Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]

4. Oulipian games & poetry (97-98)
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Recent stuff (2016-17)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


For your first visit, I suggest this selection

4, 5 & 7 Septembre 1997

Tragédie allitérée à traduire sans "r" ni "s"
[Jeu proposé par Nicolas Graner sur la liste oulipo]

ORESTE
Dieux ! Quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Hé bien ! Filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
À qui destinez-vous l'appareil qui vous suit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
Venez, à vos fureurs Oreste s'abandonne.
Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione :
L'ingrate mieux que vous saura me déchirer ;
Et je lui porte enfin mon coeur à dévorer.
[Jean Racine, Andromaque]

Version cherchant à "coller" au texte
L'AMI DE PYLADE
Dieux ! Quel hideux coup d'oeil elle jette à ma face !
Quel démon, quel python l'accompagne ou l'enlace ?
Hé bien ! Fille d'incube à la main alléchée,
Chez qui ce chélonien chuchotant fut lâché ?
À qui voue-t-on l'opaque équipage conduit ?
Où donc m'enlève-t-on, en une infinie nuit ?
Venez, je m'abandonne à ce déchaînement.
À Belotte confiez plutôt l'exécution :
L'indigne a du talent quant au dépècement ;
Et je lui donne enfin mon foie en collation.
[Jean Pivot, La femme de Néoptolème]

Test retors et osé : ORESTE est ôté
ANYVA
Allah ! Qu'un inhumain clin fixa ma chapka !
Il guida la maffia, l'animal qui piqua
Ah ! Naja, vamp du mal, qui avança la main !
Un caïman kaki m'accula à Vulcain
Qui cacha l'avachi machin ? Qui l'afficha ?
Ça kidnappa ma paix, la damna, la gâcha
Affaibli, j'abdiquai, nu, vaincu, maladif
Aucun n'a l'infini influx qu'a ma nana
Milady m'accabla, m'abîma au canif,
M'annihila, mâcha, à la fin m'avala.
[Juan Bulb, Macman]

Quasi roy
VEDETTE VENGÉE
Chef ! De flèche et d'épée elle me fend, me jette
Elle emmène chez elle et dément et bébête
Hé ! Femme de géhenne entêtée, véhémente !
Cette blette belette endentée ne me tente !
Dépêchez chez l'hellène excédé l'élément
Enlevez ce déchet exempt de vêtement
Venez et tempêtez, je me cède, gelé
L'éméchée née d'Hélène excelle en démêlé
Cette fêlée me met en cène et en échec
Lèche, dépèce net : je décède en ce bec
[Gene Lexème, Texte de légende]


11 Septembre 1997

Extrait de la Constitution à récrire sous forme d'un sonnet
[Jeu proposé par Nicolas Graner sur la liste oulipo]

Articles 1er et 2 de la Constitution Française de 1958
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
La Langue de la République est le français.
L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L'hymne national est "La Marseillaise".
La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité".
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

L'indigestion de nos sillons
Voici l'introduction de la Constitution

La France est ma nation, dépourvue de sections.
Elle a pour conditions d'offrir sa protection,
Sa subordination à la population
Et sa séparation de toute confession.

Elle donne caution de l'égalisation
Des gens devant l'action de la législation
Sans nulle distinction de foi, de conviction,
De race, d'extraction, voire de profession.

Son mode d'expression est français d'élection.
Le bleu, blanc, vermillon en est l'évocation
Comme l'âpre chanson de la Révolution.

Le slogan "Communion, Équité, Permission"
Souligne les notions réglant sa direction :
Le peuple a pour mission son administration.

Offrez vos compassions à ma composition
plutôt que vos sanctions... Gilles Esposition_


8 Octobre 1997

Écrire une fable-express ayant pour moralité approximative
À nous de vous faire préférer le train
[Jeu proposé par Nicolas Graner sur la liste oulipo]

Exergue
Oulipiens mes frères
Ce petit quatrain
Décrit l'atmosphère
De nos jeux contraints
Moralité :
À nous de vous faire
Préférer l'astreint

Centaure
Le grand Schwarzenegger en Autriche revient
Il semble tout ému de retrouver les siens
"Sentez-vous l'écurie ?" demande un quotidien
Mais à ce lieu commun l'aryen n'y comprend rien
Il évoque soudain son parfum masculin
Morale : Arnold avoue fair-play flairer le crin

Contrepet
Assainir les fonds
De notre Sécu
Est utile au fond
J'en suis convaincu
Mais nous infliger
À toute vitesse
Tant de C.S.G.
De C.R.D.S. (*)
Ça me désespère
On impose tout
Afin de nous faire
Préférer le trou
(*) "Contribution Sociale Généralisée" et "Contribution au Remboursement de la Dette Sociale" :
impôts français destinés à combler le "trou de la Sécu"

Sectaire
Ils étaient deux copains de la bande à Calvin
Mais un jour l'un d'entre eux choisit l'autre réforme
Causant chez le second une colère énorme
"À nous deux, faux frère proféré luthérien !"

Cynisme
Alexandre vient
Voir le solitaire
Et contestataire
Diogène l'ancien
"Je t'offre des biens
De l'argent, des terres !
-- À vous de vous taire;
Préférez le rien."

Simpliste
Air Inté garantit des retards de trente heures
Et si vous voyagez vers le nord ou le sud
Vos bagages seront conduits vers l'équateur
Le futur accident est seule certitude
Moralité : À nous de vous faire préférer le train

Trésor
ou comment une jeune fille aperçut en songe un conduit obturé par une vitre à l'intérieur d'un vieux pupitre,
et y trouva effectivement le lendemain un fabuleux collier de perles scellé dans un coffret métallique

Anne-Aude a ouvert
Le rêvé lutrin.
Elle a découvert,
Révélé le drain,
Dénudé le verre
Et fêlé l'airain,
Mais n'a pas souffert.
Enfin elle tient
L'anneau de vingt sphères
Profond en l'écrin !

[Voir aussi ces fables express sur le proverbe de la cruche à l'eau]


14 Octobre 1997

Carré bi-latin orthogonal de voyelles
Aa Ou Eo Ui Ie
Oi Ee Ua Iu Ao
Eu Uo Ii Ae Oa
Ue Ia Au Oo Ei
Io Ai Oe Ea Uu
Grosse bise
Crachant d'obscurs grêlons, surgit l'hiver,
bondit l'enfer brutal d'intrus glaçons.
L'embrun, surnom viril d'âpre grognard,
hurle l'instant-fatum : Osons périr,
givrons parmi l'ocre néant futur !


3 Novembre 1997

Lipophone anglophile
Traduire le texte suivant sans accents ni cédilles, ni les sons u, eu, on, an, in, r;
les e muets sont tolérés seulement en fin de phrase.
[Jeu proposé par Nicolas Graner sur la liste oulipo]

OÙ MR. SHARP FAIT SON ENTRÉE

« Ces journaux anglais sont vraiment bien faits ! » se dit à lui-même le bon docteur en se renversant dans un grand fauteuil de cuir.

Le docteur Sarrasin avait toute sa vie pratiqué le monologue, qui est une des formes de la distraction.

C'était un homme de cinquante ans, aux traits fins, aux yeux vifs et purs sous leurs lunettes d'acier, de physionomie à la fois grave et aimable, un de ces individus dont on se dit à première vue : voilà un brave homme. À cette heure matinale, bien que sa tenue ne trahît aucune recherche, le docteur était déjà rasé de frais et cravaté de blanc.

Sur le tapis, sur les meubles de sa chambre d'hôtel, à Brighton, s'étalaient le Times, le Daily Telegraph, le Daily News. Dix heures sonnaient à peine, et le docteur avait eu le temps de faire le tour de la ville, de visiter un hôpital, de rentrer à son hôtel et de lire dans les principaux journaux de Londres le compte rendu in extenso d'un mémoire qu'il avait présenté l'avant-veille au grand Congrès international d'Hygiène, sur un « compte-globules du sang » dont il était l'inventeur.

Devant lui, un plateau, recouvert d'une nappe blanche, contenait une côtelette cuite à point, une tasse de thé fumant et quelques-unes de ces rôties au beurre que les cuisinières anglaises font à merveille, grâce aux petits pains spéciaux que les boulangers leur fournissent.

« Oui, répétait-il, ces journaux du Royaume-Uni sont vraiment très bien faits, on ne peut pas dire le contraire !... Le speech du vice-président, la réponse du docteur Cicogna, de Naples, les développements de mon mémoire, tout y est saisi au vol, pris sur le fait, photographié. »

« La parole est au docteur Sarrasin, de Douai. L'honorable associé s'exprime en français. "Mes auditeurs m'excuseront, dit-il en débutant, si je prends cette liberté; mais ils comprennent assurément mieux ma langue que je ne saurais parler la leur..." »

Jules Verne, Les cinq cents millions de la Bégum
[Texte produit par Pierre Cubaud pour l'ABU]



Traduction proposée

ICI L'AMI KEEN VA S'IMMISCER

« Ces papiers gallois m'estomaquent ! » monologua l'aimable et doux toubib, qui s'adossa au colossal sofa d'opossum.

L'habile Oseille avait la manie des monodies, cas d'oubli familier.

Cet homme atteignait sept fois sept automnes. Il avait l'aspect svelte et les objectifs vifs & nets sous l'officiel binocle aux anneaux d'acier. Sa physionomie digne et sociable amenait la foi soudaine, et tous estimaient : quel gars loyal et noble ! L'aube ici n'avait pas fini qu'il avait poli ses joues et mis ses nouveaux faux-cols. Mais ses habits esquivaient les chichis.

Sous les lits et casiers, chez cet homme, au Lighton's Palais, s'affichaient les Daily News, Daily Phone et Times. Dix coups sonnaient et il avait fini sa balade, avec sa boucle aux hospice, asile ou clinique. Il avait aussi saisi les papiers capitaux, qui citaient les talks exhaustifs qu'il avait faits la veille au Polynational Colloquium d'Histologie. Il innovait avec sa machine : elle estimait l'effectif total des monocytes.

Face au toubib, il y avait des plats sous des nappes. Ils cachaient des biftecks bouillis comme il les aimait, sa tasse avec l'exquis chocolat qu'il avait choisi, et des toasts au lait, ces beignets exceptionnels des pays celtes.

« Oui, disait-il, ces papiers gallois excellent ! S'y opposer n'est pas possible... Les speechs des sous-chefs, l'essai d'Ucello, toubib d'Ischia, et mes analyses. Tout y est saisi au vol; c'est la photo fixe et explicite. »

« Et voici l'estimable Oseille Alexis, toubib d'Aniche et Douai. Il va s'expliquer avec l'idiome actif des Gaulois. "Absolvez-moi, attaqua-t-il, si j'ose essayer cette audace. Mais vous saisissez assez cet idiome, et j'ai omis d'initier ma bouche aux polyphonies celtes..." »

Gil Schiavo, La Dauphine a dix giga-sous
[Gef adapta cet essai gauchi sous la liste oulipo, et avoue qu'il a mal admis sa peine exceptionnelle.
Amalgamer ces lois est abominable, et s'opposer aux signaux d'alphabet, tels les a sous des `, m'a fait beaucoup potasser.]


5 Janvier 1998

Polyrythmie biconsonante
[Description d'un concert de musique indienne -- Le "tu" du dernier vers est le participe passé de "taire"]

Tonnet
(noté en nonante-uit)

Inanité atone un tantinet ouatée,
une note tenue naît en un néant nu.
On tâtonne, on ânonne en un nô entêté
un ut éteint, têtu, une nuée ténue.

On initie tantôt en tintant un tonneau.
On entonne en tutti une antienne étonnante
en notation néo-ionienne en anneau.
On a anéanti tout ennui, toute attente.

En ôtant un étui, un tuyau en étain
tonne tant, inouï : une otite t'atteint.
On a tué ton ouïe, nettoyé ton entente.

Ton intuition te noie en un tao nié.
Ô attention à toi ! On t'a atténué.
Une nuit teint ton toit, un état tu te tente.

Tino Étonnito-Tatête_


Notre Père
[Traduction monovocalique de la prière de Jésus-Christ]

Père éternel d'essence céleste
Je révère tes lettres
J'espère le règne de tes pensées
Tes recherches se créent et les événements te révèlent en terre et en l'éther
Les mets de ce temps présent, cède-les
Je me repens de mes péchés, et je ne me venge des gens extrêmement secs et bêtes
N'entreprends de me tenter, et ne m'enferme en enfer
En effet, t'es le régent, l'expert et le chef en des cents et des cents de semestres
Recevez ce prêche et mes respects

Gef - thème tenté de tête en décembre

[Voir aussi la Genèse, le Cantique des Cantiques et ces promesses]


Dépression méthéologique
ou comment une magicienne transsexuelle profita de la mélancolie
du Dieu suprême pour introniser son frère hydrophile
[Poème pseudolorime]

D'après l'avis du roi Zeus,
l'âme hors-jeu, la voix cassée :
"Âpre est la vie, dure, oiseuse;
la mort, je n'la vois qu'assez."

Poseidon l'écoutait là,
l'heureux Médée l'observait :
"Posez-donc le coutelas;
le remède est l'eau, servez !"

Jupiter osa goûter
ce liquide et prit mal, ah !
Jus piteux, rose, à goût thé.

"J'ai plus ton cran, roide, en fer..."
Celui qui déprime alla
chez Pluton, grand roi d'Enfer.

J'y laisse peau (étoffe à rêves)_


Quatrain autoréférent

Cet effort holorime en ce départ, à l'aile
de vains propos à blâmer sans céder ma rage,
devint proposable à mes sensés démarrages :
c'était fort ! Ô l'or immense des parallèles !


19 Janvier 1998

Sonnet biconsonant à traduire en français

Lolita
(Giuseppe Varaldo)

L'italo tuo telaio o l'alta tetta,
il luteo tulle o l'ileo titillato,
o il titolato letto, a te alleato,
alla tua età liliale tutti alletta.

Attui alla « tele » l'utile toeletta,
e t'aiuta l'altea o il latte oliato;
tolta la tuta o il tuo tutù attillato,
l'attuale lui allieti, o tota eletta.

L'alito tuo è aloe, loto e tea,
e lutata è la tela tua letale,
e ti latita il tatto e la lealtà...

Alata e lauta, la tattilità
tutela e attuta l'atto tuo totale.
Tu alea, Lete, Aletto...: tu talea !


Version recherchant la fidélité sémantique

Lolita
(Va pseudo-plagier
papiers du volage)

Le lolo étayé, ta tôle olé olé,
ou le tulle étoilé, la taille titillée,
ou le lit et la taie --l'atout et l'alliée--:
à tel état lilial était l'élite allée.

À l'utile toilette elle était attelée,
l'oléolat au lait ou l'ouate l'outillait;
elle ôta la layette ou le tutu taillé,
et l'Italie loua l'élue à la télé.

Ta luette a loti le tilleul et l'oeillet,
et ta toile létale a étalé le lut;
elle étiole l'aloi et toute loyauté...

La tutelle a été allouée à la tétée,
elle a lié l'étau à ta totale lutte.
Toi l'aléa ailé, Attila...: ô yé-yé !

Gil a désapprouvé_


Quelques autres anagrammes de "Giuseppe Varaldo"

Plage du vaporisé
Pulvérisa dopage
Développa au gris
Alpages du poivre [on dirait un titre de Mathews/Perec]
Le visage poupard
Survol de papegai [= perroquet]
Ravage des populi
Sauvage perd poil
Dépeupla viragos [= garçons manqués]
Produis le pavage
Dévisager l'Papou
etc... [ce nom s'y prête très bien !]


Traduction (moins fidèle) d'un autre sonnet de Varaldo
[Version originale en page 65 du recueil intitulé "All'alba Shahrazad andrà ammazzata",
ou bien en page 126 du "Ton Beau de Marot" de Douglas Hofstadter]

L'Enfer de Dente

Né de trente étés, l'Excellent
(l'expert en Lettres, le régent)
se rend vers le centre de Terre,
scène pérenne de l'Enfer.

Des gens, élèves de Serpent,
tremblent de péchés précédents
(errements de sexes pervers),
se repentent et désespèrent.

Bêtes d'ébène, dents, vertèbres,
gel éternel et sèches cendres...:
Entre et te perds en ces ténèbres !

Émerger en été, se tendre
vers le vent, repérer de l'Èbre
les reflets célestes descendre...

Gef_


23 Janvier 1998

Sonnaïku

Une profonde méditation ;-) sur l'emplacement des césures dans les alexandrins et la subtile simplicité de la lyrique japonaise, m'a naturellement conduit à la structure suivante qui superpose les caractéristiques du sonnet et du haïku.

Nombre de syllabes : 5 7 7 5 / 5 7 7 5 / 5 7 5 / 5 7 5
Schéma de rimes    : a b b a / a b b a / c d c / e d e


Pour que les tercets forment de véritables haïku, il est recommandé de mentionner une saison dans chacun d'eux.
Voici une adaptation de Kostrowitzky :

Nuit du soleil levant

Mon prime verre ivre
Chante la lenteur lunaire
Des sept fées d'Apollinaire
Aux cheveux de vouivre

Que l'on me délivre
En dansant l'été ternaire
Je veux être partenaire
Des filles de cuivre

La nuit s'extasie
Sur les vendanges infuses
Dans les flots d'Asie

L'air martyrisé
Éternise ces Méduses
L'hiver s'est brisé


6 Février 1998

Écrire un poème dont les mots aient un nombre de lettres égal aux décimales
successives de la racine carrée de 17 = 4,1231056256176605498214098559740770...
[Jeu proposé par Bill Allombert sur la liste oulipo]

Premier essai en 17 pieds monovocaliques (haïku)
[La décimale 0 est ici codée par un mot de 10 lettres]

                          Bref                     4
                 L'ex-zen d'excellence             12310
                 pense épeler ce télex             5625
                   Lexème d'extrême                617
Deuxième essai en heptasyllabes autoréférents (moins un pied)
[À part la virgule décimale et les points de suspension finaux, les signes de ponctuation représentent ici les zéros]
                 XVII, ô si vas y !                4,12310
                 Cette racine de seize             5625
                 majoré d'unicité                  617
                 débute illico : ainsi             6605
                 Bill Allombert immortel           498
                 va t'oser ! Curiosité...          21409...

19 Février 1998

Lignes Isocèles Mode d'Emploi
Nicolas Graner, grand expert en la matiere,
utilise l'expression "lignes isoceles" pour
designer une contrainte fort esthetique sur
un ecran d'ordinateur : se debrouiller pour
que la marge de droite soit justifiee (avec
une police de caracteres non-proportionnels
bien-entendu). Cette contrainte se remarque
tres rapidement par ecrit, mais elle est de
la plus grande discretion possible au cours
d'une lecture a haute voix. Bien qu'elle se
situe plutot du cote des contraintes douces
-voire molles-, sa difficulte croit lorsque
la taille des lignes diminue, mais cela n'a
pas empeche Nicolas de descendre autour des
trente caracteres par ligne sans le moindre
effort apparent. Recemment, Stephane Susana
(connu pour sa maitrise es palindromes) m'a
suggere d'ecrire une sorte de mode d'emploi
de cette contrainte. Je ne crois pas savoir
toutes les astuces de cet "art" minimal, et
je vous invite donc a completer mon message
en envoyant sur la liste toutes vos idees a
ce propos. Nicolas et Stephane pourront par
exemple nous faire part de leurs reflexions
(de preference en respectant ladite regle),
ainsi que Patrick Flandrin, qui nous a deja
offert plusieurs reussites dans ce domaine.

Le but de ce message est donc d'etablir une
sorte de catalogue des petites "tricheries"
qui aident a l'ecriture de lignes isoceles.
Vous remarquerez par exemple la presence de
guillemets dans la phrase ci-dessus, malgre
leur relative inutilite. La ponctuation est
aussi extremement utile, car une parenthese
ou une virgule bien placees peuvent fournir
facilement un caractere manquant, ou encore
etre supprimees sans dommage pour gagner de
la place. Bien-sur, la technique principale
consiste a jouer sur les synonymes de facon
a obtenir le bon nombre de caracteres. Cela
n'est pas sans rappeler le travail du poete
-ou plutot du rimailleur- pour atteindre le
nombre de syllabes choisi. Une interversion
de proposition relative, ou plus simplement
de sujet et de verbe, s'avere tres pratique
dans certains cas. Mais tout cela n'est pas
encore a classer dans la "tricherie", et je
passe maintenant aux veritables impostures.

L'une des plus amusantes, donc vraiment peu
critiquable, consiste a introduire un petit
"dessin" pour completer une ligne. Ils sont
souvent appeles "smileys" en anglais, voire
"emoticons" dans le jargon informatique des
Etats-Unis. Les plus connus sont le sourire
:-) , le clin d'oeil ;-) , et la gueule :-(
[mais je suis sur que vous en connaissez un
grand nombre]. Bref, vous voyez l'idee. ;-)

Il est deja plus blamable de rajouter quand
on en a besoin des blancs autour des signes
de ponctuation. Mais le simple remplacement
d'un point final par une exclamation ou une
suspension peut resoudre bien des problemes
sans le moindre effort. En effet, il suffit
de se souvenir des regles typographiques du
Francais pour allonger une ligne d'un blanc
puisque les exclamations s'ecrivent ainsi !
Vous comprenez pourquoi je n'insiste pas...

Mais voila` maintenant mon astuce preferee,
bien qu'elle soit de la ve'ritable arnaque.
Comme vous l'avez remarque, je n'ai pas mis
d'accents dans ce message, donc on peut les
rajouter quand on veut a` co^te des lettres
pour comple'ter les lignes re'calcitrantes.
C'est lamentable, mais ca marche tres bien,
vous verrez ! Je n'ose me^me pas mentionner
la fourberie la plus honteuse, consistant a
laisser trainer des fautes d'orthographe ou
de frappe, en esperant qu'on les houbliera.

Eh bien ce message est termine, et j'espere
ne pas vous avoir trop ennuye. Je suis sur
que vous connaissiez tout cela, mais j'ai
tout-de-meme eu du plaisir a vous etaler
ma Science du chique'. Certes, j'aurais
eu plus de merite a ecrire ce laius en
me privant de E ou d'une autre lettre
mais ce sera pour une autre fois, o^
mes chers amis. Malheureusement, je
me rends compte que la longueur de
ma premiere ligne etait henaurme,
donc la fin de ce message risque
de nous prendre encore quelques
minutes. Le plus grave est que
je n'ai plus rien a vous dire
donc ca commence a etre tres
penible. Je vous prie de me
pardonner de ces delayages
indignes de notre celebre
liste oulipo. Et en plus
ce que je suis en train
de dactylographier est
infiniment plus aise'
que la contrainte de
la "boule de neige"
chere a Perec et a
l'OuLiPo. Ca aura
eu l'avantage de
me l'apprendre,
car je ne l'ai
jamais essaye
auparavant !
Les ultimes
paroles se
preparent
soudain.
Ca sent
la fin
et je
vise
Gef
:)
.

Monovocolonnons (21/02/98)
Suite au message précédent, nous avons eu droit sur la liste oulipo à des acrostiches palindromes & isocèles de la part de Stéphane Susana, des lipogrammes & monovocalismes isocèles de la part de Nicolas Graner, et surtout une compétition entre ce dernier & Patrick Flandrin pour diminuer la taille des lignes (14 caractères, puis 9, 7, et 5). J'ai tenté cette réponse monovocalique (contenant une grave phaute de français dans la cinquième colonne, comme Éric Angelini me l'a fait remarquer)...

Cher        même        T'es        Chef        mêle        sers        PS
N.G.        vexé        très        fêté        sept        "bel        Oh
                        zélé        Tête        vers        week        Li
J'me        Bref        (the        clef        en E        end"        Po
sens        j'me        réel        Père        & je        & je        as
très        sens        best        elfe        rêve        mets        tu
bête        lent        mec)        etc!        d'en        "the        vu
mené        & ce        & je                    être        end"        où
semé        nerf        pèse        J'en        gré!                    il
lésé        cède        tels        crée                    Ecce        va
gêné        pète        legs        pêle        J'te        Gef_        ?!

Réponse à une question concernant les antécédents de l'OuLiPo (22/02/98)
[Ce texte imite les alexandrins isocèles d'un poème de Nicolas Graner]

Algdgadlu n'a pas tort: la société Mizler
Devance l'OuLiPo depuis deux-cents années
Händel et Telemann s'y sont perfectionnés
Et Jean-Sébastien Bach y mourut titulaire

Il attendit mille-sept-cent-quarante-sept
Pour oser devenir leur membre quatorzième
Car BACH = quatorze (il aimait ce barème)
Puis il y révéla ses plus riches facettes

Il commença par les Variations Canoniques
L'an qui suit composa l'Offrande Musicale
Puis travailla son coup de génie radical:
C'était l'Art de la Fugue inouï titanique

Mais Bach est décédé juste avant de finir
D'astucieux érudits ont tenté de le faire
On trouva tant de lois dures à satisfaire
Que ça sembla suffire afin d'y parvenir !

Lorenz Mizler était amateur de contrainte
(On peut évidemment mettre un S à ce mot)
Il nous évoque donc Le Lionnais & Queneau
Il créa l'OuMuPo ou l'art de ce qui tinte

Out ! (02/03/98)
[Réponse à une publicité reçue sur la liste oulipo. Voir aussi une réaction plus ancienne de Nicolas Graner]

             Cher MegAjeuDeFooT,

Je demande qu'on boute hors de nos autoroutes
de l'info cette croûte au nom qui me dégoûte,
lourde comme un mammouth empestant le mazout:
cette Spam qui filoute et toujours en rajoute

Il faut que je reboote à partir de la "root",
car ma machine est tout engluée de choucroute
(ce racolage scout sur les joutes des shoots)
Que veut-on que je foute de ça? Que j'écoute?

Cette pub qui glougloute à jamais non-absoute
m'assomme de son knout et bientôt je me voûte
Elle veut que l'on broute et suce son vermout

Vomissez chaque goutte afin qu'on la déboute!
Il n'y a aucun doute: il faut coûte que coûte
que la Spam soit dissoute en une banqueroute!
Signatures anagrammatiques trouvées par Stéphane Susana (j'ai commis les deux dernières)
Ire ! Le foot passe, glisse !
Pis ! Le foot glisse : "erase" !
Ge laisse le foot pisser !
Foot = grisailles pesées

Une de mes précédentes râleries anti-spam (du 21/01/98) était nettement moins contrainte mais légèrement plus profonde :

Cher "pointweb at onc point f r",
La liste oulipo n'a que faire
de vos messages tarifaires,
ces véritables somnifères.

Si vous voulez nous satisfaire,
cherchez une contrainte en fer
et travaillez jusqu'à parfaire
votre style dans les affaires.

Car les écrits que je préfère
sont ceux où l'auteur a souffert,
puis a dominé son enfer...

Mais si l'informe prolifère,
je m'énerve, je vocifère,
et pour finir je légifère !


18 Mars 1998

Alexandrins fondants
Ils marchaient droit vers l'ouest, orpailleurs pleins d'entrain,
 Pour gagner maints milliards (sans qu'ils soient des voleurs).
  Ils cherchaient tout terrain, tout cours d'eau : receleurs !
   Mais leurs fouilles n'offraient qu'un phantasme restreint.

     Ferrailleurs moins fougueux, acceptant ce train-train,
      Ils conservaient l'espoir de lendemains sans pleurs,
       Les yeux brillants d'un rêve embrasé de couleurs :
        Ils désiraient trouver de lourds métaux citrins.

          Rôdeurs plutôt blasés de ces vaines battues,
           Ils avancent encore à pas lents de tortues
            Vers l'horizon ténu de l'aurore aurifère

              Mineurs désespérés, immobiles, gelés
               La perspective en V du vécu écoulé
                Les a ratatinés & jetés en enfer
Le polissage est érosif_

[Voir aussi cette isocélisation de La Fontaine et ce sonnet inflationnaire]


Fin septembre 2005, Nicolas Graner m'a envoyé cette traduction isocèle du sonnet précédent :

On alla sus à l'ouest, mineurs emplis d'entrain,
Pour gagner des millions (sans devenir voleurs).
On voulait un terrain, un ruisseau : receleurs !
Mais leur quête n'offrait qu'un idéal restreint.

Artisans moins ardents, résignés au train-train,
Ils avaient un espoir de lendemains sans pleurs,
Les yeux remplis d'un rêve embrasé de couleurs :
Ils désiraient trouver de lourds métaux citrins.

Chercheurs bientôt blasés de ces vaines battues,
Ils avançaient toujours d'un pas lent de tortues
Vers les lignes brouillées d'une aurore aurifère

Orpailleurs sans espoir, aux gestes lents, gelés
Les contours décroissants d'un long temps écoulé
Les ont tous foudroyés puis poussés vers l'enfer


23 Mars 1998

Eau de vie
           Osons donc !
       Honorons nos bocks !
     Gobons nos forts portos,
   nos longs scotchs d'Oxford !
  Consommons nos bons gros grogs
 nos flots d'or blond d'Hong-Kong
nos tord-côlons d'Oslo, ô formol !
Offrons nos bols, dopons nos corps
non-stop ! Oh cool... Trop cool...
Prononçons nos morts : voltons nos
photons, fondons nos plombs ! Hors
 nos gonds, sortons ! Cognons nos
  fronts, rompons nos trognons !
   Frôlons l'hosto, knock down.
     Flottons, somnolons tôt,
       sombrons, dormons...
           Clodos ronds
Le lipografe tisse ses O_


1er Avril 1998

Imitation monovocalique d'un faux virus intitulé "WIN A HOLIDAY"
To: oulipo@quatramaran.ens.fr
From: peche@gef.sterlet.fr (Pechez le sterlet)
Subject: DES WEEK-ENDS EN ETRENNES !

Venez tester le Web-server
  http://www.sterlet.fr,
    et prenez le temps
      de démêler ses
        secrets de
          vente.
            En
          effet,
        ses textes
       recèlent des
     règles. Pénétrez
    les et recevez des
   présents : sept week
  ends de détente en mer
  et cent rets de pêche.
 Ne rejettez ces étrennes
 et dépêchez. C'est réel.
Le regretter est écervelé.
Ne méprenez cette dépêche.
Elle ne renferme de germes
et ne recherche les pertes
 de rendement. Le Net est
 certes enflé de déchets,
  d'excréments de pègre;
  et en même temps, chez
   Sterlet, c'est net !
    En bref : ne jetez
     cette lettre, et
       espérez très
        fermement.
          Pensez
            le

13 Avril 1998

Traductions monovocaliques du plus célèbre pangramme français :
"Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume."

Va là-bas, passant l'armagnac d'antan à l'agha
vachard à cap safran, cramant d'ahanants tabacs.

Menez l'excellent xérès de cet expert en sentences,
de mèches cendrées et prêt de prendre ses sèches.

Tifs citrins, "big stick lit in lips",
l'indic prit cinq kirschs fins.

Portons l'old scotch : mon prof blond
mord son gros toron.

Vu l'us du club, un guru brun but un rhum pur
(un cru mûr, un must du must, un summum).


19 Avril 1998

Textes lus au mariage de Marina & Gilles


20 Avril 1998

Éodermdrome purement vocalique
(contenant donc toutes les paires de voyelles)

Cette belle bête de sept-cents légendes (*) s'est-elle blessée ?
-- Io a eu "aïe", oui.

[(*) J'entends "légendes" de termes enchevêtrés !]


Hétéropanconsonantomonovocalisme en U

Le Père Hébert se lève et jette le terme exécré de Mère Hébert : "Merdre !"
Elle le sent et le pense tel l'excrément précédemment épelé.
Elle cherche de l'élever vers l'éthéré et de l'exercer. Hébert l'entend ?

-- Zut !
-- Hum, pur jus du WC qu'Ubu... Lux ! Kung-fu ! Vu ?


23 Avril 1998

Pangramme de 36 lettres, 4 mots, 12 pieds,
et n'utilisant qu'une seule fois les consonnes
Entrez, Mesdames et Messieurs, entrez ! Rien ne remplacera un
cirque pour oublier vos soucis ! Notre danseur de corde saura
vous transporter dans une frénésie de bonheur, car son numéro 
est comme un habit d'arlequin : un arc-en-ciel d'acrobaties !


          Patchwork funambulesque : divaguez joyeux !

Mêmes contraintes en 34 lettres, et cette fois la césure est correcte [25/04/98]

Il n'est pas prouvé que la masturbation rend sourd. Par contre
de récentes statistiques effectuées dans 3 couvents démontrent
de façon formelle que les balladeurs rendent stérile. Pourquoi
donc mettre en danger l'enfant que vous portez ? Sachez couper
la parole à cet instrument du noir démon. Étouffez ce bavard !

           Objectif gravidique : asphyxiez walkman.

[N.B.: le mot "gravidique" signifie "relatif à la gestation".]
[Voir aussi ces autres pangrammes de 4 mots et la liste complète de tous mes pangrammes]

10 Mai 1998

Nicolas Graner a proposé sur la liste oulipo de généraliser le pluriel, comme dans "j'ouvre une caisse" devenant "nous ouvrons des caissons". Voici ma tentative en deux huitains d'octosyllabes blancs.
                                         Le deuxième conte la mésaventure
Le premier décrit lyriquement            d'une star, au cours du tournage
un cataclysme aquatique, sans            de "L'enfance d'un orateur" : il
réussir à imiter Alighieri...            lui fallut donner son noble sein
                                         à un bambin réellement lubrique.


La piste de Dante                        Le piston de Danton

Dressant sa tête comme un orgue,         Dresse ton téton comme Orgon,
un phare niche sur la côte,              pharaon-nichon de coton,
à la poupe de la corniche.               pour le poupon, ce cornichon !

L'ambre gris d'une vague sale            L'embryon du wagon-salon,
se jette comme bombe en feu              ce jeton, comme un bonbon fond
sur la coque de la vedette.              sur le cocon de la vedette.

L'eau monte, drague et bouffe tout.      Le menton du dragon-bouffon
Septième plaie, raz-de-marée !           se complaît aux bras de Marion.


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