Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]

28. Recent stuff (2017)
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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5 Juin 2017

Baobabar
[Le « baobabar » n'est pas un nouveau sardinosaure, mais un savant mélange des rimes
millionnaires d'Alphonse Allais, des poèmes-barre de Le Lionnais, du baobab de Jacques
Roubaud
et du popel d'Annie Hupé (les différences entre ces deux derniers étant que
le baobab n'était pas versifié, et que peau & pelle n'avaient pas des sens opposés).
Celui en tard/tôt ci-dessous m'a été inspiré par mes étranges horaires de sommeil — ses
24 vers faisant allusion au nombre d'heures d'une journée. Soulignons que Jacques Jouet
avait déjà employé plusieurs de ces couples il y a deux ans dans un texte en prose.]

Lorsque des baladins font demande à Watteau
D'un portrait de Pierrot, fondement d'avatar,
Le peintre, leur semblant pro, file à ces bâtards
Un vague tracé blanc, profil assez bateau.

Ils aimeront peut-être et n'auront de sitôt
De plainte en leur navrant thrène aux rondes cithares,
Ignorant que l'auteur leur importe un costard
En vendant ce brouillon, leurre importun, costaud.

Comme le roi Pétaud, César bisque in petto
Au sujet des anars, ces zarbis skins, pétard !
Mais ces originaux démentent les vantards
Et vont portes ouvrir, démanteler vantaux.

L'arbre décapité, n'est-ce émondé têteau ?
De l'imagination, essaimons des têtards !
Frère humain libertaire, aide ces laids fêtards ;
Assez de nombrilisme et de scellés fœtaux !

Il faudrait qu'aucun d'eux ne parte à jeun, pataud.
Or le riche Harpagon ne partage un patard.
Je voudrais pardonner mais m'amorcent les tares
Des esprits étriqués, même à morcelés taux.

Aux mauvais écrivains fit lippe Léautaud
Et de François blagua Philippe Léotard.
Mieux vaut la damnation défaisant des cathares
Que le confort impur des faisandés cathos.


20 Juin 2017

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'incovfefe
                                (Donald de Nervfal, 31/05/17)

Lorsque le Donald brame,
notre toile s'enflamme
    et j'ose un pangramme.
    Mais pour celui-ci,
        mettre
    moins de trente-six
        lettres :
Excusez le D. John Trump qui bégaye « kowfeve » !

[Selon la transcription en morse de Nicolas Graner, les monosyllabes deviennent
un point et les dissyllabes un trait :
-.-. / --- / ...- / ..-. / . / ..-. / . ]

[Voir aussi ces hommages d'autres oulipotes à la créativité trumpienne]


2 Juillet 2017

Hémistiches anaphonétiques
[Robert Rapilly a repris l'idée des anaphones en imposant que les premiers hémistiches
soient indépendamment anaphonétiques les uns des autres, ainsi que que tous les seconds
hémistiches. Voici le quatrain que j'ai proposé selon cette surcontrainte, citant volontairement
le monostiche d'Apollinaire qui avait engendré mon tout premier sonnet anaphonétique.]

Le diurne échocho montre peine, hydraté
D'une colérique eau ; mais repartaient ondines,
Et l'unique cordeau des trompettes marines
Au coeur nié du clos terminera dompté.


Desdichado isogrammatique
[Le même Robert a lancé à la liste oulipo le monstrueux défi de traduire le Desdichado de Nerval
en distiques isogrammatiques, c'est-à-dire employant les mêmes suites de lettres mais avec des
espaces et des diacritiques différents. Il a lui-même composé les vers 1 & 2, puis 13 & 14 in fine.
Rémi Schulz lui a rapidement emboîté le pas avec les vers 3 & 4 (puis 7 & 8, et enfin 11 & 12),
car les contraintes les plus dures ne lui font pas peur — au contraire ! Je me suis pour ma part
chargé des vers 5 & 6 puis 9 & 10. Inconsciemment, nous avons donc choisi un ordre d'intervention
palindrome : RR-RS-GEF-RS-GEF-RS-RR. La rapidité de nos échanges et la difficulté de l'exercice
expliquent l'absence de césures, les E caducs entre voyelle & consonne, et même un H muet à tort !]

Parle d'ennui, sitcom, ténèbres, sanguignon...
Par l'Éden nuisit comte né bressan guignon.
Luth au défi de l'étoile, mon Tana logue,
Lu thau de fidèle, toi le mont analogue.

En la céleste nue, setter, reste mignon,
Enlace les tenues et terres, té ! mi-gnon,
De rose mû, duc, apanage l'api rogue,
D'éros ému, du cap a nagé la pirogue.

Être Circé, Thor, Io ?... Nacarat sacrement ?
Étrécir cet horion à carats, âcrement ;
De sirène rêve le lac, héron, ses âmes,
Désiré, né, révélé, l'Achéron, sésames.

Tabasser à clamer l'intérim Éden ? Fer
ta basse racla, Merlin te rime d'enfer.

                            Robert Rapilly, Rémi Schulz & Gef_


25 – 27 Juillet 2017

Grannet de syllabes
inspiré par Verlaine, respectant le schéma régulier
ABCDA  EFGBE  HICFH  JDGIJ  que j'avais choisi en 2000

vɛʀ œ̃ ba ɲə vɛʀ
kɔm œ̃
lɔ̃d e ba lɔ̃d
di ɲə kɔm e di

Vers un bagne vert
Tend le commun temps
L'on déballe l'onde
Digne comédie

[Voir aussi ce grannet musical du 6 juillet dernier,
dont les mesures respectent le même schéma.]

Si l'ordre des syllabes est libre au sein de chaque vers, ça devient
plus facile à construire. Ces octosyllabes paraphrasent Apollinaire :

mwa ki se de puʀ se ʀɛn
de so ne dy li so pwa sɔ̃
myʀ myʀ ʀø me za ne
maʀ ʀɛ za maʀ ʃã ki li ʀɔ̃
gʀi mwa ʀɛ gʀi dy mal ɛ me
la no mal pwa puʀ ʀø la ʀɔ̃
ɛ si ʃã sɔ̃ no si ʀɛn

Moi qui sais des lais pour ces reines
Des sonnets d'Ulysse aux poissons
Les murmures de mes années
Marais à marchands qui liront
Grimoire aigri du mal aimé
L'anomal poids pour eux larrons
Et six chansons de nos sirènes

Ils correspondent au schéma
ABCDEFCG  DHIJKHLM  ENNOPQRI  STRSUBKV  WATWJYXQ  Z&YLFOZV  X@UMP&@G
avec le code A = moi, B = ki, C = sé, D = dé, E = lè, F = pour, G = rène, H = so,
I = né, J = du, K = li, L = poi, M = son, N = mur, O = re, P = de, Q = mé, R = za,
S = mar, T = rè, U = chan, V = ron, W = gri, Y = mal, X = è, Z = la, & = no, @ = si.


P.S. du 26/07/17 : Avec un ordre libre des syllabes au sein des vers, les quatrains de
pentasyllabes peuvent donner des strophes de sélénets respectant leur alternance fmfm.
Rapide exemple de schéma
ABCAD  EBFFG  HIEHD  JJICG :

la o syʀ la lynə
ek o pje pje ʀo
ʀu les ek ʀu lynə
les syʀ ʀo

Là-haut sur la lune
Est copié Pierrot.
Roule et s'écroule une
Dent dans les sureaux.


P.P.S. du 27/07/17 : Le sonnet de quadrisyllabes qui suit, sans nulle rime pauvre
et respectant l'alternance, est en réalité un grannet syllabique d'octosyllabes.





mo ʀo ze sœl me tuʀ ze paʀs
lɛ̃ bøz ut aʀs zœ̃ lɛ̃ sœl
bøz wɛ̃ da jœl kɔ̃ kɔ̃ paʀs
o ʃɛ mad aʀs ʃɛ ʀo gla jœl
mo mad ut ãpl lol at ãpl
me gla tɛn ny lol wɛ̃ tɛn
o zœ̃ tuʀ ny da ʀɛn at ʀɛn

El Desgranado
(L'Égrené)

Morose et seul,
Mes tours éparses –
Limbes ou tarses
Dans un linceul.

Besoin d'aïeul
Qu'on sait comparse :
Hochez ma darse
Chère au glaïeul !

Môme à doute ample
Scelle aula, temple,
Mais glas ténu ;

Dans l'eau lointaine,
Ose un tour nu
D'arène à thrène.

Il correspond au schéma
ABCDEFCG  HIJKLMHD  INOPQRQG  STUKTBVP  AUJWRXYW  EVZ&LXNZ  SMF&O@Y@
avec le code A = mo, B = ro, C = zé, D = seul, E = mé, F = tour, G = parse, H = lin,
I = beuz, J = out, K = arse, L = dan, M = zun, N = oin, O = da, P = yeul, Q = kon, R = sè,
S = o, T = chè, U = mad, V = gla, W = ampl, X = lol, Y = at, Z = tèn, & = nu, @ = rèn.
La darse est un port, l'aula un palais et le thrène un chant funèbre.


e l i m e
a p ə l a
o ʀ i p o
ɛ m ə ʀ ɛ

Avec l'aide de Nicolas Graner, j'ai trouvé un grannet de phonèmes respectant
le schéma régulier
ABCDA  EFGBE  HICFH  JDGIJ   [élimé apela oripo èmerè] :

Rêve de clochard
Élimé appela : « Oripeau aimerais ! »


24 – 26 Juillet 2017

Conjugaisons homographiques

Le 24/07/17, Robert Rapilly a inventé une nouvelle règle de conjugaison ougrapienne :
quand une forme verbale est homographe d'un substantif (ou un adjectif) lié au thème
de la phrase, il est obligatoire de l'employer, donc le temps et la personne deviennent
invariables. Son tout premier exemple illustre magnifiquement l'idée :


• Longtemps je me sommes couché de bonne heure. [Proust, Du côté de chez Swann]

Nicolas Graner a étendu l'idée en autorisant des substantifs à remplacer des verbes,
comme dans ses exemples :


• Jésus lui dit : Tout est possible à celui qui croix. [Marc IX 23]
• Je suie le ténébreux [Nerval, El Desdichado]

J'ai commencé par imiter Nicolas avec :

• Que ceux qui veau de l'or, s'en dépouillent ! [Exode XXXII 24]
• Je maure peut-être la poussière, répondit Aben-Hamet, mais vive Allah et le prophète ! [Chateaubriand]
• Là où l'eau fraîche cool doucement [When the battle is over]

Inversement, on pourrait aussi remplacer des noms par des verbes :

• Passage à tabac : prisez ferme ! [Ouest-France]

Voire ne pas commettre de phaute :

• Ma seule étoile sombre, — et mon luth constellé [Gérard Labrunie]

Je me suis ensuite rendu compte que les homographes déjà exploités jadis sur la
liste oulipo pouvaient fournir de nombreux exemples respectant la règle initiale
de Robert. En voici 66 présentés sous forme d'alexandrins, mais sans chercher
de citation attestée y ressemblant :

Ce matériau brut permet même de construire des sonnets, mais aux sens peu suivis, par exemple :

En vacances, la foule affluent à la rivière,
Les prêtres curetons leurs pipes en priant.
J'est certain qu'il nous faut partir vers l'Orient.
Je parent le soleil, protégeant mon vieux père.

Portions au juge blond un morceau puis un verre :
Les Marseillais savons que c'est un nettoyant.
Le riche Dom Juan rejetons tout enfant ;
Ce bibelot d'acier rayons mon étagère.

Certes vous ne prisons pas beaucoup les cachots,
Mais tous ceux qui violons y finiront, machos :
Les atomes fissions un choc inélastique.

Il pleut tant ces mois-ci que le plancher moussons,
L'historien se blasons de la science héraldique.
J'avais prêté ma veste ; hélas l'on m'a blousons.


30 Juillet 2017

Trois grannets syllabiques
de nouveau d'après le poème Un grand sommeil noir de Verlaine (1880), qui a magnifiquement
été mis en musique au moins par Ravel (1895), Varèse (1906), Stravinsky (1910), Vierne (1916)
et Honegger (1944) — et apparemment aussi par une soixantaine d'autres compositeurs !
Contrairement à mon premier grannet syllabique ci-dessus, l'ordre des syllabes est ici libre au
sein de chaque vers, ce qui permet de respecter les rimes de l'original. Notez la décomposition
syllabique non-conventionnelle, cruciale pour conserver ces rimes, ainsi que la répétition du
dernier mot qui respecte pourtant la contrainte.


Au nu repos noir
Se musse* ma vie,
T'espaçant espoir –
Ou repousse envie.
 
N'étonner plus rien,
Mais mens tôt, mémoire
D'habit, stand à bien ;
En plus rampe histoire !
 
Vois l'envoi nouveau :
Le bât nous balance,
Casse le caveau...
Silence, silence !
[ôn' u reup ôn' oir]
[seum u seum a vie]
[tesp a san tesp oir]
[ou reup ou san vie]
 
[né to né plur yin]
[mém an to mém oire]
[dab ist an dab yin]
[amp plur amp ist oire]
 
[voi lan voi nou vo]
[le ba nou ba lanse]
[ka se le ka vo]
[si lan se si lanse]
on y ʀəp on waʀ
səm y səm a viə
tɛsp a tɛsp waʀ
u ʀəp u viə
ne to ne plyʀ jɛ̃
mem ã to mem waʀə
dab ist ã dab jɛ̃
ãp plyʀ ãp ist waʀə
vwa vwa nu vo
ba nu ba lãsə
ka ka vo
si si lãsə

* musser = cacher

[Voir aussi mes précédentes variations d'après ce même poème de Verlaine]


Toujours avec la cruciale aide informatique de Nicolas Graner (comme pour mon précédent grannet de phonèmes), je suis parti à la chasse aux grannets littéraux, c.-à-d. aux analogues français de la phrase latine « Mutus nomen dedit cocis ». Il y a 17 ans, Alain Zalmanski avait déjà obtenu à la main la phrase « Papou rieur tasse gigot ». Comme son sujet peut faire allusion aux jeux littéraires de France Culture, on peut déjà la modifier par exemple en « Papou rieur tonne vivat ! ». Une définition possible de Bertrand Jérôme pourrait aussi être « Titan rieur nommé Papou ». Si l'on tient au cuisseau d'agneau mais sans l'écraser, il y a également la variante « Zazou lippu étale gigot ».

L'inconvénient des recherches informatiques est qu'on obtient trop de résultats, et dont la grande majorité n'a aucun sens. Même en me servant de listes de mots volontairement pauvres, pour accélérer la recherche, j'ai obtenu une dizaine de milliers d'énoncés possibles. J'y ai alors cherché les mots les plus parlants, et j'ai finalement extrait une quarantaine de résultats acceptables. En voici quelques uns, pour illustrer leur qualité raisonnable mais pas phénoménale :

Allié barbu offre union.
Barbu cossu offre canne.
Bombe finie, amant foutu.
Fifre lasse barbu lippu.
Rater gigot : pizza, pomme ?
Rimer sitôt bonne samba.
Vente : banal robot viril.
Vivre : pizza, porto, néant.


Certains énoncés peuvent faire légèrement allusion au tour de cartes construit sur ce type de phrases, par exemple « Atout nommé, ruser ainsi », voire « Appel aussi bénin : bluff ».

Mais je suis surtout ravi d'avoir trouvé un décasyllabe assez autoréférentiel qui étend le tour de magie à 30 cartes au lieu de 20 :

Secret vivant, diffus bobard commun.


3 – 6 Août 2017

Autre schéma de grannet syllabique
choisi pour rendre les syllabes répétées aussi faciles que possible à repérer à l'oral :

      A B C B D
      E F C F G
      A H I H G
      E J I J D


– Les rimes DG sont embrassées.
– Les antérimes AE sont croisées.
– Les syllabes centrales CI forment des rimes plates.
– Les syllabes symétriques 2 & 4 (BFHJ) sont identiques au sein d'un vers.

Il existe au moins 7 autres schémas présentant des propriétés voisines (et évitant
les bégaiements d'une même syllabe), mais celui-ci me semble le plus élégant.

Essai d'après les célèbres pentasyllabes à rimes embrassées du poème Marine de Verlaine
(avec quelques approximations sémantiques et sonores, car cette contrainte est bien dure) :

fʀi sɔn əs sɔn oʀə
la ul əs ul œj
fʀi ãd uʀs ãd œj
la ãk uʀs ãk oʀə
da le al le klɛʀ
vi sin al sin istʀə
da məb ʀy məb istʀə
vi ze ʀy ze klɛʀ
dɛk ʃa lamə
lo gʀe ʃa gʀe sif
dɛk re to re sif
lo bɛk to bɛk lamə
lam ma fiʀ ma
suv ʀɛ fiʀ ʀɛj ɔnə
lam ãt ʀɛn ãt ɔnə
suv ə ʀɛn ə
Frissonne, sonore,
La houle sous l'oeil
Friand d'Ourse en deuil,
L'ahan course encore.
 
D'aléa, l'éclair
Vicinal, sinistre,
Dame brume bistre :
Viser rusé, clair.
 
Dès que chaque lame
L'ogre esche — agressif
Décret au récif,
L'eau becte aube et clame.
 
L'amas-firmament
S'ouvre et fi ! rayonne,
Là m'entraînant, tonne
Souverainement.
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ fri ¦ son'¦ eus ¦ son'¦ ore ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ la  ¦ oul ¦ eus ¦ oul ¦ euil¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ fri ¦ and ¦ ours¦ and ¦ euil¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ la  ¦ ank ¦ ours¦ ank ¦ ore ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ da  ¦ lé  ¦ al  ¦ lé  ¦ klèr¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ vi  ¦ sin'¦ al  ¦ sin'¦istre¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ da  ¦ meub¦ ru  ¦ meub¦istre¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ vi  ¦ zé  ¦ ru  ¦ zé  ¦ klèr¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ dèk ¦ ke  ¦ cha ¦ ke  ¦ lame¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lo  ¦ gré ¦ cha ¦ gré ¦ sif ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ dèk ¦ ré  ¦ to  ¦ ré  ¦ sif ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lo  ¦ bèk ¦ to  ¦ bèk ¦ lame¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lam ¦ ma  ¦ fir ¦ ma  ¦ man ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ souv¦ rè  ¦ fir ¦ rè  ¦ one ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lam ¦ ant ¦ rèn ¦ ant ¦ one ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ souv¦ eu  ¦ rèn ¦ eu  ¦ man ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+


P.S. du 7/8/17 : Comme j'aime bien mon tout premier grannet musical du mois dernier, j'ai mis au point un programme Mathematica qui en engendre automagiquement, en variant tous les paramètres, y compris la taille n×(n+1) du grannet. Les mesures répétées créent chaque fois une relative cohérence du morceau, mais c'est tout de même pour les petites tailles n que cela fonctionne le mieux. Voici quelques exemples caractéristiques des résultats obtenus. Mes préférés sont les numéros 5, 3 et 6 (après le premier du mois dernier).
Grannet de mesures no 2 (380 Ko)
Grannet de mesures no 3 (286 Ko)
Grannet de mesures no 4 (473 Ko)
Grannet de mesures no 5 (223 Ko)
Grannet de mesures no 6 (223 Ko)
Le même programme peut évidemment superposer autant de grannets que l'on veut, ce qui conduit à de belles cacophonies. Mais les duos ou trios donnent parfois des résultats intéressants :
Grannet de mesures en trio (317 Ko)


15 – 17 Août 2017

Séquences vocaliques exhaustives
[Noël Bernard a écrit un superbe poème en prose illustrant les 120 permutations possibles
des cinq voyelles a, e, i, o, u. Il a ainsi retrouvé indépendamment cette idée proposée par
Patrice Besnard en octobre 2003. Mais personne n'avait à l'époque eu le courage de traiter
la totalité de ces 120 permutations. Prenant exemple sur Noël, je m'y suis donc lancé, en
six dizains d'octosyllabes.]

     Dans ce discours, tu croiseras
Le clair-obscur d'un formidable
Astre noir — tu fusionneras
Le laïus non-communicable.
     L'insane joug subornerait
Six stances qu'on torturerait
Et sa loi fut multimodale.
     On a feint un huis : recalons
L'oral rimeur brut, endiablons
Les arts où vit tribu vocale !

     L'âme, ô plumitif, tu songeas,
N'est pas un violon immuable ;
À l'enfumoir sitôt jugeas
Ce plan nul, choix informulable.
     L'ingrat conteur numérotait
L'instauré topo, permutait
Ce fiasco d'un pur prosaïsme.
     Or de vrais luths cuirasseront
L'ode, dix faux quadrilleront
L'esprit au mol obscurantisme.

     L'article touffu congédia
Les si normaux humanoïdes ;
L'axiome du bluff recopia
Ces filous carcans cuboïdes.
     Si l'enfant vous suçota seins —
Idem, au fond, promut blancs-seings,
Plein d'un accort somnambulisme,
     Nos becs clinquants balbutieront,
Nos vers luisants paniqueront :
Répliquons à l'absolutisme.

     Ah ! conseil cru, tu pigeonnas
Le tordant tribun qui transpose ;
Alors depuis, ni surgeonnas
De probants fruits ni plus grand-chose.
     Filez l'oscar futur à l'oeil,
Ingénus, annonçons l'accueil
De non-dits à summum grandiose :
     Combinateurs superchampions,
Rois des calculs supplanterions !
Déchois-tu dans l'hallucinose ?

     Parfois ce guru régional
Se complut, mais l'instant suppose
Là pour l'élixir neuronal
De s'ourdir à la virtuose.
     Piochant de cuculs désarrois,
Il ose abus sur passe-droits
Et surfait nos cosignatures.
     On disséqua la succession ;
On briguera la destruction
Des juxtapositions, ratures.

     Chaque fois, si l'on résuma
L'ennui pâlot, ô lassitude,
Au soleil il se consuma
Et lui montra sa solitude.
     Il truande onc, trop exhaustif,
L'influent alcool à l'esquif —
Le brûlot faillira conclure :
     Où s'éclipsa l'antineutron,
On fustigea pareil juron
Pseudo-signalant l'imposture.

L'ordre des permutations a été choisi pour pouvoir respecter l'alternance des rimes.
Chaque vers est également un palindrome vocalique, car les permutations sont
organisées en couples anacycliques (raffinement que Rémi Schulz avait déjà imaginé
en octobre 2003, en l'illustrant d'un seul couple de permutations mais sous forme de
véritable palindrome littéral !) :


aeiou uoiea / eaiou uoiae / aeoiu uioea / eaiuo ouiae
iaeou uoeai / iaeuo oueai / eaoiu uioae
oaeiu uieao / oaieu ueiao / eaoui iuoae

aeoui iuoea / eauio oiuae / aeuoi iouea / eauoi iouae
iaoeu ueoai / iaueo oeuai / eiaou uoaie
oeaiu uiaeo / oeiau uaieo / eiauo ouaie

aieou uoeia / eioau uaoie / aioeu ueoia / eioua auoie
ieaou uoaei / ieauo ouaei / eiuao oauie
oeiua auieo / oeuia aiueo / eiuoa aouie

aoeiu uieoa / eoaiu uiaoe / aoeui iueoa / eoaui iuaoe
ieoau uaoei / ieuao oauei / eoiau uaioe
oiaeu ueaio / oieau uaeio / eoiua auioe

aoieu ueioa / eouai iauoe / aouei ieuoa / eouia aiuoe
ioaeu ueaoi / ioeau uaeoi / euaio oiaue
oieua aueio / oiuea aeuio / euaoi ioaue

aueoi ioeua / euiao oaiue / auoei ieoua / euioa aoiue
iuaeo oeaui / iueao oaeui / euoai iaoue
oueia aieuo / ouiea aeiuo / euoia aioue


Assourdi

Dans l'iglou suborbital,
L'infrason pur chuchotait.
L'harmonium multimodal
Intra-muros l'occultait.

À son bruit d'influx vocal,
Nos ambitus cuirassons,
Car du son (cri, dit journal),
D'optimaux murs franchissons.

Si donc aucun absorptif
Occiput n'applaudirons,
Ni hurlant scoop abusif,
D'ouïr l'art, transfigurons !

[Lipogramme en E illustrant les 24 permutations des quatre autres
voyelles, dans l'ordre

aiou uoia / iaou uoai / aoiu uioa / iauo ouai
aoui iuoa / oaiu uiao / auoi ioua / oiau uaio
ioau uaoi / oiua auio / iuao oaui / ouia aiuo
Comme la classique alternance f/m des rimes est ici impossible,
j'ai respecté une alternance de rimes consonantiques et vocaliques.]


P.S. :
Si ton but inclut
Ton post-scriptum, fusionnons
L'uni chuchotis.

[Lipogramme en A & E illustrant les 6 permutations des trois
autres voyelles, dans l'ordre palindrome

iou iu/o oiu uio o/ui uoi
Comme ça commence à devenir bref, je suis passé au haïku
volontairement non rimé.]


Offusquons !

[Lipogramme en A, E & I illustrant les 2 permutations des deux
autres voyelles, dans l'ordre forcément palindrome

ou/uo
Comme j'ai eu du mal à atteindre l'alexandrin, je me suis contenté
du titre, slogan crié par le protagoniste dans le quatrième acte de
cette tragédie potentielle.]


Chut !

[Lipogramme en A, E, I & O illustrant l'unique permutation
possible de la cinquième voyelle, dans l'ordre

u
Ce cinquième acte est exclusivement écrit en monosyllabes.]


Pff...

[Lipogramme en A, E, I, O & U illustrant les 0! permutations
des 0 autres voyelles, dans l'ordre


Ce sixième et dernier acte exprime la lassitude du protagoniste,
teintée d'indifférence voire de mépris.]


Pour gagner de la place, je n'ai pas inclus le Prologue, que l'auteur a curieusement
baptisé « Acte 0 ». Il est constitué de 360 alexandrins dont chaque hémistiche illustre
l'une des 6! = 720 permutations des six voyelles A, E, I, O, U & Y. Signalons-en juste
le titre : « Autonymie cryptographique ».


18 Août 2017

Sélénets à rimes orphelines
[Robert Rapilly a eu l'idée de combiner les holorimes orphelines explorées en février
dernier avec la forme fixe du sélénet, dont les rimes féminines fortement prononcées
(dans la mélodie populaire « Au clair de la lune ») permettent de mieux cacher certaines
syllabes surnuméraires. Voici les deux exemples que j'ai construits, mettant en scène
huit rimes orphelines — déjà illustrées en janvier 2015 et février 2017. Rappelons
qu'on dénasalise les liaisons en prosodie classique, i.e. « On a » se prononce « ona ».]

On a viril peuple
qu'assommait la soif :
au navire, il peu pleut.
Casse homme, hélas, ouaf !

Et manteau de pourpre
souvent adipeux t'
aimante ode pour preux
soûls, vanta dix putts.

*

Zig, ô Malin qu'Ur veut
fort fécond sur Apt,
zygoma l'incurve :
forfait conçu, rapt !

Bas goujat disjoncte
mais dit au gars Jo :
« Bagou jadis j'onc te
médite, ô gadjo ! »


19 Août 2017

Manifestation pacifiste
[Lipogramme en A & E illustrant les 24 permutations des quatre autres voyelles, dans l'ordre
iouy yuoi / oiuy yuio / ioyu uyoi / oiyu uyio
uioy yoiu / ouiy yiuo / uiyo oyiu / ouyi iyuo
uoiy yiou / iuoy youi / uoyi iyou / iuyo oyui
Comme plus haut, les vers sont des palindromes vocaliques et ils suivent une alternance
de rimes consonantiques & vocaliques. Clinamen : le dernier Y est en fait une consonne.
Le titre sert à orienter l'interprétation, mais il ne respecte en rien la contrainte.]

Impromptu gypsy du soir,
voix funky, ptyx d'unissons
(bris d'onyx futur y voir) :
toi, lys du sud, stylisons !

Du gris polysymposium
où vinyls y circulons,
luit cyclotron d'yttrium ;
nous, syrinx hippys, hurlons.

Un gros grizzly n'y discourt
ni du lobby, n'y sourit.
Nul ophrys ici n'y court.
Vil junky cow-boy fut frit.


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Last modified : August 19th, 2017