Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]

28. Recent stuff (2017)
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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5 Juin 2017

Baobabar
[Le « baobabar » n'est pas un nouveau sardinosaure, mais un savant mélange des rimes
millionnaires d'Alphonse Allais, des poèmes-barre de Le Lionnais, du baobab de Jacques
Roubaud
et du popel d'Annie Hupé (les différences entre ces deux derniers étant que
le baobab n'était pas versifié, et que peau & pelle n'avaient pas des sens opposés).
Celui en tard/tôt ci-dessous m'a été inspiré par mes étranges horaires de sommeil — ses
24 vers faisant allusion au nombre d'heures d'une journée. Soulignons que Jacques Jouet
avait déjà employé plusieurs de ces couples il y a deux ans dans un texte en prose.]

Lorsque des baladins font demande à Watteau
D'un portrait de Pierrot, fondement d'avatar,
Le peintre, leur semblant pro, file à ces bâtards
Un vague tracé blanc, profil assez bateau.

Ils aimeront peut-être et n'auront de sitôt
De plainte en leur navrant thrène aux rondes cithares,
Ignorant que l'auteur leur importe un costard
En vendant ce brouillon, leurre importun, costaud.

Comme le roi Pétaud, César bisque in petto
Au sujet des anars, ces zarbis skins, pétard !
Mais ces originaux démentent les vantards
Et vont portes ouvrir, démanteler vantaux.

L'arbre décapité, n'est-ce émondé têteau ?
De l'imagination, essaimons des têtards !
Frère humain libertaire, aide ces laids fêtards ;
Assez de nombrilisme et de scellés fœtaux !

Il faudrait qu'aucun d'eux ne parte à jeun, pataud.
Or le riche Harpagon ne partage un patard.
Je voudrais pardonner mais m'amorcent les tares
Des esprits étriqués, même à morcelés taux.

Aux mauvais écrivains fit lippe Léautaud
Et de François blagua Philippe Léotard.
Mieux vaut la damnation défaisant des cathares
Que le confort impur des faisandés cathos.


20 Juin 2017

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'incovfefe
                                (Donald de Nervfal, 31/05/17)

Lorsque le Donald brame,
notre toile s'enflamme
    et j'ose un pangramme.
    Mais pour celui-ci,
        mettre
    moins de trente-six
        lettres :
Excusez le D. John Trump qui bégaye « kowfeve » !

[Selon la transcription en morse de Nicolas Graner, les monosyllabes deviennent
un point et les dissyllabes un trait :
-.-. / --- / ...- / ..-. / . / ..-. / . ]

[Voir aussi ces hommages d'autres oulipotes à la créativité trumpienne]


2 Juillet 2017

Hémistiches anaphonétiques
[Robert Rapilly a repris l'idée des anaphones en imposant que les premiers hémistiches
soient indépendamment anaphonétiques les uns des autres, ainsi que que tous les seconds
hémistiches. Voici le quatrain que j'ai proposé selon cette surcontrainte, citant volontairement
le monostiche d'Apollinaire qui avait engendré mon tout premier sonnet anaphonétique.]

Le diurne échocho montre peine, hydraté
D'une colérique eau ; mais repartaient ondines,
Et l'unique cordeau des trompettes marines
Au coeur nié du clos terminera dompté.


Desdichado isogrammatique
[Le même Robert a lancé à la liste oulipo le monstrueux défi de traduire le Desdichado de Nerval
en distiques isogrammatiques, c'est-à-dire employant les mêmes suites de lettres mais avec des
espaces et des diacritiques différents. Il a lui-même composé les vers 1 & 2, puis 13 & 14 in fine.
Rémi Schulz lui a rapidement emboîté le pas avec les vers 3 & 4 (puis 7 & 8, et enfin 11 & 12),
car les contraintes les plus dures ne lui font pas peur — au contraire ! Je me suis pour ma part
chargé des vers 5 & 6 puis 9 & 10. Inconsciemment, nous avons donc choisi un ordre d'intervention
palindrome : RR-RS-GEF-RS-GEF-RS-RR. La rapidité de nos échanges et la difficulté de l'exercice
expliquent l'absence de césures, les E caducs entre voyelle & consonne, et même un H muet à tort !]

Parle d'ennui, sitcom, ténèbres, sanguignon...
Par l'Éden nuisit comte né bressan guignon.
Luth au défi de l'étoile, mon Tana logue,
Lu thau de fidèle, toi le mont analogue.

En la céleste nue, setter, reste mignon,
Enlace les tenues et terres, té ! mi-gnon,
De rose mû, duc, apanage l'api rogue,
D'éros ému, du cap a nagé la pirogue.

Être Circé, Thor, Io ?... Nacarat sacrement ?
Étrécir cet horion à carats, âcrement ;
De sirène rêve le lac, héron, ses âmes,
Désiré, né, révélé, l'Achéron, sésames.

Tabasser à clamer l'intérim Éden ? Fer
ta basse racla, Merlin te rime d'enfer.

                            Robert Rapilly, Rémi Schulz & Gef_

[Voir aussi les versions complètes que Rémi Schulz et Robert Rapilly ont par la
suite construites seuls, en reprenant quelques mots de notre premier essai en trio]


25 – 27 Juillet 2017

Grannet de syllabes
inspiré par Verlaine, respectant le schéma régulier
ABCDA  EFGBE  HICFH  JDGIJ  que j'avais choisi en 2000

vɛʀ œ̃ ba ɲə vɛʀ
kɔm œ̃
lɔ̃d e ba lɔ̃d
di ɲə kɔm e di

Vers un bagne vert
Tend le commun temps
L'on déballe l'onde
Digne comédie

[Voir aussi ce grannet musical du 6 juillet dernier,
dont les mesures respectent le même schéma.]

Si l'ordre des syllabes est libre au sein de chaque vers, ça devient
plus facile à construire. Ces octosyllabes paraphrasent Apollinaire :

mwa ki se de puʀ se ʀɛn
de so ne dy li so pwa sɔ̃
myʀ myʀ ʀø me za ne
maʀ ʀɛ za maʀ ʃã ki li ʀɔ̃
gʀi mwa ʀɛ gʀi dy mal ɛ me
la no mal pwa puʀ ʀø la ʀɔ̃
ɛ si ʃã sɔ̃ no si ʀɛn

Moi qui sais des lais pour ces reines
Des sonnets d'Ulysse aux poissons
Les murmures de mes années
Marais à marchands qui liront
Grimoire aigri du mal aimé
L'anomal poids pour eux larrons
Et six chansons de nos sirènes

Ils correspondent au schéma
ABCDEFCG  DHIJKHLM  ENNOPQRI  STRSUBKV  WATWJYXQ  Z&YLFOZV  X@UMP&@G
avec le code A = moi, B = ki, C = sé, D = dé, E = lè, F = pour, G = rène, H = so,
I = né, J = du, K = li, L = poi, M = son, N = mur, O = re, P = de, Q = mé, R = za,
S = mar, T = rè, U = chan, V = ron, W = gri, Y = mal, X = è, Z = la, & = no, @ = si.


P.S. du 26/07/17 : Avec un ordre libre des syllabes au sein des vers, les quatrains de
pentasyllabes peuvent donner des strophes de sélénets respectant leur alternance fmfm.
Rapide exemple de schéma
ABCAD  EBFFG  HIEHD  JJICG :

la o syʀ la lynə
ek o pje pje ʀo
ʀu les ek ʀu lynə
les syʀ ʀo

Là-haut sur la lune
Est copié Pierrot.
Roule et s'écroule une
Dent dans les sureaux.


P.P.S. du 27/07/17 : Le sonnet de quadrisyllabes qui suit, sans nulle rime pauvre
et respectant l'alternance, est en réalité un grannet syllabique d'octosyllabes.





mo ʀo ze sœl me tuʀ ze paʀs
lɛ̃ bøz ut aʀs zœ̃ lɛ̃ sœl
bøz wɛ̃ da jœl kɔ̃ kɔ̃ paʀs
o ʃɛ mad aʀs ʃɛ ʀo gla jœl
mo mad ut ãpl lol at ãpl
me gla tɛn ny lol wɛ̃ tɛn
o zœ̃ tuʀ ny da ʀɛn at ʀɛn

El Desgranado
(L'Égrené)

Morose et seul,
Mes tours éparses –
Limbes ou tarses
Dans un linceul.

Besoin d'aïeul
Qu'on sait comparse :
Hochez ma darse
Chère au glaïeul !

Môme à doute ample
Scelle aula, temple,
Mais glas ténu ;

Dans l'eau lointaine,
Ose un tour nu
D'arène à thrène.

Il correspond au schéma
ABCDEFCG  HIJKLMHD  INOPQRQG  STUKTBVP  AUJWRXYW  EVZ&LXNZ  SMF&O@Y@
avec le code A = mo, B = ro, C = zé, D = seul, E = mé, F = tour, G = parse, H = lin,
I = beuz, J = out, K = arse, L = dan, M = zun, N = oin, O = da, P = yeul, Q = kon, R = sè,
S = o, T = chè, U = mad, V = gla, W = ampl, X = lol, Y = at, Z = tèn, & = nu, @ = rèn.
La darse est un port, l'aula un palais et le thrène un chant funèbre.


e l i m e
a p ə l a
o ʀ i p o
ɛ m ə ʀ ɛ

Avec l'aide de Nicolas Graner, j'ai trouvé un grannet de phonèmes respectant
le schéma régulier
ABCDA  EFGBE  HICFH  JDGIJ   [élimé apela oripo èmerè] :

Rêve de clochard
Élimé appela : « Oripeau aimerais ! »


24 – 26 Juillet 2017

Conjugaisons homographiques

Le 24/07/17, Robert Rapilly a inventé une nouvelle règle de conjugaison ougrapienne :
quand une forme verbale est homographe d'un substantif (ou un adjectif) lié au thème
de la phrase, il est obligatoire de l'employer, donc le temps et la personne deviennent
invariables. Son tout premier exemple illustre magnifiquement l'idée :


• Longtemps je me sommes couché de bonne heure. [Proust, Du côté de chez Swann]

Nicolas Graner a étendu l'idée en autorisant des substantifs à remplacer des verbes,
comme dans ses exemples :


• Jésus lui dit : Tout est possible à celui qui croix. [Marc IX 23]
• Je suie le ténébreux [Nerval, El Desdichado]

J'ai commencé par imiter Nicolas avec :

• Que ceux qui veau de l'or, s'en dépouillent ! [Exode XXXII 24]
• Je maure peut-être la poussière, répondit Aben-Hamet, mais vive Allah et le prophète ! [Chateaubriand]
• Là où l'eau fraîche cool doucement [When the battle is over]

Inversement, on pourrait aussi remplacer des noms par des verbes :

• Passage à tabac : prisez ferme ! [Ouest-France]

Voire ne pas commettre de phaute :

• Ma seule étoile sombre, — et mon luth constellé [Gérard Labrunie]

Je me suis ensuite rendu compte que les homographes déjà exploités jadis sur la
liste oulipo pouvaient fournir de nombreux exemples respectant la règle initiale
de Robert. En voici 66 présentés sous forme d'alexandrins, mais sans chercher
de citation attestée y ressemblant :

Ce matériau brut permet même de construire des sonnets, mais aux sens peu suivis, par exemple :

En vacances, la foule affluent à la rivière,
Les prêtres curetons leurs pipes en priant.
J'est certain qu'il nous faut partir vers l'Orient.
Je parent le soleil, protégeant mon vieux père.

Portions au juge blond un morceau puis un verre :
Les Marseillais savons que c'est un nettoyant.
Le riche Dom Juan rejetons tout enfant ;
Ce bibelot d'acier rayons mon étagère.

Certes vous ne prisons pas beaucoup les cachots,
Mais tous ceux qui violons y finiront, machos :
Les atomes fissions un choc inélastique.

Il pleut tant ces mois-ci que le plancher moussons,
L'historien se blasons de la science héraldique.
J'avais prêté ma veste ; hélas l'on m'a blousons.


30 Juillet 2017

Trois grannets syllabiques
de nouveau d'après le poème Un grand sommeil noir de Verlaine (1880), qui a magnifiquement
été mis en musique au moins par Ravel (1895), Varèse (1906), Stravinsky (1910), Vierne (1916)
et Honegger (1944) — et apparemment aussi par une soixantaine d'autres compositeurs !
Contrairement à mon premier grannet syllabique ci-dessus, l'ordre des syllabes est ici libre au
sein de chaque vers, ce qui permet de respecter les rimes de l'original. Notez la décomposition
syllabique non-conventionnelle, cruciale pour conserver ces rimes, ainsi que la répétition du
dernier mot qui respecte pourtant la contrainte.


Au nu repos noir
Se musse* ma vie,
T'espaçant espoir –
Ou repousse envie.
 
N'étonner plus rien,
Mais mens tôt, mémoire
D'habit, stand à bien ;
En plus rampe histoire !
 
Vois l'envoi nouveau :
Le bât nous balance,
Casse le caveau...
Silence, silence !
[ôn' u reup ôn' oir]
[seum u seum a vie]
[tesp a san tesp oir]
[ou reup ou san vie]
 
[né to né plur yin]
[mém an to mém oire]
[dab ist an dab yin]
[amp plur amp ist oire]
 
[voi lan voi nou vo]
[le ba nou ba lanse]
[ka se le ka vo]
[si lan se si lanse]
on y ʀəp on waʀ
səm y səm a viə
tɛsp a tɛsp waʀ
u ʀəp u viə
ne to ne plyʀ jɛ̃
mem ã to mem waʀə
dab ist ã dab jɛ̃
ãp plyʀ ãp ist waʀə
vwa vwa nu vo
ba nu ba lãsə
ka ka vo
si si lãsə

* musser = cacher

[Voir aussi mes précédentes variations d'après ce même poème de Verlaine]


Toujours avec la cruciale aide informatique de Nicolas Graner (comme pour mon précédent grannet de phonèmes), je suis parti à la chasse aux grannets littéraux, c.-à-d. aux analogues français de la phrase latine « Mutus nomen dedit cocis ». Il y a 17 ans, Alain Zalmanski avait déjà obtenu à la main la phrase « Papou rieur tasse gigot ». Comme son sujet peut faire allusion aux jeux littéraires de France Culture, on peut déjà la modifier par exemple en « Papou rieur tonne vivat ! ». Une définition possible de Bertrand Jérôme pourrait aussi être « Titan rieur nommé Papou ». Si l'on tient au cuisseau d'agneau mais sans l'écraser, il y a également la variante « Zazou lippu étale gigot ».

L'inconvénient des recherches informatiques est qu'on obtient trop de résultats, et dont la grande majorité n'a aucun sens. Même en me servant de listes de mots volontairement pauvres, pour accélérer la recherche, j'ai obtenu une dizaine de milliers d'énoncés possibles. J'y ai alors cherché les mots les plus parlants, et j'ai finalement extrait une quarantaine de résultats acceptables. En voici quelques uns, pour illustrer leur qualité raisonnable mais pas phénoménale :

Allié barbu offre union.
Barbu cossu offre canne.
Bombe finie, amant foutu.
Fifre lasse barbu lippu.
Rater gigot : pizza, pomme ?
Rimer sitôt bonne samba.
Vente : banal robot viril.
Vivre : pizza, porto, néant.


Certains énoncés peuvent faire légèrement allusion au tour de cartes construit sur ce type de phrases, par exemple « Atout nommé, ruser ainsi », voire « Appel aussi bénin : bluff ».

Mais je suis surtout ravi d'avoir trouvé un décasyllabe assez autoréférentiel qui étend le tour de magie à 30 cartes au lieu de 20 :

Secret vivant, diffus bobard commun.


3 – 6 Août 2017

Autre schéma de grannet syllabique
choisi pour rendre les syllabes répétées aussi faciles que possible à repérer à l'oral :

      A B C B D
      E F C F G
      A H I H G
      E J I J D


– Les rimes DG sont embrassées.
– Les antérimes AE sont croisées.
– Les syllabes centrales CI forment des rimes plates.
– Les syllabes symétriques 2 & 4 (BFHJ) sont identiques au sein d'un vers.

Il existe au moins 7 autres schémas présentant des propriétés voisines (et évitant
les bégaiements d'une même syllabe), mais celui-ci me semble le plus élégant.

Essai d'après les célèbres pentasyllabes à rimes embrassées du poème Marine de Verlaine
(avec quelques approximations sémantiques et sonores, car cette contrainte est bien dure) :

fʀi sɔn əs sɔn oʀə
la ul əs ul œj
fʀi ãd uʀs ãd œj
la ãk uʀs ãk oʀə
da le al le klɛʀ
vi sin al sin istʀə
da məb ʀy məb istʀə
vi ze ʀy ze klɛʀ
dɛk ʃa lamə
lo gʀe ʃa gʀe sif
dɛk re to re sif
lo bɛk to bɛk lamə
lam ma fiʀ ma
suv ʀɛ fiʀ ʀɛj ɔnə
lam ãt ʀɛn ãt ɔnə
suv ə ʀɛn ə
Frissonne, sonore,
La houle sous l'oeil
Friand d'Ourse en deuil,
L'ahan course encore.
 
D'aléa, l'éclair
Vicinal, sinistre,
Dame brume bistre :
Viser rusé, clair.
 
Dès que chaque lame
L'ogre esche — agressif
Décret au récif,
L'eau becte aube et clame.
 
L'amas-firmament
S'ouvre et fi ! rayonne,
Là m'entraînant, tonne
Souverainement.
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ fri ¦ son'¦ eus ¦ son'¦ ore ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ la  ¦ oul ¦ eus ¦ oul ¦ euil¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ fri ¦ and ¦ ours¦ and ¦ euil¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ la  ¦ ank ¦ ours¦ ank ¦ ore ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ da  ¦ lé  ¦ al  ¦ lé  ¦ klèr¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ vi  ¦ sin'¦ al  ¦ sin'¦istre¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ da  ¦ meub¦ ru  ¦ meub¦istre¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ vi  ¦ zé  ¦ ru  ¦ zé  ¦ klèr¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ dèk ¦ ke  ¦ cha ¦ ke  ¦ lame¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lo  ¦ gré ¦ cha ¦ gré ¦ sif ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ dèk ¦ ré  ¦ to  ¦ ré  ¦ sif ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lo  ¦ bèk ¦ to  ¦ bèk ¦ lame¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
 
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lam ¦ ma  ¦ fir ¦ ma  ¦ man ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ souv¦ rè  ¦ fir ¦ rè  ¦ one ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ lam ¦ ant ¦ rèn ¦ ant ¦ one ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+
¦ souv¦ eu  ¦ rèn ¦ eu  ¦ man ¦
+-----+-----+-----+-----+-----+


P.S. du 7/8/17 : Comme j'aime bien mon tout premier grannet musical du mois dernier, j'ai mis au point un programme Mathematica qui en engendre automagiquement, en variant tous les paramètres, y compris la taille n×(n+1) du grannet. Les mesures répétées créent chaque fois une relative cohérence du morceau, mais c'est tout de même pour les petites tailles n que cela fonctionne le mieux. Voici quelques exemples caractéristiques des résultats obtenus. Mes préférés sont les numéros 5, 3 et 6 (après le premier du mois dernier).
Grannet de mesures no 2 (380 Ko)
Grannet de mesures no 3 (286 Ko)
Grannet de mesures no 4 (473 Ko)
Grannet de mesures no 5 (223 Ko)
Grannet de mesures no 6 (223 Ko)

Le même programme peut évidemment superposer autant de grannets que l'on veut, ce qui conduit à de belles cacophonies. Mais les duos ou trios donnent parfois des résultats intéressants :
Grannet de mesures à 3 voix no 3 (317 Ko)

Je n'avais hélas pas conservé le code source de cet exemple (ni même un fichier MIDI), donc j'ai essayé de le transcrire à l'oreille — ce qui n'est pas facile avec tant de dissonances, bien que je les adore ! Je ne garantis donc pas que cette partition PDF (de 42 Ko) soit strictement conforme à l'enregistrement : Partition

J'ai ensuite raffiné mon programme Mathematica pour qu'il engendre lui-même la partition LilyPond correspondante :
Grannet de mesures à 3 voix no 4 (255 Ko)
Partition PDF de 42 Ko : Partition

Grannet de mesures à 3 voix no 5 (237 Ko)
Partition PDF de 43 Ko : Partition

Grannet de mesures à 4 voix (736 Ko)
Partition PDF de 58 Ko : Partition

Pour finir, un court exemple de grannet à six voix :
Grannet de mesures à 6 voix no 2 (224 Ko)
Partition PDF de 51 Ko : Partition

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


15 – 17 Août 2017

Séquences vocaliques exhaustives
[Noël Bernard a écrit un superbe poème en prose illustrant les 120 permutations possibles
des cinq voyelles a, e, i, o, u. Il a ainsi retrouvé indépendamment cette idée proposée par
Patrice Besnard en octobre 2003. Mais personne n'avait à l'époque eu le courage de traiter
la totalité de ces 120 permutations. Prenant exemple sur Noël, je m'y suis donc lancé, en
six dizains d'octosyllabes.]

     Dans ce discours, tu croiseras
Le clair-obscur d'un formidable
Astre noir — tu fusionneras
Le laïus non-communicable.
     L'insane joug subornerait
Six stances qu'on torturerait
Et sa loi fut multimodale.
     On a feint un huis : recalons
L'oral rimeur brut, endiablons
Les arts où vit tribu vocale !

     L'âme, ô plumitif, tu songeas,
N'est pas un violon immuable ;
À l'enfumoir sitôt jugeas
Ce plan nul, choix informulable.
     L'ingrat conteur numérotait
L'instauré topo, permutait
Ce fiasco d'un pur prosaïsme.
     Or de vrais luths cuirasseront
L'ode, dix faux quadrilleront
L'esprit au mol obscurantisme.

     L'article touffu congédia
Les si normaux humanoïdes ;
L'axiome du bluff recopia
Ces filous carcans cuboïdes.
     Si l'enfant vous suçota seins —
Idem, au fond, promut blancs-seings,
Plein d'un accort somnambulisme,
     Nos becs clinquants balbutieront,
Nos vers luisants paniqueront :
Répliquons à l'absolutisme.

     Ah ! conseil cru, tu pigeonnas
Le tordant tribun qui transpose ;
Alors depuis, ni surgeonnas
De probants fruits ni plus grand-chose.
     Filez l'oscar futur à l'oeil,
Ingénus, annonçons l'accueil
De non-dits à summum grandiose :
     Combinateurs superchampions,
Rois des calculs supplanterions !
Déchois-tu dans l'hallucinose ?

     Parfois ce guru régional
Se complut, mais l'instant suppose
Là pour l'élixir neuronal
De s'ourdir à la virtuose.
     Piochant de cuculs désarrois,
Il ose abus sur passe-droits
Et surfait nos cosignatures.
     On disséqua la succession ;
On briguera la destruction
Des juxtapositions, ratures.

     Chaque fois, si l'on résuma
L'ennui pâlot, ô lassitude,
Au soleil il se consuma
Et lui montra sa solitude.
     Il truande onc, trop exhaustif,
L'influent alcool à l'esquif —
Le brûlot faillira conclure :
     Où s'éclipsa l'antineutron,
On fustigea pareil juron
Pseudo-signalant l'imposture.

L'ordre des permutations a été choisi pour pouvoir respecter l'alternance des rimes.
Chaque vers est également un palindrome vocalique, car les permutations sont
organisées en couples anacycliques (raffinement que Rémi Schulz avait déjà imaginé
en octobre 2003, en l'illustrant d'un seul couple de permutations mais sous forme de
véritable palindrome littéral) :


aeiou uoiea / eaiou uoiae / aeoiu uioea / eaiuo ouiae
iaeou uoeai / iaeuo oueai / eaoiu uioae
oaeiu uieao / oaieu ueiao / eaoui iuoae

aeoui iuoea / eauio oiuae / aeuoi iouea / eauoi iouae
iaoeu ueoai / iaueo oeuai / eiaou uoaie
oeaiu uiaeo / oeiau uaieo / eiauo ouaie

aieou uoeia / eioau uaoie / aioeu ueoia / eioua auoie
ieaou uoaei / ieauo ouaei / eiuao oauie
oeiua auieo / oeuia aiueo / eiuoa aouie

aoeiu uieoa / eoaiu uiaoe / aoeui iueoa / eoaui iuaoe
ieoau uaoei / ieuao oauei / eoiau uaioe
oiaeu ueaio / oieau uaeio / eoiua auioe

aoieu ueioa / eouai iauoe / aouei ieuoa / eouia aiuoe
ioaeu ueaoi / ioeau uaeoi / euaio oiaue
oieua aueio / oiuea aeuio / euaoi ioaue

aueoi ioeua / euiao oaiue / auoei ieoua / euioa aoiue
iuaeo oeaui / iueao oaeui / euoai iaoue
oueia aieuo / ouiea aeiuo / euoia aioue


Assourdi

Dans l'iglou suborbital,
L'infrason pur chuchotait.
L'harmonium multimodal
Intra-muros l'occultait.

À son bruit d'influx vocal,
Nos ambitus cuirassons,
Car du son (cri, dit journal),
D'optimaux murs franchissons.

Si donc aucun absorptif
Occiput n'applaudirons,
Ni hurlant scoop abusif,
D'ouïr l'art, transfigurons !

[Lipogramme en E illustrant les 24 permutations des quatre autres
voyelles, dans l'ordre

aiou uoia / iaou uoai / aoiu uioa / iauo ouai
aoui iuoa / oaiu uiao / auoi ioua / oiau uaio
ioau uaoi / oiua auio / iuao oaui / ouia aiuo
Comme la classique alternance f/m des rimes est ici impossible,
j'ai respecté une alternance de rimes consonantiques et vocaliques.]


P.S. :
Si ton but inclut
Ton post-scriptum, fusionnons
L'uni chuchotis.

[Lipogramme en A & E illustrant les 6 permutations des trois
autres voyelles, dans l'ordre palindrome

iou iu/o oiu uio o/ui uoi
Comme ça commence à devenir bref, je suis passé au haïku
volontairement non rimé.]


Offusquons !

[Lipogramme en A, E & I illustrant les 2 permutations des deux
autres voyelles, dans l'ordre forcément palindrome

ou/uo
Comme j'ai eu du mal à atteindre l'alexandrin, je me suis contenté
du titre, slogan crié par le protagoniste dans le quatrième acte de
cette tragédie potentielle.]


Chut !

[Lipogramme en A, E, I & O illustrant l'unique permutation
possible de la cinquième voyelle, dans l'ordre

u
Ce cinquième acte est exclusivement écrit en monosyllabes.]


Pff...

[Lipogramme en A, E, I, O & U illustrant les 0! permutations
des 0 autres voyelles, dans l'ordre


Ce sixième et dernier acte exprime la lassitude du protagoniste,
teintée d'indifférence voire de mépris.]


Pour gagner de la place, je n'ai pas inclus le Prologue, que l'auteur a curieusement
baptisé « Acte 0 ». Il est constitué de 360 alexandrins dont chaque hémistiche illustre
l'une des 6! = 720 permutations des six voyelles A, E, I, O, U & Y. Signalons-en juste
le titre : « Autonymie cryptographique ».


18 Août 2017

Sélénets à rimes orphelines
[Robert Rapilly a eu l'idée de combiner les holorimes orphelines explorées en février
dernier avec la forme fixe du sélénet, dont les rimes féminines fortement prononcées
(dans la mélodie populaire « Au clair de la lune ») permettent de mieux cacher certaines
syllabes surnuméraires. Voici les deux exemples que j'ai construits, mettant en scène
huit rimes orphelines — déjà illustrées en janvier 2015 et février 2017. Rappelons
qu'on dénasalise les liaisons en prosodie classique, i.e. « On a » se prononce « ona ».]

On a viril peuple
qu'assommait la soif :
au navire, il peu pleut.
Casse homme, hélas, ouaf !

Et manteau de pourpre
souvent adipeux t'
aimante ode pour preux
soûls, vanta dix putts.

*

Zig, ô Malin qu'Ur veut
fort fécond sur Apt,
zygoma l'incurve :
forfait conçu, rapt !

Bas goujat disjoncte
mais dit au gars Jo :
« Bagou jadis j'onc te
médite, ô gadjo ! »


19 Août 2017

Manifestation pacifiste
[Lipogramme en A & E illustrant les 24 permutations des quatre autres voyelles, dans l'ordre
iouy yuoi / oiuy yuio / ioyu uyoi / oiyu uyio
uioy yoiu / ouiy yiuo / uiyo oyiu / ouyi iyuo
uoiy yiou / iuoy youi / uoyi iyou / iuyo oyui
Comme plus haut, les vers sont des palindromes vocaliques et ils suivent une alternance
de rimes consonantiques & vocaliques. Clinamen : le dernier Y est en fait une consonne.
Le titre sert à orienter l'interprétation, mais il ne respecte en rien la contrainte.]

Impromptu gypsy du soir,
voix funky, ptyx d'unissons
(bris d'onyx futur y voir) :
toi, lys du sud, stylisons !

Du gris polysymposium
où vinyls y circulons,
luit cyclotron d'yttrium ;
nous, syrinx hippys, hurlons.

Un gros grizzly n'y discourt
ni du lobby, n'y sourit.
Nul ophrys ici n'y court.
Vil junky cow-boy fut frit.

[Voir aussi la précédente séquence vocalique en OUY de
Noël Bernard, qui m'a inspiré pour les IOUY ci-dessus.]


27 Août 2017

Baobabar II
[Même combinaison de contraintes que pour mon premier « baobabar »
de juin dernier : 24 vers dont les seconds hémistiches sont holorimes à
leur dernière syllabe près, opposant ici beau/laid. Ce couple a bien sûr
déjà été employé dans des baobabs au sens roubaldien du terme.]

Quand Vincent Lagaf' pond l'essoré lavabo
Qui donc ne s'en désole et saurait l'avaler ?
Ô lamentable exemple ; et déjà que rouler
Le public est mauvais, plaidait Jacques Roubaud,

C'est pire si le barde aime oser placebos.
Croyez-moi, choisissez des mots et placez-les
À la rime ; foncez ! Mais cependant n'allez
Faire que l'on déprime et se pende, en nabot.

Mieux vaut éliminer traits communs pour rabot
Qu'humiliation connaître et comme un pou râler :
Celui qui se farcit l'importun forain laid
S'indigne à raison s'il importe un faux Rimbaud.

Les calembours que l'on devine et gros sabots
Qu'on voit venir ont goût de vinaigre, eau salée.
Préférez la ballade humble, l'ode calée,
Aux triviaux falbalas d'un bleu, lot de cabot.

Voyez-le sans atours, nu : l'art manque au pied-bot
Car un poétereau nullard ment. Copiez lais,
Sonnets et madrigaux : ainsi rennes, chalets,
Revivront, ou chevaux zains, sirènes, chabots...

Tous les sujets sont beaux, du rapace au poulet.
Lorsque la vie est trop dure, ah ! passe, ô Poulbot,
Du Montmartre indigent, hideux — viens, galibot —
À la radieuse Pise : y deviens Galilée !


1er Septembre 2017

Dictionnaires hétéropanvocaliques
Reprenant la proposition d'Éric Angelini à la liste oulipo du 18/09/03 (lui-même ayant
repris l'idée d'Eric Chaikin dans la revue Word Ways), je me suis amusé à construire
les listes de tous les titres hétéropanvocaliques des versions française et anglaise de
Wikipédia, des noms de localités du monde entier (ce que Jean-Charles Meyrignac
avait en fait déjà effectué en février 2009, mais sans conserver la ponctuation ni les
signes diacritiques), et enfin des mots français.


8 Septembre 2017

L'Arthur de 16 ans en couleurs véritables
[lipogramme en A]

En ce creux de verdure un menu ru murmure
Et pend sur l'herbe exprès quelques frusques en fleurs
De mercure ; Phébus, de cette crête pure,
Brûle : cette cuvette écume de lueurs.

Une jeune recrue est bée, et tête nue,
Reste nuque trempée en un dru cresson bleu.
Blême, elle dort en l'herbe étendue ; une nue
Sur cette turne verte en reflets lustrés pleut.

Près des gerbes, ce bleu dort, les lèvres heureuses
Tel un bébé fluet ; Terre, que tes berceuses
L'hébergent prestement : l'être ressent le gel.

Ce nez ne tremble plus d'effluves et d'essences ;
Le bleu dort seul, muet. Relevez les présences
De deux vides vermeils sur ce buste réel.


10 Septembre 2017

Création d'une page Web rassemblant quelques poèmes
et contes de mon grand-père maternel Édouard Jallois.
J'en recopierai sans doute davantage à l'avenir.


15 Septembre 2017

Prière pillée
[Robert Rapilly a repris, en les exagérant, les contraintes de l'asphyxie
et de l'aération de l'oulipien Luc Étienne : non seulement il en a fait des
distiques d'alexandrins pseudolorimes, mais il a surtout saturé ses vers
en R (comme ses initiales RR !), de telle sorte que leur version asphyxiée
soit aussi différente que possible. Voici un quatrain que j'ai composé en
son honneur.]

Ô béat, pille idole ! Et qui dévêt tout blancs
Les deux Dïeux, mais s'y prosterne où l'art mut rimes ?
Robert Rapilly, drôle, écrit des vers troublants !
L'air de dire merci, posté, nous l'amuîmes.


18 Septembre 2017

Rapide exploration de la notion de « sonnet de mesures », à mon
avis moins intéressante que les diagonnets et grannets de mesures.
Juste un exemple parmi d'autres :
Sonnet de mesures à 3 voix no 4 (272 Ko)
Partition PDF de 50 Ko : Partition


Et comme gag, illustration de la notion d'« ananote » :
j'ai simplement mélangé aléatoirement les notes de chaque mesure
des deux premiers Préludes du « Clavier bien tempéré » de Bach !
Ananote no 1 (592 Ko)
Partition PDF de 69 Ko : Partition
Ananote no 2 (667 Ko)
Partition PDF de 82 Ko : Partition


P.S. du 20/09/17 : illustration des 120 permutations de 5 notes, et indépendamment de celles de 5 durées.
L'ordre de celles des durées est lui-même une permutation de Queneau-Daniel de celui des notes. Les 120
mesures ont été in fine repliées sur quatre voix, pour obtenir d'intéressantes superpositions rythmiques —
compensant un peu l'harmonie trop statique. En plus des notes & rythmes, j'ai aussi essayé de permuter
5 instruments et 5 intensités sonores (avec de nouveau un ordre imposé par les itérations suivantes de la
quenine sus-mentionnée), et même de moduler la tonalité selon un chemin sur le tonnetz, mais le résultat
m'a moins intéressé que cet exemple minimaliste :
Permutations (1 Mo)
Partition PDF de 64 Ko : Partition


LilyTwoosh
Voici quelques twooshes en langage LilyPond que j'ai construits entre les 13 et 24/09/17.
[Valentin Villenave a aussi dressé une liste de nos exemples sur le site de l'Oumupo.]

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


22 Septembre – 2 Octobre 2017

Chanson de rupture
Martin Granger a proposé à la liste oulipo de récrire ce poème de Frédéric Forte en respectant
les contraintes que l'on veut. Mon esprit de contradiction n'a évidemment pas pu se contrôler,
et j'ai donc pris le contrepied formel de ces vers libres, de différentes façons :

Contrepied paresseux

Et bim ! Crochet gauche dans le mot punching-ball...
J'apprends le dernier pas de danse. Soit une machine
à respirations infra-minces et petits décalages tout
le temps, il existe un mode idéal de, comment dire ?
frottements. C'est très simple : on se visite à deux
la nuit, en accéléré (tu vois les lumières ?), sorte
de tropicalisme alternatif continu : il y a un câble
tendu à traverser l'Atlantique — quelque chose comme
un souvenir des années 80 : « Moi ce que j'aime dans
le noir, c'est l'effet stéréo. » Frédéric Forte 2016

[lignes isocèles]


Sonnet du phare cru

Comme la nuit en ce gîte plaçait
Ces cinq cumuls d'étoiles vagabondes,
Apex tué de cavernes profondes,
Aube quittant, de noirs dépôts chassait ;

Comme le ciel aux Indes rosissait,
Et le matin emmi ses tresses blondes
Illuminant mille perlettes rondes,
De purs diamants un champ enrichissait ;

Quand d'occident, telle une étoile offerte,
J'aperçus naître, à la lisière verte,
        Cette nymphe en riant !

Ce que je vis fut, dès l'émue Aurore,
Le firmament : une honte colore
        Angers et l'Orient.

[anagramme du texte de Forte, d'après Du Bellay]


Rengaine de l'informe

          et flop ! uppercut
dans le concept
          oulipo / j'oublie
                                        les nouvelles
                              contraintes —

          « soit un procédé
                              à coupures ultra-
                    répétitives et grandes
                                        indentations souvent
                    , il reste une façon
                              grossière de — l'avouerai-je ?
                                        gonfler » — c'est si facile, on

                                        improvise seul
                                                  une minute à toute vitesse
                              (ça n'est pas brillant)
                                                  , espèce de défonce
                                        parfois récurrente

: il y a un plaisir bandant à péter
                              un câble — une sorte
                                                  de ressassement du siècle dernier
: « moi ce que je cherche dans le
                                                            vers libre c'est l'apparence moderne »

Mezzo Piano, intégralité de Geindre Arrgh, π.R., 1916

[homomorphisme quasi antonymique]


Sélénet de rupture

coude pointu, dans ce
mot il haut porte un
coup de poing / tu danses,
motile, opportun —

haussent qu'ennui gemmes,
hélas, tes réaux :
« oh ! ce qu'en nuit j'aime
est la stéréo »

[sélénet holorime]


Isonnetwoosh de rupture

Je plaçai
une bosse
à colosse
et dansai
Mincissai
Carabosse
En Écosse
traversai

Axe câble
dépliable
de coraux
Apex aime
en poèmes
binauraux


5 Octobre 2017

Ici la paix bouquine Wiazemsky, aujourd'hui fugitive.

[pangramme hétéroconsonantique en hommage à l'écrivaine qui
vient de nous quitter ; j'avais obtenu dix lettres de moins
avec son nom il y a dix ans mais l'énoncé était plus tordu]


P.S. du 10/10/17 : ayant remarqué que « la musique d'Okinawa » permet
de placer plusieurs lettres chères sans répéter de consonnes, j'ai tenté ce
pangramme de 40 lettres :


Choyez l'ex-musique fugitive d'Okinawa, pur bijou.

Un peu plus de travail m'a fait gagner une lettre :

Partagez l'ex-musique d'Okinawa, vif bijou choyé.

J'ai fini par obtenir deux octosyllabes blancs, en 37 lettres comme le juge
blond, ici enivré par son whisky :


Ta musique d'Okinawa
y vibre chez l'ex-juge paf.


P.P.S. du 11/10/17, à propos d'un personnage de bande dessinée dont j'ignorais tout jusqu'à aujourd'hui :

Mxyztplk gobe déjà cinq wharfs, vu ? [28]

Et à propos d'un marathonien exceptionnellement arrivé seulement 12e le 6/9/8 à Lille :

Douzième esquif, je vaux Gilbert Chepkwony. [36, dodécasyllabe avec diérèse]

Grand peintre traçant un plan discutable :

Exhibez le sot pavage du mirifique Jan Wyck ! [36]

Commande informatique urgente :

Paf, j'exige vite douze « MySQL Workbench ». [32]

Mon travail consiste à poster rapidement des photographies d'astéroïdes :

Job : (4601) Ludkewycz vu, gif, hop ! [pangramme de 20 lettres et 4 chiffres]

Minuscule village perdu au centre de la Pologne :

Tworzyjanki, fâcheux bled qui vous empiège. [36]

Évolution d'un charmant village polonais :

J'exhume Słupca qui fut divin Grzybków. [32]

Mathématicien parlant de transcendance dans la banlieue parisienne :

À Gif, l'inoxydable Jack Schwartz m'évoqua pi. [36 lettres, dont deux C dans le nom]

Un dernier pangramme peu économique, mais mettant en scène un
nom de serpent constricteur particulièrement riche en lettres rares :


Gef me vit phobique d'un eryx jaculus czarewskii. [40 lettres, dont deux C, R & S contenus dans le nom]


15 Octobre 2017

Fractalisation musicale
Les membres de l'Oumupo, et en particulier le compositeur Tom Johnson, s'intéressent à de subtiles
mélodies autosimilaires. Plus simplistement, je leur ai fait remarquer qu'il est possible de « fractaliser »
n'importe quoi en superposant des copies d'échelles différentes. Voici ce que cette idée bébête donne
sur le premier Prélude du « Clavier bien tempéré » de Bach (déjà abîmé plus haut) :
fractalisation du Prélude I-1 (1,1 Mo)


Algèbre mélodique
Avec Valentin Villenave (créateur de l'Oumupo actuel), nous avons imaginé le 26/09/17
une notion d'algèbre sur les mélodies. Voici un exemple simpliste pour illustrer l'idée :
partition PDF de 57 Ko Partition
et enregistrement d'1,5 Mo
Valentin travaille évidemment à de véritables compositions à contraintes exploitant ce procédé.

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


24 Octobre 2017

Diagonnet latin
[copie d'un message adressé à la liste oulipo]

Il aimait à la fois la pêche et le fraisage,
Les recueils de bons mots et la vélocité,
Mais une simple averse anéantit l'été :
Il arrêta l'hélice et plia son voilage.

Il voulait une femme au mordoré visage,
Au front auréolé de longs cheveux nattés,
Mais il n'eut pas de chance, hélas trop endetté :
Son angine acheva les dommages de l'âge.

Il finit dévoré par des rongeurs sauvages,
Épousé par la Mort immense. N'acceptez
Jamais de camarade ayant tant mérité
Le silence éternel d'un oubli sans ambages.

Tu possédais long tour, anas,
port, hâte. Août eut nasse et l'ondée :
c'est tout, n'allons, pod ! et tueras
dais, tulle. On raçait natte ou peau.
L'on n'a pot : serras-tu dette ou
tousser dénature Apollon ?
Rats l'ont eu, tout dépone assez.
N'adhère à pote où l'on s'est tu.

*

[Il s'agit d'un carré latin de syllabes, ce qui implique que les lignes
et les colonnes sont toutes des anasyllabes les unes des autres.

ty po se de lɔ̃ tu ʀa na
po ʀa tu ty na se lɔ̃ de
se tu na lɔ̃ po de ty ʀa
de ty lɔ̃ ʀa se na tu po
lɔ̃ na po se ʀa ty de tu
tu se de na ty ʀa po lɔ̃
ʀa lɔ̃ ty tu de po na se
na de ʀa po tu lɔ̃ se ty

+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ tu ¦ po ¦ sé ¦ dé ¦lon ¦tou ¦ ra ¦ na ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ po ¦ ra ¦tou ¦ tu ¦ na ¦ sé ¦lon ¦ dé ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ sé ¦tou ¦ na ¦lon ¦ po ¦ dé ¦ tu ¦ ra ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ dé ¦ tu ¦lon ¦ ra ¦ sé ¦ na ¦tou ¦ po ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦lon ¦ na ¦ po ¦ sé ¦ ra ¦ tu ¦ dé ¦tou ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦tou ¦ sé ¦ dé ¦ na ¦ tu ¦ ra ¦ po ¦lon ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ ra ¦lon ¦ tu ¦tou ¦ dé ¦ po ¦ na ¦ sé ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ na ¦ dé ¦ ra ¦ po ¦tou ¦lon ¦ sé ¦ tu ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+


Comme cette matrice est symétrique, c'est aussi un cas très particulier de
diagonnet. Elle a été choisie pour minimiser le nombre de couples ordonnés
de syllabes consécutives revenant plusieurs fois au cours du poème :


a b c d e f g h
b g f a h c e d
c f h e b d a g
d a e g c h f b
e h b c g a d f
f c d h a g b e
g e a f d b h c
h d g b f e c a


Il y a ici 6 répétitions de dissyllabes. Par exemple « b c » est présent dans les
premier et cinquième vers, et « 
c d » dans les premier et sixième. Mais aucun
dissyllabe n'apparaît plus de deux fois.

J'ai d'abord composé un tel « poème » selon le schéma

a b c d e f g h
b a d c f e h g
c d a b h g f e
d c b a g h e f
e f h g a b d c
f e g h b a c d
g h f e d c a b
h g e f c d b a

qui a d'autres propriétés intéressantes, mais chacun des huit couples ordonnés
ab, ba, cd, dc, ef, fe, gh et hg apparaît quatre fois, ce qui oblige à des contorsions
de type holorimes multiples pour éviter de réemployer les mêmes mots.
Pour information, il existe des carrés latins symétriques encore plus répétitifs ;
lorsque les lignes sont de simples permutations circulaires les unes des autres,
par exemple, huit dissyllabes sont répétés sept fois au cours du poème.]


P.S. du lendemain : il existait en fait des solutions sans aucune répétition de dissyllabes,
par exemple pour l'ordre 8×8


a b c d e f g h    a b c d e f g h    a b c d e f g h    a b c d e f g h
b g f c h a e d    b g a h c e d f    b h e a g c f d    b h e g d a c f
c f h e b d a g    c a e g f h b d    c e d f a h b g    c e b f h g a d
d c e g a h f b    d h g e b a f c    d a f h c g e b    d g f b a e h c
e h b a c g d f    e c f b h d a g    e g a c b d h f    e d h a f c b g
f a d h g c b e    f e h a d g c b    f c h g d b a e    f a g e c h d b
g e a f d b h c    g d b f a c h e    g f b e h a d c    g c a h b d f e
h d g b f e c a    h f d c g b e a    h d g b f e c a    h f d c g b e a


pour l'ordre 6×6 (la seconde échangeant juste a et f dans les quatre lignes intermédiaires)

a b c d e f    a b c d e f
b d a f c e    b d f a c e
c a e b f d    c f b e a d
d f b e a c    d a e b f c
e c f a d b    e c a f d b
f e d c b a    f e d c b a


et pour l'ordre 4×4

a b c d
b d a c
c a d b
d c b a


Ce sont les seules solutions pour les ordres 6×6 et 4×4, et elles ont la particularité
d'être aussi palindromes — ce que nous avions baptisé bergeronnet il y a vingt ans.
En revanche, il n'existe aucun carré latin symétrique sans répétition de deux lettres
consécutives pour les ordres 3×3, 5×5 ni 7×7.


P.P.S. du 26/10/17 : voici ce que le premier carré 8×8 ci-dessus, sans nulle répétition
de dissyllabes, pourrait donner en partant d'un premier vers desdichadien :

Ténébré, veuf, inconsolé,
n'est-ce eau qu'ombrait l'été, feint vœu ?
Breakons les fins ! Ney veut tes sceaux,
veut brai : faim saute, ailé qu'on est,
feint l'aîné ; tes brais sauvent cons,
conte Ève, lai sobre et nez fin.
Sauf feintés, convenaient les brais.
Les veut sonner, confins brettés.

te ne bʀe fɛ̃ kɔ̃ so le
ne so kɔ̃ bʀe le te fɛ̃
bʀe kɔ̃ le fɛ̃ ne te so
bʀe fɛ̃ so te le kɔ̃ ne
fɛ̃ le ne te bʀe so kɔ̃
kɔ̃ te le so bʀe ne fɛ̃
so fɛ̃ te kɔ̃ ne le bʀe
le so ne kɔ̃ fɛ̃ bʀe te

+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ té ¦ né ¦bré ¦ ve ¦fin ¦con ¦ so ¦ lé ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ né ¦ so ¦con ¦bré ¦ lé ¦ té ¦fin ¦ ve ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦bré ¦con ¦ lé ¦fin ¦ né ¦ ve ¦ té ¦ so ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ ve ¦bré ¦fin ¦ so ¦ té ¦ lé ¦con ¦ né ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦fin ¦ lé ¦ né ¦ té ¦bré ¦ so ¦ ve ¦con ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦con ¦ té ¦ ve ¦ lé ¦ so ¦bré ¦ né ¦fin ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ so ¦fin ¦ té ¦con ¦ ve ¦ né ¦ lé ¦bré ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+
¦ lé ¦ ve ¦ so ¦ né ¦con ¦fin ¦bré ¦ té ¦
+----+----+----+----+----+----+----+----+


ténébrer (rare) : enténébrer
breaker (anglicisme) : vaincre
Ney : maréchal exécuté, comme Biron
brai : résidu de goudron
lai : poème
bretter : rayer


Autre exemple utilisant le premier carré 6×6 sans répétition de dissyllabes :

Nous parlions d'explorer la paix du samedi,
De nous plaindre de tout ce que l'on trouve grave,
D'expulser les rongeurs des charges de choux-rave
Dont s'amusait pourtant un matou dégourdi...
La rédemption aima nous offrir quelque gramme
De sénile gâtisme, écholalique drame !

Sondez shabbat, râlons
des bassons ! l'on chara.
Chassons rats des longs bâts,
ballons d'air à son chat.
Rachats l'once ont badé.
L'on rabâcha des sons.

sɔ̃ de ʃa ba ʀa lɔ̃
de ba sɔ̃ lɔ̃ ʃa ʀa
ʃa sɔ̃ ʀa de lɔ̃ ba
ba lɔ̃ de ʀa sɔ̃ ʃa
ʀa ʃa lɔ̃ sɔ̃ ba de
lɔ̃ ʀa ba ʃa de sɔ̃

+----+----+----+----+----+----+
¦son ¦ dé ¦cha ¦ ba ¦ ra ¦lon ¦
+----+----+----+----+----+----+
¦ dé ¦ ba ¦son ¦lon ¦cha ¦ ra ¦
+----+----+----+----+----+----+
¦cha ¦son ¦ ra ¦ dé ¦lon ¦ ba ¦
+----+----+----+----+----+----+
¦ ba ¦lon ¦ dé ¦ ra ¦son ¦cha ¦
+----+----+----+----+----+----+
¦ ra ¦cha ¦lon ¦son ¦ ba ¦ dé ¦
+----+----+----+----+----+----+
¦lon ¦ ra ¦ ba ¦cha ¦ dé ¦son ¦
+----+----+----+----+----+----+


charer : bavarder (utilisé en Louisiane)
bader : admirer (utilisé dans le Midi)


5 Novembre 2017

El Destevereicho

Ténébreux, chagrin, veuf, gelé,
Aquitain dauphin qu'on spolie ;
Météore éteint, luth grêlé
Arborant soleil noir, Folie.

D'aveuglé sépulcre, aide ailé,
L'italien rivage ô pallie,
L'ancolie exquise au troublé,
L'enivrant raisin qui s'allie.

Lusignan, Phébus ou Biron ?
Rougissant d'amour si pérenne,
Admirons nager la sirène ;

Traversons, vainqueur de Charon,
Modulant tantôt luth d'Orphée,
Sanctifiés soupirs, voix fieffée.

Lecture rythmique (2,4 Mo)

[Desdichado sur le rythme de « Clapping Music » de Steve Reich, *** ** * **,
dont la partition complète est engendrée ci-dessus en exactement 140 caractères.
J'avais déjà utilisé ce rythme avec des alexandrins il y a 18 ans, mais je trouve
qu'il fonctionne mieux avec des octosyllabes dont chaque mot est séparé par un
court silence. Il y a évidemment eu beaucoup d'autres expériences rythmiques
sur la liste oulipo, par exemple celles-ci de ma plume.]


11 – 14 Novembre 2017

Isonnetwooshes 280
[La plateforme Twitter (sur laquelle je n'ai pas plus de compte que sur les autres réseaux
sociaux !)
vient de faire passer à 280 son maximum de caractères par message.
Au lieu des vers de deux à quatre syllabes seulement qu'autorisait la
précédente limite de 140, pour un sonnet isocèle, on peut désormais
reprendre cette bien dure contrainte en vers de trois à neuf syllabes.]

Twittosphère géante
Avide, troubadours,
Amenez les tambours
Et que poète chante
Nouvelle rassurante
À votre carrefour :
La limite à ce jour
Est deux fois 140 !

L'on aura désormais
Ici pour s'exprimer
Davantage d'espace.
Nos propos y seront
Dilués en l'impasse
De ce vide clairon.

[hexasyllabes respectant l'alternance des rimes, mais pas leur
liaison supposée, et avec même une horrible rime -mè / -mé !]


Haut khan beau sire
Tsar dans cent mers
Lord pour vifs airs
Dieu lion loup pire
L'on veut vous dire
Deux fois sept vers
Hors lois sans fers
Pour quoi donc rire

Trop ouïr bons mots
Rend arts plus sots
Même oint l'as ruse
Mais jeux font tort
Vite heur fuit muse
Puis lors suit mort

[quadrisyllabes formés de quatre monosyllabes tétragrammatiques]


Astéroïde rayonnera
Icosaèdre revivifie
Météorite retombera
Aérolithe solidifie
Humanoïde considéra
Idéalisme renégocie
Aléatoire succédera
Inamicale géomancie

Paranoïde poéticien
Réexamine manichéen
Béatitude régénérée
Originale réunirons
Aéronaute coopérons
Apothéose démesurée

[Preuve de concept illustrant que les ennéasyllabes sont possibles tout
en respectant l'alternance des rimes. Un rimailleur un peu fou croit voir
descendre en flammes un fabuleux ovni géométrique. L'être qui en sort
lui fait passer un examen de philosophie dans lequel la survie de notre
planète semble en jeu. Mais ils finissent par se mettre d'accord pour
partager un avenir radieux.]


Anse de la Scaletta
Notre-Dame-du-Hamel
Capo della Morsetta
Plature de Kernével
Cime de la Lombarda
Bellecombe-Tarendol
San-Gavino-di-Tenda
Saline-de-Campignol

Île de la Maréchale
Macizo de Vignemale
Andilly-en-Bassigny
Étang de Lovo Santo
Sommet de Buturetto
Forêt de Secondigny

[quatorze localités françaises heptasyllabiques ;
l'alternance des rimes est plus corse que française]


Évolution inaugurée
Qu'on passe aux 280
Aérés alinéas vains
Agitation inespérée
La parole démesurée
Réévaluez écrivains
Adiposité de bovins
En édition réitérée

Exagérez l'énormité
Pour étaler inanité
En poésie indéfinie
Ou sinon économisez
Évitez la monotonie
Des abymes utilisés

[octosyllabes]


Grands tweets muent
Quand chauds pleurs
Créent vingt fleurs
Maints fronts suent
Leurs spleens puent
Rouent prompt heurt
Vieux schnock meurt
Longs speechs tuent

L'asthme est craint
Lorsque heur plaint
Qu'œuvre est lourde
L'ouaille eut mieux
Qu'high-tech gourde
Schnouff sans dieux

[trisyllabes]


Évaluez inusabilité
Aérosol océanologie
Évoluez homogénéité
Obéira météorologie
Analysez asexualité
BCBG phénoménologie
Évacuez originalité
Etc. caractérologie

Alinéas économisera
Réalité visualisera
Ex-LSD américanisée
Âme vs idéalisation
ADN & béatification
Ô SVP désolidarisée

[nouvelle preuve de concept : tentative à la limite en décasyllabes
classiquement césurés 4/6 respectant l'alternance des rimes]


Dieux c'est terminé
Et cette expérience
Montre une variance
Dans le speech miné
Notre orphisme inné
Plein de luxuriance
Joint la vicariance
L'art craint dominé

Mais n'abusez guère
De ce joug vulgaire
Chez nous oulipiens
Il faut interrompre
Ces luths olympiens
Et ne s'y corrompre

[pentasyllabes ; vicariance = suppléance]


El Destwooshado 280

Je suis l'inconsolé
Vois ma tour abolie
Même luth constellé
Contient Mélancolie
As qui m'as consolé
Rends la mer Italie
Rose au cœur désolé
Où la vigne s'allie

Fus-je Phébus Biron
Rougi par une reine
J'ai rêvé la sirène
Franchi cet Achéron
Modulant tel Orphée
Ahans et cri de fée

Labrunie dit Nerval

[juste un dernier fastoche, en hexasyllabes comme le premier]


[Dans un genre voisin, je me suis demandé comment présenter un
sélénet de 140 caractères. Le plus élégant me semble d'attribuer
un caractère de plus aux rimes féminines. On pourrait éviter la
ponctuation en remplaçant « Ô ! » par « Las », par exemple.]

Au rai de la lune
Cher ami Pierrot
File-moi ta plume
Pour oser un mot

Ô ! lumière morte
N'a duré mon feu
Vire-moi ta porte
En l'âme de Dieu

18 Novembre 2017

Lettres
[Nouvelle idée de contrainte paradoxale : réécrire le sonnet des Voyelles de Rimbaud
sous forme de monovocalisme en E — le premier vers étant a priori impossible à
traduire. Voici une proposition de solution. On aurait aussi pu employer les sons È,
É, EE, EW, E à la place des A, E, I, U, O de l'original, comme dans ce gag de 1998.
Et dans ce cas, on aurait même pu envisager une version monovocalique en O, par
exemple, commençant par « O khôl, Ö smog, Õ phlox, OO jonc, Ô flot : logos ».]

È terne, E blême, É pêche, Ë vert, Ê pers : ces lettres,
J'en révèle entre-temps les précédents secrets :
È, d'ébène tsé-tsé les vêtements encrés
Empestés d'excréments et de décédés êtres,

Grève nègre ; E, reflets des tentes et fenêtres,
Tremblements de genêts, sceptres gelés des crêts ;
É, pertes de blessés, démêlés exécrés,
Belles lèvres en fête, éméchés près de prêtres ;

Ë, l'herbe derechef, lent bercement des mers,
Clémence des vergers semés de tendres cerfs,
Experte et sénescente entente des recherches ;

Ê, prestes bêlements des ensembles de vents,
Céleste éther désert, clef d'éternelles perches :
Cercle pervenche, cerne en mes rêves fervents !

[Voir aussi cette autre réécriture d'il y a onze ans]


23 Novembre 2017

Onzinet à contraintes
[Nicolas Graner a transmis à la liste oulipo la notion
de onzinet, forme fixe inventée aux Pays-Bas dans les
années 1980 et introduite en France par Benoît Richter :

Vers 1 (1 mot) : un objet, une idée, une sensation, etc.
Vers 2 (2 mots) : ce que fait cette chose.
Vers 3 (3 mots) : où, ou comment, cela se passe.
Vers 4 (4 mots) : ce que cela signifie.
Vers 5 (1 mot) : conclusion, ce qui en résulte.

En voici un isocèle en vers mesurés et rimés, juste
pour m'amuser à durcir ses contraintes.]

Expérimentation
Illico stupéfie
Agit une potion
Un éon me défie
Antigravitation

26 – 29 Novembre 2017

Marité (le retour)
[combinaison de plusieurs messages adressés à la liste oulipo]

    Sur Twitter (que je lis un peu sans pourtant avoir de compte) ont
été postés récemment beaucoup de messages sur la féminisation
des noms. J'ai particulièrement apprécié celui-ci d'Ingrid Zerbib :
Et pourquoi on dit parking et pas parqueen ?

    En fait, on devrait même se garer dans une marqueen, non ?
Et il faudrait aussi patérialiser au sol les massages pour miétons.

    À vrai dire, ce thème de la parité a déjà été discuté sur notre
bonne liste en août 2006. Alain Zalmanski s'était aussi penché
dès 2002, pour l'OuGraPo, sur la systématique féminisation en
-elle des masculins en -eau.
    Dans un genre voisin, je recommande le brillant mais effrayant
article A Person Paper on Purity in Language de Douglas Hofstadter.
    On sait aussi que Frédéric Dard (que j'avoue n'avoir jamais lu)
emploie plusieurs fois musulwoman dans ses livres.

    Ces schémas peuvent engendrer beaucoup de nouvelles expressions,
et après en avoir compilé les plus amusantes, on pourrait essayer de les
combiner dans un texte ou un poème oulipien. Ça risque bien sûr de
s'engouffrer dans l'à-peu-près, mais juste pour illustrer :

Une manne patérielle
Ouvrir une comptesse sur Twitteuse
Masser une exawomen de pathépatiques
Les brahwomanes ne touchent jamais les marias
Un gonflement de l'abdowomen engendre des pétéorismes
Labourage et mâturage sont les deux papels de la France
Epanuelle Pacron demande aux pinistres davantage de matriotisme
L'article échiking de Raymond Roussel sur le pat Reine+Folle+Cavalière contre Reine
Le prénom Patrice est-il une forme féminine équivalente à Pâteuse ?
Une subtile clinawomen dans une rowoman ou une moème oulimienne
Se faire panger par une spéciwomen de caïwoman
Le relooqueen shocqueen d'un drag-king
La taliswoman sert de pascotte

    Et comme pour le suRjonctif de Queneau, on pourrait même
féminiser les noms déjà féminins, comme la grand-mawoman
voire la jarryenne surfemelle businesswowoman...

    Désolé pour ce rase-potes ; apitiés, Gef_

P.S.: Quelques vers dans cet état d'esprit

Mon sœuse Arian, ne vois-tu rien venir ?
Car Chevelure Azur me fait grand peuse.
Ma cœuse bat, démente de terreuse !
— Matiente un peu, je merçois la navir.

— J'ai dégusté tant de mâtisseries
Que j'ai besoin de dentifeur mollas
Avant d'aller sur cette patelas
Me reposer de ces charivaries.

*

Le fantôme apparut d'une morte pâleur
Chuchotant « Ne fuis pas, cela porte malheur ».


2 Décembre 2017

Échiquier granérien
Nicolas Graner a proposé une variante surcontrainte des échiquiers poétiques
(cf. l'article d'Alain Chevrier p. 72 de Formules n° 7) : la grille 5×5 ci-dessous
donne des textes différents quand elle est lue horizontalement, verticalement, ou
selon un parcours de Cavalier du jeu d'échecs. J'ai conservé le même parcours
que dans le premier exemple construit par Nicolas. Il est très voisin de celui
que j'avais choisi pour mon renga de 2001, mais pas strictement identique.

Je suis le ténébreux, — le crâne tu,
— célèbre comme prince.
Je brave mort, Styx, mais croupis car me bannit Biron !
Désespérant, on rêve dément, sombre...

*

Je crâne, je croupis, désespérant.
Suis-tu, brave ? car on le célèbre mort.
Me rêve ténébreux comme Styx bannit, dément, le prince.
Mais Biron sombre.

*

Je célèbre le Styx sombre, me désespérant,
brave comme Biron rêve.
Croupis-tu, ténébreux mais dément ?
car crâne le prince ! Bannit-on ?
Je suis mort.

je1 suis24 le19 ténébreux14 le3
crâne18 tu13 célèbre2 comme9 prince20
je23 brave8 mort25 Styx4 mais15
croupis12 car17 me6 bannit21 Biron10
désespérant7 on22 rêve11 dément16 sombre5

+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+
¦     je    ¦    suis   ¦     le    ¦ ténébreux ¦     le    ¦
+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+
¦   crâne   ¦     tu    ¦  célèbre  ¦   comme   ¦   prince  ¦
+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+
¦     je    ¦   brave   ¦    mort   ¦    Styx   ¦    mais   ¦
+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+
¦  croupis  ¦    car    ¦     me    ¦   bannit  ¦   Biron   ¦
+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+
¦désespérant¦     on    ¦    rêve   ¦   dément  ¦   sombre  ¦
+-----------+-----------+-----------+-----------+-----------+


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