Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[A. Classification of the constraints]
[B. Old oulipian page (90s)]
[C. Translation exercises (96-97)]
[D. Miscellaneous constraints (97)]
[E. Oulipian games & poetry (97-98)]
[F. Oulipoetic constraints (98-99)]
[G. Oulipoetry in 1999]
[H. Y2k texts]

I. Grannets, tanka & Nerval
[J. Poetry & symmetry (2000-01)]
[K. Sonnets et al. (2001-02)]
[L. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[M. Combined constraints (2003-04)]
[N. Some original constraints (2004-06)]
[O. New literal constraints & pangrams (2006)]
[P. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[Q. Polysemy & Pastior (2008)]
[R. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[S. Lists & saturation (June-July 2009)]
[T. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[U. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[V. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[W. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[X. Recent stuff (2014)]
[Z. Homages to a few oulipian friends]


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22 Juin 2000

Trois grannets
[extrait d'un message envoyé sur la liste oulipo]
Nicolas Graner nous a envoyé le 23 mai dernier un poème très réussi
intitulé « Shéhérazade », que vous pouvez retrouver sur la page Web
<http://graner.net/nicolas/OULIPO/sheher.html>. Il me semble que sa
contrainte a un bel avenir, car les répétitions qu'elle impose sont
souvent aussi musicales que celles des pantoum, ballade, ou rondel.
Un et un seul vers doit être en commun à chaque couple de strophes.

Je vous propose ci-dessous trois poèmes respectant cette contrainte
et classés par ordre de difficulté de lecture croissante. Tous sont
construits sur la même structure de quintils, choisie telle que les
vers répétés soient les plus éloignés possible. Un schéma est utile
pour illustrer cette propriété [utilisez une police de chasse fixe]

                            |---------|
                      |---------------------|
                    |---------|     |---------|
                   ABCDA   EFGBE   HICFH   JDGIJ
                   |---|   |---|   |---|   |---|
                     |---------------|
                             |---------------|

Ces strophes de cinq vers m'ont tout de suite fait penser à certain
long poème de Wilhelm de Kostrowitzky et j'ai donc repris ses rimes
croisées et ses octosyllabes. Évidemment, les exercices qui suivent
n'ont pas la prétention d'atteindre la cheville de l'ombre de G.A.!


1. Contribution à notre anthologie de désabonnements

Étouffent mon âme et ma voix !
Je meurs depuis que mes amantes,
les rimes, régies par la loi
de cette liste abrutissante,
étouffent mon âme et ma voix.

Les muses m'ont abandonné
au coeur d'une affreuse tourmente
où l'on méprise mes sonnets !
Je meurs depuis que mes amantes,
les muses, m'ont abandonné.

Frères oulipiens, sauvez-moi !
Pour la dernière fois, je chante
les rimes régies par la Loi
au coeur d'une affreuse tourmente.
Frères oulipiens, sauvez-moi :

Pourriez-vous me désabonner
de cette liste abrutissante
où l'on méprise mes sonnets ?
Pour la dernière fois, je chante :
pourriez-vous me désabonner ?



2. Grannet anagrammatique
[tous les vers utilisent les mêmes lettres dans des ordres différents]

Roman boudant qu'on épuisa
d'un son tabou, panoramique :
mot du bon-à-rien qu'on pausa.
Non au bon opus dramatique,
roman boudant qu'on épuisa !

Ô maraud, bouquin spontané,
pardon ! Non au subatomique
à pantoum quasi-bourdonné
d'un son tabou, panoramique;
ô maraud, bouquin spontané !

Mon Dieu, patron qu'on abusa,
un poumon abat, sardonique
mot du bon-à-rien qu'on pausa :
« Pardon, non au subatomique ! »
Mon Dieu, patron qu'on abusa,

pourquoi m'as-tu abandonné ?
Non au bon opus dramatique
à pantoum quasi-bourdonné !
Un poumon abat, sardonique :
« Pourquoi m'as-tu abandonné ? »



3. Accumulation d'homographes
[le sens des vers est totalement changé lors de leur deuxième occurence]

Que les nues, le violent orage,
et que nous, avions, nous passions !
Que content des vers de sages ?
Il aurait fallu, nous savons,
que les nues le violent, ô rage !

Tu les graves sous tes convois;
tu les écossais, car ils vont
de Marseille fondre à l'endroit.
Et que nous avions-nous, passions,
tu les graves sous ? T'es con, vois !

Se détacher comme des Pages
le grand but : ce qui va au fond !
Que, content des vers des âges,
tu l'es, Écossais ! Car ils vont
se détacher comme des pages.

Sourd ! Du blanc ou du rouge, bois !
Il aurait fallu nous, savons
de Marseille, fondre à l'endroit :
le grand but ce qui -va, au fond-
sourd du blanc ou du rouge bois.


4 Août 2000

Grannet holorime
[Les vers "répétés" ne sont ici pas identiques, mais holorimes : ils se prononcent de la même
façon bien qu'il n'emploient pas les mêmes mots. Ce poème fait allusion au « Voyage d'Hiver »
de Georges Perec, et à ses diverses "suites" écrites par les membres de l'OuLiPo.]

Revoyais-je dix vers ?

Comment songer qu'on ait loi-nié
cet effet « sonnet » qui poussa
Caradec à mettre un ver niais
dans ses livrets qu'on balança
qu'au mensonge, et qu'on éloignait ?

Or, Borrade a tout déchiré
pour éviter tout fait sans foi.
Faut le temps dans ses rets : curée
s'était fait son équipe où ça ?
Hors-bord à date où dèche irait !

On l'a vu gommer un Tellier
que Degrael en plein cita,
car à décamètre un vernier
pourrait vite étouffer cent fois :
on lave Hugo, mais untel y est !

Là Roubaud coupa cet arrêt :
« Dansez l'ivre et con bal en sa
folle tendance, et récurez
que de gras ! » Et l'ample incita
l'art où beaucoup passaient, tarés.


Appoggiature (= petite note) ajoutée le 13/06/13

Le compositeur français Jacques Ibert (1890-1962) avait
si honte de rimer avec Franz Schubert (1797-1828) qu'il
refusa toute sa vie d'écrire une mélodie intitulée « le
Voyage ». Perec a volontairement respecté son humilité.

8 Août 2000

Grannet palindrome phonétique
[Ce poème respecte les règles du "grannet", définies en haut de cette page, mais est également invariant par renversement du sens d'audition d'un enregistrement. Le fichier ulaw "ua.granarg.au" (1 Mo, attention !) propose une lecture ânonnée mais réversible. Le thème du poème est la mort comme libération des souffrances, mais l'art plus fort qu'elle de toutes façons. Les « dix jumeaux » sont une allusion à la forme du grannet, qui comprend dix vers mais répétés chacun deux fois.]

Et nargue le décès
et cède le grannet

J'irai, lutteur, heurter mes râles
au Malheur dans ces dix jumeaux
givrés : sa traque rude est pâle.
Ô mon père, ne réponds mot !
J'irai, lutteur, heurter mes râles.

La mort t'attend -chut, elle fige-,
homme, et te défait de tes maux.
La paix dure, car t'asservis-je
au malheur dans ces dits jumeaux ?
La mort t'attend, chut, et le fige.

J'y feulai, tu chantas trop mal...
Ô mugis : « Descendre l'âme au
givre et sa traque rude & pâle »,
homme; et te défais de tes maux !
J'y feulai, tu chantas trop mal.

L'art est maître heureux; tu l'ériges,
ô mon père. Ne réponds mot.
La paix dure, car t'asservis-je
au mugi « descendre l'âme haut » ?
L'art est maître heureux : tu l'ériges !

[Voir aussi ce sonnet palindrome phonétique]


11-13 Juillet 2000

Haïku et informatique
Yves Maniette a transmis à la liste oulipo une liste de haïku qui, paraît-il, remplacent au Japon les messages d'erreur de Micro$oft. La traduction littérale (donnée à gauche ci-dessous) ne respectait pas la forme du haïku, à savoir trois vers de 5, 7 et 5 syllabes respectivement. J'ai donc torché en quelques minutes une nouvelle traduction, donnée au centre. Deux jours plus tard, j'ai tenté une nouvelle traduction (donnée à droite), un peu moins fidèle quant au sens, mais cette fois avec également des rimes (parfois pauvres).

Un fichier aussi gros ?
Il doit être très important
Mais maintenant, il est parti

                    Un fichier si gros ?
                    Comme il doit être important !
                    Mais il est parti.

                                        Un fichier si grand ?
                                        Comme il dut être important !
                                        Reste du néant.

Le site Web que vous cherchez
Ne peut être localisé
Mais il y en a plein d'autres

                    Le site cherché
                    N'a pu être déniché.
                    Allez voir ailleurs !

                                        Le site cherché
                                        N'a pu être déniché.
                                        Ailleurs va pêcher !

Le Chaos reigne ici
Réfléchissez, repentez-vous et rebootez
L'Ordre reviendra

                    Quel affreux chaos !
                    Repentez-vous : rebootez;
                    L'ordre reviendra.

                                        Chaos déclaré !
                                        Songez à redémarrer,
                                        Ça va réparer.

Windows NT s'est crashé.
Je suis l'Écran Bleu de la Mort
Personne ne peut entendre vos hurlements

                    Windows s'est crashé.
                    Je suis l'Écran Bleu de Mort.
                    Nul ne t'entend geindre.

                                        Windows s'est cassé.
                                        C'est l'Écran Bleu du Décès.
                                        Seul, tu peux grincer...

Hier, ça marchait.
Aujourd'hui, ça ne marche pas.
Windows est comme ça.

                    Hier, ça marchait.
                    Aujourd'hui, ça ne va plus.
                    Windows est ainsi.

                                        Hier, ça marchait.
                                        Aujourd'hui, c'est ébréché :
                                        Windows est fâché.

Première neige. Silence.
Cet écran de mille dollars meurt
D'une si belle manière.

                    Il neige en silence.
                    L'écran de six-mille francs
                    Meurt fort joliment.

                                        Neige, calme blanc.
                                        L'écran de six mille francs
                                        Meurt fort joliment.

Restez patient.
Votre colère est inutile
Le réseau s'est écroulé

                    Reste donc patient.
                    Ta colère est inutile.
                    Le réseau est naze.

                                        Ne sois pas têtu.
                                        Ta colère est superflue.
                                        Le net est foutu.

Un crash réduit
Votre coûteux ordinateur
À une simple pierre

                    Un crash a réduit
                    Ton coûteux ordinateur
                    À un gros caillou.

                                        Un crash a réduit
                                        Tous vos onéreux circuits
                                        En un gros méchoui.

Trois choses sont certaines :
La mort, les impôts et les données perdues.
Devinez ce qui vient d'arriver.

                    Trois choses certaines :
                    Mort, impôts, données perdues.
                    Qu'est-il arrivé ?

                                        Trois faits attendus :
                                        Mort, impôts, données perdues.
                                        Quel est votre dû ?

Plus de mémoire
Nous aimerions pouvoir supporter le ciel entier
Mais nous ne le ferons jamais

                    Mémoire engorgée.
                    On voudrait porter le ciel
                    Mais c'est impossible.

                                        Votre ROM chancèle.
                                        On voudrait porter le ciel
                                        Mais c'est irréel.

Ayant été effacé,
Le document que vous recherchez
Doit maintenant être retapé.

                    Il fut effacé,
                    Le document recherché.
                    Faut le retaper.

                                        Il fut annulé
                                        Le document qu'on voulait.
                                        À réinstaller !

Erreur grave
Tous les raccourcis ont disparu.
Écran. Esprit. Les deux sont vides.

                    Erreur essentielle.
                    Tous les liens ont disparu.
                    Vide écran, vide âme.

                                        Quelle erreur infâme !
                                        Tous les liens sont morts : le drame.
                                        Vide écran, vide âme.


17 Juillet 2000

Haïku et tanka isocèles
[copie d'un message envoyé sur la liste oulipo]
Comme Alphonse Allais         Les récents haïku qui
l'avait souligné, les         ont traversé la liste
alexandrins n'ont pas         m'ont redonné l'envie
très souvent une même         d'isocéliser des vers
mesure en caractères.         irréguliers. Le Japon
Il avait proposé il y         nous propose aussi le
a un siècle de pondre         tanka, dont les trois
des distiques dont la         premiers vers forment
dissymétrie serait un         un haïku (i.e., 5-7-5
record. Nous en avons         syllabes), mais suivi
rediscuté ici même un         par un distique final
grand nombre de fois.         d'heptasyllabes. J'ai
                              puisé tous les poèmes
La contrainte inverse         adaptés ci-dessous en
consiste à imposer un         diverses anthologies.
même nombre d'espaces
sur des vers de mètre         Je donne à droite les
variable. Nous avions         versions "littérales"
expérimenté l'idée en         dont je suis parti et
récrivant un poème de         les noms des auteurs.
La Fontaine, en 1998:
http://www.gef.free.fr/oulipo5.html#151198

Voir aussi ces alexandrins fondants puis gonflants:
http://www.gef.free.fr/oulipo4.html#180398
http://www.gef.free.fr/oulipo5.html#020399
===================================================

Exemple extrêmement connu de haïku (5-7-5 syllabes)
---------------------------------------------------
C'est un vieux marais         Un vieil étang
Une rainette a plongé         Une grenouille saute
Bruit de l'eau giflée         Bruit de l'eau
                              [Bashô]

Exemple moins célèbre de tanka (5-7-5-7-7 syllabes)
---------------------------------------------------
Dans le champ neigeux         Dans la plaine enneigée
où l'herbe s'évanouit         où toute herbe s'abolit
Le strict héron blanc         Le héron blanc
va se dissimuler dans         s'est enfoui
sa propre physionomie         dans sa propre apparence
                              [Dôgen]

Autres tanka et haïku
---------------------
Comment peut-il luire         Se peut-il qu'il y ait
une couleur si foncée         une couleur aussi
si noire et si triste         noire et triste
En les pupilles d'été         Dans les regards printanniers
de ma belle fiancée ?         de ma bien-aimée ?
                              [Hakushu]

Brumes printanières !         Vapeurs printanières !
Ne ferai-je que mûrir         Que fais-je d'autre sinon
au bord d'une tombe ?         vivre au bord d'une tombe ?
                              [Josô]

Fleurs des cerisiers,         O fleurs de cerisier !
tombez en sombre nuée         Tombez en
Au point que le temps         obscures nuées
égaré par vos pétales         Au point que la vieillesse
ne regagne son chemin         en perde son chemin
                              [Narihira]

L'insecte a très faim         Une fourmi meurt de faim
au sommet du minaret:         au sommet de la tour:
La lune est trop loin         La lune est si haute
                              [Riichi]

Depuis cette étreinte         Après notre rencontre
si j'écoute mon amour         quand je vois mon coeur
Je comprends sans mal         Je m'aperçois
que jamais auparavant         qu'autrefois
je n'avais su méditer         je ne pensais à rien
                              [Atsutada]

Il neige en hauteur ?         Neige en montagne ?
Des oiselets inconnus         Des oiseaux inconnus chantent
pépient dans la ville         dans la capitale
                              [Shinkei]

Le foehn du printemps         Le vent du printemps
éparpilla les pétales         disperse les fleurs
de mon songe onctueux         de mon rêve
En émergeant du repos         Éveillé mon coeur
je continuai à vibrer         en tremble encore
                              [Saigyô]

Quand j'ai enfin pris         Quand j'ai vu
connaissance du génie         tous mes amis
de tous mes collègues         si supérieurs à moi
J'ai acheté une gerbe         J'ai acheté des fleurs
et jasé avec ma femme         et parlé à ma femme
                              [Takuboku]

19 Juillet 2000

En réponse au message précédent, Nicolas Graner m'a immédiatement envoyé
les haïku et tanka suivants (notez que sa signature forme aussi un haïku !) :

Pour ces beaux haikus
Je te félicite Gilles
Chacun d'eux me plaît

Quant aux si subtiles
Tankas du même acabit
Leur rythme cherchant
La dissymétrie habile
Confère ce charme fou

-- Nicolas Graner, haikuiste à l'occasion, mais jamais tankiste
Patrick Flandrin m'a aussi envoyé un message respectant ces contraintes, et voici la réponse
que je leur ai finalement adressée sur la liste oulipo
[les haïkus "russes" dont il est fait mention respectent une contrainte inventée et illustrée maintes fois par
P. Flandrin avec immense talent : chaque mot doit comporter une lettre de plus ou de moins que le précédent]
Merci chers collègues       écrits vers septembre       étang
de vos messages sympa       et envoyés en janvier       crapaud
J'en suis très touché       sont bien plus exquis       plouf
P.F. aurait dû poster       Abusons de l'occasion       Je préfère nonobstant
ce haïku sur la liste       pour repasser à Bashô       l'incroyable monovoc'

>Mais comment fais-tu       dont Doug. Hofstadter       qu'un monsieur Kirkup
>pour haïkiser ainsi,       a redit en 17 lettres       a su créer en anglais
>comme sans efforts ?       (au lieu de syllabes)       (c'est en fait ce gag
                            son poème archi-connu       qui a inspiré Douglas
Il est vraiment clair       rappelé ici pour vous       pour le poème évoqué)
que vos âmes élancées
ont su se rejoindre !       C'est un vieux marais       pond
Applaudissons Nicolas       une rainette a plongé       frog
aussi de signer ainsi       bruit de l'eau giclée       plop !
                            Le rusé D. Hofstadter
>Nicolas Graner, hai-       a su le récrire ainsi       Comment pourrons-nous
>kuiste à l'occasion,                                   imiter un tel bijou ?
>mais jamais tankiste       swamp   |cinq lettres       Ce truc s'en approche
                            tadpole |sept lettres
Chaque fois je pouffe       plunk   |cinq lettres       mare
de ses autoréférences                                   jars
Mais pourquoi Patrick       C'est fort incroyable       gare !
se moque-t-il de bibi       mais il y a aussi pur       mais l'idée a disparu
Ses 120 haïkus russes       en français simpliste       comme le héron lilial
-----------------------------------------------------------------------------
À part ça, j'ai remarqué que l'on peut construire des alexandrins encore plus
longs que ceux proposés sur la liste oulipo début 1999 (en particulier les 12
Borchtchs de Nicolas). Il suffit d'utiliser le monosyllabe Schtroumpfs, qui a
été signalé comme un record dans la 2ème partie du roman "TOM" de René Droin.
On peut par exemple obtenir un distique à rime riche (avec l'accent français)

?%£              [lire : "point d'interrogation, pourcent, livre sterlingue"]
Schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs
      schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schtroumpfs schlinguent

Le dernier verbe a été signalé par Éric Angelini en 1999. Si vous préférez un
accent anglais, remplacez ce dernier verbe par "swinguent", par exemple. On a
la possibilité de dilater encore le deuxième vers en utilisant la ponctuation


        Crise de nerfs d'un comptable français en Angleterre, croyant
        soudain être encerclé d'une multitude de puants lutins bleus.

?%£
« Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... »,
    « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... »,
        « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... »,
            « Schtroumpfs !... », « Schtroumpfs !... », « Schlinguent !... ».


23 Août--22 Septembre 2000

24 variations sur « El Desdichado » de Gérard de Nerval, plus 3 bêtises finales
[participation au festival "In Folio" de Genève, du 12 au 15 Octobre 2000]

La grande majorité de ces variations a été publiée en avril 2002 dans le livre collectif
Je suis le ténébreux (101 avatars de Nerval)
de « Camille Abaclar », aux éditions Quintette (ISBN 2 86 850 108 7).

Dédicace personnelle du livre, sous forme d'hétéropanphonème :

Beau veuf inconsolé pas niais,
guigne un choix de jeux : humour tuant !

Desdichace


Original
[publié en p. 9 du livre]

El Desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

                                                  Gérard de Nerval


Ambigramme
[publié en p. 86 du livre]
desdichado
[Le mot "desdichado" peut se lire de la même façon dans un miroir.]
Anagrammes
[publié en p. 81 du livre]

I deed old cash
(Je transfère du vieil argent liquide par un acte)

Je veux l'élu bénef, le Suisse incontrôlé,
Cet établi d'airain ou l'arnaque polie;
Sot, Tell récolte en tout l'enthousiasme emmêlé :
La loi l'ensorcela, l'entropie démolie !

Qu'il condamnât sa nuit ou m'ait déboussolé,
Il sait duper l'épître emplie d'anomalies.
Qu'il n'a au moins flairé tard où le pactole est,
L'Euro, père amoral, t'assaille... et le pallie.

Un juge Ubu pour moi ? Bah, nous le saisirons :
Ce fou gourmanderait l'orbe noir des étrennes !
Tiens, dévaloriser ajoute à la gangrène...

Filtre aveux que j'arrache ! Évide ! Nous tairons
L'or du tsar et l'amour royal du nu trophée,
Dépouillant les recels des aises tarifées.

                                                  Vendra le regard

[Chaque vers est une anagramme du vers correspondant dans le poème original, c'est-à-dire composé des mêmes lettres dans un ordre différent.
Cette version est l'une des premières à avoir été écrite pour le Festival In-Folio de Genève, ce qui explique ses obscures allusions aux richesses suisses.]


Lipogramme
[publié en p. 42 du livre]

Un Infausto
(Un Chagrin)

J'ai un cafard obscur, sans conjoint, sans amis,
Moi l'infant d'Armagnac à l'aboli donjon :
Ma nova disparaît, car un trou noir a mis
Sur mon luth scintillant sa mort, sa constriction.

Dans la nuit m'inhumant, toi qui jadis m'admis,
Fais-moi don du Bassin aquitain, d'Arcachon,
Du mur où l'aramon grimpant s'unit parmi
La floraison qui plaît tant à mon affliction.

Sois Amour, Apollon, Biron ou Lusignan !
Mon front rougit toujours d'un bisou si royal;
J'ai vu la natation du lamantin fluvial...

Puis j'ai trois fois au Styx pris l'aviron gagnant,
Modulant tour à tour sur un violon divin
Maints soupirs du croyant ou maints cris du sylvain.

                                                  G. Labruny

[La lettre E n'est pas utilisée.]


Monovocalisme
[publié en p. 43 du livre]

¡ Me desesperé !
(Le Désespéré)

Je reste enténébré, régent de mes revers
Entre Gers et Vendée, mes temples se dépècent,
Les célestes reflets décèdent et mes vers
Revêtent l'encre ébène et terne des détresses.

Mère très regrettée, en ces stèles sévères,
Rendez les mers d'Égée et les terres de Grèce,
L'été cher de mes sens, entremêlement vert
De pêches et de ceps, ère de mes tendresses.

Est-ce Vesper, Cérès ?... Entends-je Déméter ?
En tête, je ressens ses lèvres de déesse;
Cette femme de rêve émerge et se redresse...

Cerbère est renversé, je pénètre en Enfer,
Et je reprends, le temps des sept thrènes d'Hermès,
Le thème et le secret des fées et des prêtresses.

                                                  Gerbert de Nervel

[La seule voyelle employée est le E.]


M+1 fonctionnel
[publié en p. 75 du livre]

Bel Carbonado

Je suis le songe-creux, le bug déboussolé,
Province puritaine à la bourbe amollie !
Ma veule voile est torte, et mon lut révélé
Bosse le sommeil : soir de Mantes-la-Jolie.

Dans l'ennui de Roubaud, toi qui m'as désolé,
Prends-moi la mélanippe et l'amère osmanlie,
Les pleurs qui zézaient tant à mon squire isolé,
Et la seille où la hanse à la prose pallie.

Suis-je humour ou rébus ?... Frontignan ou Chiron ?
Mon tronc est rouille encor du biaisé de l'arène;
J'ai crevé dans le prote où rage le styrène...

Et j'ai de joie, moqueur, renversé Oléron,
Ondulant alentour sur la myrrhe d'Urfé
Les loisirs de la teinte et l'écrit du café.

                                                  Pleurard de Serval

[Chaque mot est remplacé par le mot de même nature grammaticale qui le suit dans le « Dictionnaire des rimes et assonances » d'Armel Louis (éd. Robert), à condition qu'il respecte le nombre de syllabes de l'alexandrin. L'argot et les régionalismes sont éliminés. Raymond Queneau a appliqué le même procédé avec un dictionnaire d'usage courant pour obtenir sa deuxième version ("A+1, S+1, V+1 fonctionnel").]




Commentaires sur "Bel Carbonado"
("Le Français au Collège", Nicolagarde et Granichard, 1971)

Ce sonnet a été composé à une période charnière de l'oeuvre de Serval alors que, désespérant de faire reconnaître son talent dans le grand public comme dans les milieux littéraires, il commence à se lier avec les membres de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle). On y retrouve les thèmes récurrents de ses précédents recueils - douleur de ne pas être reconnu dont il rejette la faute tantôt sur la société qui le méprise, tantôt sur ses propres insuffisances ; perfection de ses poèmes achevés qui masque le travail harassant de leur écriture - mêlés à des références à ses confrères oulipiens avec qui il entretient des rapports complexes d'amitié et de jalousie. Le ton général est teinté d'une amère ironie qui préfigure déjà les sonnets de la "période grise".

C'est la première fois que Gaspard Rembruni recourt au pseudonyme Pleurard de Serval, qu'il conservera tout au long de sa carrière. Si Pleurard est une allusion évidente à son nom de famille, le nom Serval est en réalité celui de son beau-frère Robert Serval, un médiocre auteur de romans policiers qui collaborera avec plusieurs écrivains, dont l'oulipien Georges Perec, avant de se suicider.

Le titre, "Bel Carbonado" (beau diamant noir), annonce clairement un poème à la surface brillante, polie, mais qui recèle par-dessous des facettes bien plus sombres. Les diamants noirs sont couramment utilisés dans les forages, qui symbolisent ici le travail "en profondeur" du poète qui "creuse" son sujet.

Les deux premiers vers reflètent la manière dont Serval se sent perçu par ses contemporains, jugés réactionnaires et incultes.

Le troisième fait écho au thème du titre : le poème revêtu d'un enduit solide (lut) d'essence quasiment divine, dissimule le véritable moteur de son inspiration, une voile basse et difforme. La conclusion s'impose à la fin de ce premier quatrain : le poète s'exhorte à travailler davantage, prenant exemple sur son ami Jacques Roubaud qui, tout jeune élève du lycée de Mantes-la-Jolie, rédigeait pendant ses insomnies les oeuvres auxquelles il devrait un jour sa gloire.

Le deuxième quatrain développe longuement le thème de sa jalousie envers l'oulipien Roubaud - son "ennui", au sens classique de "peine" - et de tout ce qui, selon Serval, expliquerait ses insuccès : légèreté excessive (le papillon mélanippe) ; éloignement des goûts dominants (l'osmanlie, femme musulmane symbolisant une culture étrangère incomprise) ; mélancolie, qui n'a su séduire qu'un unique lecteur anglais ; et surtout le mercantilisme de l'époque incarné par la seille, métaphore de la Bourse (la Corbeille) où les alliances commerciales (hanse) prennent le pas sur la littérature.

Le premier tercet est certainement le plus désespéré. Ne supportant pas que ses oeuvres obscures soient interprétées comme de stupides devinettes, Serval s'avoue tenté par l'alcoolisme (évoquant la villa de l'oulipien Harry Mathews à Frontignan, où il fut invité à déguster le célèbre muscat), voire par le suicide littéraire qui laisserait le champ libre à ses confrères (le centaure Chiron renonça à l'immortalité au profit de Prométhée). Ce rapprochement du muscat avec le bon et sage centaure est une référence manifeste à l'oulipien François Caradec, titulaire de la chaire d'Alcoolisme Éthique au Collège de 'Pataphysique.

Au dixième vers, Le "biaisé de l'arène" est ce toréro que Serval a vu grièvement blessé lors d'une corrida à Nîmes, pendant son séjour chez Mathews. Son sentiment d'impuissance devant le drame l'avait profondément bouleversé. Le premier hémistiche révèle les répercussions de ce sentiment sur son potentiel sexuel, selon un processus névrotique très fréquent. Mais l'impuissance sexuelle est aussi métaphoriquement son manque de créativité artistique.

Le onzième vers rappelle qu'à l'époque où Serval écrit ce sonnet, un seul de ses manuscrits a été accepté par un éditeur, en même temps que le "Chant du Styrène" de Raymond Queneau. Mais l'imprimeur (le prote) s'était arrogé un pouvoir de censure, refusant tout bonnement de composer le livre de Serval et faisant trainer indûment celui de Queneau, d'où la frustration renouvelée de l'auteur se voyant une fois de plus blackboulé, et dépassé par l'un de ses amis oulipiens.

Le deuxième tercet conclut le poème sur une note de poignante dérision, Serval se retournant sur le passé illustre de ses ancêtres qui rend plus amère encore sa propre disgrâce. L'île d'Oléron appartenait au patrimoine des ducs d'Aquitaine dont il descend par sa mère, et symbolise cette gloire passée que leur héritier n'aurait pas su préserver. Quand à son plus célèbre ascendant par la branche paternelle, l'écrivain marseillais Honoré d'Urfé (1567-1625), Serval ne peut se défendre d'envier son bonheur littéraire (sa myrrhe). En même temps il méprise les facilités, les couleurs légères de son "Astrée" que d'aucuns qualifièrent à l'époque de "littérature de café" - nous dirions aujourd'hui "de gare" - qui semblent hélas la seule voie de la réussite sociale.

[N.B.: Les réécritures proposées dans cette page sont de Gef, mais le commentaire ci-dessus est de Nicolas Graner.]

Homophonie
[non publiée dans le livre]

Elle dédie Tchador

J'essuie : le Taine hébreu ne veut fleins qu'on salait.
L'heure ainsi t'acquittait. N'alla tout ramolli,
Masse-les toi, l'aime. Or t'aimons, luttons, télé !
Porc te laisse haut les noix de l'âme et l'ancolie.

Dans l'âne, huis du thon-boat, oie qui mâcon-sole est,
Reins, moelle, peau, six slips : elle a merdé ta lie.
L'affreux criblé s'étend à moqueur d'aise aux laids.
Elle attraya le Pan par là, rosse salie !

Singea mort -ouf-, et bus -l'usine en rouble- iront
Confronter roues, gens, corde huppée : c'est de l'art-haine.
J'errais vide en l'agro. Tout -na !- gela, styrène.

Et j'aide oeuf afin qu'heurte averse : elle a quai rond.
Mots du lent troubadour : sûr, l'allure d'orfraie
Laisse où pis de l'absinthe et l'écrit de l'affre est.

                                                  J'erre art, deux nerfs valent

[Les mots sont tous différents de ceux de l'original mais se prononcent pratiquement de la même façon. Il s'agit du même genre d'interprétation que dans la version « verlan » de Georges Perec, mais en partant cette fois du texte à l'endroit.]


Pour malentendants
[publié en p. 71 du livre]

El Cachondo
(Le Rigolo / Le Sensuel)

Je suis l'athée scabreux, - le bluffeur gondolé,
Le grinçant La Fontaine à l'humour impoli :
Ma gueule en bois l'exhorte, - et mon but rebelle est
Sortir du sommeil couard sans un torticolis.

Dans l'ennui d'us verbaux, vois qui sait rigoler :
L'émoi lui ploie sa lippe à la terre Adélie !
Hâbleur qui jasait tant, arnaqueur bariolé,
Il embraye en sa chambre une prose salie.

Troubadour ou lapsus ?... Répugnant ou luron ?
Juron farouche accorde aux blasés de migraines !
J'ai trouvé ma marotte : un âge de Silène...

Et j'ai, grivois, moqueur, inversé le mouron
En d'hurlants calembours, en délire étoffé :
Laisse empirer la feinte et le rire esclaffer !

                                                  Hilare Carnaval

[Chaque mot est remplacé par un mot ayant les mêmes sonorités, les syllabes accentuées du poème étant conservées. Cet hommage à La Fontaine fait allusion à son tempérament libertin et paresseux.]


Fable
[publiée en p. 72 du livre]

Le Grand-Duc et le Cafard

Prince aquitain, sur sa tour abolie,
Possédait un luth constellé.
Le soleil noir de la Mélancolie
Vint désespérer l'isolé :
« Au secours ! nocturne tombeau.
Rendez-moi l'Italie et ses monts en lambeaux !
Sans mentir, si votre vignoble
Se rallie à vos fleurs si ñobles,
Vous êtes le Phébus de la souche Biron. »
À ces mots caressants, rouge devient son front;
Et pour rêver de la sirène,
Il entre dans la grotte, et module son thrène.
Orphée saisit la lyre, et dit : « Cher Lusignan,
Apprenez que tout gagnant
Pourra deux fois traverser l'Achéron :
Il suffit de gémir comme le saint patron. »
Le beau veuf, obscur et râleur,
Cria, mais un peu tard, comme un ensorceleur.

                                                  Gean de Nervalène

[Parodie de la fable "le Corbeau et le Renard" de Jean de La Fontaine.]


Circulaire
[publié en p. 21 du livre]
El Ciclotímico
(Le Cyclothymique)


                  Isolé avili Aède désolé

             Ma terre d'Aquitaine a été abolie

         Mon étoile s'éteint et mon luth constellé

      Transporte un soleil noir sur mon âme affaiblie


  Dans notre ombre au sépulcre Aide aux soins tant réglés

 Rends-nous donc cette eau bleue d'où vient l'art d'Italie

Maints plants blonds d'aimées fleurs pour mon coeur ébranlé

Puis leur treille au grand pampre où deux rosiers s'allient


 Suis-je Amour l'ample Hélios Schwarzschild voire un Biron

  Mon front est toujours pourpre au contact de ces reines

    J'ai rêvassé dans l'antre où baignent vingt sirènes


         Et j'ai su traverser douze fois l'Achéron

             Vocalisant vêtu comme le coryphée

                  Évoé amuï ô déité ô fée


                                         Jérôme Apollinerval
[Alexandrins de tailles variables représentant un soleil noir ("calligramme"). La ponctuation a été volontairement évitée.]
Résumés
[publiés en p. 33 du livre]
El Hado                        El Do
(Le Destin)                    (Le Do)

Je suis l'inconsolé            L'inconsolé
Prince à tour abolie           Prince aboli
Et mon luth constellé          Est constellé
Porte mélancolie.              De l'ancolie.

Nuit qui m'as consolé,         Du consolé,
Rends la mer d'Italie          Rends l'Italie
À mon coeur désolé             Tant désolée :
Où le pampre s'allie.          Elle s'allie.

Suis-je Amour ou Biron,        Suis-je Biron ?
Rouge baiser de reine ?        Rouge, la reine
J'ai rêvé la sirène,           - Ou la sirène

Traversé l'Achéron,            De l'Achéron -,
Modulant pour Orphée           À lire Orphée,
Les soupirs de la fée.         Ride la fée.

            Rare de Val                Gerval
[On ne conserve que la moitié ou le tiers de chaque vers. Il s'agit d'une application du procédé d'« haïkisation » mis au point par Raymond Queneau pour éviter les redondances chez « Phane Armé ».]
Mallarméen
[publié en p. 32 du livre]

VI *

Le venin, le veuvage, ô vie et temps de fox,
Inconsolablement abolir mon empire
Vont-ils selon l'étoile ou ce luth en inox
Agonis du volvox où sombre mon martyre ?

Rendre, parmi la nuit, Palmyre, Appomatox,
M'embaumerait le coeur, pur Sire que j'admire,
Dans l'amuïssement sépulcral où nul phlox
N'a plus lui rosirait le mur de lamprophyre.

Tu es Pollux, Zéphyr, Porphyre et même Eudoxe !
Ton front rouge où nageait la nixe hétérodoxe
Brûle encore un baiser de reine à rafraîchir.

Victorieusement franchi Styx et stomoxe
Oublié, que du morne ou délirant nadir
Une lyre d'Ophir inspire l'équinoxe.

                                                  Stéphard Mallarval

* Sonnet dysphorique de lui-même (NDLA)

NDLR : Il a été remarqué que les rimes choisies forment le verbe « occire », mais les manuscrits du Poëte ne permettent pas de déterminer s'il en était conscient.

[Imitation parodique de certains tics d'écriture de Stéphane Mallarmé.]


Viel françoys
[publié en p. 121 du livre]

Ballade du Griescheulx

(*)

Tenebreulx suis, poinct comforté, seulet,
Prince acquitain sanz tournelle n'eschoitte;
N'ardent les cyeulx, quant de luz estrelet,
Il est pieça noirsi d'Estrette coitte.
Lez nuict dez mors, quy onc desdaing ne troitte,
Me doint païs & mer naspolitaine,
L'ysnelle rose a mon cuer plus qu'humaine,
Et d'ung traictis pourpris me vueille souldre.
Mais Orpheüs au teorbe rengaine :
Amours, Jhesus ? Quy suis ne sçay resouldre.

Royne, ung baisier au fronct gueules remaine;
Dedans la cave ay resvé la seraine,
Deulx fois brasvé ja l'infernale fouldre.
Oëz clamer saincte ou masgette en paine :
Amours, Jhesus ? Quy suis ne sçay resouldre.

                                                  Gerçoys de Nervillon

(*) Les deux premières strophes n'ont pas été retrouvées.

griescheulx = malheureux
tournelle = tour
n'eschoitte = ni héritage
ardent = brûlent
quant de luz = quant au luth
estrelet = étoilé
pieça = depuis longtemps
estrette = détresse
coitte = muette
lez = près de
onc = jamais
troitte = traite
doint = donne
ysnelle = légère
traictis = bien fait
pourpris = jardin
souldre = rendre
rengaine = reprend
resouldre = déterminer
gueules = rouge
remaine = reste
cave = grotte
seraine = sirène
ja = déjà
oëz = entendez
masgette = magicienne
paine = peine

[Imitation de la langue de François Villon.]


Clone
[publié en p. 129 du livre]

El Desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron,
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

                                                  Piéral Ménarve

[Cette version respecte un grand nombre de contraintes oulipiennes : chaque vers est composé des mêmes lettres que le vers correspondant du poème original (anagramme), conserve la même structure grammaticale (homosyntaxisme), maintient toutes les voyelles en leurs positions initiales (homovocalisme), et suit la même règle pour les consonnes (homoconsonantisme). Les rimes et les syllabes clefs ont également été conservées, et la grande majorité des syllabes non accentuées aussi (homophonie). Il s'agit pour finir d'un panvocalisme lipogrammatique en k, w et z, chaque vers contenant obligatoirement toutes les lettres du mot « bravo » en espagnol (olé). Cette accumulation de contraintes explique la regrettable obscurité de ce poème, mais ne pardonne hélas pas ses graves faiblesses prosodiques, notamment son utilisation à la rime de deux mots de même racine (inconsolé au premier vers et consolé au cinquième). L'auteur, descendant d'Herbert Quain par sa mère et de Jorge Luis Borges par son facteur, a expliqué sa méthode de travail dans « Comment j'ai écrit certains de mes sonnets ». Il a comparé l'anacyclique syllabique de « Dos, caddy d'aisselles » de Georges Perec au X-7 d'« El Desecativo » de Raymond Queneau, et conservé les vers qui coïncidaient.]


incarcéré
[publié en p. 11 du livre]

un oscuro
-un morose-

mon morne coeur se noue en sa veuve cassure.
on censura mon sacre. on annexa ma cour.
un cosmos sans essor ornera mon armure
en une encre vaseuse - un cancer - au secours.

en ce caveau marron - muse exauce ma cure :
recouvrons mes coraux ma corse mon nemours
ce mur aux aramons ou roses en ramures.
ce roseau rassura mon cerveau sans amour.

sommes-nous uranus mercure mars ou verne...
une couronne a su me nuancer en roux
en un somme une nue caresse encor mon cou.

car nous savons ramer sur ce cours aux cavernes
sussurer ou corner en vacarmes vocaux
ces murmures sauveurs - ces sermons monacaux.

                                                  oscar aux nervures

[Les caractères qui s'étendent au-dessus ou au-dessous de la ligne d'écriture sont interdits, c'est-à-dire les lettres b, d, f, g, h, i, j, k, l, p, q, t, y et z (le z a un jambage en écriture manuscrite), tous les signes diacritiques, les majuscules, et les signes de ponctuation autres que le point, les deux-points et le tiret ("contrainte du prisonnier").]


Échéphile
[publié en p. 109 du livre]

Un mat avenir

J'ai les noirs et mon roi s'est bloqué sur h8.
J'ai perdu reine, tours, et bouclier de pions.
Mon cavalier d5 a dû prendre la fuite.
Au centre il rayonnait; ici c'est un morpion.

Dans ma leucopénie, toi qui es le champion,
Rends-moi la position que tu as bien détruite,
Ma solide italienne et mes rets de scorpion,
Quand ma combinaison brillante n'a fait suite...

Suis-je un Capablanca, un Lasker déclassé ?
J'ai vu trop tard, honteux, l'attaque de ta dame;
Je rêvais de Polgar, cette piégeuse infâme.

Pourtant j'ai obtenu deux fois des pions passés,
Alternant tour à tour mes fous à la Morphy,
Comme un doux Petrossian, un Tal qui terrifie.

                                                  Barrer le nigaud

[Réinterprétation échiquéenne du poème de Nerval.]


Okapi
[publié en p. 52 du livre]

Desolado
(Le Désolé)

Je pâlis, isolé, morose, démoli,
Maharajah usé d'un aboli palace :
Le fanal a vécu; la lune m'a sali
La lyre d'un écu de Misère tenace.

Du tumulus amer, ô mon ami, j'élis
Un italo-marin Éden, ère fugace,
Le lys adoré de mon état avili,
Le cépage mêlé de motif à rosace.

Mon âme va d'Éros à Vénus... à Biron.
À ma face rosit une bise d'Irène;
Je rêve de nager avec une sirène...

L'abîme cédera : j'use d'un aviron,
Et itère le cor, apanage du Sage,
Du râle du divin à l'orage du mage.

                                                  Curare ne Ravale

[Les voyelles et les consonnes s'alternent ("rigidité de l'okapi").]


Ode
[publiée en p. 53 du livre]

Si on t'humilie,
viens pas nous gonfler

Si t'es avili,
si t'es exilé,
que ton coeur faiblit,
palpite isolé;
si t'es dans l'oubli,
si t'es accablé,
toi qu'on anoblit,
qu'on auréolait;
roi de Rivoli
et de cent vallées,
si t'es démoli,
ta tour écroulée;
ça fait pas un pli :
tu l'as pas volé !

L'étoile pâlit,
lumière brûlée,
lapis-lazuli
qui étincelait;
sur ton luth sali,
ta lyre éraflée,
survient l'aphélie
qui va t'aveugler;
une anomalie
va te craqueler
et le dégueulis
va t'annihiler :
affreuse chienlit
qui te fait chialer !

T'es enseveli
au tombeau scellé;
est-ce dans ton lit
qu'on t'a étranglé ?
Si ça se pallie,
qui va t'épauler ?
Pars en Australie
et va rassembler
de la Mongolie
à la Galilée
tous les pissenlits
et les azalées;
sois pas ramolli,
ça va girofler !

Vois ta panoplie :
t'es pas emballé
par ce patchouli
qui te régalait ?
Ta spasmophilie
te refait trembler...
Vois cet établi
rose et bariolé
offrant des coulis
et de bons sablés,
un friand muesli
et, amoncelés,
mille ravioli
prêts à avaler !

T'es Vasarely,
Émile Gallé
ou Boticelli ?
Serais-tu Paul Klee,
Salvador Dali
ou Zénon d'Élée ?
T'es Farinelli
ou la Caballé ?
Qui t'a embelli,
qui t'a affublé
d'un rouge joli
ton front modelé ?
Un guili-guili
de ta cajolée ?

La nymphe assouplie
savait s'installer
au fond d'un repli
où l'eau s'écoulait;
ton rêve rempli
d'elle déferlait...
T'as peur du roulis,
peur de pédaler ?
Faut que tu rallies
l'Enfer : « Circulez ! »
dira Tabarly;
tu vas cavaler
car il est poli,
certes, mais musclé.

Si tu multiplies
tes vers dédoublés;
si tu concilies
tes chants emmêlés
au son de poulies
qu'aime trimbaler
la noire Kali,
muse ensorcelée;
la vox populi
saura grommeler
et, l'âme en folie,
les gens vont hurler :
« Sa mélancolie
nous fait rigoler ! »

Raymard Queval

[Cinq cents syllabes et deux rimes.]


Beau présent
[publié en p. 60 du livre]

Dead End
(Le Ravagé)

Délavé général égaré en Vendée,
La gêne l'a gagné, l'aléa le gangrène :
La véranda de verre, avérée dégradée,
Grave le nègre Râ de la Rage allergène.

En le gel de l'aven, ange d'ère évadée,
Va rendre le grand large à la rade égéenne,
Vernal verger d'Éden, vendange regardée :
L'allègre nard adné a régalé l'arène.

Égaler de Gardner à Graner ?... À Lagrange ?
Elle lève la lèvre, en règne régénère;
En rêve la nana-narval nage, légère...

Dégagé de danger, dévaler à la grange !
Là, en verve, narrer l'Aède de légende :
Langage déréglé, râle de révérende.

                                                  Edgard le Navrer

[Les lettres présentes dans le nom de l'auteur (a,d,e,g,l,n,r,v) sont les seules autorisées.]


Belle absente
[publiée en p. 61 du livre]

Ser Negativo
(Être Négatif)

Ténèbres : je pâlis, ô veuf ! Qui m'a déchu ?
J'ai vif chagrin, marquis du Poitou aboli.
Mon feu décède opaque, ô luth subjugué, vie
Qui vêt l'obscur Phébus de mon Joug morfondu.

Ô cénotaphe, abîme, ô fog ! Quand je voulus
Ithaque, - plages, mer, Bonifacio, - je vis
La fleur que j'aimais trop, ce béguin avachi
Qui joint pavots flambards, champignons jonchant fûts.

J'aborde Amour, Hélios !... Presque Hugo Victor, fier !
Mon front loucha d'un gai bisou, quand la vamp jouit,
Quand je songeai de cave où flottait l'amphibie.

J'ai triomphé cinq fois du bouledogue Enfer.
Je module un théorbe épique en cent vingt fugues :
Soupirs béats de juive, ou fée qui semonce "ugh".

                                                   Évrard le Danger

[Chaque vers contient toutes les lettres de l'alphabet sauf k, w, x, y, z et une sixième lettre. Il s'agit du g dans le premier vers, du e dans le deuxième, et ainsi de suite, de telle sorte que les quatorze vers du poème décrivent "en négatif" le nom de Gérard de Nerval ("belle absente").]


Dilatation
[publiée en p. 34 du livre]

(Première étape)
Mon humeur est enfouie en pleine obscurité.
Celle qui fut ma femme a cessé d'exister.
Nul réconfort ne peut soulager mon chagrin.
J'étais un grand seigneur, le maître suzerain
De cinq départements au sud-ouest de la France.
Aujourd'hui le château qui fut ma résidence
Est réduit à néant, effacé, annulé.
Mon astre producteur d'énergie a brûlé
Comme une naine brune, et mon ancien théorbe
Parsemé de brillants et phosphorescents orbes
Est maintenant couvert d'un triste et ténébreux
Condensat de neutrons devenu poussiéreux.
Mon sang est saturé d'épaisse bile noire.
Ça va durer longtemps, cette gonflante histoire ?

(Deuxième étape)
Le liquide organique engendré par mon corps
A été enfoncé au tréfonds du décor
Dans une quantité maximale et massive
D'absence de lumière assez rébarbative.
L'être humain féminin que j'avais épousé
A choisi d'interrompre et de paralyser
Sa présence charnelle et sa vivante essence.
Rien de ce qui pourrait ranimer ma vaillance
N'a su me décharger de l'écrasant fourbi
D'un moral irrité fait de peau de brebis.
Autrefois je vivais plus haut que la moyenne,
Noble propriétaire aux florissants domaines.
J'avais l'autorité sur de nombreux vassaux.
On va vous épargner ce drame in extenso...

(Troisième étape)
L'incompressible fluide à l'écoulement doux
Composé de carbone et parfois de saindoux
Que mon anatomie matérielle, mon être,
A mis au monde comme un enfant pourrait naître,
A pénétré fort loin, se plantant tout au fond
Des plus secrets sous-sols, agrémentant plafonds
Et cloisons d'ornements, dans une multitude
D'unités de mesure atteignant l'amplitude
La plus grande que prend une valeur variable
En épaisseur, en poids, en substance palpable.
Ma mémoire défaille et je me sens distrait.
Les rayons électromagnétiques extraits
Des filaments ardents sont ingrats et revêches.
Avouez que ce texte inouï vous allèche !

(...)
                                                  Gercel Dénarbou et Georard Perval

[Chaque mot est remplacé par une définition en alexandrins (application du procédé de « Littérature Sémo-Définitionnelle poétique » inventé par Marcel Bénabou et Georges Perec). Pour gagner de la place, seuls les premiers quatrains ont été dilatés en treize vers à chaque étape. Par un examen attentif, on pourra vérifier que la troisième n'est qu'une tortueuse définition du simple mot "ténébreux" de l'original.]


Hétérogramme
[publié en p. 113 du livre]
                                   L'écu, tas noir
                                   ---------------
T A R E C L U S I O N              Ta réclusion
T I N O C U L E R A S              t'inoculera sa nuit :
A N U I T L O R S E C                  l'or sec,
L A S T R E C O I U N                  l'astre coi.
                                   Un roi ?
R O I U N C A S T E L              Un castel nul !
N U L S I A T R O C E              Si atroce Souci...
S O U C I L A N T R E
R O S E T U C A L I N              L'antre rose :
                                   tu câlines un corail.
E S U N C O R A I L T
O U T L A C S I R E N              Tout lac, sirène,
E A L U S O N C R I T                  a lu son cri.
                                   Tu as conté l'ire,
U A S C O N T E L I R                  ô lutin sacré.
E O L U T I N S A C R
E A R T I C U L O N S              Articulons !

                                   Gerges de Nerec
[Ce texte est composé d'anagrammes successives de la série ESARTINULOC (lettres les plus courantes en français).
Cette forme de poème a été inventée par Georges Perec, et mise en pratique avec virtuosité notamment dans ses "Ulcérations".]

Palindrome
[non publié dans le livre]

Titre : Va t'égarer

Égarez nobliau !
Quel barême de ver, en ces ténèbres :
Mal, cavernes noires...
Lie l'os !
Sore*, un ru me cède sore,
La rurale rose de ce mur nu.
Éros, Soleil serions ?
En re-va clamser, benêt sec :
Ne rêve de mer à bleu quai !
L'bonze rage, re-rage, t'avertit...

                                                  Lavrène de Nerval

* Sore : amas de sporanges

[La suite des lettres est la même qu'on la lise du début à la fin ou de la fin au début (palindrome).]


Neutre
[publié en p. 124 du livre]

Pobre aristócrata triste
(Pauvre aristocrate triste)

Je suis morne, morose et sombre, - solitaire,
Noble basque apatride aux tours fantomatiques :
Mon unique aide expire, - et mes orgues stellaires
Portent l'aveugle voile aux cours mélancoliques.

Par ces nocturnes morts, camarade sincère,
Rendez-moi l'insulaire oasis italique,
Les rose et mauve dont je reste légataire,
Et mes après-midi de fleuriste bachique.

Suis-je Louison, Camille ?... Ou Dominique, Claude ?
De vierge royaliste, enfant rouge mais chaste;
J'ai rêvé que nageaient d'aquatiques gymnastes...

Près de gîtes plutôt sataniques, je rôde,
Modulant à l'instar des harpistes orphiques
Des hymnes de fidèle ou d'athée féerique.

                                                  George Lesbrunâtres

[Tous les mots peuvent être aussi bien masculins que féminins. L'"oasis" du sixième vers n'est ni un clinamen ni une provocation :
de nos jours, ce substantif est en principe uniquement féminin, mais quelques bons auteurs emploient sa forme masculine archaïque.]




[Trois bêtises pour terminer]
Patois
[publié en p. 74 du livre]

Ol Dosduchida
(Lo Dóshórutó)

Jo seus lo tónóbroex, - lo voef, - l'uncansaló,
Lo prunco d'Iqeutiuno ì li taer ibaluo :
Mi soelo ótaulo ost marto, - ot man leth canstolló
Parto lo saloul naur do li Mólincaluo.

Dins li neut de tamboie, tau qeu m'is cansaló,
Ronds-mau lo Piesuluppo ot li mor d'Utiluo,
Li floer qeu pliusiut tint ì man caoer dósaló,
Ot li troullo aè lo pimpro ì li raso s'illuo.

Seus-jo Imaer ae Phóbes ?... Lesugnin ae Buran ?
Man frant ost raego oncar de biusor do li rouno ;
J'iu rôvó dins li gratto aè nigo li suròno...

Ot j'iu doex faus viunqeoer trivorsó l'Ichóran :
Madelint taer ì taer ser li lyro d'Arphóo
Los saepurs do li siunto ot los crus do li fóo.

                                                  Górird do Norvil

[Cette traduction en patois a été obtenue par une simple permutation circulaire des voyelles : AEIOU --> IOUAE ("voyelle+2").
Les accents de l'original ont été conservés.]


Dissociated-press
[non publié dans le livre]

El Desdichado, tourn' tourn' ton du Pausilippe, - et m'inhumant, toi qui m'a tant étoile morte, - et jouant de sa lyre m'as schtroumpfolé,
Prince du Beaujourd'hui les donjon :

Suis-je Héra ? Sélené,
Voir de la Mélancolie
nous fait rigoler !
dira Tabarlène;
Et mon jaloux fois vainquième agit en terroriste près de Kirghizie,
J'étaisait à mon trèfle aschtroumpfie ou au film.
Film érotique avec une nuit a souche Biront.

Baiser de Chenas.
T'es Vasareligieus mon rêve en bouton,
Ondulant allouer à la sexualité et bariolé
offrant drôle, - et mon baiser de reine ;
Ô rêve dans le prote où rage le samaritaine, -
Vition que tu as nous gonfler

Rêves Soupirs/*

Si on thon rouget en est,
Dans notre ombre au front
Alliés
Rappelles à l'humanisme référard

Tu l'améliorer (le petit tableau que mon cons), travers
Entre Genève
une marque rouge au front allé,
Rends-moi la mélancolie
nous fait nova disparaît, carcéré : consolé,
Rends la tour du ciel le feu de
l'amantes et maîtres

Mon deuxième informatique des
ça va girofonde tu n'es jamaines.
J'avais l'anus ?... Le signan ou Phébus?... Lusignan ou Baiser de Roducteur-réalisateur.

Monsieu commé,
Le paisse bile noire elle et la rose
Ma seule feu noir qui me sexuels c'est-à-dire quand elle pressentaine, de La-Tour, renversé le temps des rêves eu l'ivresseulé,
Et la Mélancolique
Tu chevrotte, et module sion,
Les chères et Ablon :
Le fanal a pénètre où baignent Tout noir et triste suis désolé,
Et la trouille en suspension, une rose s'allie.

Saint-Amour ? ...

Rappelle-toi
Quat' cintillement, son schtroumpfado

Je suis la la laids.

Si tombeau, six slips :
Dégourdi semant crainte et vertes, mais musclé.

Si tulippe, Capri, le solation,
PrinconsolabRUNIEr vers dont résiste sans ton lit
qui te fait de la tombe, ô tombeau bouquet,
Et ô miracle, aujolais tant,
Rends-moi mon Pausique font égalementaminouïe.

[Application de la commande "dissociated-press" de l'éditeur de texte EMACS sur l'ensemble de nos réécritures d'"El Desdichado",
à la date du 15 septembre 2000. Treize ans plus tard, le 5/9/13, j'en ai programmé en PHP une version dynamique tenant compte
de tous les Avatars de Nerval compilés sur le site de Nicolas Graner.]


Art conceptuel
[non publié dans le livre]
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|El  De|  |sd  ic|  |ha  do|  |Je  su|  |is  le|  |té  né|  |br  eu|  |xl  ev|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|eu  fl|  |in  co|  |ns  ol|  |éL  ep|  |ri  nc|  |ed  Aq|  |ui  ta|  |in  eà|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|la  to|  |ur  ab|  |ol  ie|  |Ma  se|  |ul  eé|  |to  il|  |ee  st|  |mo  rt|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|ee  tm|  |on  lu|  |th  co|  |ns  te|  |ll  éP|  |or  te|  |le  so|  |le  il|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|no  ir|  |de  la|  |Mé  la|  |nc  ol|  |ie  Da|  |ns  la|  |nu  it|  |du  to|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|mb  ea|  |ut  oi|  |qu  im|  |as  co|  |ns  ol|  |éR  en|  |ds  mo|  |il  eP|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|au  si|  |li  pp|  |ee  tl|  |am  er|  |dI  ta|  |li  eL|  |af  le|  |ur  qu|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|ip  la|  |is  ai|  |tt  an|  |tà  mo|  |nc  oe|  |ur  dé|  |so  lé|  |Et  la|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|tr  ei|  |ll  eo|  |ùl  ep|  |am  pr|  |eà  la|  |ro  se|  |sa  ll|  |ie  Su|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|is  je|  |Am  ou|  |ro  uP|  |hé  bu|  |sL  us|  |ig  na|  |no  uB|  |ir  on|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|Mo  nf|  |ro  nt|  |es  tr|  |ou  ge|  |en  co|  |rd  ub|  |ai  se|  |rd  el|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|ar  ei|  |ne  Ja|  |ir  êv|  |éd  an|  |sl  ag|  |ro  tt|  |eo  ùn|  |ag  el|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|as  ir|  |èn  eE|  |tj  ai|  |de  ux|  |fo  is|  |va  in|  |qu  eu|  |rt  ra|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|ve  rs|  |él  Ac|  |hé  ro|  |nM  od|  |ul  an|  |tt  ou|  |rà  to|  |ur  su|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+

+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
|rl  al|  |yr  ed|  |Or  ph|  |ée  Le|  |ss  ou|  |pi  rs|  |de  la|  |sa  in|
|      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |  |      |
|te  et|  |le  sc|  |ri  sd|  |el  af|  |ée  Gé|  |ra  rd|  |de  Ne|  |rv  al|
+------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+  +------+
[Austère illustration du fait que le nombre total de lettres du poème original (y compris son titre et le nom de l'auteur) est une puissance de 2.]

Autres réécritures (par Patrick Flandrin, Nicolas Graner, Pascal Kaeser et Alain Zalmanski)


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