettres ASCII
    Leur danse hoquetante
Ressemble à du Stravinsky
    La transe te tente

Ce ballet n'a pas de fin
    Tu dois tout de suite
    Jouer au plus fin
Car sans adopter la fuite
    Tu mourrais de faim


12 Juin 2020

Poème presque en prose

Si le poète
dit la consigne
est enfreinte

qu'il se renfrogne
trop tu devrais
avoir peur

Son modèle
qu'il faut poursuivre
là t'éreinte

et son carcan
de fou t'arrache
quelque pleur

Tu refuses
la langue éprise
de contrainte


Tu ne supportes
plus d'occire
l'ocre fleur

de chaque phrase
mais l'orphisme
te dégrève

car tu comprends
fort bien l'ivresse
d'heureux coeur

quand l'étoile
ne fuit l'aurore
qui s'élève


Or donc l'aède
clôt ton discours
avec tact

sans attendre
de voir l'ouvrage
qui s'achève

Il te console
enfin biaise
sur l'impact

de tes instables
vers confus
quoiqu'il endêve

Ce sont pourtant
d'oiseux miasmes
terme exact

[Ce poème respecte quatre contraintes :
1/ Les nombres de syllabes des mots successifs donnent les 104 premiers termes
de la plus petite suite sans cube mentionnée ci-dessus, les 0 correspondant ici à
des monosyllabes et les 1 à des dissyllabes :
0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1,
0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1,
0, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0,
0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1.

2/ La suite de vers de 3 ou 4 syllabes que cela engendre ne contient pas de cube non plus :
4, 4, 3, 4, 4, 3, 3, 4, 3, 4, 4, 3, 3, 4, 3, 4, 3, 3, 4, 3, 3, 4, 4, 3, 3, 4, 3, 4, 4, 3, 3, 4, 3, 4, 3, 3, 4, 3, 4, 4, 3, 3.
3/ La combinaison de ces vers courts trois par trois donne des alexandrins correctement
césurés, grâce à des E caducs avant consonne, et deux diérères fluctuantes même en prosodie
classique. C'est donc un cas particulier de protéonet, comme ce tog de janvier dernier.
4/ Le schéma de rimes choisi est celui d'un quatorzain irréductible,
AbAbA bCbC dCdCd,
dont la construction est expliquée dans ce message adressé à la liste oulipo.
Voir aussi les superbes illustrations de ce schéma de rimes par Pierre Lamy et Noël Bernard.]


16 Juin 2020

Décrépitude
[Auto-acrostiche d'hémistiche par vers (pour reprendre cette nomenclature générale
de Nicolas Graner) : la lecture des premiers hémistiches des vers successifs engendre
sept alexandrins, qui se trouvent coïncider avec les sept derniers vers du même sonnet.]

En vieil émerveillé par Kafka non traduit,
Si le fait se produit, j'admets que peu m'importe :
En un songe éveillé je deviens un cloporte
Lorsque plein de finesse un roman me séduit.

J'invoque une anecdote en un troublant déduit,
Éclairant ma jeunesse où j'ouvrais chaque porte.
On dit que je radote et que je me comporte
En vieil émerveillé si le fait se produit.

En un songe éveillé, lorsque plein de finesse
J'invoque une anecdote éclairant ma jeunesse,
On dit que je radote en vieil émerveillé.

En un songe éveillé, j'invoque une anecdote :
On dit que je radote en un songe éveillé,
On dit que je radote, on dit que je radote...


P.S. encore plus répétitif du 21/06/20 : prélever les 9 premières syllabes de chaque
vers redonne le même sonnet à partir du second hémistiche de son quatrième vers.

On le sait, troubadour, on le sait notre amour !
Or on crève, or on crève un beau jour sur la grève :
On achève un grand rêve alentour sans relève.
L'heure est brève, on le sait — on le sait, troubadour.

On le sait ! Or on crève, or on crève un beau jour,
On achève un grand rêve alentour : l'heure est brève.
On le sait, on le sait, on le sait... Or on crève.
Or on crève, on achève un grand rêve alentour.

On le sait, on le sait, on le sait... Or on crève,
On achève un grand rêve — on le sait, on le sait.
On le sait, on achève un grand rêve, on le sait.

On le sait, on achève un grand rêve, on le sait.
On achève un grand rêve, on achève un grand rêve,
On achève, on achève, on achève, on achève.


P.P.S. du 23/06/20 illustrant un cas intermédiaire entre les deux précédents :
prélever les 8 premières syllabes de chaque vers redonne le même poème
à partir des quatre dernières syllabes de son cinquième vers.

Écho te glisse ainsi trois fois un mot complice :
Nos grands émois naîtront, vraiment distrait amant,
Sans décevoir pourront s'ensuivre en l'assumant.
Intensément allons revivre, ô mon Narcisse !

Avec l'espoir d'ardent délice, Écho te glisse
Ainsi trois fois : Nos grands émois naîtront vraiment,
Sans décevoir pourront s'ensuivre intensément.
Allons revivre avec l'espoir d'ardent délice !

Ainsi trois fois nos grands émois sans décevoir
Pourront s'ensuivre : allons revivre avec l'espoir !
Ainsi trois fois nos grands émois pourront s'ensuivre.

Allons revivre ainsi trois fois nos grands émois !
Allons revivre ainsi trois fois, allons revivre
Ainsi trois fois, ainsi trois fois, ainsi trois fois...


P.3S. du 26/06/20 : auto-acrostiche d'heptasyllabe par alexandrin
(prélever les 7 premières syllabes de chaque vers redonne le même
poème à partir des deux dernières syllabes de son sixième vers).

Monisme

Tout mot double est un crime, a dit Boileau naguère :
L'aune ample d'une snob guerre éclate au grimaud.
Entre âne qui braille outre — aïe ! — et rimeur vulgaire,
Ois sur l'enclumot or ou perle de marmot.

Vide, on discourt — court plan du copiste grégaire,
Mauvais chantre ici nul, coeur itérant tout mot.
Double est un crime à l'aune ample d'une snob guerre !
Entre âne qui braille outre « aïe », ois sur l'enclumot.

Or ou vide, on discourt : court plan du mauvais chantre.
Ici nul coeur double est. Un crime à l'aune ample entre,
Âne qui braille outre « aïe » — or ou vide, on discourt.

Court, ici, nul coeur double est un âne qui braille
Outre aïe : or court ici ! Nul coeur double est outre aïe.
Or, court ici nul or, court ici nul or court.

À cette occasion, je me suis rendu compte que mon exemple d'auto-acrostiche
d'ennéasyllabe par alexandrin du 21/06/20 contenait certaines répétitions
inutiles — bien que compatibles avec la contrainte. En voici donc une nouvelle
version légèrement moins bégayante : prélever les 9 premières syllabes de chaque
vers redonne le même sonnet à partir du second hémistiche de son quatrième vers.

Notre ouvrage éclaircit un grand rêve, y grossit
À contraindre, ennuage et noircit pour s'éteindre.
On achève un beau jour son récit sans se plaindre :
Trop à craindre au labour, notre ouvrage éclaircit.

Un grand rêve à contraindre ennuage et noircit.
On achève un beau jour son récit trop à craindre :
Au labour, notre ouvrage un grand rêve à contraindre
Ennuage. On achève un beau jour son récit.

Au labour, notre ouvrage un grand rêve ennuage.
On achève un beau jour au labour notre ouvrage,
Un grand rêve on achève un beau jour au labour.

Un grand rêve ? On achève un beau jour un grand rêve.
On achève un beau jour, on achève un beau jour,
On achève, on achève, on achève, on achève.


P.4S. du 27/06/20, tentative conceptuelle à la limite : auto-acrostiche
d'hendécasyllabe par alexandrin blanc (prélever les 11 premières
syllabes de chaque vers redonne phonétiquement le même « poème »
à partir de la troisième syllabe de son deuxième vers).

Aphasie

Deux bons thés, soir d'yeux çà... Bord ! Crayon, soutiens-moi !
Nom merdeux, bonté, soir, Dieu, sabords : créions soûls.
Tiens, nom merdeux, bonté, soir, Dieu, sabords, crayons...
Tiens, nom merdeux, bonté, soir, Dieu — sabords chrétiens !

Nom merdeux, bonté, soir, Dieu, sabords, crénom : mère
De bonté, soir, Dieu, sas, bort, crénom de bonté !
Soir, Dieu, sabords, crénom de bonsoir, Dieu, sabords,
Crénom de bonsoir, Dieu, sacré nom de bonsoir !

Dieu, sacré nom de bon Dieu, sacré nom de bon
Dieu, sacré nom de Dieu, sacré nom de Dieu, ça !
Crénom de Dieu, crénom de Dieu, crénom de Dieu,

Crénom de crénom d'eux, crénom de crénom d'eux,
Crénom, crénom, crénom, crénom, crénom, crénom,
Cré crêt, cré crêt, cré crêt, cré, cré, cré, cré, cré... Crée ?

                                                (d'après Baudelaire)


18 – 20 Juin 2020

ci cj cj ai cl ci ln = aggadah

Acrostiches sub-lettriques
[Après les longs « acrostiche d'hémistiche » & autres ci-dessus, voici une
exploration de l'autre extrême : les acrostiches de moins d'une lettre. Tout
d'abord un « acrostiche d'hémigramme par vers », dans lequel la première
lettre des vers successifs donne la
moitié de lettres à reconstituer. En les
combinant deux à deux, comme dans l'image de droite où les points sur
les i et j sont volontairement absents, elles forment le mot « aggadah »
(partie non juridique du Talmud) que le sonnet est censé décrire.]

conte-moi
ivre éthique
cette foi
judaïque

ce n'est loi
juridique
c'est pourquoi
illogique

chaque grand
lettré prend
cent histoires

il les lit
lors nourrit
nos mémoires


[Dans ce second exemple, les vers successifs doivent être traduits en
morse, et l'on doit en prélever le premier point ou trait. Cela engendre

« .--. .-.. ..- ... », c.-à-d. le titre et le dernier mot ambigu
« plus » du même sonnet de monosyllabes. Les sauts de strophes
correspondent aux fins de lettres.]

Plus

Rire
d'airs
chers,
sire ?

Vire
clairs
vers,
lyre !

Fous,
vous
croire

lus,
voire
plus.

[Voir aussi cette illustration par Nicolas Graner du même concept avec les points du braille]


[Même contrainte que ci-dessus, mais en prenant en compte les
titre, sous-titre et signature dans le mot à décoder en acrostiche
de morse : les premiers point ou trait de chaque ligne donnent

« .- -... -.-- ... ... . » = « abysse », les lignes blanches
servant comme précédemment à séparer les lettres.]

El Desdichado
(Déshérité)

Gémit l'enténébré
Prince à tour abolie :
Son étoile a sombré
Vers la Mélancolie.

De ce tombeau chambré,
Rends la mer d'Italie
Que son coeur encombré
Marie à l'ancolie.

Est-ce Amour ou Biron ?
Lorsque son front se plisse,
Il rêve d'un abysse.

Franchissant d'Achéron,
Il chante comme Orphée
Les soupirs de la fée.

                    Labrunie


2 Juillet 2020

Contrainte échiquéenne
[Marc Boizeau a proposé à la liste oulipo de coder les coups d'une partie d'échecs dans les premiers mots des hémistiches successifs d'un poème. Ci-dessous, j'ai décomposé ces coups en deux mots : la lettre initiale du premier mot de chaque hémistiche indique quelle pièce est jouée (en utilisant P pour le pion), et le second mot donne la case d'arrivée selon la règle de Marc Boizeau : colonne comme initiale, rangée comme nombre de lettres. J'ai choisi une partie jouée en 1850 à la Nouvelle-Orléans par James McConnell (21 ans) contre son ami Paul Morphy (13 ans), parce qu'elle compte 14 coups de chaque camp, donc fournit le patron d'un sonnet. Le décodage du poème donne Pe4 Pe6 / Pd4 Pd5 / Pe5 Pc5 / Pc3 Cc6 // Pf4 Db6 / Cf3 Fd7 / Pa3 Ch6 / Pb4 Pd4 // Pd4 Tc8 / Fb2 Cf5 / Dd3 Fb4 // Pb4 Cb4 / Dd2 Tc2 / Dd1 Ce3, qui implique quand se produisent les prises ou la mise en échec, bien que ce ne soit pas explicitement indiqué. La notation algébrique standard est : 1. e4 e6 2. d4 d5 3. e5 c5 4. c3 Cc6 5. f4 Db6 6. Cf3 Fd7 7. a3 Ch6 8. b4 c×d4 9. c×d4 Tc8 10. Fb2 Cf5 11. Dd3 F×b4+ 12. a×b4 C×b4 13. Dd2 Tc2 14. Dd1 Ce3. Les vers du sonnet suivent la partie en la commentant.]

Position finale de la partie McConnell-Morphy

Peut-être au centre aller par espoir d'art mortel,
Pour déjà s'avancer par désir de victoire,
Puis enfin l'observer par choix positionnel
Pousser ces maudits pions contre chaque prétoire.

Pourtant face au projet de briser le castel,
Ce fin stratège enfant file démolir, voire
Pourchasser aux enfers ce héraut fictionnel
Plus buté qu'un dément pris dans sa tour d'ivoire.

Pesant donc la pression, ton camarade anxieux
Fait bi-fortifïer ce filon périlleux,
Défend dur le pivot — fort bien, l'assaut s'entame !

Présent beau qu'il reçoit contre bête malheur
Dictant de s'étouffer tantôt : ce bon joueur
Décide d'arrêter car est morte sa dame.


P.S. du 09/07/20 : sonnet de trisyllabes codant une partie miniature sans aucune prise, jouée en 2012 par des amateurs sur l'Internet Chess Club, 1. e4 e6 2. f3 Cc6 3. Cc3 Fc5 4. a4 Df6 5. g4 Dh4+ 6. Re2 Df2+ 7. Rd3 Ce5#. Les coups des Blancs sont associés à des rimes féminines, et ceux des Noirs à des rimes masculines. Comme ci-dessus, l'initiale du premier mot de chaque vers code la pièce jouée, et l'initiale & la longueur du deuxième mot codent la case d'arrivée : Pe4 Pe6 Pf3 Cc6 / Cc3 Fc5 Pa4 Df6 / Pg4 Dh4 Re2 / Df2 Rd3 Ce5. Le thème a été choisi par la contrainte, qui est d'autant plus dure que les vers sont courts.

Position finale de la miniature de 7 coups

Le prédateur

Plus elle erre
Par erreur,
Plus fit guerre
Ce craint sieur.

Ce coq flaire
Frêle coeur,
Propice aire
De faveur.

Poule, gare !
De haut bec
Ruse et pare.

Donc fi ! mec,
Rends dot rare
Contre échec.


4 Juillet 2020

Ivresse
[Auto-acrostiche d'hémistiche par vers comme le 16 juin dernier, et reprenant le
thème de l'ivresse déjà illustré par Pierre Lamy le 27 juin. C'est une réponse à un
jeu proposé par Emmanuel Glais sur son blog et sur la liste oulipo : reprendre dans
un texte à contraintes une citation extraite de Manon Lescaut de l'Abbé Prévost.
Comme Emmanuel Glais recommandait aussi d'illustrer le texte avec une
peinture de Zach Mendoza, j'ai choisi son portrait de Charles Bukowski.]

Charles Bukowski par Zach Mendoza

Après notre bombance, avec satisfaction
Amplement assouvie et mieux que mon envie,
Oui, je me retirai pour passer à l'action
Dans un certain bonheur voire une ardeur ravie.

Soûlé de mercurey j'osai ma rédaction,
Mais parole d'honneur, comme au long de ma vie
En raillant ce qu'on pense avec décontraction,
Après notre bombance amplement assouvie.

Oui je me retirai dans un certain bonheur,
Soûlé de mercurey mais, parole d'honneur,
En raillant ce qu'on pense après notre bombance.

Oui, je me retirai soûlé de mercurey
En raillant ce qu'on pense, oui je me retirai
En raillant ce qu'on pense, en raillant ce qu'on pense.


6 Juillet 2020

Blairerez le bizarre ?
[Auto-acrostiche de quadrisyllabe phonétique par alexandrin, ne répétant aucun
mot significatif : la lecture verticale des quatre premières syllabes de chaque vers
holorime avec le dernier tiers du même sonnet, c.-à-d. à partir de la 5e syllabe de
son 10e vers. C'est un modeste cadeau pour l'anniversaire d'un grand oulipote.]

Art, légende de l'étrange

Qu'on t'ait nommé savant, transcendant cabaliste,
Laisse ou venir la gloire ou fuir les rationnels
Rivaux subliminaux aux goûts conventionnels :
On feint qu'illustrement ils nuisent à la liste.

Eux mentaient limités par un coeur fataliste —
N'ont d'heure éminemment les sourds professionnels.
Roi tant songeur aux vers multidimensionnels,
Aigle, offrez mystérieux accords pour analyste !

N'y censure jamais les autres avenirs.
Perec a raconté nos mêlés souvenirs :
Rive, ô sub-limon fin qui lustre mante et lime,

N'onderait miroitant son jeu réglo frémi,
Ni sens eut repéré qu'art arrive au sublime
Non de réminiscence : eut renom de Rémi.

*

Pour mieux repérer la contrainte, voici la décomposition en quadrisyllabes choisie :

 Qu'on t'ait nommé ¦  savant,  transcen¦dant cabaliste,
   Laisse ou venir ¦ la gloire ou fuir ¦ les rationnels
      Rivaux sublim¦inaux  aux  goûts  ¦ conventionnels :
On feint qu'illustr¦ement    ils    nui¦sent à la liste.
                   ¦                   ¦
  Eux mentaient lim¦ités    par    un  ¦ coeur fataliste —
  N'ont d'heure émi¦nemment les sourds ¦ professionnels.
  Roi tant songeur ¦ aux   vers   multi¦dimensionnels,
   Aigle, offrez my¦stérieux  accords  ¦ pour analyste !
                   ¦                   ¦
       N'y censure ¦  jamais   les   au¦tres avenirs.
         Perec a ra/conté     nos    mê¦lés souvenirs :
    Rive, ô sub-lim
¦on  fin  qui  lustr¦e mante et lime,
                   ¦                   ¦
      N'onderait mi¦roitant  son  jeu r¦églo frémi,
     Ni sens eut re
¦péré    qu'art    a¦rrive au sublime
        Non de rémi
¦niscence :  eut  re¦nom de Rémi.


11 Juillet 2020

Auto-mésostiche d'hexasyllabe par alexandrin
[la lecture verticale des six syllabes centrales des vers successifs
reproduit les sept derniers alexandrins du même sonnet]

Psyché
                C'est à la conjonction d'un miroir et d'une encyclopédie
                        que je dois la découverte d'Uqbar.
— Borges


Frères, quand le rayon se reflète en surface
D'un miroir aux sommets anguleux de quartz bleus
Eux-mêmes réfléchis, plongeons-nous dans l'espace
Insondable à jamais, sans attendre frileux.

Ne cherchons aucun sens dans le vide Parnasse,
Labyrinthe insipide et peu tendre erg sableux.
En un prisme où trompeur l'Univers nous dépasse,
Le rayon se reflète aux sommets anguleux.

Réfléchis, plongeons-nous à jamais, sans attendre
Aucun sens dans le vide insipide et peu tendre
Où trompeur l'Univers se reflète aux sommets.

Plongeons-nous à jamais dans le vide insipide.
L'Univers se reflète à jamais dans le vide,
Se reflète à jamais, à jamais, à jamais.


13 Juillet 2020

Définition antiréférentielle du sonnet en prose
[Pierre Lamy a posté sur la liste oulipo cette belle définition
autoréférentielle du sonnet en prose roubaldien. Mon esprit de
contradiction m'a poussé à la traduire en vers rimés & mesurés.]

Pour un sonnet en prose il faut quatre versets,
Les deux premiers de taille équivalente et proche
Des quatre tiers de celle accordée aux tercets,
Pour évoquer la forme en vers et pas si moche.

Sur papier l'on se fie à nos flairs exercés,
Précieux pifomètre écartant ce qui cloche ;
Mais sur des logiciels même controversés,
Dénombrer toute lettre est devenu fastoche.

Reste à traiter le fond et l'angoisse grandit.
Comme Jouet, on peut faire un « poème bandit »
En pillant sur le Net un texte aléatoire.

En paragraphes lors il sera découpé
Selon notre patron, et s'il n'est pas loupé,
Cette OEuvre glorieuse entrera dans l'Histoire.


16 Juillet 2020

Décimales de π, φ et √2
[Trois représentations autoréférentielles des décimales de π, du nombre d'or,
et de la racine carrée de 2, obtenues en collaboration avec Jean Fontaine, et
inspirées par cette mosaïque de Spinningalltheplates. Cliquez sur les images
pour les agrandir à la taille de votre fenêtre.]

Plus de 10 000 décimales de π dans un disque en niveaux de gris 1870 décimales du nombre d'or dans un rectangle d'or 34×55 Plus de 1000 décimales de la racine carrée de 2 dans carré coupé en diagonale
Palette de niveaux de gris Palette dorée Palette de couleurs

18 Juillet 2020

Coloriage littéral
Écriture d'un programme PHP colorant les lettres des textes fournis, selon 8 options
voisines. Il peut par exemple servir à repérer visuellement les lettres fréquentes
ou rares (comme cet ancien programme de 2006 le faisait déjà numériquement).


30 Juillet 2020

Sonnet 2138 (Bach)
[dans l'esprit des divers néo-sonnets récemment composés sur la liste oulipo]

Henri-René Lafon rima dans « Plantes, bêtes,
choses, etc.
 » ce vers âcre aux poètes :

Haydn, Strauss, Schütz, Volf, Hahn, Schmitt, Franck, Glück, Brahms, Liszt, Grieg, Bach.

Cela fait soixante ans que sa cacophonie
résonne avec humour dans nos coeurs en play-back
car sa modernité reste tout sauf honnie.

Certes Jean-Sébastien ne l'approuverait pas
pour la composition d'une hymne triomphale ;
c'est en cherchant l'ad hoc pierre philosophale
sans s'arrêter pourtant qu'on échappe au trépas :
si le sonnet standard qu'enseignent les prépas
ne nous étonne plus, s'ankylose et s'affale,
sachons bouleverser son air macrocéphale
qui le fait tituber comme un catoblépas.

*

Déraciné
[néo-sonnet selon la diagonale d'un échiquier 8×14 ≈ 16,124]

Ô pauvreté régïonale !

Je ne suis pas le prisonnier
de ce logement en rectangle,
mais j'en connais le prix zonier
et son étroitesse m'étrangle :
comment rester dans ce giron
de huit sur quatorze environ ?

Je l'arpente en dïagonale.

Je fais entre chaque repas
à peine plus de seize pas.

Un jour fusera ma colère,
brisant la coquille d'oeuf où
même l'échec devient scolaire
et l'on me traitera de fou.


31 Juillet 2020

Épiménide
[nouvel auto-acrostiche d'hémistiche par alexandrin, comme ci-dessus,
pour le plaisir d'exploiter les répétitions finales d'une autre façon]

Dans son entière gloire, un chef-d'oeuvre va naître
À notre humble fenêtre ici de regardeur.
Vous devriez me croire et nourrir votre ardeur
En lisant ce sonnet procurant du bien-être

À l'abri des défauts, car il faut reconnaître
Que chacun soupçonnait rime pauvre ou lourdeur.
Ce qui précède est faux : attendez que sourde heur
Dans son entière gloire à notre humble fenêtre !

Vous devriez me croire en lisant ce sonnet
À l'abri des défauts que chacun soupçonnait.
Ce qui précède est faux dans son entière gloire.

Vous devriez me croire à l'abri des défauts.
Ce qui précède est faux, vous devriez me croire.
Ce qui précède est faux. Ce qui précède est faux.


8 Août 2020

Vers libres

Ce texte en reflet transcrit tes belles tresses
Mes tremblements chants kitschs restent exercés
Le fervent galant franchit vingt-six tendresses
Spleens d'arts mats dans l'iris imprimés percés

Tel l'enfant branchant ni Christ vif ni déesses
De ces tant francs appas chics instincts bercés
Pressent là grands halls prix infinis richesses
Serments futurs purs fuyons hors d'ords versets

Être en un club du luth dont ronds font ténèbre
Cercle d'un summum qu'un sort trop fort célèbre
Tes pschents sûrs du sud nos fronts ont préféré

Très chers tumulus scrutons vos propres centres
Les prêtres en l'humus vont coffrer mes cendres
Prendre encre et plus prompt emblème est repéré

[Comme les Shadoks rangeant consciencieusement leur planète bidimensionnelle en
réservant l'un de ses quarts à toutes les montagnes, un deuxième quart pour tous les
océans, etc., les voyelles sont ici réparties dans les quatre quarts d'un disque et son
extérieur (cliquez sur l'image pour l'agrandir à la taille de votre fenêtre) :

Sonnet superposé à un disque coloré

Le thème est inspiré à la fois par cette conjecturale origine archimédienne du
sonnet italien
(d'où mon choix d'hendécasyllabes bancals), et assez lointainement
par le « cercle d'amour » du troubabour catalan Jordi de Sant Jordi.]


P.S. du 14/08/20 : même combinaison de contraintes mais
en alexandrins césurés et en ayant tourné le disque de 45°
Sonnet superposé à un disque coloré

Ne reprends tes esprits il vit des tète-chèvres
Chercher cent sphinx divins distinctement rêvés
Et cercler ni l'instinct ni districts préservés
Le temps bavard finit si l'iris clôt tes lèvres

En dépendants plannings ci disposons nos sèvres
Le restant va franchir cinq trop profonds névés
Les vents blancs transcriront nos propos élevés
Vers l'abracadabrant rayon fort long d'orfèvres

L'expert astral n'a plus un rond phosphorescent
En ses cadrans sans but qu'un ostrogoth ressent
Et cependant tant d'us un nu luth constellèrent

L'émergence du flux chut sur l'humus des greens
Les scellements futurs d'un murmure tremblèrent
Vers présentement tus sur l'urne de mes spleens


9 – 11 Août 2020

Auto-acrostiches de hog par haïku
[Jérémie Piscicelli a généralisé nos récentes explorations d'auto-acrostiches aux haïkus :
prélever les 3, puis 5, puis 3 premières syllabes des vers successifs reproduit les
11 dernières syllabes du même poème. Voici quelques exemples de ma plume.]

Ton essai raconte
quand on naissait cantonné :
c'est camp séquencé.

*

L'opéra muet,
tu l'opéras tu, Lope :
ras tu raturas.

*

« Beaux, les ravioli !
Le bolet, ras-le-bol, eh ! »,
râlera le rat.

*

Rôdaient ces narvals
taraudés : c'est à roder.
Cétacés tassés...

*

Ta néréide aime
qu'eus tanné raie cutanée,
récuré curé.

*

L'heure idéale est
sous le ris des soûleries,
des sous dessoudés.

*

Débarquons chez eux !
Vain déba(r)t : qu'on vint des bars ?
Convainquons vingt cons !

J'en ai aussi profité pour recycler ces bégaiements antérieurs :

Des froids verbiages,
dit déf. : roi verdit d'effroi
vers dix vers d'hiver.

*

Naucor' déclarée
monocorde aime aulne : ô corps
des mots démodés !

Au lieu de prélever 3+5+3 syllabes, comme Jérémie, j'ai aussi illustré le cas du
hog (haïku oulipien généralisé) minimaliste 2+3+2 : les 2, puis 3, puis 2 premières
syllabes des vers successifs reproduisent les 7 dernières syllabes du même poème.

C'en est terrifiant :
lis tes ratages sans nette
littéralité !

J'ai ensuite choisi de prélever 5+3+5 syllabes (hog préféré de Jacques Roubaud,
qu'il a baptisé « trident ») : les 5, puis 3, puis 5 premières syllabes des vers
successifs reproduisent les 13 dernières syllabes du même poème. Comme le
troisième vers du trident et du haïku coïncident, leurs cinq syllabes sont libres.

Songe, errements : on
gère mensongèrement
sa schizophrénie.

*

Sus ! citeur ès us,
si te ressusciterait
une impertinence.

*

Lire est concis : l'y
réconcilierait cons si
chacun s'instruisait.

*

Gone omet tri, go
nommé trigonométrie :
c'est un littéraire.

*

Écolo, j'y nais.
Qu'au lot gynécologie, n-
ul ne m'aide en couches.

*

Comme Aude raque aux
modes, raccommodera
ses vieux vêtements.

*

Peu tisse ! râpeux
tee se rapetissera
sur ton pull de golf.

J'ai finalement illustré deux auto-acrostiches de tog (tanka oulipien généralisé)
par tanka traditionnel. Dans le premier, prélever les 2+3+2/3+3 premières
syllabes des vers successifs reproduit les 13 dernières syllabes du même poème.
Dans le second, il faut prélever les 5+3+5/3+3 premières syllabes des
vers successifs pour reproduire les 19 dernières syllabes du même poème.

Théatin nippon
y veut beaucoup de tankas
tératologiques :

lis tes hâtives beautés,
rallie théâtralité !

*

Fi délit, écarts !
C'est réinventés que l'on
fit déliter carre,

serrée infidélité —
qu'art s'est réincarcéré.


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