Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]

20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Recent stuff (2016-17)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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12 Janvier 2010

Voeux 2010

Chers amis, vos bons voeux m'ont fait un grand plaisir et j'aurais adoré vous écrire un poème pour vous remercier, souligner combien j'aime lettres, cartes, courriels, mots d'esprit à saisir. Le temps est preste, hélas, et j'ai peu le loisir de rimer ma réponse ou de chercher un thème, une règle oulipienne ou quelque stratagème rhétorique, malgré mon sincère désir. C'est ainsi platement, sans nulle fioriture, que je vais envoyer ma page d'écriture pour souhaiter à tous un nouvel an radieux. Que deux-mille dix offre à la fois réussites, créativité, joie et bonheur explicites, sans oublier santé ni rêves mélodieux. Gef_


Complément oubipien : un verset biblique (Jean XII 35) de gématrie 2010,
c'est-à-dire tel que la somme des rangs de toutes ses lettres (A = 1, B = 2, C = 3, ..., Z = 26) soit égale à 2010.
Par ailleurs, le logarithme népérien de 262 537 412 640 768 744 divisé par la racine carrée de son
nombre de lettres donne les trente premières décimales de π = 3,141592653589793238462643383279...

La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous. Marchez, pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point : celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.


4–13 Janvier 2010

Gématries extrêmes & isogématrie des alexandrins

Au soir de leur vie, des lutins avaient légué sans hésitation
leur collection de (piteux) cristaux à un prêtre, mais il les
les offrit bêtement à un poète fou qui l'avait impressionné :

À l'aède fada,
    baba, l'abbé céda
Vingt quartz (moins trois quarts noueux)
    qu'ont joints maints prompts schtroumpfs vieux.

Ce distique d'alexandrins à rimes intérieures est le plus dissymétrique que j'arrive à construire au sens de la gématrie (A = 1, B = 2, ..., Z = 26). Le premier vers a en effet une somme de 81 et le deuxième de 1128.
On peut en fait descendre à 6 avec « A A A A A A » (à lire « ampère ampère ampère ampère ampère ampère »), voire à 0 avec l'un des alexandrins vides que nous avions explorés en février 1999, et monter à 1896 avec nos douze « schtroumpfs » de juillet 2000, mais le rapport signal sur bruit diminue.

[P.S. du 6/7/11 : Des distiques encore plus dissymétriques sont possibles en se servant de nombres écrits en chiffres, si l'on décide que leur gématrie est donnée par leur valeur — comme le fit le fou littéraire Jacob-Abraham Soubira, et comme le calcule d'office le gématron. Voici par exemple un premier alexandrin de somme nulle, et un deuxième impossible à écrire explicitement dans notre Univers tant il est hénaurme : « 0, 0, 0, 0, 0, 0, // Le nombre de Graham puissance un googolplex. »]


Rapide traduction isogématrique du Desdichado de Nerval,
c'est-à-dire telle que chaque vers ait la même somme gématrique (de 400)

L'Asservissement                                  [200]

Je suis le ténébreux, — le deuil, — l'inconsolé,  [400]
Preux caissier d'Aquitaine à la tour abolie :     [400]
Ma cafetière est morte, — et ce luth constellé    [400]
Transperce un soleil noir de sa Mélancolie.       [400]

Dans la nuit du caveau, toi qui m'as consolé,     [400]
Rends-moi le Pausilippe et l'argent d'Italie,     [400]
Le fard qui plaisait tant à mon coeur désolé,     [400]
Puis la souche où le pampre à la rose s'allie.    [400]

Suis-je Amour ou Phébus ?... Emmanuel, Biron ?    [400]
Mon crâne est rouge encor du baiser de la reine ; [400]
J'ai rêvé dans la grotte où tremble la sirène...  [400]

Et j'ai deux fois bestial traversé l'Achéron :    [400]
Alternant à mi-voix sur la lyre d'Orphée          [400]
Les soupirs de la sainte et les arts de la fée.   [400]

Gregorius de Nerval                               [200]

Losange gématrique
[Beaucoup plus difficile à construire que la précédente version isogématrique, comme la lourdeur des vers
centraux en témoigne. Cet exercice est à comparer à mes alexandrins fondants & gonflants de 1998–99.]

Gil desdichado                                                   [100]

Je fus le dépecé, — l'aède, — l'affolé,                          [200]
Le baron d'Aquitaine à la tour abolie :                          [300]
Ma cataracte est morte, — et ce luth constellé                   [400]
Porte un profond trou noir vers sa Mélancolie.                   [500]

Sous les nuits des tombeaux, sphinx qui m'eus consolé,           [600]
Vouons-nous maints hauts monts saints puis ta mer souahélie,     [700]
Trois fleurs qui troussaient tant mon squirrheux stress saoulé,  [800]
Outre aux stouts moult prompts moûts qu'un rossolis spolie.      [800]

Suis-je Ouvroir ou Schtroumpf vert ?... Lévi-Strauss ou Biron ?  [700]
Vos coeurs voient pourpre encor son baiser de Touraine ;         [600]
J'ai chuté dans la grotte où sprinte une sphyrène...             [500]

Et j'ai deux fois majeur traversé l'Achéron,                     [400]
En codant à gogo par la lyre d'Orphée                            [300]
Ce défi de la sainte et ce fa de la fée.                         [200]

Adam de Nerval                                                   [100]

18 Janvier 2010

Programmation en PHP de l'automate cellulaire inventé par
Éric Angelini, et participation à ses diverses explorations.


4 Février 2010

Réponse personnelle à la blague classique
"What's an anagram of Banach-Tarski?
—Banach-Tarski Banach-Tarski."
transmise sur la liste oulipo par le même Éric Angelini

Son paradoxe d'une boule qui peut se diviser
en deux boules identiques se prouva rapido !
                             Snack-bar thaï_

26 Mars 2010

Sesvigintine

    Avant Bernard Cerquiglini, des élèves fatigués grognaient hargneusement, injuriant Joyce, Kafka, Lautréamont — mais non Oskar Pastior qui révéla se taper un vieux whisky (xérès yankee zymotique).
    Zigzaguant alors, y braillant xénophobes chants wagnériens, devises vulgaires et ultimes foutaises, tous glorifièrent Sherlock Holmes, rigolant illico quand Jouet présuma K.O. le nageur mort.
    Mais zou, Noël Arnaud lestement y objecta : bacheliers, khâgneux, X, portez ce jeune whisky quand donc il verra rouge encore, héritier usé, son front galamment titillé.
    Toutefois Michelle Grangaud zozota franco, non sans avoir un langage habile, y entraînant outre rire Beaudouin Valérie, korê imitant Xénophon du Péloponnèse (que commenta William James).
    Jugeant tout western mauvais, ce garçon que zieute Paul Fournel dit noter « xième » s'il a klaxonné un vélo, Levin Becker habituellement rusé y obliquant exprès.
    Et jalousant ouvertement tout yacht, wagon restaurant, montgolfière, hélicoptère, Claude Berge gémit là que viendra zoner un pousse-pousse kanak, feu Arnaut Daniel inspirant nos sextines xylographiques.
    Xéranthème estimée, suis-je noir ou inconsolé, — ténébreux de Yongin aux wons faibles (rappelant Kostrowitzky, Métail paraphrase Hanshan), — unique cordeau zinzinulant, — Biron vs guère que Lusignan ?
    Lettré xylophoniste qui espérait gagner sa vie, Jacques Bens nous zézaya onze chansons irrationnelles, un texte historique déclarant « Publions-y Michèle Audin, Karl Weierstrass, Robert Fano. »
    François LeLionnais relata x walkyries qui kidnappaient, et Anne Garréta maints sphinx y visualisant peintures, juxtaposant Dora, Buchenwald — horreurs nazies totalitaires zigouillant un onirique Italo Calvino.
    Ces fous indiscutablement littéraires ont rempli un xérophile zoo wallon, tel que notre kabbaliste hyper érudit Blavier André désire garder journaux, manuscrits pour ses voyages yankees.
    Y complotez-vous ferme, s'ils portent la Mélancolie où Jacques Roubaud guigne une divine xanthie, au zénith : bon week end, tendre Hortense, que kifons-nous ?
    N'y kilométrons cette quenine vraiment hétéroclite, fixons ta seule étoile immortelle, wisigothique panorama biculturel, la zappant momentanément aux ondes X, Jacques Duchateau radiodiffusant un galimatias.
    Glosons néanmoins un ysopet remarquablement kaléidoscopique du clinamen Jean Queval, xiphoïde variation où huit ALVAs forment miraculeusement ton zutique sonnet, l'envoi bizarre incluant « poire Williams ».
    « W » : Georges Perec nia inventer une bourgade, Yvazoulay, en regardant le kibboutz, sa disparition zodiacale cachant trois jeux métatextuels, quatre fascisants xystes amérindiens, vingt hallucinations olympiques.
    Or Werner Heisenberg galéra visiblement pour apprendre Nerval, Xénakis Iannis fit un quatuor brownien mais y joignit, en traduisant Ross Chambers, le zeugme kitsch, digression scripturale.
    Sept ouvrages de Wilhelm Killing honorèrent Zermelo, Gauss, Lie, voire ce Pierre Rosenstiehl anticipé, traçant numériquement en x (jumelant imaginaires y) fonctions mathématiques un brin quaternioniques.
    Que savourait bien ostensiblement un Duchamp Marcel : wargames, fontaine karstique, yéyé hirsute incarnant ze Joconde, garçonnière X, Luc Étienne versifiant nos contrepèteries, Teeny parlant à rebours ?
    Raymond Queneau, Albert-Marie Schmidt, Paul Braffort, tous ont composé une N-ine d'ordre vingt-six, mais Edward Witten la fit xérographier, Kurt Gödel y jetant heureusement zéro indécision.
    Ils répétèrent zététiquement qu'Hugo a joué ses yeux pour grimper beaucoup, Kant travailla xérophtalmiquement, ou François Caradec lança un « waouh » nommant « El Desdichado » merveille véritable.
    Voici Ian Monk racontant des zonards en quenoum, notre humaniste wasp anticonstitutionnellement urbain ; Jean Lescure substituant chaque yod facultatif par onze gravures Xerox, bégayant trente kôan.
    Kippa vêtue, tête inclinée, Bénabou Marcel xénogreffe rimes, glossaires, dictons originaux, zygomatiques proverbes ; et Forte, qui y note cent hymnes, scande « Webern longtemps a jugulé Ubu ! »
    Un kaki jaillissement vaseux articule « Tlooth » lentement, inharmonieux woofer bas, souligne Mathews Harry ; « xièmes cigarettes » rabâche notre gargouillis, y demandant qu'on finisse zélé espion panaméricain.
    Par une expérience kinesthésique zen, je fis venir Outrapo (à quel théâtre de l'Yonne ?) interpréter « glaçons würmiens », nommant bientôt régent Stanley Chapman, majesté Xerxès humoriste.
    Honneur 'pataphysique xénophile, un membre est considéré « khan » si zéro remingtonien juge blond fume, notre vieux whisky offert gratuitement ayant illustré qu'y trinquait Latis, dame !
    Devant Hervé Le père Tellier, Xavier yoyote usuellement (quels mémoires il espère avoir cités, Gorce ?) ; kifkif Olivier Salon warrantant zoomorphisme, versants rocheux, néologismes jubilatoires, fables bigarrées.
    Boniment de fin haletant : justes lecteurs, ne partez réveiller trop vos xénélasies ! — zoomez-y : weltanschauung utilement singulière qu'Oulipo maîtrise, karma indéterminé galvanisé en cet art.

Les initiales (seule la première pour les mots composés)
reproduisent cette 26-ine alphabétique chère à Roubaud :

  a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z
  z a y b x c w d v e u f t g s h r i q j p k o l n m
  m z n a l y o b k x p c j w q d i v r e h u s f g t
  t m g z f n s a u l h y e o r b v k i x d p q c w j
  j t w m c g q z p f d n x s i a k u v l b h r y o e
  e j o t y w r m h c b g l q v z u p k f a d i n s x
  x e s j n o i t d y a w f r k m p h u c z b v g q l
  l x q e g s v j b n z o c i u t h d p y m a k w r f
  f l r x w q k e a g m s y v p j d b h n t z u o i c
  c f i l o r u x z w t q n k h e b a d g j m p s v y
  y c v f s i p l m o j r g u d x a z b w e t h q k n
  n y k c q v h f t s e i w p b l z m a o x j d r u g
  g n u y r k d c j q x v o h a f m t z s l e b i p w
  w g p n i u b y e r l k s d z c t j m q f x a v h o
  o w h g v p a n x i f u q b m y j e t r c l z k d s
  s o d w k h z g l v c p r a t n e x j i y f m u b q
  q s b o u d m w f k y h i z j g x l e v n c t p a r
  r q a s p b t o c u n d v m e w l f x k g y j h z i
  i r z q h a j s y p g b k t x o f c l u w n e d m v
  v i m r d z e q n h w a u j l s c y f p o g x b t k
  k v t i b m x r g d o z p e f q y n c h s w l a j u
  u k j v a t l i w b s m h x c r n g y d q o f z e p
  p u e k z j f v o a q t d l y i g w n b r s c m x h
  h p x u m e c k s z r j b f n v w o g a i q y t l d
  d h l p t x y u q m i e a c g k o s w z v r n j f b
  b d f h j l n p r t v x z y w u s q o m k i g e c a


6 Juillet 2010

Participation à un recueil collectif pour fêter le soixantième anniversaire du grand cabaliste Rémi Schulz.


23 Septembre 2010

Robert Rapilly a proposé à la liste oulipo de récrire cette page d'Olivier Salon en respectant
les contraintes que l'on veut. Je me suis contenté de lui apporter un soupçon de métatextualité.

[Facile mais adapté au
thème du texte, non ?]

Crochet à goutte d'eau
----------------------
Le granit est compact.
Lisse. Magnifique. Ici
pas la moindre fissure
pour le barrer. Pas le
moindre creux pour lui
esquisser un oeil. Pas
d'arête qu'on pourrait
échancrer. Il bombe le
torse. Le nom de cette
voie est "The Shield",
le bouclier. Quand les
aspérités font défaut,
que poser son matériel
d'assurage comme celui
de progression s'avère
illusoire, il reste un
moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grandes
occasions. Vous prenez
votre crochet à goutte
d'eau. C'est un simple
crochet de métal, fort
pointu et acéré. Votre
hameçon à granit. Vous
le posez sur l'écaille
qui saille d'un infime
millimètre : voilà, il
est mis. À l'extrémité
inférieure du crochet,
vous suspendez quelque
petite échelle à trois
marches en corde. Vous
respirez. Délicatement
vous posez le pied sur
la première marche. Et
vous chargez lentement
tout le poids de votre
corps sur cette maigre
margelle. Ou même très
lentement. Un geste un
peu trop vif suffirait
pour sortir le crochet
de sa fluette encoche.
Progressivement, votre
poids se déplace alors
à l'aplomb du crochet.
Au fur et à mesure, le
crochet insère sa fine
pointe dans le roc, et
s'en trouve consolidé.
Encore plus lentement,
vous vous élevez. Vous
résistez à tout prix à
l'envie d'observer sur
quoi vous reposez tout
entier. L'air vibre...
"El Capitan" d'Olivier
Salon, éditions Guérin
2006 (p. 29), poncé en
septembre 2010 par Gef

Tentative de sélénet holorime [29/10/10]

« Corps de Mars » est lisse,
Ô si sec rocher !
Cordes Marcel hisse,
Aussi ses crochets.

L'avions, la goutte,
Qu'en l'aspérité ?
La vie, on la goûte
Quand l'aspect rite est.


24 Octobre 2010

Ça brame macabre (insister sinistre)
[Même type de contrainte que dans El Destripado de la posteridad, c'est-à-dire saturation de
multiplets anagrammatiques. Le thème macabre m'aide à me libérer de cauchemars vécus.]

Conservation de la conversation

Tu redis, amnésie, en semaine mes rides,
Mes anémies maniées à taire, où s'itéra
L'avenir raviné qu'un navire enivra,
Et perdais tout désir en de diaprés rapides.

Si s'englua ma langue en disputes stupides,
Organisé, le mètre à terme soignera
Dysphonie et glosant sanglot, m'isolera
Du verbe oralisé — béances hypnoïdes.

Solaire sablier, certes tu libéras
Ton orgue sans secret, rouge tu t'éteindras
En une brève enclise, ô sidérante absence.

Discuter crudités dentaires, baliser,
Spéculer d'éboulis oubliés en silence,
Puis trucidés,  dans un sépulcre  agoniser.


27 Octobre 2010

Recherche informatique d'images autoréférentielles indiquant leur propre nombre de pixels
(plutôt que la taille en octets de leur format GIF, comme les « pixies » d'il y a sept ans).
Quelques résultats sont disponibles sur le site d'Éric Angelini, vers le bas de cette page.


31 Décembre 2010

Ongles
[Alain Chevrier a rappelé à la liste oulipo l'existence d'un « sonnet » de treize vers de Saint-Amant,
antérieur donc à celui de Le Lionnais. Saint-Amant n'avait pas écrit de quatorzième vers parce qu'il
ne trouvait pas de rime à « ongles ». Il était pourtant facile de proposer quelque chose comme

Mais pour cela, lecteur, il faudra que tu jongles.
Et il y avait aussi la jungle, qui se prononce ophyciellement comme jongle, sans parler du ver
strongyle qu'on nomme aussi strongle. Tristan Derême avait déjà repéré ces possibles rimes
dans son ouvrage théorique « le Violon des Muses », mais sans composer de vers correspondants
(information de nouveau apportée par Alain Chevrier).
Je me suis donc amusé à combiner ces quatre mots-rimes rares dans un quatrain polysémique.
Le double sens de « vers de douze pieds » provient en fait d'un message (en prose) que m'avait
adressé Nicolas Graner en 2007.]

Dans les feuilles cachés comme en d'obscures jungles
Des vers de douze pieds viennent ronger tes ongles
Car ce n'est pas avec la raison que tu jongles
Mais trois mètres ou plus que mesurent les strongles


12 Janvier 2011

Gématrie autoréférentielle
Le 6 janvier 2011, Frédéric Schmitter a envoyé cette superbe phrase autoréférentielle à ses amis :
        En écrivant cette phrase qui contient cent soixante-cinq lettres
        et dont la somme gématrique est égale à deux mille onze, Frédéric
        Schmitter vous présenta ses meilleurs voeux pour la nouvelle année.
Ça m'a donné envie de chercher des énoncés de même gématrie 2011, mais comptant individuellement les occurrences des lettres utilisées. C'est donc encore beaucoup plus contraint que ce que nous avions exploré en juillet 1998, à l'aide d'un programme C de Nicolas Graner implémentant un algorithme de Jacques Pitrat. Non seulement la somme gématrique imposée réduit considérablement l'espace des solutions, mais la liste des lettres prend tant de place qu'on n'a presque aucun jeu. Voici ce qui me semble être mon meilleur résultat, obtenu en modifiant le programme de Nicolas :

Deux mille onze naît de gématrie : tu sommes quatre a, trois c, neuf d, dix-neuf e, trois f, deux g, un h, quinze i, trois l, cinq m, onze n, dix o, trois p, cinq q, sept r, dix s, douze t, douze u, un v, sept x et six z.

Vous pouvez vérifier le total gématrique en cliquant sur l'année 2011, et le décompte des lettres en cliquant sur leur liste. Le faible jeu dont on dispose consiste évidemment à anagrammatiser les lettres ne participant pas à ces deux informations, et la solution ci-dessus (intéressante précisément parce que ces lettres supplémentaires sont assez nombreuses) peut par exemple être transformée en :
• Quatre a, trois c, neuf d, dix-neuf e, trois f, deux g, un h, quinze i, trois l, cinq m, onze n, dix o, trois p, cinq q, sept r, dix s, douze t, douze u, un v, sept x et six z m'amusent, soit deux mille onze de gématrie.

Pour information, j'avais commencé de façon semi-manuelle (c.-à-d. avec le programme de Nicolas non modifié) et étais tombé sur :
• Un a, deux b, deux c, dix d, seize e, trois f, un g, trois h, quinze i, un j, un k, trois l, deux m, douze n, sept o, deux p, trois q, six r, huit s, neuf t, dix-huit u, un v, un w, dix x, un y et cinq z : bref, deux mille onze !
dont la somme gématrique est hélas 2012 !
En y perdant davantage de temps, j'avais obtenu ces deux énoncés utilisant les mêmes lettres :

• En deux mille onze, tu liras cinq a, un b, deux c, neuf d, dix-huit e, deux f, un g, trois h, quinze i, un j, quatre l, deux m, dix n, quatre o, trois p, six q, huit r, sept s, treize t, dix-sept u, un v, dix x et quatre z.
• Unir cinq a, un b, deux c, neuf d, dix-huit e, deux f, un g, trois h, quinze i, un j, quatre l, deux m, dix n, quatre o, trois p, six q, huit r, sept s, treize t, dix-sept u, un v, dix x et quatre z : deux mille onze est là !

Puis un programme plus sophistiqué m'a fourni ces nouvelles solutions (et quelques autres encore moins claires) :
• Deux mille onze a la gématrie datée de sept a, deux c, huit d, vingt-trois e, deux f, trois g, trois h, seize i, quatre l, trois m, six n, huit o, trois p, quatre q, neuf r, onze s, seize t, dix u, deux v, sept x et cinq z.
• Gématrie : deux mille onze idéalise sept a, trois c, six d, vingt e, quatre f, trois g, un h, quatorze i, quatre l, trois m, neuf n, neuf o, trois p, sept q, dix r, neuf s, quatorze t, douze u, deux v, cinq x et cinq z.
• En émoi, il donne la gématrie de cinq a, quatre c, treize d, vingt-deux e, un f, trois g, deux h, dix-huit i, cinq l, quatre m, dix n, sept o, deux p, six q, six r, six s, dix t, douze u, deux v, douze x et cinq z : deux mille onze !
• Ponds deux mille onze, gématrie de trois a, un c, neuf d, vingt-deux e, quatre f, trois g, un h, onze i, trois l, trois m, onze n, douze o, trois p, deux q, neuf r, neuf s, douze t, treize u, deux v, six x et sept z !
• V'là la date deux mille onze, gématrie de huit a, quatre c, sept d, vingt e, quatre f, trois g, deux h, quatorze i, cinq l, trois m, neuf n, sept o, cinq p, sept q, neuf r, neuf s, dix-sept t, dix u, trois v, cinq x et trois z.
• Voici deux mille honze, gématrie de quatre a, trois c, sept d, vingt e, quatre f, trois g, deux h, quinze i, trois l, trois m, neuf n, onze o, deux p, cinq q, neuf r, neuf s, douze t, douze u, trois v, six x et six z.
ainsi que celle affichée en gras ci-dessus. Aucune ne me satisfait pleinement du point de vue du sens, surtout comparées à la ferpection des voeux de Frédéric !

Eh bien c'est justement Frédéric Schmitter qui a su améliorer l'un de mes résultats pangrammatiques du 14/01/11, dans lequel j'avais initialement proposé « Deux mille onze a noté trois a, ... » Voici l'élégante phrase obtenue :

Trois a, un b, deux c, huit d, quinze e, un f, un g, trois h, seize i, un j, un k, trois l, deux m, treize n, six o, deux p, quatre q, six r, huit s, dix t, dix-sept u, un v, un w, dix x, un y, cinq z, et on a deux mille onze.


16 Janvier 2011

Rimes à l'oeil homographes
[pour illustrer la notion d'« homographe allophone », sujet du chapitre 47 du livre Mots en forme
d'Éric Angelini & Daniel Lehman, et dont de longues listes sont aussi disponibles sur Internet.]

Pinocchio

Geppetto, sois content :
en classe nous notions
les leçons qu'ils nous content
et toutes les notions.

Ce nez rend évident
pourtant que nous mentions,
car nos têtes s'évident
sans piger leurs mentions.

Honteuse de ton fils,
la fée offrit ses fils
aux ciseaux : Guignol chut.

Pauvre âne, tu hélas
l'Éternel mais hélas
braire fut mal pris — Chut !


Quatrain selon la même contrainte [22/01/11]

Inflation

Gais comme des pinsons, nous chantions et trillions
Quand l'impôt galactique apportait des trillions
Mais le chef dit Il faut qu'alors nous quadrillions
Le Grand Attracteur pour gagner des quadrillions

[Voir aussi mes quelques autres textes utilisant des homographes]


24 Janvier 2011

Poèmes-barre à rimes homographiques
[Les homographes allophones ci-dessus m'ont donné envie de les utiliser pour composer des « poèmes-barre » (concept de François Le Lionnais), c'est-à-dire des vers quasi-holorimes dont le dernier mot rime à l'oeil mais surtout pas phonétiquement.]

Voici tout d'abord une déformation du plus célèbre distique holorime de Charles Cros, utilisant le dernier homographe allophone cité par Éric Angelini :

Dans ces meubles laqués, rideaux et dèche en jean,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des chants, Jean.

J'ai ensuite tenté un quatrain plus original mais laborieux :

Technocuité

Deux freaks d'opéra, qu'inonde l'immonde rave
De fric, dope et raki (non de limon, de rave),
Avalent rouge suc à sec, racoleur punch :
Ah valeur où je sus qu'assez craque oh! leur punch.


Le 26/01/11, j'ai construit ce distique mal césuré mais isocèle et surtout métatextuel (autoréférentiel) :

Les défis d'une surcontrainte

Méta-vers, vos assassins paris me convient,
Mais ta verve osa : sa sympa rime convient.

Le 28/01/11, j'ai proposé ces trois nouvelles micro-traductions d'holorimes classiques, respectivement
d'après Alphonse Allais, Marc Monnier et Daniel Marmié (cf. ci-dessus pour Charles Cros) :

Par les bois du Djinn où s'entassent calme et rhume,
Parle et bois du gin ou cent tasses qu'almée rhume.

Gall, amant de la reine, alla, laid d'en quimper,
Galamment de l'arène à l'allée, dans Quimper.

Là, quand, à Panama, Lesseps itéra Suez,
Lacan, à Paname, à l'essai psy taira « Suez ! »
[Le distique original de Daniel Marmié est : Là, quand, à Panama, Lesseps y canalise, // Lacan, à Paname, à l'essai psychanalyse.]


Le 01/09/11, j'ai poussé le masochisme encore plus loin avec la notion d'holorime-
barre discret. Au lieu d'éviter toute rime aux douzièmes syllabes, il s'agit ici d'en
choisir de volontairement imparfaites, voyelles ouvertes & fermées se faisant écho :

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais baroques,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des bas rauques.

Par les bois de ce Djinn où s'entasse la paix,
Parle et bois de ce gin ou cent tasses lapées.

[Voir aussi mes précédentes explorations des poèmes-barre, en 2001 et 2008]


9 Février 2011

Contes à rebours
Fin janvier 2011, Latelio a proposé sur la liste oulipo une contrainte d'écriture inédite, bien que voisine des tireurs à la ligne oulipiens (et un peu plus éloignée des cadavres exquis surréalistes). Deux personnes écrivent à tour de rôle une phrase d'un texte, ou un vers d'un poème, en s'efforçant de le rendre aussi cohérent que possible mais sans pourtant se concerter. Jusque là, rien d'original. Mais Latelio propose surtout de commencer par écrire la dernière phrase, puis la précédente et ainsi de suite, jusqu'à terminer par la toute première du texte. Il a évidemment nommé cette contrainte « conte à rebours » (mais rappelons que c'était déjà le titre de l'un des contes de l'oulipien Olivier Salon dans son livre les Gens de légende).

Plusieurs autres contraintes nous avaient jadis poussé à écrire des textes en commençant par leur fin, et c'est loin d'être facile, mais nous ne l'avions jamais essayé à deux. Nous avions également déjà expérimenté plusieurs formes d'écriture collective, mais dans le sens normal de lecture.

Un bon nombre de tels « contes à rebours » ont été composés par des membres de la liste oulipo en février 2011. Selon la règle définie par Latelio, ils devaient compter 28 phrases ou 28 vers. Vous trouverez ci-dessous ceux dont je suis coauteur.

Le premier est une ballade écrite avec Rémi Schulz, qui a proposé son vers-refrain à tout oulipote intéressé, et qui a donc cosigné plusieurs poèmes le contenant. Dans le cas de notre collaboration, notre goût commun pour les contraintes dures & cachées a conduit à une relative obscurité, mais aussi à quelques perles à découvrir. Si l'on numérote les vers de 1 à 28 de haut en bas (c'est-à-dire dans le sens
inverse de leur écriture), Rémi est l'auteur de tous les vers de rangs pairs, y compris quatre fois le vers-refrain, et j'ai écrit ceux de rangs impairs (en commençant donc par l'avant-dernier).

Quelques indications sur les subtiles contraintes respectées par Rémi sont disponibles sur son site Web et dans les archives de la liste oulipo. Les miennes ne méritent pas d'être explicitées, car leur but était essentiellement de stimuler ma racontouze et d'obtenir des images ou sonorités intéressantes.

Notre ballade orale en vers

Vers l'an 4808, un dieu gourmet
Gardait là, chaud devant, l'incendie à la butte
Qu'allumait son démon. Sondez mon calumet
Traquant ce chu banni : tout renaît... et rechute.
Quand le tohu-bohu sous les débris débute,
Fricotent des cieux nuls. Trouvez un firmament
Noyé dans un miroir, verre où l'asti commute
Jusqu'à ce que la fin soit un commencement.

Il faut qu'on nage en vers du rebut au sommet
Ou de la brute à l'ange — ou de l'ange à la brute ! —
Pour rester tu dans l'île où s'ouvre un guillemet :
« Perd-on au je ? » nous dit l'échange ou la dispute.
Si l'asile à récits mirés d'or est la hutte,
En mi son motet cesse, et cette eau mon ciment,
Car Machaut aime assez que sa chanson chahute
Jusqu'à ce que la fin soit un commencement.

Le bal, anciennement cantilène, m'aimait
D'un lieu pur que bannit l'heure de sa culbute ;
Le balancier ne ment quand il est neume, et met
Ses reins sur l'échafaud qui chaque instant réfute...
Sans me fier comme un Pan à l'écho ni la flûte,
Le prompt dessein m'est dire en délire dément :
Votre verve se love en une ivre volute
Jusqu'à ce que la fin soit un commencement.

Prince au luth qu'on alla cesser, l'anacoluthe
En mots maints appendras, gardant pas un moment,
Et tu lamineras gags à reni, ma lutte,
Jusqu'à ce que la fin soit un commencement.

                            Rémi Schulz & Gilles Esposito-Farèse


CR avec CR [19/02/11]
Conte à rebours en collaboration avec la conteuse Chantal Robillard. La contrainte de Latelio laisse des traces évidentes dans l'évolution du texte, et c'est justement ce qui nous intéresse donc nous n'avons volontairement rien modifié in fine. Le résultat diffère sensiblement de la ballade précédente. J'ai ici proposé la dernière phrase, et nous avons alterné nos contributions jusqu'à la première, écrite par Chantal Robillard. Vous trouverez sur son blog (partagé avec la compositrice Marybel Dessagnes) ce même texte dans l'ordre d'écriture des 28 phrases.

Mirage à rime

Tu étais une fois, dans une galaxie lointaine, très lointaine, un pilote de ligne qui n'arrivais pas souvent à décoller, mais qui piquas un jour droit sur un mirage que tu voulus décrire. L'alcool avait rendu ta complexion citrine au lieu de t'inspirer, aux fictions t'inciter. Un vieil écrivassier fatigué : voilà ce que tu étais, voilà où tu en étais !
Déjà fort éméché, tu croisas la vitrine d'un marchand de sorbets qui semblait t'inviter. Tu crus entendre dire : « Sésame, ouvre-toi ! » et la bobinette de la porte chut sur un palais de glaces. Ton reflet n'était plus un triste lamantin mais une drôle oiselle au souris diamantin. Cette chimère avait bien corps de poisson, buste et tête de femme, grandes ailes d'aigle ou d'ange — du moins est-ce ce que tu crus voir dans le vieux miroir.
« Que ça t'amuse ou non, je suis ta muse, et veuille traverser ce paquet d'ondes comme de Broglie. Ah, Jean-de-la-lune, atterris, amerris donc ! » te susurrait cette voix féminine inconnue.
Or, tu n'entendis plus ses conseils abyssaux quand tu terminas ton dixième curaçao. Des méharistes bénévolents t'avaient transporté, semi-inconscient, jusqu'aux faubourgs du Caire, te laissant aux mains expertes et aux camions déglingués des pompiers. Bercé par les klaxons des véhicules d'aide, tu rêvais au comptoir du bar la Danaïde. Mais pourquoi monter dans ce zinc de malheur ? Avais-tu pris dans l'aile un sommeil en plomb, Jean, pour salir à ce point ta chemise et ton jean ?
Oublier cette panne dans ton moteur, à mille mille de toute terre habitée : tu sortis de la carlingue et, les mains pleines de cambouis, attrapas ton dictionnaire de rimes, qui s'ouvrit tout seul à la page 289. À chaque incohérence et tout ordre brisé tu devais réagir, t'avait-elle avisé. Oublier cette faille, oublier l'espace-temps, ce trou incompréhensible dans ta mémoire, celui dans ta chaussette gauche, et le pourquoi de ton réveil, une plume d'oie en main. Inventer, rédiger, même au son des alarmes, était la solution qui sécherait tes larmes.
Tu relus les trois phrases que tu venais d'écrire, avant de jeter ce qui, décidément, ne collait pas avec ce que t'avait dit hier la sirène :
« Ton récit nous rendra tous fous, jugea Kublai, qu'on te lise ou t'écoute, ermite ou samouraï.
— Oh, Grand Khan munificent, dit Marco, moi, ton ambassadeur, je fais ici serment solennel que toutes ces merveilles que je t'ai décrites sont véritables et vues de mes propres yeux dans tes vastes contrées, où jamais ne se couche le soleil.
— Tu n'as que peu de temps pour choisir dans quel monde tu veux rester : l'humus, le vent, la flamme ou l'onde ? »
La réalité, la « vraie vie des vrais gens », te dégoûtait depuis l'accident. À quoi pouvait servir ton manuscrit pompier, si ce n'est de navire ou d'avion de papier ?
Assise sur son rocher, la sirène te contemplait de loin, et sa mélopée t'enchantait, t'envoûtait, te ravissait. Plus le chant s'élevait en volutes cornues, plus la falaise allait se perdre au sein des nues... plus dure serait la chute, tu te lanças pourtant dans le vide, rebondis sur le sable, et voilà, elle était là. Tu la dévisageas, comprenant, audacieux, que tout disparaîtrait si tu fermais les yeux.

Chantal Robillard & Gilles Esposito-Farèse


2 Mars 2011

Doublet de Carroll
[Les mots-rimes ne diffèrent que d'une lettre à chaque vers, permettant d'interpoler entre deux verbes antonymes.
Je me suis servi d'un programme C écrit par Nicolas Graner en février 1999 pour trouver cette chaîne de mots.]

                  Anar sonnet

        Pour voir notre liberté naître
        Osons clamer ni dieu ni maître
Qu'on soit fourmi grenouille ou martre
  Qu'on soit Fourier Anouilh ou Sartre

       Rester au fin fond de la Sarthe
   Vaut mieux que tout l'Empire parthe
           Car vivre une fin de partie
          Nous fait rejeter les partis

   De leur geôle il faut que tu partes
      Ouvrons grand fenêtres et portes
          Afin qu'inspirent les poètes

         Tenons nos révolutions prêtes
          À s'envoler outre les crêtes
            Même si nous sommes crevés

          N'attendons jamais de crever

Sonnet carrollien régulier [06/03/11]
[Le faux sonnet ci-dessus a poussé Nicolas Graner à lancer un défi sur la liste oulipo : est-il possible d'obtenir un schéma de rimes banvillien ABBA ABBA CCD EDE avec une chaîne de Carroll minimale (c'est-à-dire telle que la suppression d'un ou plusieurs mots de cette chaîne la brise nécessairement) ? La solution que j'ai trouvée utilise l'astuce de « -é » accentués à la rime, pas forcément nécessaires pour répondre à ce défi, mais particulièrement efficaces pour changer de son sans changer de lettre. Ils permettent en outre de respecter aussi l'alternance des rimes masculines & féminines.
On notera que les cinq rimes ABCDE ci-dessous sont différentes, bien qu'elles présentent d'intéressants échos allitératifs. Les féminines n'ont pas la même consonne d'appui dans les deux quatrains, ni dans les vers 12 & 14, mais ça n'aurait pas été critiqué même par les Parnassiens (des consonnes d'appui différentes dans deux strophes successives sont courantes, et les consonnes « v » & « f » sont phonétiquement proches donc la dernière rime est toujours considérée comme riche).
Le chemin carrollien de « seriné » à « défère » est minimal au sens défini plus haut, mais cet excellent programme PHP de Nicolas Graner prouve qu'il existe des chemins plus courts via d'autres mots de l'Officiel du Scrabble, par exemple en 10 étapes au lieu de 13 en reliant « butiné » (4e mot-rime) à « reviré » (11e mot-rime) par juste « rutine-rétine-retire ».
Comme je suis rentré ci-dessous dans le droit chemin de la versification classique, après l'anarchie de mon précédent sonnet de quinze vers à rimes plates voire orphelines, j'ai choisi le thème de la rédemption
;-).]

                     Conversion

                Papa me l'avait seriné :
          « En cas de problème, surine !
         Que dans ton esprit se burine
           Le mal que j'ai tant butiné. »

               Ainsi je me suis mutiné,
        Gardant longtemps l'âme mâtine,
        L'aspect plus rêche que ratine
                   Et le visage raviné.

         Mais aujourd'hui je me ravise
              Car l'Évangile je révise :
           En vieillissant j'ai reviré.

        Désormais les saints je révère,
               À l'abbé j'en ai référé
          Et toujours à Dieu je défère.

12 Mars 2011

Monorime rare
[M. Pierre Guillard a réattiré mon attention sur le poème « Fenouil » du fraisident-pondateur de l'Oulipo, déjà considéré ici même en 2006. Ça m'a donné envie de combiner, en un simpliste bout-rimé, toutes les rimes masculines en -ouil que j'ai trouvées, histoire de faire mentir les dictionnaires classiques. Rémi Schulz m'a soufflé les deux mots cités au dixième vers, ce qui m'a permis de donner à ce « poème » un aspect de sonnet.]

Le Lionnais écrivit son poème « Fenouil »
Peut-être pour montrer qu'aucune rime en -ouil
N'est aussi masculine, aveugle à Jean Anouilh,
À l'épi de maïs égrené dit panouil

Et la ville de l'Yonne au doux nom de Bernouil.
La consonne d'appui change à Nieul-le-Virouil
(Charente-Maritime), en Lorraine à La Rouil,
Ou quand l'horizontale est décrite en verrouil.

Mais si la canne à pêche attend sur un travouil
Qu'une bouil-abaïsso soit cuisinée au Bouil,
La rime s'appauvrit : je suis en grand tribouil.

Je me sens tournoyer au milieu d'un ragouil
Comme si j'avais bu le contenu d'un douil,
Et soûl tel un cochon, je me vautre en un souil.

Comme me l'a écrit Alain Chevrier :
J'en sais plus d'un à qui ces vers cassent les couil
(le mot est lui-même cassé, c'est la grosse astuce)

P. Guillard a lui-même écrit un quatrain beaucoup plus élégant que mon horrible exercice, citant quelques unes des rimes que je lui avais signalées.
Ça se passe après Le Cid, m'a-t-il expliqué. Rodrigue et Chimène sont mariés, ils vivent heureux et ont beaucoup d'enfants.
Rodrigue
J'ai acquis au marché deux stères de fenouil,
Mais je les cherche en vain. Je suis en plein tribouil !
Chimène
Va vers la soue aux porcs, je les ai mis au douil.
Mais garde-toi de choir en verrouil dans le souil !


15 Avril 2011

Quatrine argentine
[respectant la règle imaginée en septembre 2008 par Robert Rapilly ; le troisième vers est une citation approximative de Borges]

Tu m'as laissé le jaune
et l'ombre, cécité,
comme un lent soir d'été
recouvre flore & faune.

En évoquant le faune,
mon rire devint jaune
comme un lent soir d'été
naquit ma cécité.

Serai-je à cécité
pour en rester à faune
comme un lent soir d'été,
dieu que l'aube a dit jaune ?

[Voir aussi ces quatrines collectives de fin 2008]


26 Avril 2011

Ha ! FAQ : le jeu
[Éric Angelini & Daniel Lehman avaient déjà classifié, dans le chapitre 57 de leur livre Mots en forme, les mots français qui en donnent d'autres par décalage de leurs lettres d'un nombre de rangs fixé dans l'alphabet. J'ai cherché pour ma part à construire de courtes phrases pouvant subir un tel décalage, et permettant ainsi de donner un deuxième éclairage à une même histoire. C'est si contraint que ça ne peut pas mener loin, mais je livre tout de même ici mes humbles essais.]

Insulté par un policier, un SDF répond avoir froid et ne toucher aucun revenu :
Papa jappa : « Eh, bêta ! Ha, gale ! – Je pèle. Je nie. »
Remplaçons maintenant chaque lettre par la quatrième qui la suit dans l'alphabet (L+4). On obtient une autre version de la même histoire :
Tête nette, il fixe le képi : « Ni tipi, ni RMI ! »

Interviewé par la bavarde Ruggiéri, le venimeux Goscinny prend soin de ne pas trop l'épingler :
Naja jà rata ara.
Version L+4 :
René ne vexe Ève.

Notre colistier Jean Fontaine connaît maintenant toutes les ficelles des paradoxes zen :
Jean (ha !) cerna kôan.
Le L+4 fournit d'ailleurs celui qu'il a composé :
Nier le givre, oser !


Février–Mai 2011

Anagrammes de métro – le retour
[Fin mars 2006, Iván Skvarca m'avait signalé des plans anagrammatiques du métro de plusieurs villes, et m'avait suggéré de me mettre à celui de Paris. Je l'avais expédié en quelques jours (ce qui explique ses faiblesses), afin de le terminer pour le 1er avril 2006 – que j'aime appeler « 60 douzembre 2005 ». Mon humble plan a récemment incité d'autres internautes à tenter l'expérience pour le métro de leur ville. Je n'ai pas résisté au plaisir de participer, et je cite donc ci-dessous les quelques anagrammes que je leur ai proposées.]

Fin février 2011, « mosieurj » s'est lancé dans le plan de Rouen, en invitant chacun à contribuer à ce document collectif, hélas aujourd'hui effacé. Voici les anagrammes que j'ai construites, en évitant évidemment celles qui avaient déjà été trouvées :

Avenue de Caen = Nuance évadée / Caveau en Éden / Avancée de nue
Beauvoisine = Boue si vaine
Boulingrin = login: Bruni
Champ de Courses = Schéma du procès
Charles de Gaulle = Échelles du Graal
Ernest Renan = Étrenner ans
François Truffaut = Tu coffras un tarif / Fuir art suffocant
Gare-Rue Verte = Guerre à trêve / Revue à regret
Garibaldi = L'airbag Di
Georges Braque = Qu'orbe s'agrège !
Honoré de Balzac = Enrobez-la ad hoc / La branche de zoo
Hôtel de Ville-Sotteville = L'helvète voit Tell solide
J.F. Kennedy = J'y donne filtre d'ange kHz
Jean Jaurès = Jaser à jeun
Jean Zay = Âne jazy / Y'a zen, ja !
Joffre-Mutualité = Joli Tartuffe ému
Le Parc = Lac, pré
Léon Blum = Nul bémol
Maryse Bastié = Embrassa yéti
Palais de Justice = Plaidais ce sujet / Il décapita Jésus
Paul Cézanne = Nuancez pâle / Un palace zen
Place du 8 Mai = 8 cm l'aida peu
14-Juillet = Eut le joli quartz
Saint-Julien = L'asti en juin
Saint-Sever = Tes navires / Tes avenirs / Inversâtes
Technopôle = Oh ce lepton / Poncho l'été
Théâtre des Arts = Thésard à tester
Toit Familial = Allô imitatif
Voltaire = Vérolait / Traviole / Olivâtre

Début avril 2011, Olivia Billington s'est attelée au métro de Bruxelles, et j'ai proposé ces anagrammes sur son blog :

Alma = A mal
Arts-Loi = L'aristo
Aumale = A lu âme
Beaulieu = A eu lubie
Beekkant = Tank béké (béké : créole antillais)
Belgica = Bic égal / Bi-glace / Ciblage
Bizet = Bitez
Bockstael = Stock à blé
Botanique = Quai béton
CERIA = Acier / Carie
Clemenceau = Ce menu cale / Amène ce cul / Mec a enculé
Comte de Flandre = Clef de dormante / Merde d'oncle fat
Crainhem = Ni charme / Ni marché / Cher ami N.
De Brouckère = Décoré « beurk »
Delacroix = Exil crado
Delta = D'étal
Demey = Émyde (tortue)
Eddy Merckx = Dry Mex deck (pont sec mexicain)
Erasme = Amères / Armées / À semer / Sa mère
Étangs Noirs = Osant singer / Transigeons !
Gare Centrale = Créa l'étrange / Are rectangle
Gare de l'Ouest = Le sage détour
Gare du Midi = Digue Mardi
Gribaumont = Mira ton bug
Hankar = Ra khan (soleil mongol)
Herrmann-Debroux = Exhumer bran rond
Heysel = Eh, Lyse !
Hôtel des Monnaies = Émondai les hontes / Ah les ondoiements ! / Hante les monodies
Houba-Brugmann = Oh, barman, un bug !
Jacques Brel = Jars, quel bec !
Joséphine-Charlotte = Orphée est joli chant / Je croise heptathlon
La Roue = Euro là
Madou = Du Mao
Maelbeek = Béké mâle
Merode = Ô merde ! / Modéré
Osseghem = Hem, gosse !
Pannenhuis = Hun pas inné / Un pénis, han ! / Pansu henni
Parc = Crap
Pétillon = Ont pillé / Ont le pli
Porte de Hal = Hôtel drapé
Ribaucourt = Courir à but
Rogier = Ô régir
Roi Baudouin = Baroud inouï
Roodebeek = Ode Reebok / OK, dérobée
Saint-Guidon = On distingua
Sainte-Catherine = Chine se ratatine / Niais achetèrent
Schuman = Manchus
Simonis = Mission / Soin mis
Stockel = Le stock
Stuyvenbergh = Seventh rugby
Thieffry = Her fifty
Tomberg = Orbe GMT
Trône = Étron
Vandervelde = Veld à vendre / Le DVD énerva / Land de verve
Veeweyde = Weedy Eve (Ève chétive)
Yser = Ryes (whiskys)

Fin avril 2011, Jacques Ponzio a travaillé sur le plan de Marseille, et a proposé à la liste oulipo d'y contribuer début mai 2011. Voici les quelques anagrammes que j'ai construites pour les stations qu'il n'avait pas encore traitées :

Bougainville = Ô le vilain bug !
Chartreux = H extra-cru (H : haschisch)
Cinq Avenues = Van scénique
Cinq Avenues - Longchamp = Champagne ? Quel vin, cons !
Colbert - Hôtel de Région = Hétéroclite ogre blond / Hétéroclite globe rond
Désirée Clary = César y délire
Euroméditerranée - Arenc = On remercie ta rude arène
Euroméditerranée - Gantès = Ne regardas une météorite
Foch - Boisson = Fi, boss ! Oh, con !
La Blancarde - Chave = Le Chancel bavarda / Le vachard balance / Chable de carnaval (chable : voleur)
La Fourragère = Large fou rare
La Rose - Technopôle de Château Gombert = L'herbe est otage de ton cauchemar, Polo / Or, dégoûté, l'analphabète écorche mots / Merde, ce boa catastrophe l'ethnologue / Photo d'électroménagère louche ? Basta !
La Timone = Ton e-mail / L'ont aimé / Ni l'atome
Les Caillols = Lilas collés
Louis Armand = Mordu à l'anis / Dilua romans / D'amour salin / Adonis mural / Salon du mari / A surnom laid / Animal sourd
National = On naît là / Il annota / Alto nain
Notre Dame du Mont - Cours Julien = Le roman du disjoncteur, tome un / Jalonneur tordu de communiste / Commandons le jouet d'un tireur
Réformés - Canebière = Féeries à encombrer / Ô ce brasier enfermé
William Booth = Oh, biwa mollit ! (biwa : luth japonais)

9–10 Mai 2011

Sonnets de monosyllabes isogrammes
[Les sonnets de monosyllabes ont déjà fait couler beaucoup d'encre, mais
Philippe Saint-Raymond a eu l'idée de les combiner à un nombre de lettres
constant par mot. Le 8 mai 2011, il a en effet posté ce bijou sur la liste oulipo :

Sale coup ! Tout mâle, pâle, flou, bout, râle. Sens : sans ruse, leur peur fuse.
L'élégance de ce premier exemple m'a donné envie d'explorer d'autres nombres de lettres.]

Descendons d'abord à trois lettres par mot, tout en conservant l'alternance des rimes :

        Âne
        ---
        Rue.
        Cri
        qui
        tue :

        Hue !
        Hui
        lui
        sue.

        Pas
        las.
        Vie

        fut
        lie,
        pus.

Comme les monuments verticaux sont généralement des symboles phalliques, on peut aussi oser des rimes uniquement masculines :

        Nue
        ---
        Roi
        mûr,
        pur,
        coi,

        moi
        dur
        sur
        toi :

        jeu
        peu
        con.

        But :
        mon
        rut.

Une sorte de mysticisme nihiliste est plus adapté à des mots de deux lettres :

        Fi
        --
        As-
        tu
        vu :
        Ra

        va
        nu,
        tu,
        là.

        An
        en
        os

        né
        au
        dé.

On peut au contraire chercher à augmenter le plus possible le nombre de lettres par mot, tout en les maintenant monosyllabiques. Les heptagrammes ci-dessous sont tous donnés en une seule syllabe dans « le petit Robert » (mais le titre « Truisme » aurait en revanche été dissyllabique) :

        Science
        -------
        Joueurs
        croient,
        skieurs
        choient,

        noueurs
        ploient,
        scieurs
        broient.

        Chiards
        couards
        braient.

        Gnioufs
        traient
        chnoufs.

L'alternance des rimes aurait encore pu être respectée avec des mots de 8 lettres, par exemple avec des tautologies comme « Joueuses jouaient, skieuses skiaient... », car ces imparfaits sont classiquement considérés comme masculins, mais les rimes masculines des tercets auraient dû employer les mêmes sons.


10–12 Juillet 2011

Pangrammes holorimes
[Les pangrammes et les holorimes sont deux jeux littéraires classiques, mais ils n'ont jamais été combinés,
à ma connaissance. Voici mes premiers essais dans ce domaine surcontraint. Les titres à rallonge sont
évidemment inspirés de ceux d'Alphonse Allais, qui qualifiait de tels textes de « macrocéphales ».]

Réaction mitigée à la dégoulinade électroacoustique
composée en hommage aux Twin Towers
par le descendant d'un grand dramaturge français

Jus jais, beau fleuve ohmique à New York estropié ?
Jugez bof le vomi qu'Anouilh orchestre aux pieds !

[80 lettres]
Exclamation d'Apollinaire qui, dans un délire éthylique,
se croit séparé par un conifère aux pignons gras & salés
de la solide Loreley cachant son corps de sirène dans un imperméable

Enjambez l'if aux cacahuètes, thon du rêve,
Ange embelli, phoque à k-way teuton, dure Ève !

[69 lettres]
Pastorale martiale
[chantable sur l'air d'Au clair de la lune]

Fol, un pays bouge :
dansez, Walkyrie,
faux lump et hibou ! Jeu
dans ces vals qui rient.

[65 lettres]
Perec avoue que saint Pierre, sous l'apparence d'un poisson, lui a dicté ses oeuvres les plus brillantes,
y compris le souvenir d'enfance, les goûts animaux du Grand Manitou & de Sabin dans la Disparition,
la bière qui ne rime à rien du Petit vélo, ou l'homme qui dort perdant toute faculté

Zée doux, bleu, veilla qu'or j'en fis, et W, yack, orge, amphi.
[43 lettres]

15 Juillet 2011

Rapide exploration de la notion de quenine littérale


6 Août 2011

Sélénet holorime palindrome phonétique
[Robert Rapilly a eu l'idée de combiner deux contraintes phonétiques cousines : l'holorime et
le palindrome phonétique. J'ai essayé ci-dessous d'en faire également un sélénet, forme fixe
que le même Robert avait exhumée en février 2007 du traité de prosodie de Gilbert Farelly.]

Aubade polynésienne d'un chat grippé auquel l'été a toujours souri

Entends la tendresse,
Ton que roux matou
En temps latent dresse :
Ton cœur ou ma toux

Où tamoure compte.
Serf dental antan,
Août, amoureux conte,
Sert dans talent tant.


[Le 02/09/11, Robert Rapilly a de nouveau ressuscité une anticqve forme poétique du traité de Gilbert Farelly :
le tærcœt. Il s'agit de trois vers dont la première ou dernière rime contient une ligature æ ou œ, et dont les deux
autres vers reprennent la même rime en remplaçant cette ligature successivement par chacune des voyelles qui
la composent. Voici mon tout premier essai, vaguement roubaldien.]

Du ballet de mon cœur
Tu n'écoutes la cour :
Du balais, vieux noceur !


7 Août 2011

Polysémie cmabrigdienne
[La liste oulipo a de nouveau évoqué cette prétendue étude faite à Cambridge, concluant que la lecture n'est pas trop perturbée si les lettres des mots sont désordonnées, à condition de ne pas toucher aux première & dernière d'entre elles. Mes explorations anagrammatiques de juillet 2009 illustraient déjà des cas particuliers pour lesquels c'est évidemment faux, mais Matthieu Hutinet Fauvel a proposé une nouvelle idée : utiliser un tel mélange des lettres intérieures pour composer un texte polysémique. Vous trouverez ci-dessous mes deux premières explorations de cette contrainte.]

Ces insultes politicardes :

Maire décadent, plagierons en trébéens
Aliborons les trous de nos déchus gosiers,
mon étiolé muret, lion tu. Cahoterions, ô criste,
les dîneurs, nourrices des hures ! Et dépérissons...

peuvent par exemple cacher le début d'un Desdichado :

Marié décédant, plongerais en ténèbres.
Abolirons les tours de nos duchés gersois.
Mon étoile meurt loin ; tu chatoieras, ô cistre,
Les diurnes noirceurs des heurs et dépressions.

[Notez que tous les mots (d'au moins quatre lettres) sont modifiés par ce mélange « cmabrigdien ». J'avais en fait déjà utilisé certaines de ces anagrammes en août 2009.
Frustré par ma connexion Internet déplorable durant mes vacances, j'ai aussi osé le lendemain cette quadruple ambiguïté pour un simple couple de mots.]

Réponses d'un dyslexique aigu à un sondage cévenol :

1. Où la couverture d'SFR est-elle négligeable ?

— Cretinas pentilas

2. Que risquent de déposer les abonnés ?
— Cretinas pentilas

3. Quels sentiments écrasent donc les dirigeants ?
— Cretinas pentilas

4. Jusqu'à présent, comment évitiez-vous le pleurage ?
— Cretinas pentilas

Les cchheeurrs de l'uvinertisé de Cmabrigde ont bien sûr immédiatement décodé les bonnes réponses :
1. Certains patelins
2. Criantes plaintes
3. Craintes pliantes
4. Centrais platines


13 Septembre 2011

Pangrammes à alphabet ordonné
[Jean-Charles Meyrignac a proposé à la liste oulipo une contrainte qui avait déjà été explorée par Nicolas Graner en 1997 : composer un pangramme contenant l'alphabet ordonné comme sous-chaîne. Dans ma première réponse, j'ai même imposé que seules les lettres déjà placées dans cet alphabet aient le droit d'être utilisées comme caractères intermédiaires — l'une des difficultés étant alors de ne pas faire immédiatement suivre le Q d'un U. Ma deuxième réponse ne contraint pas ces lettres intermédiaires. Comme souvent avec les pangrammes, l'intérêt de l'exercice est surtout d'arriver à donner du sens aux phrases construites, grâce à un titre ou un commentaire.]

Désespoir du veilleur de nuit ayant fait tomber ses frites sur les tissus exposés dans le magasin
Abaca de fée gâchai-je ? kilim inopiné ? cinq röstis couvrant wax, voyez !
[abaca : textile issu du bananier — kilim : tapis oriental — röstis : frites suisses — wax : tissu africain]

En cas d'irradiation, tout distillateur de Kaboul doit se couvrir de tissu africain, sinon ses pâtés en croûte risquent de suppurer :
Abcède afghan pirojki ? Luminophore liquoriste uval, wax ayez !


[En rab, un pangramme standard cherchant à traduire en français le classique anglais « The quick brown fox jumps over the lazy dog » (qu'il est possible de raccourcir).
En 2002, je l'avais déjà transformé en hétéropanphonème. Cette fois, le 14/09/11, Alain Chevrier en a fait un comique pangramme français de 86 lettres, puis Jocelyn Étienne
a montré la voie de la concision avec 51 lettres, et Nicolas Graner a exhibé l'azawakh pour proposer en 36 lettres :
Ce vif goupil sexy enjambe azawakh qui dort.
Comme Nicolas demandait comment en faire un alexandrin, j'ai tenté en 40 lettres :


Vif (speedé) roux coyote enjambe azawakh glauque.

et le lendemain en 38 lettres :

Dis, qu'enjambe azawakh : vif goupil, roux coyote ?

Mais Nicolas avait en fait déjà obtenu cet alexandrin de 37 lettres : Vif goupil roux t'enjambe, azawakh qui y cèdes.
En évitant l'hiatus « qui y », mais avec un alexandrin romantique (césuré 4/4/4), j'ai finalement obtenu le 16/09/11 en 36 lettres :


Vif goupil roux, daw, enjambez ce quiet husky.

Le daw (zèbre) apposé évoque la vitesse du renard. On peut gagner une lettre en remplaçant « ce quiet » par « coquet », mais ce serait moins fidèle.]


17 Septembre 2011

Minimalisme mélanésien
Certaines sources (comme le parfois imprécis « Livre des records ») affirment que l'alphabet du rotokas, langue parlée dans l'île de Bougainville (îles Salomon, Mélanésie), ne compte que onze lettres : ABEGIKOPRTU. On pourrait tenter des onzains hétérogrammatiques à la Perec, ou des lipogrammes multiples n'employant que ces lettres en français. Pour l'instant, permettez-moi de rester dans le minimalisme des pangrammes, et même des hétéropangrammes, avec des titres à la Chevrier.

Teinture en communauté hippie
Batik groupé

Mise à jour de Windows
Bogue par kit

Tapin pinta
Pute goba kir

Dépassé dessapé
But : poker gai

Lentes lèsent
Berk, pou agit

Tête de veau
Parigot beurk (2 r)

Élimination des trolls de la liste oulipo
BooK purgeait (2 o)

Gardien dégarni (citation d'AC)
Képi bougerait (2 e & 2 i)

La version anglaise de Wikipedia donne plus d'informations sur cette langue, et il semble en fait qu'elle utilise douze lettres (même si les S & T correspondent au même phonème), et que le B soit plus souvent écrit V. On aurait donc l'alphabet AEGIKOPRSTUV.

Victoire
Tu vagis Poker !

Podium raté
Ski trop vague

Dégustation de poulet
Vu képi gratos

Anthropophagie
IVG pour steak

Coincions concision, Gef_


20 Septembre 2011

Rechute de pangrammite
[Éric Angelini a indiqué à la liste oulipo que l'adjectif « qwertz » (suisse romand, pour un clavier) va entrer dans la 6e édition de l'Officiel du Scrabble. Le chant breton « gwerz » nous avait déjà permis en 2008 de trouver le premier (et unique) hétéropangramme autorisé par ce dictionnaire. Ce nouvel adjectif permet désormais 16 autres hétéropangrammes (au changement d'ordre des mots près), dont l'un se passe même de l'abréviation « vs ». Les six mots qui le composent ne donnent hélas aucun énoncé clair, donc sa justification demande de sérieuses contorsions.]

On joue aux cartes une falaise suisse, formée de blocs rectangulaires qui évoquent un clavier d'ordinateur.
Un drogué tente une première annonce plutôt élevée, mais l'allumeuse d'en face a une main encore meilleure.
Flysch qwertz ; junk : « Dix ! », vamp : « Bog ! » [hexasyllabe monosyllabique de 26 lettres]

Si votre chien est paresseux, ce n'est pas un renard brun agile qu'il vous faut pour accélérer votre travail,
mais la dernière génération d'ordinateur suisse.
Husky gland ? Vif PC qwertz : job max ! [27 lettres]

Enfin, puisque l'X est attesté dans le petit Robert, bien que ce mot d'une lettre soit forcément absent de l'Officiel du Scrabble :
Le Web, neutre terrain de jeu catalogué
pour polytechnicien rapide mais drogué
Blogs : vif champ qwertz d'X junky. [26 lettres]


Le même ODS6 introduira aussi (entre autres) le pain algérien khobz. En le combinant au fromage
du Jura
gex déjà présent dans l'ODS5 de 2008, on obtient ce pangramme assez naturel :


Slava Polunin devant une tartine au fromage
Clown sympa qui vit khobz, gex, fjord. [octosyllabe de 29 lettres]

On peut trouver plus court mais plus abscons, par exemple en 27 lettres : Clown vit khobz dry, gex, faq, jumps.

Davantage de lettres peuvent au contraire donner plus de cohérence grammaticale, comme :

J'y mords vingt-cinq fameux khobz pilaw. [32 lettres dont 2 M & 2 N]
Car je paye vingt-six khobz au daw famélique. [alexandrin de 36 lettres]


Six mois plus tard (le 29/03/12), j'ai repéré d'autres mots de l'ODS6 a priori utiles pour les pangrammes, comme la croix égyptienne ânkh (anagramme du plus habituel souverain mongol khan), le mets congolais chikwangue, les langues amérindiennes crow et ojibwa(y), la zone enneigée snowpark, le logiciel espion spyware, l'antilope waterbuck, etc. N'hésitez pas à les expérimenter.
Voici juste un court pangramme ne constituant pas vraiment une « phrase », mais n'employant que des mots assez courants :


Le travelling arrière issu d'une remise
nous montre le héros, la neige, le glacier,
puis zoome à nouveau sur la végétation grise
et rare que picore un con gallinacé :
Vu box, zig, snowpark, fjeld, thym, coq. [octosyllabe de 28 lettres]

La justification d'un énoncé tordu est le travail le plus oulipien, dans ce type d'exercices minimalistes. ;-)

Et puisqu'on évoque les paysages nordiques, voici un autre pangramme plus long mais de seulement quatre mots, déjà présents dans l'ODS5 :


Nous manquons d'oxygène en ces plateaux glacés.
Votre étouffe-chrétien nous rendrait violacés :
Fjelds ? Zwieback gravement hypoxique ! [ennéasyllabe 3/3/3 de 32 lettres]

Ça peut devenir un décasyllabe correctement césuré 4/6 en faisant passer la biscotte suisse en fin de vers : Fjelds ? Gravement hypoxique zwieback !


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