Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]

27. Recent stuff (2016-17)
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

13 Septembre 2016

L'indivisibilité
Handicape l'épigramme :
Cette factice unité
Ponce l'encéphalogramme.

Plutôt t'adopter sciemment,
Décomposition subtile,
Devenir l'insane amant
D'étrange ptérodactyle !

[Toutes les décompositions possibles d'un heptasyllabe en mots de 2 à 7 syllabes
— organisées de telle sorte qu'on passe d'une ligne à la suivante en effectuant
soit une somme, soit une décomposition d'un seul entier en deux plus petits :
        7 = 4+3 = 2+2+3 = 2+5 =
        2+3+2 = 5+2 = 3+2+2 = 3+4.
Notez que la dernière somme pourrait être suivie du premier 7,
donc que la structure est cyclique.]


18 – 21 Septembre 2016

Paronymes autodescriptifs
Pierre-Marie Tricaud a proposé à la liste oulipo une contrainte assez complexe : composer des distiques
de décasyllabes mettant en scène deux paronymes (mots ne différant en général que par une seule lettre)
autodécrivant de façon homophonique la lettre ajoutée ou supprimée. Son modèle est la phrase
mnémotechnique classique :
Le vrai sceptique a vexé la fosse septique censée le soulager.

J'ai commencé par illustrer les lettres que Pierre-Marie Tricaud n'avait pas traitées lui-même, ainsi que
quelques unes qu'il avait laissées inachevées. Mais ces premiers essais de ma plume n'étaient pas bien
rhygoureux du point de vue de l'autodescription homophonique. Trois jours plus tard, je me suis lancé
dans un alphabet complet, un peu plus sérieusement autodescriptif, mais flirtant parfois avec la
capillitraction tétratrichotomique, surtout vers la fin. Mes décasyllabes sont classiquement césurés
4/6, avec quelques diérèses ou synérèses. En revanche, aucune alternance n'est recherchée, car les
distiques sont indépendants.

Premiers essais pour les lettres manquantes de Pierre-Marie :

(M) Comme Queneau, j'aime plutôt m'aigrir
Qu'au bout des doigts voire du cou maigrir.

(V & U) Ce livre neuf, levez-vous pour le lire :
Une fois lu, voyez votre âme luire !

(X) Le hic, c'était qu'il me fallait expier
Ce doux péché consistant à l'épier.

Et pour ses distiques inachevés :

(F) Un vieux poète effacé sans frimer
Aime l'effort et l'effet de rimer.

(Q) Fut-ce un violon qu'eut le soldat troq
Contre un bouquin ? Voilà son cul troué.

(R) L'instituteur décida de brailler :
Au fond, le cancre avait l'air de bâiller !

(T) « Juste du thé vendu pour inhaler... »
Mais le dealer se mit à détaler.

(Z) Ce géologue a besoin de vos aides :
Il veut un quart de ce quartz des pinèdes.

Alphabet complet du 21/09/16 :

Si votre dent semble se carier
Arrachons l'a mais vous allez crier

L'on voit tomber maintenant s'abîmer
Dans le néant ce qu'on pensait aimer

Laissez laissez disparaître et crever
Le règlement préférez le rêver

Mon assistant est encore à glander
Par monts et vaux l'aide est parti glaner

Vilain fermier vos oeufs sont périmés
Comment oser les prétendre primés

On menaçait de le faire bien frire
Sans l'effrayer donc il se mit à rire

À trop souvent jouer à me grimer
Las j'ai perdu le moyen de rimer

Tout dégonflé lâche sera chassé
Aussi son grade alors sera cassé

Qui voile ou viole une femme : entendu
Qui du paddy vole sera pendu

Ci-gît don Juan qui savait tant jouir
Doux chat-huant qu'elles aimaient ouïr

Ce cas défend la doctrine kantienne
En me chantant une drôle d'antienne

L'homme est perdu car il s'est fait larguer
Elle est partie et sans rien arguer

Voir filer droit bicyclette ou tandem
Sans les filmer me fait vomir idem

Sur la statue il voudrait se pencher
L'aine est cachée il ne peut donc pécher

Dépourvu d'eau je me sens tant mûrir
Mais allô quoi je vais bientôt mourir

Dessinateur qui ne roupille pas
Sempé ne rouille avec ses gens sympas

Ce mendiant loue un taudis sans sécu
Piteuse loque il a vécu vaincu

Le pauvre hère est parti se cacher
Dès qu'on le trouve il se met à cracher

Est-ce oublier de tout bien vérifier
Mais est-ce là proprement versifier

Le boulanger continue à pétrir
Santé fragile il risque de périr

Citer Paluds surprend pour un cocher
Elle en conclut jeu velu pour coucher

Vois le patient vénérien délirer
L'âme élevée enfin se délivrer

Dans ce doux bleu vais-je amènes wallons
Sans l'huis des cieux vers l'enfer nous allons

Il faudra tous au déclic se fixer
S'il n'a pas lieu surtout ne pas s'y fier

Ressuyez donc ces tigrés cabillauds
Car sans cela vous ressuez griots

Le réséda sut lier ce qu'on aurait
Trouvé trop terne au mur qui s'azurait


25 Septembre 2016

Rappel sémantique

Clé passementière
à script, éléments
masqués, templière
lectrice, âme épands !

Pire est ta clémence
t'y mêlant parsec.
Réclamer pitance,
pimenter l'art sec !

Quelle estampe à rime,
quel rythme en sa paix
était classe en prime,
celtique amant près ?

Mais là serpent tique,
pense étriqué, mal.
L'assermenté pique,
expérimental.

[Toutes les décompositions possibles d'un pentasyllabe en mots de
1 à 5 syllabes, organisées de telle sorte qu'on passe d'une ligne
à la suivante en effectuant soit une somme soit une décomposition
d'un seul entier en deux plus petits (et la règle est cyclique) :
        strophe 1   strophe 2   strophe 3   strophe 4
        —————————   —————————   —————————   —————————
          1+4       = 1+1+1+2   = 1+2+1+1   = 1+1+2+1
        = 1+1+3     = 1+2+2     = 1+1+1+1+1 = 1+3+1
        = 2+3       = 3+2       = 2+1+1+1   = 4+1
        = 2+1+2     = 3+1+1     = 2+2+1     = 5.
Les 16 vers de ce double sélénet sont aussi des anaphones les uns
des autres. Un barde y invoque la muse Ulypô pour le guider parmi
l'immensité des possibles, mais cette vouivre lui instille plutôt
le goût des essais abscons. Inutile de préciser que j'ai bien sûr
dû pondre bien davantage de vers pour mettre au point ce machin.]


5 – 12 Octobre 2016

Robert Rapilly a proposé à la liste oulipo de récrire ce haïku de Michelle Grangaud en respectant les contraintes que l'on veut :

Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.
[Michelle Grangaud, Poèmes fondus, P.O.L., 1997]

La poétesse a extrait ses douze mots du sonnet XIX des Regrets de Joachim du Bellay.


Trois « poèmes sublimés » [5/10/16]
[piocher dans l'ordre 5+7+5 lettres dans les vers successifs de Michelle Grangaud. La notion de « haïku »
minimaliste de 5+7+5 lettres a déjà été explorée par D. Hofstadter, J. Roubaud, A. Chevrier, etc. La
nouveauté est ici d'exagérer le procédé de réduction employé par M.G., cette fois au niveau littéral. Mon
premier « poème sublimé » est certes un peu trop trivial, car il reprend un mot complet de l'original.]

astre
possède
arête

(Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.)

verte
équipée
veuve

(Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.)

reste
liquide
larve

(Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.)


Sonnet sublimé [8/10/16]

Ennuis devine :
longer tertre
contre rançon –
saveur testée.

Épuise rétine,
argent errant,
étique lustre
laissé demain.

Règles lambda,
vilain revers,
oeuvre coupée

évoque soupir,
tenace pâleur,
cosmos équipé.

[« sublimation » de l'original de du Bellay :

Ce pendant que tu dis ta Cassandre divine,
Les louanges du Roy, et l'heritier d'Hector,
Et ce Montmorency, nostre François Nestor,
Et que de sa faveur Henry t'estime digne :

Je me pourmeine seul sur la rive Latine,
La France regrettant, et regrettant encor
Mes antiques amis, mon plus riche tresor,
Et le plaisant sejour de ma terre Angevine.

Je regrette les bois, et les champs blondissans,
Les vignes, les jardins, et les prez verdissans,
Que mon fleuve traverse : ici pour recompense,

Ne voyant que l'orgueil de ces monceaux pierreux,
Où me tient attache d'un espoir malheureux,
Ce que possede moins celuy qui plus y pense.

Appliquer ce procédé de « sublimation » à un sonnet (avec des mots de 6 lettres) m'a été suggéré par Robert Rapilly,
généralisant mes réductions en 5+7+5 lettres ci-dessus. J'ai cette fois évité les mots présents dans l'original (ce
qui m'a fait remplacer un acceptable « Regret laissa » par le familier « Règles lambda »). Je me suis rendu compte
a posteriori que cette contrainte de la « sublimation » est une proche cousine de la « dérivation » proposée par
Noël Bernard en février 2015. Les différences sont que la longueur des mots n'était pas imposée chez N.B.
(légèrement plus facile), mais qu'il fallait piocher une et une seule lettre par syllabe (
beaucoup plus difficile !).]


Quatorze haïkaï [7–12/10/16]

Parcours cette terre.
Celui qui pense jouit
du fleuve et du quai.

[haïku isocèle]

*

Traversons maints gouffres.
    Qui rêve possédera
tous les bords des fleuves.

[haïku à taille de guêpe]

*

Errant (. .-. .-. .- -. -)

Va par cette terre,
car celui qui pense aura
rivage et ruisseau.

[morseku : les longeurs des mots sont imposées par la traduction en morse du titre]

*

J'ouïs d'eux : « La rive hier
joue, ide. L'art y vit, hère.
Jouis de la rivière ! »

[holorime triple en 5+7+5 syllabes]

*

Gambade en l'humus.
Qui zyeute, jerke ou mieux, crawle,
possède le fleuve.

[pangramme]

*

Vers la terre, vire.
Qui réfléchit possède, ivre,
le fleuve et la rive.

[anagrimes]

*

La terre te drive,
car sans suspense, qui pense
possède la rive.

[rimes à l'oeil]

*

Retraverserai
spiritualisation
fluvïométrique

[trois mots]

*

Rare être, erre à terre.
Ta tête, artère aérée,
a tertre et Tartare.

[tétra-grammes]

*

Dis, vogue aux montagnes.
Un bûcheur ingénieux souhaite
affluents ou caps.

[panphonème]

*

Grès prôné, rôdé.
Là réfléchît, tôt détînt
mâts, prés d'à-côté.

[haïku hyperaccentué]

*

RÉOPI     =   Errer au pays,
LIDRIGA   =   et l'idée érigée a
OLMRG     =   eau et l'émergé.

[haïku épelé]

*

Erre-t-on, ô terre ?
À trop ressasser porta
la rive : viral.

[palindromes]

*

Ranger de la terre
où pensions nous nous filons
niais moult affluent

[polysémie]


12 Octobre 2016

El Sublimado

    Echado
   (Désert)

Silène  évincé,
épique, oublié :
sistre  muselé,
poêlon  démoli.

Anneau  insolé,
rieuse  amitié,
raisin, amours,
alloue  arolle !

Usurpé, signai.
Rester  basané ;
jivaro  aliéné...

Défier  Escher :
mantra  redoré,
orante  élidée.

        Gardel

[Sublimation du Ténébreux. Le titre en espagnol signifie « rejeté » — et donc pas du tout « désert » !
Par ailleurs, si le cistre ressemble au luth, ce n'est pas le cas du sistre, ancêtre égyptien du tambourin...
Bien que certaines images de l'original soient évoquées, vous remarquerez que je ne me suis jamais
servi des mêmes mots.


El Desdichado
(le Désherité)

Je suis lenébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constel
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant a mon coeursolé,
Et la treille ou le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'aivé dans la grotte où nage la sirene...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Acheron :
Modulant tour a tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

                                        Gérard de Nerval

J'ai profité de cette 92e réécriture personnelle du Desdichado pour établir une liste de toutes mes versions.]


14 Octobre 2016

Deux palindromes phonétiques de circonstance

Le bon Bob : Nobel !
Eh, dis, Nobel est bon à lied :
Bob Dylan, ô belle et bonne idée !

*

Qui dit à fantasque été
« Raye Pierre Étaix » ?
Ah temps fatidique !


P.S. du 4/12/16

La mort cible G.
Marcel Gotlib,
l'égal bic, mort ?
– Tomb-allergic!
[anagrammes]

Marcel Gotlib,
liste, est mort : blague ? :-(
[anaphone]


21 Octobre 2016

Épiez
le monde,
deux pieds
seconde.

Copiez
en l'onde
papiers,
faconde.

Attends
vingt ans
lagune,

torrents,
et prends
la lune.

[Hommage simultané au poème fondu de l'oulipienne de l'année et au vingtième anniversaire de la
liste oulipo. Notez que (2 pieds/seconde)*(20 ans) = 384 750 km = distance Terre-Lune moyenne.]


8 – 13 Novembre 2016

Attelages étendus
Jean-Louis Bailly, Régent du Collège de 'Pataphysique, a défini les notions d'homophonopronominalisation
et d'homéozeugme, qui sont bien plus proches des zeugmes ophyciels que ce que j'avais osé appeler
zeugmes homonymiques il y a un quart de siècle. Voici juste un p'tit tanka dans cet état d'esprit :

Quand des moucherons
entreront dans nos narines,
nous nous le ferons.

Mon cousin écrasera
celui qui bourdonnera.

Et puisque Jean-Louis Bailly considère comme des fautes de goût les attelages entre homographes
de genres différents (masculin & féminin), en voici deux pour le plaisir de l'interdit :

Le mousse nettoie celle de la coque.

et un tercet inspiré par ce sonnet de janvier 2004 (utilisé quelques années
plus tard dans la Bande de sonnets de l'oubapien Étienne Lécroart) :

Gilles de Rais saute, ivre,
les pages de son livre
et tous ceux qu'on lui livre.

On peut aussi étendre le principe des homophonopronominalisations à des vers holorimes
entièrement sous-entendus, par exemple en reprenant ceux que le frésident-pondateur FLL
avait transformés en poèmes-barre [12/11/16] :

Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime,
De cette façon lors d'un parcours homonyme.

Par les bois du Djinn, où s'entasse de l'effroi,
Fais ce qu'au premier vers t'ordonne un craintif roi.

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Toi que j'ai susnommé, fais-le donc si tu l'oses.

En voici un quatrième plus créatif, d'après ce poème fondu de Michelle Grangaud [13/11/16] :

Quai perdu ? Comme en terre elle arrive, elle court,
Exauçons les deux voeux de ce troublé discours !

Solution : Qu'éperdu commentaire ait la rive et le cours !

[Voir aussi mes précédents textes utilisant des homographes]


21 Novembre 2016

Contre-holorimes
La liste oulipo s'est réintéressé quelques jours aux contrerimes. J'ai remarqué à cette
occasion qu'elles peuvent se combiner très naturellement avec la notion de poème-barre.
Essai reprenant le schéma AbbA/8686 de Paul-Jean Toulet :

Si tu hais, parleur, l'équilibre
    en feinte — humour à point
situé par leur lai qui point,
    enfin tu mourras libre !

Il pourrait également être amusant de composer des contrerimes aussi dissymétriques
que possible, par exemple :

Cède l'âme à l'adresse ineffable des dieux,
        nuée !
– C'est de la maladresse innée, fable dénuée
        d'yeux.


P.S. du 25/11/16 : tentative d'holorime quintuple
[voir aussi mes précédents holorimes multiples dont même un d'ordre 6]

La machine à presser des pièces de monnaie
a des répercussions perverses : l'univers
piégé, désorienté, comprend que chaque année
sa ruine s'amplifie à l'instar de ces vers.


Le rotor est fer en ce
leurre au tors effet. Rends-ce
l'euro tôt rets, F. ? Errance,
l'heure ôte or et fait rance
leur autoréférence.


1er Décembre 2016

Décrire l'an

Jà verni, le cercueil est prêt à leur offrir
Ver fier de les manger puis repos et silence.
Arms, bras de la Camarde aimés par la Défense...
Vil Râ, soleil rival, ne nous fais pas souffrir !

I am your friend, dit-il, l'ami qui sait guérir
Un ji-samouraï près de crever de malchance :
J'illute dans la boue et son torse et sa panse,
Auto-régénérant l'espoir sans coup férir.

Béer, temps ralenti, dans ton atone automne ?
Ce robot va reprendre une course gloutonne,
Mon verbe tarira comme un goéland nié.

Bec de mer, ton appel dans le givre s'égare :
Crier lande, ancrer lied ? Encrer laid lac dernier ?
Ciel rendra l'air cendré — craindre le déclin rare.

[Les premières lettres de chaque vers sont des anagrammes des mois de l'année,
séparées du reste par une espace, une virgule, un trait d'union, etc. Le titre
et les deux derniers vers sont constitués d'anagrammes de « calendrier ».]


Compendium
[Simple amusement markovien avec le compendium de la Vie mode d'emploi.
J'avais déjà essayé la commande dissociated-press de l'éditeur de texte EMACS
sur la bibliographie de Perec le 23 avril 2002 (et Bernard Magné en avait même
recopié le résultat sur son site). Rappelons au passage que ces chaînes de Markov
littérales donnent de très bons résultats sur le Petit Prince de Saint-Exupéry.
J'ai aussi retrouvé récemment l'une de mes toutes premières utilisations de ce
procédé : mon laboratoire avait reçu un très sérieux comité d'évaluation les
31 mars et... 1er avril 1994, donc j'avais osé distribuer ce fichier aux membres
du comité ! Des amis ne connaissant pas la langue des physiciens théoriciens
m'avaient dit que ça leur semblait presque normal. Ça me fait pour ma part
beaucoup travailler mes abdominaux
;-D.]

Le fils de l'antiquaire plongeant les doigts dans un coin de son petit-beurre Lu
Le petit garçon classant ses cheveux en voulant plus jamais quitter son trapèze
Le petit chat sourd aux yeux vairons vivant avec des nombres choisis au hasard
L'ancien clown de Varsovie menant une somptueuse réception pour ses collègues
L'homme en pardessus noir en train d'accorder le piano de la chanteuse russe
La dame en robe à pois faisant des emboîtages pour les puzzles de l'Anglais
L'urologue rêvant de donner son nom à une recette de mousseline de fraises
Le barman malais échangeant de sexe puis devenant une petite femme timide
La femme avare écrivant ses moindres dépenses dans un bocal de malossols
La vieille domestique rêvant de la polémique entre Asclépiade et Galien
Le jeune étudiant qui resta pendant six mois dans sa combinaison rouge
Le fils de l'antiquaire pétaradant dans sa poche une ultime allumette
Le Prince Eugène faisant tous les concours publiés dans les journaux
La petite parfumeuse choisissant les biographies de ses cinq nièces
L'inspecteur des Eaux & Forêts fondant une nouvelle clé des songes
L'ancien clown de Varsovie menant une petite vie dans l'ascenseur
Le crétin chef d'îlot faisant perdre patience à son miniaturiste
Les sept acteurs refusant de se servir d'un four auto-nettoyant
L'infirmière regardant au compte-fils la miniature à restaurer
La vieille domestique rêvant de donner son nom à un continent
Le grand-père libéral trouvant trois doigts à la main gauche
Le sultan Selim III atteignant huit cent quatre mois par an
Monsieur Riri somnolant après déjeuner derrière la tenture
La petite fille qui mord dans un coin de son petit enfant
Le violon italien faisant préparer des tonneaux de sable
Le troisième ouvrier lisant l'impalpable travail du ver
Le compositeur offrant à leur idole 71 souris blanches
Le cambrioleur international passant pour un lit luxe
La belle Polonaise revenant hanter la dure ballerine
L'antiquaire pétaradant dans ses parties de jacquet
La Matheuse rêvant de croque-mort à l'oeil haineux
Le médecin rêvant de créer un vrai héros de roman
Le préteur faisant mourir sa patrouille en Corée
L'Empereur songeant à arrondir ses fins de mois
La veuve emballant ses souvenirs de sanatorium
La jeune femme faisant naufrage à Arkhangelsk
Le magicien devinant tout avec des réussites
Le philologue faisant couronner à Covadonga
Le douloureusement les Trois Hommes Libres
Gédéon Spilett retrouvant dans sa chambre
Le riche amateur de croûtes d'Édam étuvé
La petite fille qui mord dans un cahier
L'ingénieur se ruinant dans sa chambre
La dame faisant couronner à Covadonga
La jeune fille au chevet de son père
Amerigo mourant de froid en Argonne
Le fabricant d'articles de l'heure
Guyomard séparant dans sa chambre
Le fils de la jeune femme timide
Le cadre donnant une super-star
Orfanik demandant ses haricots
L'ancien professeur de puzzle
La jeune princesse en colère
Amerigo mourant de la plage
Aetius arrêtant pas la TSF
Le gérant de l'infirmière
Le professeur de fraises
La jeune fille en Corée
Le faiseur de physique
L'épouse du magistrat
Le grand-père le roi
Le monteur en panne
Le fils de l'heure
Le violon italien
Le vieil artisan
Le petit enfant
Le grand raout
La belle-mère
Le militaire
Les tristes
La cuisine
Le marine
L'acteur
Le fils
L'amie
L'art
Amer
Les
La
O

3 Décembre 2016

   Si amène amnésie

L'indu moment qui tend
Du lin gris sur ta vie
Mari d'aigreurs convie
Dam ri que l'on entend

Rider mec sûr t'attend
Cri merde aucune envie
Dieu j'use c'est obvie
De jiu-jitsu fouettant

Ver de nid m'ingurgite
Rend vide ma peau vite
À demi s'offrant chair

Mais de jurer patience
Chemin d'à côté d'hier
Machine d'inconscience

(Même contrainte que pour Décrire l'an ci-dessus
et thème voisin, mais avec ici des vers isocèles
courts sans ponctuation. Inutile de préciser que
les mots ont presque choisi tout seuls ce qu'ils
avaient envie de dire, tant c'est contraint. ;-)


13 Décembre 2016

Rimes quenelliennes

L'affligé ténébreux le veuf perd sa maîtrise
car des forts aquitains il n'est plus le héros
sa seule étoile est morte et sa lyre s'irise
la dépression le plonge en des soleils noirauds

Voyez hors du caveau l'ombre qui cicatrise
en rendant d'italiens sommets et littoraux
oyez battre ce coeur qu'un rosier martyrise
quand s'accordent le pampre et les charmes floraux

Suis-je Amour ou Phébus ? plutôt Poil de carotte ?
j'ai rêvé que nageait la sirène en sa grotte
lorsqu'un baiser de reine a teint mon front carmin

Traversas-tu vainqueur d'infernaux Orénoques ?
au théorbe d'Orphée ainsi tu les invoques
chaque soupir de sainte est un cri surhumain

                                                (Reynard Quedal)

[Desdichado selon le schéma de rimes des Cent mille milliards de poèmes de Queneau,
en évitant les rimes pauvres ou déjà utilisées, et en respectant la structure grammaticale
de ces poèmes. Beaucoup de ceux de Queneau emploient des rimes masculines pauvres
(en -aux et -in, sans consonne d'appui) ou étymologiquement liées (comme remise/mise/
mainmise/insoumise, prise/éprise/surprise/entreprise ou soliloques/ventriloques). Il en existe
toutefois quelques uns évitant ces faiblesses, par exemple le numéro 70 797 898 305 464 :


Quand l'un avecque l'autre aussitôt sympathise
lorsque le marbrier astique nos tombeaux
la découverte alors voilà qui traumatise
qui sait si le requin boulotte les turbots ?

Et pourtant c'était lui le frère de feintise
le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux
le gourmet en salade avale la cytise
à tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

On sèche le poisson dorade ou molve lotte
le lâche peut arguer de sa mine pâlotte
l'autocar écrabouille un peu d'esprit latin

Ne fallait pas si loin agiter ses breloques
on mettait sans façon ses plus infectes loques
l'écu de vair ou d'or ne dure qu'un matin

                              (Raymond Queneau)

Pour une quasi-infinité de sonnets selon ce schéma de rimes (volontairement pauvres pour les
masculines, et sans structure grammaticale imposée), voir ce programme de Nicolas Graner.]


17 Décembre 2016

Bergeronnet
[Carré syllabique 6×6 lisible dans quatre directions,
en hommage à Didier Bergeret, qui avait proposé cette
contrainte sur la liste oulipo le 12/06/97 d'après la
notion de diagonnet. Cet ami est décédé le 16/12/16.]

Ma colère interdit d'approuver l'art contraint :
Mieux vaut s'en affranchir pour tester notre entrain,
Car cet ami savant roule en auto sans frein.


dje di ʀe ʒə bɛʀ se
di ʀy de li bɛʀ
ʀe de ta ʒə
ʒə ta de ʀe
bɛʀ li de ʀy di
se bɛʀ ʒə ʀe di dje
+---+---+---+---+---+---+
¦dié¦di ¦ré ¦je ¦bèr¦sé ¦  D'« yeah » dirais-je, bercé
+---+---+---+---+---+---+
¦di ¦ru ¦dé ¦ne ¦li ¦bèr¦  d'ire ? Eus des noeuds ? Libère
+---+---+---+---+---+---+
¦ré ¦dé ¦ta ¦lo ¦ne ¦je ¦  raide, étalonne jeux !
+---+---+---+---+---+---+
¦je ¦ne ¦lo ¦ta ¦dé ¦ré ¦  Je ne l'ôte à des rets,
+---+---+---+---+---+---+
¦bèr¦li ¦ne ¦dé ¦ru ¦di ¦  berline d'érudit :
+---+---+---+---+---+---+
¦sé ¦bèr¦je ¦ré ¦di ¦di馠 c'est Bergeret Didier.
+---+---+---+---+---+---+

9 Janvier 2017

La campagne
[sonnet holorime selon le schéma des Cent mille milliards de poèmes
de Queneau — cette fois sans en respecter la structure grammaticale]

Sur dix télés, voilà, l'or ennemi n'y mise
chauve impro, ces débats sans crainte, électoraux.
Surdité les voila : lors haine minimise
chauvins procédés bas (s'encre intellect), oraux.

« Comment terrasser l'est ? Être un pet, conne omise ? »
Large encombrant dealer eut-il asséné gros
commentaire assez leste ? Et Trump économise
l'argent qu'on brandit, leurre utile à ces négros.

Aîné politicard, fissa le ravi vote
et n'épaule E.T. car fi ! sale rat, vivote !
Décor ramena : c'est l'emblème américain.

Tu n'as sorti les Japs, lié les Chinetoques,
thune à sortilège, à plier l'échine, toques
dès qu'aura menacé l'an blême — amer hic, hein ?


15 Janvier 2017

Lange (B.A.-BA)
[Sonnet de monosyllabes selon le début de la suite de Prouhet-Thue-Morse ABBA BAAB BAA BAB,
en évitant les rimes pauvres et en respectant les règles d'alternance & de liaison supposée.
Lassé de recevoir des ordres non conformes au sien (d'ordre), un bambin se réfugie
d'abord dans ses rêves, puis finit par développer un goût prononcé pour les fugues.]

Mange
lard,
chiard,
range !

L'art
change ;
prends-je
part ?

Fard
venge
fange.

Tard
l'ange
part.


20 Janvier 2017

Homomorphisme littéral & syllabique
Christian Merle a proposé à la liste oulipo de composer
des sonnets dont chaque vers soit homomorphe au célèbre
démarreur de Jacques Jouet
À supposer qu'on me demande,
c.-à-d. globalement octosyllabique, et constitué de six
mots de 1, 8, 2, 2, 2 & 7 lettres respectivement. Voici
ma réponse sous forme de vanité. Les trois digrammes de
suite constituent la principale difficulté — surtout si
l'on cherche à éviter tout hiatus, comme ci-dessous.

À supposer qu'on me demande
d'attendre un an mi-résigné
l'illustre or du Râ désigné
d'acquérir ce dû de légende

j'obéirais où qu'on entende
l'argument Qu'as-tu regagné
à chercher là ce qu'indigné
t'adjurais Or il te truande

N'approuve ni ça ni confort
ô camarade ai-je eu renfort
d'insultes si je te délivre

L'éternité qu'en un circuit
t'esquisse Râ ne va revivre
& toujours un os se détruit

30 Janvier 2017

L'effritement
[copie d'un message adressé à la liste oulipo]

La sextine traditionnelle est caractérisée par six mots-rimes conservés de strophe en strophe (certes en changeant d'ordre), ce qui la rend généralement assez ch…tatique. Cela reste le cas pour les formes analogues employant d'autres permutations ou d'autres nombres de vers, qu'ils soient ou non de Queneau.

C'est la raison pour laquelle plusieurs membres de l'Oulipo (et de cette liste) ont imaginé des astuces pour éviter ces répétitions. Alain Chevrier en a présenté quelques unes à la fin d'un bel article intitulé Le problème des rimes dans la sextine française (mais j'ignore où il a été publié).

La « sextine à anagrammes croissantes » proposée par Harry Mathews, et brillamment illustrée par Noël Bernard, m'a fait penser à une variante : augmenter les mots-rimes d'une lettre à chaque strophe, mais en conservant l'ordre des lettres antérieures. J'ai par exemple assez vite trouvé la suite ruer-rouer-trouer-troquer-tronquer.

À vrai dire, notre colistier Jocelyn Étienne m'avait précisément parlé de ces chaînes de mots en août dernier, mais pas dans le cadre des sextines, et en s'autorisant à ajouter plusieurs lettres d'un coup. L'exemple qu'il m'avait envoyé était « ces canes, carnes réincarnées ».

Je me suis donc permis de demander à Nicolas Graner si une recherche informatique serait facile, et sa réponse a été quelques minutes plus tard un court programme PHP et un fichier contenant 1,3 million de telles chaînes !

Hélas, comme souvent avec les résultats informatiques, la très grande majorité contient des mots étymologiquement liés — ne serait-ce que les verbes conjugués du type aime-aimer-aimera-aimerai-aimerais. J'ai donc cherché dans cette botte de foin les rares lignes intéressantes, et j'ai fini par localiser six septuplets a priori utilisables pour composer une sextine avec tornada :
        a, ma, mai, main (ou mari), marin, martin, martien
        le, lie, lieu, lieur, liseur, lisseur, plisseur (+ polisseur)
        ô, on, non, ânon, canon, canton, caneton
        ri, rai, raie, ravie, gravie, gravier, graviter
        té, ter, ôter, coter, coûter, écouter, écourter
        tua, toua, toura, touera, trouera, troquera, tronquera

Certes deux mots sont encore étymologiquement liés dans la dernière ligne, mais combiner les verbes écourter & tronquer est tentant. Notez en revanche que lie & lier ne sont pas liés si la lie reste au fond du calice. Vous trouverez ci-dessous le laborieux logo-rallye que ces septuplets m'ont inspiré, en vers isocèles. J'ai choisi l'ordre d'Arnaut Daniel pour la tornada, en imposant les mots-clefs aux 3e et 6e syllabes.

Une sur-sur-contrainte serait par exemple de n'ajouter les lettres qu'à gauche des précédentes, comme dans
        es, les, blés, ables, tables, étables, retables, prêtables,
où l'able est un poisson. Mais je n'ai pas trouvé beaucoup d'autres multiplets de ce type sans liens étymologiques :
        (es,) des, ides, rides, arides, paridés, sparidés,
où les paridés sont des oiseaux et les sparidés des poissons,
        (es,) mes, âmes, sames, usâmes, musâmes (ou busâmes), amusâmes (ou abusâmes),
où le same est une langue lapone, et buser signifie en Belgique rater un examen.

Comme un jaune Martien
qu'on verrait graviter
ce tout petit plisseur
d'onde est un caneton.
Quel vers il tronquera
menu pour m'écourter ?

Viens plutôt m'écouter
siffler tel un martin,
car mon chant troquera
l'argile et le gravier
contre un riche canton
au gai zéphyr lisseur.

Deviens un fou liseur,
ça ne va rien coûter :
ma langue est un canon
tiré par maint marin !
La montagne est gravie
et le ciel se trouera.

Ce vaisseau que touera
tel le foin d'un lieur
ma strophe alors ravie
reste ensuite à coter.
En signant de ma main,
suis-je un naïf ânon ?

J'espère bien que non.
Les pâtes qu'on toura,
de fin décembre à mai,
sont offertes, au lieu
de proscrire ou d'ôter
le beurrier à la raie.

Peut-être un divin rai
pourtant aperçoit-on ?
Si le lac, bis et ter,
sur quoi l'on me toua,
est bu jusqu'à la lie,
ce sera vraiment ma...

L'ombre a ri, me tua :
amen ô croix pends-le,
gibet, té sûr qu'on a.

[Voir aussi la sextine que Noël Bernard a ensuite composée selon les mêmes
contraintes, et mes précédentes quinine homographique & sextine en anagrimes]


2 Février 2017

Mais pars
sur terre
distraire
tes soirs
d'espoirs
vus Taire
l'austère
sans arts

Qui pense
l'immense
monde ait
L'abreuve
l'onde et
le fleuve

[Isonnetwoosh = sonnet isocèle de 140 caractères
d'après ce « poème fondu » de Michelle Grangaud.
L'absence de ponctuation l'obscurcit un chouïa.]


5 Février 2017

Le sablier

        J'habite à New York chez un vieux légume presque fada. Ce hideux zombie fut jadis payé comme clown dans un vague cirque. Aujourd'hui, son unique et fugace moyen de s'exprimer est via le web. Pourtant, il bégaye parfois des phrases vides, auxquelles je ne comprends rien. Par exemple, l'obsessif mot clepsydre revient pathologiquement. Papy semble s'inquiéter de l'ouvrage de la Faucheuse. Il va sur Internet pour chercher des subterfuges magiques. Trouvera-t-il une information susceptible de guérir sa phobie ?

        Ce matin, grand-papa a acheté un sablier en forme de cône. D'un ton lugubre, il m'annonce sa mort prochaine, et me demande de respecter ses instructions précises. Te sens-tu capable de rester auprès de moi et de guetter l'ultime instant ? Les sons seront répétés decrescendo, de plus en plus contraints et négligeables. Surtout, n'oublie pas de retourner le sablier, geint-il. Tu distingueras un passage étroit et transparent où disparaîtra la poussière, la passerelle de l'entonnoir. Regarde aussitôt alentour, au-dessus, au-dessous, derrière, ailleurs, si la solitude grandit dans ta raison désertée, ou si l'Éternel est soudain en train de t'aider, ô Seigneur ! Le songe alors t'engloutira sans traîner en une illusion interstellaire, et le soleil irrationnel s'installera sur la nuit noire. Nulle régulation ne t'orientera, et l'allitération inaugurera une autre génération. L'initiateur triangule l'étrange itinéraire, le tunnel intérieur à la littérature. L'interligne étranglé enterre le néant et entérine l'altérité intégrale. Géniale, l'agile araignée gagne à aligner le rai en la linéaire galerie enneigée, à régir l'énergie aérienne. L'année engage l'engrenage à glaner le râle en la grange, à égrener la gêne générale ; l'allergène gangrène le langage. L'allègre règle galère à agréger la grêle, à égaler le réel, à galéger large, agréer le Graal, gérer le régal ; la rage l'égare, grrr. L'élagage légal a allégé l'allèle, l'allée algale a la gale, l'égal aléa a gelé le galgal, glagla. Égée âgé a gagé gag à aga gaga : ga ga ga ga... Aaaaaaa !

        Ba, ba, ba ? B.a.-ba baba, bébé a béé. Béate, ta tata Babette te tâte, et ta tête à bête bâtée tète, ébat bébête, état bêta. Ta tétée tarte barbera, être barré ; arrête ta rareté ratée à art terre-à-terre et barbare, ara taré ! Alerte à table, Albert le rebelle étale le blabla et altère la lettre ! Le babil réitéré l'attire à la librairie, et il lit, rit, relit, allaité à la Bible ; l'atelier littéraire bataille et rétablit la liberté, rebâtit le terrible arbitraire. Le laboratoire oratoire obéira à la loterie orbitale rotatoire, et il tolérera l'aléatoire total. Il affaiblira la fébrilité, l'effroi et la fatalité ; bref, le frérot ira faire la fête et a fortiori batifoler.

        Le petit préfère-t-il répertorier la parole appropriée et parfaire le papier parallèle ; le préparatif paraît a priori profitable ! Et a posteriori, sera-t-il satisfait par le portrait-robot proposé ? Enfin, l'enfant le sent intéressant, et bientôt il se représentera ainsi la fantaisie potentielle. En la circonstance, il se précipite en ce possible infini, et rencontre l'acrobatie ensorcelante, la conscience sociale, la connaissance, la science. Il continue à courir après la beauté raffinée. Maintenant, il compte neuf printemps et ne sait pas combien il en accumulera par la suite. Il demeure encore un peu faible et timide, mais il a confiance en le futur. Il grandit puis aboutit facilement à l'adolescence. À vingt ans, il a l'impression d'occuper plus confortablement la surface du globe.

        Adulte à présent, il vibre au parfum d'un bouquet de perce-neige. Il a brusquement envie d'explorer l'univers et de décoder la clef des signes. Son choix est d'observer d'abord le magnifique espace. En fouillant, au gré de l'alphabet, vraiment jusqu'aux cieux. Je fixe l'horizon qui me capte et me guide au-delà du visible. Oh ! voyez la paix débordant de joie qui s'offre de ces montagnes ! Je veux faire de la gymnastique assez bien pour skier sans chute. Et ce week-end, je pars en voyage ; qualifiez-moi de bienheureux !


*
* *

Antécédents :

• J'avais en fait commencé ce texte à la fin des années 1980 (!), mais il était à l'époque organisé dans le sens plus standard de la naissance à la mort. Du coup, il démarrait par un passage ridicule révélant immédiatement le principe, et je n'avais jamais jugé utile de dépasser le stade d'un brouillon. J'ai récemment compris qu'il deviendrait plus intéressant avec une structure en « sablier ».

• En 2003, cette idée d'un lipogramme progressif m'avait inspiré ce sonnet.

• Le roman « Ella Minnow Pea » de Mark Dunn date de 2001, mais je ne l'ai lu qu'en 2005. Son intrigue est construite sur un appauvrissement progressif de l'alphabet. La grande perecquienne Mireille Ribière l'a analysé dans cet article (au format PDF).

• Dans l'« Anthologie de l'OuLiPo » de 2009, Olivier Salon a publié un long lipogramme progressif pages 738 à 745 (rendant plus caduque encore mon idée des années 1980). J'ignore de quand date précisément cet excellent texte.

Ma prose ci-dessus n'a donc rien de bien nouveau du point de vue des contraintes. J'ai décidé d'écrire une seule phrase par sous-alphabet, en employant obligatoirement toutes les lettres autorisées. À part pour les pangrammes des extrémités, tous les autres alphabets partiels sont volontairement différents. Ils ont été choisis pour me permettre de raconter à peu près ce que je voulais.

a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z
a b c d e f g h i j.l m n o p q r s t u v w x y z
 a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v w x y.
a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v.x y
a b c d e f g h i.l m n o p q r s t u v x y
a b c d e f g h i l m n o p q r s t u v.y
 a b c d e f g h i l m n o p q r s t u v.
a b c d e f g h i l m n o p.r s t u v
 a b c d e f g h i l m n o p r s t u.
a b c d e.g h i l m n o p r s t u
a b c d e g.i l m n o p r s t u
a b c d e g i l.n o p r s t u
a b.d e g i l n o p r s t u
a.d e g i l n o p r s t u
a d e g i l n o.r s t u
a.e g i l n o r s t u
a e g i l n o r.t u
a e g i l n.r t u
 a e g i l n r t.
 a e g i l n r.
a e g.l n r
a e g l.r
 a e g l.
 a e g.
a.g
 a.
 a b.
 a b e.
a b e.t
a b e.r t
a b e.l r t
a b e i l.r t
a b e.i l o r t
a b e f i l o.r t
a b e f i l o p r.t
a b e f i l.o p r s t
a b.e f i l n o p r s t
 a b c e f i l n o p r s t.
a b c e f i l.n o p r s t u
a b c.e f i l m n o p r s t u
a b c d e f.i l m n o p r s t u
 a b c d e f g i l m n o p r s t u.
a b c d e f g i l m n o p.r s t u v
 a b c d e f g i l m n o p q r s t u v.
a b c d e f g.i l m n o p q r s t u v x
a b c d e f g h i.l m n o p q r s t u v x
 a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v x.
a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v x.z
a b c d e f g h i j.l m n o p q r s t u v x y z
a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v.x y z
a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

(Le mouvement brownien des lettres centrales est amusant à suivre des yeux sur cette représentation en police de chasse fixe. :-)

Comme les passages comptant un nombre moyen de lettres (ni hyper-lipogrammatiques ni quasi-pangrammatiques) sont relativement faciles à construire, j'avoue m'être imposé d'autres contraintes locales pour stimuler ma racontouze...

[Une présentation soignée de ce même texte est disponible au format PDF (340 Ko)]


9 – 20 Février 2017

Holorimes orphelines
[Nouvelle proposition de contrainte paradoxale : composer des distiques
d'alexandrins holorimes se terminant par l'une des rimes véritablement orphelines
repérées il y a deux ans. Voir aussi les réponses des abonnés à la liste oulipo.]

Érodé paradis tombé ! « La chanson peut pl-
aire, au départ » a dit ton bey, lâchant son peuple.

Ô Maître luthérien, on commente ode pour pr-
omettre lutte, et rien onc au manteau de pourpre !

Aimant parigot, l'art vaincra, va ! T'aide chant vr-
aiment pas rigolard, vain cravaté de chanvre...

Igor y fiait son heure atypique aux pingouins fr-
igorifiés — sonneur à tipis, copain goinfre.

Ah, snob hors d'haleine, yo ! l'importun sensass coach
à snowboard (allez, gnôle !) importe un sens à « scôtch ».

Élançant des faucards, lors émonder cent ceps, tr-
ès lent, sans défaut, car l'or est mon décent sceptre.

Euphorise, ô l'aimé !, la lune — hiver saint qu'Ur v-
eut fort isoler, mais là l'univers s'incurve.

Un pamphlet misanthrope appelle (hum !) à l'index Tr-
ump, enflé misant trop « Pape est le Malin dextre ! »

Hugo Boss
Eh ! mystifiant tailleur, tas qu'on signala d'extr-
émiste, y fiente ailleurs ta consigne à la dextre !

Mycologue olfactif kinésithérapeut'
m'y colle au golf, actif : « Qui n'hésite erre à putt ! »

Oh ces cramoisis, cons, malfrats paient des stockfisch tr-
op secs, rats moisis qu'on mal frappait d'estoc, fichtre !

Nabots nécessitaient d'attendus coolos tags ; n'
abonnez ces cités datant ! Du coup, l'eau stagne.

Rond picard chenapan défini comme un thug me
rompit car je n'appends des « fi ! » ni commun zeugme.
[l'accent permet de faire passer le « z » initial du zeugme, qui présente
une grosse difficulté pour l'holorime, combiné à l'« -eugme » final]

Cavalier turc à la chasse laissant échapper des chamois
en raison d'une perte d'équilibre passagère de sa monture,
mais il lui reste heureusement assez de nourriture

Habile isard ou cinq ? Larguant, bachi-bouzouk st-
abilisa roussin. Lard, gambas, hiboux jouxtent.
[le zozotement est ici utilisé pour faire passer le « j » initial de « jouxtent »]

« Pontil envieulx ? Pas toy, Carles, goust jadis j'honcte ! »,
pond-il en vieux patois car le goujat disjoncte.
[essai d'autre astuce possible]

Découverte du prix exorbitant des antalgiques en Turquie,
après une malencontreuse glissade au bal

Oh dansons ! Choc. Oh la savonnette ! Hui, mit l'Aspr-
o dans son chocolat : ça vaut net huit mille aspres...

Despote bien nourri
Néron cantilène aime (et le gars veut vaincre humbles),
N'est rond quand il est né, mais le gavent vingt crumbles.

Que veut dire ce mot qui ne semble pas simple :
chœuvedîrecemaukineçambleupassymple ?
[stupide illustration d'une autre astuce possible]

Anguleux, satanique et minant, ce démon str-
angule sa tannique Éminence des monstres.
[tannique = pleine de tanin]

Conseils à une archère découvrant les vêtements confectionnés par des zombies
Hoche tête en toquant, sagittale, ces pulls cr-
ochetés tantôt quand s'agita le sépulcre.
[vous pouvez remplacer l'archère par une dame bien en chair avec
l'adjectif « pondérale », mais le tombeau ne sera pas plus accueillant]

Avare écrivaillon du Vaucluse
Mes faubourgs-ci qu'auteur orne, c'est décrire Apt.
Mais faux boursicoteur or ne cède, et crie « rapt ! »
[exemple de rime avec nom propre, puisque c'était l'une des
astuces employées en 2002 pour nos rimes impossibles]

En quelle des vies d'hoir canut bonhomme hélas pl-
anquait le dévidoir qu'Anne eut beau nommer l'asple ?

« Demoiselle » chantée par un cavalier
Élis, bel uhlan fin, l'opportune impro : presque n'
est libellule, enfin, l'eau porte une impropre æschne.

Pacha pacifiste inquiet à la vue incertaine du drapeau libanais
Une amicale armée au turquoise if augure ts-
unami qu'alarmait haut Turc oisif au gürz.

Hâte dès mai, la mort flatte d'aimer l'amorphe, l-
atte oedème, et l'âme Orff là te démêla : morfle !
[essai d'holorime orpheline quadruple]

L'ascèse de Brummell
Par fumeux mépris, on se dandine ; ce musc le
parfume, mais (prison !) ce dandy ne se muscle.
[e final du premier vers à rendre presque muet, ainsi que dans les distiques suivants]

En avril
Qu'ôtais-tu ? Le froid sait qu'eux pèlent. Mets le jour le
coté tulle froissé que pêle-mêle j'ourle.

Scanner pour mastodonte
Tom aux dents ? Si Tom est tranquille, omettre émail — le
tomodensitomètre en kilomètre et mile.
[juste pour le plaisir d'utiliser un mot hexasyllabique]

Missionnaire pédagogue
Plaidons coeur et voeu simple à ce cow-boy : qu'hot-dog me
plaît, donc eux (rêves saints) placent qu'au boycott dogme.
[les nombreuses consonnes finales donnent un bon virelangue]

Vengeance barbare
On leur redit, ferrés, qu'hui le bourreau n'a pal. « M-
on leurre différé cuit le bourg au napalm ! »

Sar Rabindranath Duval
« Rêver le ralenti fait tee-shirt rétrécir », que
révélera l'anti-féticheur : traître est cirque !

Supporter aviaire
Passe Euro : bug, l'Allemagne y fit quatre ou cinq. Le
passereau beugla le magnificat, roux cincle.
[mal césuré, à la rigueur 4/4/4 pour le premier vers]


13 – 25 Février 2017

Canon des solitaires
[Valentin Villenave a transmis à la liste oulipo une proposition de l'Oumupo : écrire un canon dont toutes les combinaisons de voix fassent sens. Pour un canon à trois voix, par exemple, il faudrait obtenir un sens suivi pour les trois soli (1, 2, 3), les trois duos (1+2, 1+3, 2+3) et le trio (1+2+3), soit sept mélanges possibles. L'idée principale de l'Oumupo est que les voix ne chantent jamais de syllabe simultanément, mais au contraire qu'elles attendent un silence des deux autres pour intervenir. De cette façon, un unique chanteur pourrait tout interpréter seul, et c'est la raison pour laquelle cette forme a été baptisée « canon des solitaires ».
Vous trouverez ci-dessous mes tentatives, mais je trouve cette contrainte vraiment dure. Comme je joue avec les homophones, il serait impossible de les comprendre à l'oral (sans support écrit), donc elles sont clairement inutilisables pour de véritables canons musicaux...]

Mes deux premiers essais respectent l'ordre des combinaisons que nous avait proposé Valentin.

1      : La moins gente ère                         (L'âme, ouin, j'enterre ?)
2      : je t'ai chanté.
3      : Voici sa fin.
1+2    : Gela témoin, changeant tes terres.         (... change en tête air ?)
2+3    : Vois-je cité sachant feinter ?
1+3    : Voilà, si moins sage, enfin taire.         (Vois lacis moins... ?)
1+2+3  : Vois-je la cité moins, ça change enfin tes terres.
2+3    : Vois-je cité sachant feinter ?
3      : Voici sa fin.

Schéma syllabique :
Voix 1 :        la.......moin.........jan........tère
Voix 2 :     je.......té.........chan.........té
Voix 3 : voi.......si.........sa..........fin

*

Ma deuxième expérimentation double le nombre de syllabes prononcées par la troisième voix.

1      : Je suis tout seul,
2      : écrivant mal
3      : sous l'arrêt, là, de tes félins.
1+2    : Et je crie suivant tout mal, seul.
2+3    : Soûl est l'art écrit là-devant ; tes faits malins
1+3    : soulageraient la suie de t'étouffer, linceul.
1+2+3  : Souhait : l'âge, récrit là, suit de vanter tout fait malin ; seul
2+3    : souhait la rait ; crie-la, devant effet malin
3      : sous l'arrêt, là, de tes félins !

Schéma syllabique :
Voix 1 :          je...........sui...........tou............seul
Voix 2 :     é..........kri...........van...........mal
Voix 3 : sou...la....ré.....la.....de.....té.....fé.....lin

*

J'ai ensuite adopté un ordre des combinaisons à la fois plus minimal et plus logique.

1      : Les racés rais
2      : n'ont entendu mon thrène en délire
3+1    : et scellé la faim d'heure. Ah serrer ce canon,
1+2    : non ! Les temps tendus montraient rassérénant d'élire
2+3+1  : haine. On scellait la tente en fin du mont. Deux traits rassérénant ce délicat renom
3 + 2  : énonçaient l'attente, enfin, du monde — traînant ce délicat renom.
    3  : Et c'est la fin de ce canon.

Schéma syllabique :
Voix 1 :          lé..............................ra.sé.ré
Voix 2 :   non..........tan.tan.....du.mon....trè..........nan....dé.li....re
Voix 3 : é.....sé....la.........fin........de..................ce.......ca....non

*

Dialogue entre deux Argentins contestataires, l'un ayant hélas égaré sa cruciale boisson énergisante

1      : « Je n'irai sans
2      : le maté !
3+1    : – Sais-je ?, l'âne y feint. Récent,
1+2    : le jeu manie terre et sang.
2+3+1  : C'est le jeu, la manif. – Intéressant !
3 + 2  : Celle-là m'a feinté.
    3  : C'est la fin. »

Schéma syllabique :
Voix 1 :       je.......ni.......ré.san
Voix 2 :    le.......ma.......té
Voix 3 : sé.......la......fin

*

P.S. du 12/03/17, pour l'anniversaire de Valentin Villenave,
selon un troisième ordre possible des combinaisons

1      : Si se tait
2      : Valentin,
3      : sacré Graal
1+2    : va silence tinter.
2+3    : Va, sale encre, éteins Graal !
3+1    : Si ça secrète aigre hâle,
1+2+3  : va sis à lent secret intégral.

Schéma syllabique :
Voix 1 :    si........se.........té
Voix 2 : va.......lan........tin
Voix 3 :       sa........cré........gral

J'ai aussi tracé un ambigramme de son nom, après son pinacogramme d'il y a trois ans.


14 – 25 Février 2017

Diagonnet musical

En juin 1997, dans le nº 9 de la revue Écrire & Éditer, Mme Pauline Morfouace avait proposé la forme de poème baptisée diagonnet. [Voir par exemple celui-ci en hommage à Borges, qui est sans doute mon plus réussi.] En 2003, nous nous étions en fait rendu compte qu'il s'agit de la moitié d'une très ancienne forme de poème sanskrit appelée ardhabhrama, remontant au moins au VIIe siècle — si ce n'est au IVe.

En en parlant avec des membres de l'Oumupo, je me suis dit que cette forme diagonnet pourrait donner de bons résultats musicaux. On composerait une matrice carrée symétrique dont chaque élément serait une note précise, caractérisée par sa hauteur, sa durée, son intensité, voire son appoggiature, ou encore son timbre si l'on emploie plusieurs instruments. L'oeuvre ne consisterait qu'à jouer les lignes successivement, sans chercher à illustrer l'identité des colonnes. La symétrie de la matrice n'est alors pas évidente à entendre, mais elle impose une cohérence globale très intéressante.

Avant de passer à la mise en musique de véritables diagonnets syllabiques, j'ai simplement essayé de la musique aléatoire. Et j'avoue être resté sous le charme des résultats.
Voici un exemple typique (fichier MP3 de 270 Ko)
ainsi que sa partition au format PDF Partition
Vous pouvez vérifier que la suite des n-ièmes notes des mesures successives reproduit la n-ième mesure. Cette propriété impose des échos distants qui forment l'architecture du morceau.


Fort de cette première expérience prometteuse, j'ai alors tenté une mise en musique de mon meilleur diagonnet. Mais son thème mélancolique m'a orienté vers un post-romantisme discutable — à mon avis bien moins intéressant que le dynamisme quasi-webernien de l'exemple aléatoire ci-dessus. Curieusement, la contrainte m'a aidé pour composer la mélodie, mais elle m'a donné beaucoup de fil à retordre pour mon accompagnement pourtant simpliste. Cet exercice d'amateur me fait donc encore plus admirer la virtuosité des véritables compositeurs de l'Oumupo !
Voici mon humble partition au format PDF Partition
et un enregistrement MP3 (de 766 Ko)

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


26 Février 2017

Zzxjoanw
[Valentin Villenave a signalé à la liste oulipo l'instrument de musique zzxjoanw, inventé par
l'écrivain Rupert Hughes à la fin de son « Musical Guide ». Comme il en donnait même
l'improbable prononciation, ça m'a inspiré un distique holorime puis un pangramme.]

Après avoir maladroitement dessiné une cymbale ressemblant à
un chien touffu, pour le dernier article de son dictionnaire
musical, Rupert Hughes s'accorde une innocente ré-création :


Schéma horrible fait, j'entrevis brun chow-chow.
Chez Maoris, bluffé-je ? « Entre eux vibre un chaud zzxjoanw. »

*

Vif playback gai d'humoristique zzxjoanw. [décasyllabe de 35 lettres]


P.S. du lendemain

À ce sujet des prononciations fantaisistes, rappelons la phrase de Mark Twain :

Names are not always what they seem. The common Welsh name Bzjxxllwcp is pronounced Jackson.

[qui est curieusement toujours citée en français sans préciser que le nom est courant, et en y ajoutant « par exemple » :
Les noms ne sont pas toujours ce à quoi ils ressemblent. Par exemple, en gallois « Bzjxxllwcp » se prononce « Jackson ».]

Figurez-vous que notre ami Jackson ne commercialise pas que du cheddar et du pantysgawn :


Qu'y vend Bzjxxllwcp : fromgis, khat ? [28 lettres]

(On peut l'octosyllabiser pour le même nombre de lettres si le protagoniste s'adonne aussi au trafic de chiens de traîneau :
Bzjxxllwcp vend husky, fromgi, qat.
Voire l'hexasyllabiser avec des choses obscures comme
Bzjxxllwcp : kif dry qu'ohms gavent.
Toujours en 28 lettres et 7 syllabes, on peut aussi découvrir dans quel lieu Jackson se fournit :
Gym : Bzjxxllwcp qui fond vers khat !)

*

Mais malgré sa chute dans la pègre et l'autorité dont il a toujours fait preuve, il contrôle ses nerfs, en bon britannique :

Est-ce en démontrant qu'il
vire, il manage axones —
et sans démon tranquille :
viril mana, Bzjxxllwcp !


P.P.S. du 1/3/17
Les deux Z puis deux X des pangrammes ci-dessus ne sont pas courants dans des énoncés
courts. Il y a onze ans, j'avais pourtant osé placer deux K et deux W dans un pangramme.
Venant de repérer une amusante localité africaine, permettez-moi de tenter pire :

J'y explore Akawkawakawkaw (Ghana), moquez-vous ce bête défi ? [48 lettres dont 4 K et 4 W]

*

Ce nom m'a redonné envie d'employer celui d'une montagne afghane déjà repérée en 2008
(puis réutilisée en 2014). J'apprécie qu'un enseignant me la montre sur une carte :

L'exquis prof m'objective Ghwndzkay. [30 lettres] localisation de Ghwndzkay en Afghanistan

(On peut faire plus bref, par exemple
Bref, Ghwndzkay vit lux, jump, coqs. [27 lettres]
mais on a déjà trouvé aussi tordu en 26 lettres
ou plus clair en 27 ou 28, donc à quoi bon ?)


Le 2/3/17, Noël Bernard a proposé (et illustré) la contrainte suivante sur la liste oulipo : construire un pangramme dans
lequel chaque lettre figure au moins deux fois dans l'un des mots et chaque mot participe au redoublement des lettres.

[Elle est d'une difficulté intermédiaire entre les énoncés contenant au moins deux fois chaque lettre de l'alphabet mais
pas nécessairement dans un même mot, et cette contrainte plus ancienne dans laquelle les lettres répétées devaient
être accolées.]

Au moment même où je décidais d'utiliser le mot welwitschias pour répondre à ce défi, figurez-vous que j'ai reçu ce
communiqué du CNRS : cette plante vient d'aider à comprendre comment les fleurs sont apparues au cours de l'évolution.
J'imagine que les chercheurs ont dû abuser de sucreries pour calmer leurs poussées d'hormones durant leur découverte.

Bonbon, efficace joujou, détendit vive hypophyse quoique zigzags maximaux vrillèrent welwitschias kaki. [89 lettres]

Mais pour réduire le total de lettres, j'ordonne de dresser les cartes de ces localités situées respectivement
au Pays de Galles, au Mali, au Bénin, à Malte, en Irak, au Yémen, au Koweït et en Iran :

Mappe Cyffic, Djindjin, Gblogblo, Ixxaqqa, Khawrkhawr, Muzmuz, Tsst, Veyvey ! [60 lettres]


8 & 11 Mars 2017

Twooshes hexanymes
Noël Bernard a eu l'idée de combiner deux contraintes à la mode sur Twitter, mais difficilement compatibles :
employer six mots, mais en exactement 140 caractères (twoosh). Voici les deux exemples que j'ai proposés.

Le premier, volontairement sans ponctuation ni traits d'union, évoque la dérive de certains politiciens actuels :

Électroencéphalogrammes anatomopathologiques constitutionnaliseraient contraventionnellement antigouvernementalismes hypercholestérolémiques

Le second, aussi déséquilibré que possible, cite un stupéfiant qui existe vraiment :
As-tu de la drogue HU-210-(6aR)-trans-3-(1,1-diméthylheptyl)-6a,7,10,10a-tétrahydro-1-hydroxy-6,6-diméthyl-6H-dibenzo[b,d]pyran-9-méthanol ?

[Voir aussi ces précédentes utilisations de mots longs]


13 Mars 2017

Musique céleste
Proposition pour l'Oumupo : déchiffrer cette partition (fichier PDF de 216 Ko)
Musique céleste
Si vous êtes perdus, le nord est à gauche et le sud à droite. Le rectangle oblique au début
de la sixième double portée est celui de la Grande Ourse, le W de Cassiopée est orienté
comme un 3 au début de la troisième double portée, et le presto central est autour de la
constellation d'Orion. Malheureusement, le compositeur Tom Johnson m'a appris que
John Cage avait déjà eu cette idée, notamment pour ses Études Australes. Peut-être l'ai-je
su jadis, mais j'avais oublié. Il n'empêche que je trouve cette partition sacrément jolie.
;-)

*

J'aime tant la voûte céleste que je n'ai pas résisté à en faire une
version animée le lendemain (pour la journée de pi 3/14)
Musique céleste
Cette partition évoluant au cours du temps est évidemment inspirée
du génial patchy the autobot de l'oumupien Mike Solomon.

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


7 & 16 Mars 2017

Éodermdromes musicaux
Autre proposition pour l'Oumupo : composer une oeuvre musicale employant
les 22 schémas possibles d'éodermdromes.

Le 7 mars, j'ai minimalistement illustré l'idée en suivant leur ordre lexicographique,
et en attribuant les mêmes notes aux chiffres 1, 2, 3, 4, 5, pour l'ensemble de ces 22
schémas. J'ai tout de même choisi une durée plus longue pour le chiffre 1, afin de
rendre cet exemple bâclé un peu moins monotone. Le résultat (fichier MP3 de 360 Ko)
me fait penser au compositeur minimaliste américain Terry Riley.

La partition est également disponible au format PDF Partition

*

Le 16 mars, je me suis dit que la propriété mathématique des éodermdromes méritait
d'être mise en valeur : chacun des cinq éléments est voisin une seule fois des quatre autres.
En interprétant les schémas possibles non pas comme de simples suites de notes, mais
comme des duos de voix décalées dans le temps, on peut ainsi faire entendre les dix
accords de deux notes qu'ils engendrent. Comme ces décalages de voix sont très courants
en musique baroque, je me suis juste permis de déformer l'un des exemples les plus
magnifiques, au tout début de la Passion selon saint Jean de Bach : j'ai conservé
l'orchestre à cordes original, mais j'ai remplacé le duo d'instruments à vent par les
premiers schémas d'éodermdromes. Des notes différentes sont attribuées aux nombres
2, 3, 4 & 5 pour chaque schéma. J'ai poursuivi l'expérience jusqu'au 8e schéma, ce qui
correspond à l'entrée du choeur dans l'oeuvre de Bach, mais je n'ai dactylographié
que la première page de l'accompagnement. Elle suffit sans doute pour illustrer l'idée.
Voici la partition au format PDF Partition
et une approximation sonore obtenue de façon informatique (fichier MP3 de 270 Ko)


19 Mars 2017

Hétéropannote
Analogue musical de l'hétéropangramme : composer un morceau employant une seule
fois chaque touche du piano (ou chaque note possible pour d'autres instruments).
Exemple aléatoire (fichier MP3 de 270 Ko), reprenant la routine que j'avais construite
pour mon diagonnet aléatoire
La partition est également disponible au format PDF Partition


En complément des jours suivants, quelques pangrammes d'instruments de musique
(idée lancée par l'oumupien Martin Granger fin 2003, et illustrée une fois par
Michel Clavel dans son Petit livre à offrir à un amoureux des mots de 2009)

Voix, saz, daf, pakhâwaj, orgue, cymbale antique. [alexandrin de 37 lettres]
Hardingfele, mijwiz, voix, pakay, sacqueboute. [alexandrin de 37 lettres]
Voix, mijwiz, kudyapi, schofar, bugle, quinto. [alexandrin de 35 lettres]
Voix, tarqa, ganzá, duff, cymbales, pakhâwaj. [alexandrin de 34 lettres, dont 2 F]
Voix, pakhâwaj, dízi, guqin, forte, cymbales. [alexandrin de 34 lettres]
Pakay, bongos, voix, Q-Chord, mijwiz, flûte. [décasyllabe de 32 lettres]
Voix, pung, Q-Chord, kabosy, mijwiz, flûte. [décasyllabe de 31 lettres]
Voix, guqin, crwth, djozés, kayamb : flop ! [30 lettres]

La tarqa (ou tarka) & le dízi sont des flûtes, le mijwiz une double flûte arabe, le schofar
une corne, le bugle et la sacqueboute des cuivres, le kabosy une guitare, le saz & le kudyapi
des luths, le guqin & le crwth des cithares, le hardingfele un violon, le djozé une vièle, le
pakay (haricot géant), le ganzá & le kayamb des percussions de type maracas, le daf (ou
duff), le pakhâwaj, le quinto, les bongos & le pung des tambours, le Q-Chord un instrument
électronique, et le forte est soit une nuance soit l'une des appellations des premiers pianos.


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