Gef's Contributions to the Oulipo Mailing List

[0. Classification of the constraints]
[1. Old oulipian page (90s)]
[2. Translation exercises (96-97)]
[3. Miscellaneous constraints (97)]
[4. Oulipian games & poetry (97-98)]
[5. Oulipoetic constraints (98-99)]
[6. Oulipoetry in 1999]
[7. Y2k texts]
[8. Grannets, tanka & Nerval]
[9. Poetry & symmetry (2000-01)]
[10. Sonnets et al. (2001-02)]
[11. Homophonies, anagrams, etc. (2003)]
[12. Combined constraints (2003-04)]
[13. Some original constraints (2004-06)]
[14. New literal constraints & pangrams (2006)]
[15. Holorhymes, pangrams, etc. (2006-08)]
[16. Polysemy & Pastior (2008)]
[17. Collective poems & vocalic sonnets (2008-09)]
[18. Lists & saturation (June-July 2009)]
[19. Anagram pairs, Loyd & Fournel (2009)]
[20. Rhymes, anagrams et al. (2010-11)]
[21. Cut-up, outlaw, Mathews, etc. (2011-12)]
[22. Complex rhymes, multi-lipograms & self-justification (2013)]
[23. Doublets, arithmonyms, alpharhymes, etc. (2014)]
[24. Homoconsonantisms et al., braids, anagrhymes (2015)]
[25. Anagrams, holorhymes, Morse, etc. (2016)]
[26. Rhythm & pangrams (2016)]
[27. Compositions, holorhymes and new constraints (2016-17)]
[28. Syllabic squares, vocalic sequences, music, etc. (2017)]
[29. Paradoxical constraints (2018)]
[30. Extensions of anancograms & other constraints (2018)]
[31. Express palindromes (2018)]
[32. Digrams, mesonyms et al. (2019)]
[33. Intervals, primes, n-grams & Queneau (2019)]
[34. Statistics and prime ASCII art (2020)]
[35. Extensions of HOGs & palindromes (2020)]
[36. Acrostics, rhythm and many other constraints (2020)]
[37. Block designs, neo-gematria, paronyms & boundaries (2020)]
[38. Metatogs, irrational sonnets, neo-sestinas, etc. (2021)]
[39. Prouhet-Thue-Morse, generalized sonnets and other forms (2021-22)]
[40. Architogs, polysympathy et al. (2022)]
[41. Paronyms, protehogs, dichotomy, etc. (2022)]
[42. Tropes and generalized palindromes (2022)]
[43. Block designs, binary gematria et al. (2023)]
[44. New express palindromes and octina (2023)]
[45. Paronyms, surdefinitions & palindromes (2023)]
[46. Palindromes, quenines, short forms, intransitivity, etc. (2024)]
[47. Graphs, sonyms & self-in-law (2024)]
48. Musical & visual constraints, outlaws, Zipf, rhymes (2025)
[49. Autumn, antipalindromes, homophony, ABC (2025)]
[50. Recent stuff (2026)]
[Appendix: Homages to a few oulipian friends]


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1er janvier 2025

Deux cincles en vol

Ouïseaunet à rime orpheline
[premier E caduc à la rime à élider, le second à accentuer]

Célébrons deux
mille vingt-cinq le
        beau jour de
        l'an, gais cincles !


P.S. du lendemain : illustration gématrique de l'identité 13+23+33+43+53+63+73+83+93 = (1+2+3+4+5+6+7+8+9)2 = 2025

À    [1 = 13]
ce    [8 = 23]
code    [27 = 33]
élégant    [64 = 43]
la gématrie dédicace    [125 = 53]
neuf lignes de prose, car    [216 = 63]
ça illustre que la somme des cubes se    [343 = 73]
trouve égaler deux mille vingt-cinq, millésime légal de    [512 = 83]
la nouvelle année (et Nicomaque dirait que c'est le carré de la somme des neuf chiffres).    [729 = 93]

[Voir aussi les autres sommes gématriques de 2025
obtenues par les oulipotes, et ces énoncés d'il y a trois ans]


6 janvier 2025

Diagonnet rectangulaire
[Sonnet élisabéthain décomposé en un rectangle 14×12 de syllabes phonétiques, reproduit par la lecture de bas en haut de ses colonnes successives. Il s'agit d'une exploration à la limite, car tous les vers sont des permutations circulaires les uns des autres à une seule syllabe près, c.-à-d. des quasi-holorimes.]

Ensemencement
                        comment? (Perec, TROMPE L OEIL n° 4)
Tableau 14×12 de syllabes phonétiques
Mi-comique ode ira   dire à ces dais cédés :
La miko m'y code ire.   Ah ! dire assez « décède ».
Dès lors, mi-comique ode   ira dire à ces dés :
C'est des gimmicks haut mis   qu'ode ira dire. As, aide !

Décès d'ennemis qu'homme   y code, y radiera.
Cédez CD rythmique   aux mikos : dire, ah dire !
cède et s'est décrit   mis comme y code, ira
Dire à ces décédés   amicaux : mikos d'ire.

Ras d'ire, assez d'essais   des promis comicos !
Dix radis racés, dey,   c'est des semis comiques
Qu'auxdits rats dire assez.   D'essais, dey n'admit qu'aulx.
Mi-code irradiera   ces décès d'ais chimiques.

Comme y code ire à dire   à ces décès des deys,
Mi-comique ode ira   dire : ah, ces décédés !

[Voir aussi ces poèmes rimés engendrés par des diagonnets
et ce rectangle donnant deux lectures différentes]


Tableau 14×12 de syllabes phonétiques,
lu horizontalement et selon les secondes diagonales

P.S. du 11/01/25 : diagonnet oblique 14×12, permettant un schéma de rimes marotique

Échec

Je croyais marcher droit au milieu de ma route,
Cavalcader là vite, aussi morne que Tour.
Vers vont trauma rater — j'y titube en détour.
Suis-je devenu Fou, baillant ma banqueroute ?

Navire ensoleillé cueillant une maroute,
L'hïéroglyphe entier bâtit mort demi-tour,
Comme sanglier fouge ici, lieu grave autour.
Demeure au sol nu-tête, ô mini, crado, croûte !

Cohérent voeu ravi tôt dessala choucas.
Livides, maladroits, tes mabouls reliquats
Nagent trop déchaînés en la noire choucroute.

Suivons camard sorcier s'il aboule ad hoc tours !
Verve aliène grossiers en massacre à vautours
Qu'accroît une sornette et dénigre à mi-route.

bailler et abouler : donner
maroute : fleur médicinale
fouger : fouiller le sol avec le groin
choucas : petite corneille

[Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret]


15 janvier 2025

Anagrammes de notes
[Rémi Schulz a proposé, sur la liste oulipo, de n'employer que des mots anagrammes de suites de notes. Voici quelques phrases que j'ai construites. Jouer simultanément toutes les notes de chaque mot peut par exemple donner la partition dissonante qui suit.]

 Si tu étudies la fastidieuse rime tordue, tu dois douter,
[si ut utdièse la utdièsefasi miré utrédo  ut dosi utrédo]

 réaliser tambouilles dérisoires, mariolles foirades, ...
[rélasiré utlasibémol sidorésiré  résollami dofasiré]

 affaires similaires. Formalise la surréalité, loser !
[réfasifa sirélasimi  misolréfa la utrélasiré  résol]

 Utiliseras-tu là idées mobiles, affoleras-tu rôles étourdis ?
[siutlasiré ut la dièse sibémol  fasolréfa ut résol utrésido]

 Éliras-tu lais ramifiés, sire ? Iodleras-tu lais irisés ?
[rélasi ut lasi réfasimi  rési   dolasiré ut sila sirési]

Suite d'accords dissonants donnés par chacun des mots ci-dessus

Enregistrement (fichier MP3 de 260 Ko)


P.S. du 19/01/25 : même contrainte sous forme de sonnet. Alexandre Carret suggère de le nommer « sonet », anagramme de « notes ». Pour l'illustration sonore, j'ai cette fois imposé une note ou un accord par syllabe, comme s'il s'agissait d'une mise en musique du poème.

Botulisme mutilateur

Formalise roides affaires,
Sire outsider : tu solfieras
Lais ramifiés, tu relieras
Mobiles si trabéculaires.

Dore tambouilles similaires !
Là, tu réutiliseras
La rime, tu modifieras
Étudiés relais solidaires.

Idéalisme redouter,
Surréalité dérouter,
Tuer rodé ritualisme.

Mail miré, tu furèterais
Dïérèse, ourlets, dolorisme...
Los tu désembouteillerais.

                        Milos Reiser
[utsibémol utmilaréut]

[rémifasol dosiré sifaréfa]
[siré utdosiré ut solsiréfa]
[sila réfasimi ut rélasiré]
[sibémol si lasibécarreut]

[doré utsibémolla sisirélami]
[la ut réutrésilasi]
[la miré ut mifadosiré]
[utdièse siréla sisirélado]

[miladièse utrérédo]
[utrélarési utrérédo]
[utré doré silautrémi]

[lami rémi ut faréutsiré]
[rédièse solutré mirésoldo]
[sol ut utdièserésibémolla]

[misol résiré]

Cliquez sur l'image pour télécharger la partition (fichier PDF de 72 Ko)
Mélodie engendrée par les mots ci-dessus

Enregistrement (fichier MP3 de 700 Ko)

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


18 janvier 2025

Cothnoa d'mnansue
[rythme de la Chanson d'automne lu verticalement, comme pour le snéont ci-dessus, illustrant donc l'égalité 4+4+3 = 3+3+3+2]

Mïaulons
Vos maux longs,
Vïolons
D'automne.

Votre choeur
Plante au coeur
Sa langueur
Aphone.

Paniquant,
Suffoquant
Blême quand
Fuit l'heure,

Je retiens
Les anciens
Jours terriens
Et pleure,

Puis me vêts
Et m'en vais :
L'air mauvais
M'emporte

Sans aile à
L'au-delà
Comme la
Fleur morte.


14 février 2025

Multi-belle absente
[le quatrain de la colonne de gauche code d'un coup les seize mots de celle de droite]

Ce magnifique alphabet vois-je,
Juge d'un speech bref : quel mot vu ?
— Chaque plus fin bijou d'ouvrage
Qu'imbu joug fond, s'il choit pourvu.
Rime
dite
rima
dame.

Dita
daté
dama
Dima,

data
rame,
dîme,
rama...

Raté :
rite
rata
Rita.

P.S. du 16/02/25 : exploration à la limite de ce concept. Le quatrain de la colonne de gauche code d'un coup les 35 mots de celle de droite — cette fois même pas organisés pour y trouver un semblant de sens.

        Juche or évangélique,
Car vif bang de slam japhétique,
Vague, embauchait jusqu'au plafond.
        Job : voc-plug qu'humour fond !
bora dora fora mora Pora sora Tora
bore dore fore more pore sore tore
bori dori fori Mori Pori sori tori
Bors dors fors mors Pors sors tors
bort dort fort mort port sort tort

P.P.S. du 02/03/25 : nouvelle exploration encore plus à la limite. Le haïku de la colonne de gauche code d'un coup les 72 mots de celle de droite, dont justement « mot ». Toutefois, 19 d'entre eux (signalés par un astérisque) sont interdits au Scrabble francophone.

        J'éloigne chaque oeuf,
Chef du lump brut jusqu'en grève.
        Quel vrai job : champ', fudge !
ban  bas  bat  binbis  bit  bon  bosbot
dan  dasDATdin  dis  dit  don  dos  dot
man  mas  mat  min  mis  mit  mon  MOS  mot
pan  pas  pat  pin  pis  pitponPOSpot
ranras  rat  rinris  rit  ronros  rot
sansas  satsinsis  sitson  SOSsot
tan  tas  TAT  tin 'tistitton  tos  tôt
van  vas  vat  vin  vis  vit  vonvos  vot'*

P.3S. du 20/03/25 : multi-belle absente masochiste. Le quatrain code d'un coup les six mots de schéma [kw]a[kwz]a définis en dessous, qui ont la particularité d'employer deux lettres rares, et surtout de les remplacer par d'autres lettres rares. Les vers font allusion aux différents sens de ces mots.

Quel vieux juge, chef dey, zoome au nestor superbe,
Filme poivre, bosquet du Congo, thé, judo,
Mythe du Japon, vers figé qu'il exacerbe ?
N'emplir de fèces jonque, et vogue, bushido !

kaka* : autre nom de l'oiseau appelé nestor superbe.
kawa : (= kava) poivrier de Polynésie ;
            (familier) variante de caoua, café.
kaza* : (= caza) circonscription judiciaire et administrative dans certains pays musulmans.
waka* : genre de poésie japonaise ;
            langue adamawa parlée au Nigeria ;
            pirogue traditionnelle maori utilisée pour voyager d'île en île sur l'océan Pacifique.
wawa* : langue parlée dans la province d'Adamawa au Cameroun ;
            abachi, grand arbre africain de la famille des sterculiacées ;
            (langage enfantin) toilettes, WC.
waza* : (arts martiaux japonais) technique de combat.


2 mars 2025

Absence
[logo-rallye employant les 60 mots du tableau final, simultanément codés dans le quatrain d'heptasyllabes découvert dans le récit, qui est comme ci-dessus une multi-belle absente]

Il était une fois un groupe d'amis fans de jeux de rôles, sans doute un peu cons mais gais et sympathiques. Leurs fiancées étaient au contraire de sérieuses étudiantes en lettres. Au début du mois de mars, ces gars décidèrent de louer une ferme au Puy du Ptyx. Seule Judy avait pu les accompagner ; les autres jeunes filles préféraient réviser. Il fallait prendre deux cars de suite pour s'y rendre, via une escale à la gare routière du Mans.

Dès leur arrivée, ils furent charmés par le paysage : une mare où glissait une cane assez bavarde, de vigoureuses fougères dont quelque sore annonçait la reproduction imminente, un pin entaillé d'une care pour recueillir sa résine, un champ de maïs parcouru par un calme cavalier qui tirait à peine sur le mors de sa monture. Dans un coin du jardin, une ancienne maie, c'est-à-dire un vieux pétrin, était réservé pour toute fane de légume à brûler ultérieurement. Quelques mans, larves de hannetons, s'y nourrissaient en attendant.

Les copains firent tout de suite un tour rapide sur la côte, où ils croisèrent les restes d'un canot qu'ils imaginèrent avoir jadis servi de caie sur une galère. D'antiques inscriptions se laissaient en effet déchiffrer sur les cans de ses planches disjointes : Goie se cais, colpe li faie fors anme nostre.
« Pour moi, c'est du chinois !, s'exclama Éric.
— Dialectes gans ou môns ? », demanda Judy.
Ils restèrent cois devant tant d'érudition. Elle resta coie elle aussi pour mieux savourer cet instant. Marc finit par préciser : « Il veut dire que pour nous, c'est aussi peu compréhensible que de l'arabe, du nigéro-congolais ou ce que l'on entend dans un faré polynésien.
— La langue more, les fons et le pa'umotu ? », résuma Judy.
Taquin, Rémi chercha à entraîner la belle sur le terrain scientifique où il était plus à l'aise : « Il faut que l'on fore la moie de cette pierre de Rosette à l'aide d'un cône d'une vingtaine de gons, et même si nous devons y passer un sare de notre vie, nous pourrons jouer des sons de cors d'une intensité d'un kilo-sone quand nous l'aurons traduite.
— Gane là, lui conseilla Éric en employant une expression qu'il avait apprise au jeu de l'hombre : laisse tomber.
— Ce n'est pourtant pas si difficile, lâcha enfin Judy d'une voix gaie, avec néanmoins la douceur d'un luth plutôt que les fanfares annoncées par Rémi. Cela signifie “Serpe, si tu tombes, tranche le lien mais pas notre âme.”
— Ah », conclut Aimé, gone lyonnais un peu taciturne.

Sur le chemin du retour vers la ferme, ils achetèrent de quoi préparer leur repas du soir : un peu de foie gras local en entrée, du poisson et des fruits de mer en plat principal (sars et coquillages ressemblant aux gors du Sénégal), puis des fars bretons comme dessert.

Dans la cuisine, ils remarquèrent que la porte d'un placard était verrouillée. « C'est très classique dans les Airbnb, remarqua Rémi. Ils y conservent le matériel de nettoyage et de rechange. » Mais Éric, hacker aux multiples identités sur Internet (dont son foné “Igor” sur Wikipédia), ne fut pas long à trouver la clef sur le rebord de la cheminée. « Sais-tu que ce que tu fais est illégal ?, dit Marc. Tu te comportes comme un mone.
— Plaît-il ?, répondit Éric.
— Un singe cercopithèque.
— Replaît-il ?, redit Éric.
— À grande queue.
— Ah, marmonna Aimé.
— Sois quand même prudent, insista Marc. Il ne faudrait pas que tu te blesses et que notre séjour devienne gore.
— N'attends surtout pas qu'on te sane, ajouta Judy sans que personne n'ose lui demander la signification de son archaïsme.
— Mais ce n'est pas un placard à balais ! », s'écria Éric en découvrant derrière la porte une statue de jeune fille grecque vêtue d'une saie doublée de soie. Sur le piédestal de la coré étaient gravées ces quatre lignes :
        Va, bel aujourd'hui qui point
        Le bec : fjeld, temps qu'hiver neige.
        De tombe à veuf, gloups ! choqué-je
        Club qu'amphi dut voir ? Joug, foin !

« Hé bé, la limpidité n'est pas la qualité première de cette région de goïs !, râla Éric. Qu'en penses-tu, Judy ?
— D'abord, sors de là immédiatement ! Ensuite, désolée, mais ce n'est pas ma spécialité. Les lettres modernes sont ce que nos amies révisent en ce moment. Elles nous auraient été grandement utiles. »
Rémi se rappela que dans l'un des nombreux romans fantastiques qu'il avait lus, il suffisait de formuler à voix haute ce genre de vers pour acquérir les pouvoirs du mâne de la demeure. Malgré ses timides protestations, Aimé fut unanimement désigné pour tenter l'expérience, mais il constata que rien n'avait changé après sa déclamation. Il remarqua toutefois que le début du quatrain lui rappelait le sonnet aux rimes en -i de Mallarmé.
« L'as-tu lu ?, s'étonna Marc.
— Non, mais je crois que c'est celui qu'il cygne à la fin. Par ailleurs, le troisième vers semble passer d'une image de mort (“tombe”) à une image de solitude (“veuf”). L'interjection “gloups !” ajoute une touche d'émotion brute, comme une réaction de surprise ou d'effroi. “Choqué-je” est une forme archaïque ou poétique pour exprimer un choc ou une stupeur. “Club” et “amphi” (amphithéâtre) pourraient évoquer des lieux de rassemblement ou de spectacle. “Joug” renvoie à une idée de contrainte ou de domination, tandis que “foin” est une exclamation qui pourrait exprimer le rejet ou la légèreté. Cette ligne semble mêler des éléments de société, de spectacle et de libération. Globalement, le poème semble explorer des thèmes de transition, de métamorphose et de contrastes : entre la vie et la mort, la beauté et la rudesse, la contrainte et la libération. Les images sont fragmentées, presque surréalistes, et les sonorités jouent un rôle clé dans la création d'une atmosphère à la fois énigmatique et évocatrice. Le langage utilisé est dense, avec des mots rares (“fjeld”, “joug”) et des constructions syntaxiques inhabituelles, ce qui invite le lecteur à se concentrer sur les sons et les associations d'idées plutôt que sur un sens littéral. C'est un poème qui demande une lecture active et imaginative, laissant une grande place à l'interprétation personnelle.
— Dis donc, tu m'as l'air d'avoir soudain retrouvé ta langue, remarqua Rémi.
— Je ne voudrais pas vous inquiéter, mais j'ai le sentiment que cette maison est envoûtée par une Intelligence Artificielle, osa Éric d'une voix légèrement tremblante. C'est exactement le style de leurs analyses. »
Aimé reprit la parole : « Ce poème est un exemple de lipogramme, une contrainte littéraire où l'auteur s'interdit d'utiliser une ou plusieurs lettres. Celui-ci est particulièrement célèbre car il évite la lettre e, la plus fréquente en français. Il s'agit du poème Les Vigiles de Georges Perec, extrait de son ouvrage La Disparition (1969), un roman entier écrit sans la lettre e. Le passage en question est un exploit linguistique, montrant la virtuosité de Perec dans l'art de la contrainte. En conclusion, ce poème est un véritable défi à la fois pour l'auteur et le lecteur, et il illustre brillamment la créativité que peut engendrer une contrainte littéraire. »

*
* *

Tableau des 60 mots simultanément codés par le quatrain et employés dans le récit. Onze d'entre eux (signalés par un astérisque) sont interdits au Scrabble francophone, et trois de plus (signalés par un dièse) sont carrément du moyen français :

caiecaiscane  canscarecars 
coiecois  cône  cons  coré  cors 
faiefais  fane  fans  faré  fars 
foie  fois  fonéfons  fore  fors 
gaie  gais  ganegans  gare  gars 
goiegoïs  gone  gons  gore  gors*
maie  mais  mânemans  mare  mars 
moie  mois  monemôns  more  mors 
saie  sais  sanesans  saresars 
soie  sois  sone  sons  sore  sors 


9 mars 2025

Musique isogématrique
Rémi Schulz a inventé la musique isogématrique en janvier dernier : toutes les mesures (ou paires de mesures, dans ses exemples) ont la même somme gématrique quand on en écrit les notes (françaises) en toutes lettres. Dans mon expérience ci-dessous, les cent mesures (cinquante sur chaque portée, en canon) valent 100. Toutes les solutions possibles sont employées, à part celles nécessitant des mi dièse, si dièse ou fa bémol. Les seuls do bémols sont aux deux dernières mesures.

Cliquez sur l'image pour télécharger la partition (fichier PDF de 86 Ko)
Mélodie engendrée par les mots ci-dessus

Enregistrement (fichier MP3 de 1,2 Mo)

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


16 mars 2025

Sous les verrous
[sonnet lipogrammatique en E à part quelques barreaux de prison ne contenant que des E]

                  El Detenido
                  (Le Détenu)

Je suis un négatif, — le Tchouktche incontrôlé,
Le dauphin de Chantraine à la tiare affranchie :
Ce paradis meurt-il, — et mon bougeoir troublé
Ceint un soleil brouillé par l'ivre Oligarchie.

De la nuit des morts, seuil qui guéris l'isolé,
Rends-nous le Pausilippe ou l'ampleur d'Italie,
Le lys qui peindrait bien à mon coeur bousculé
Le châtaignier où pampre à vos sureaux s'allie.

Je suis Grâce ou Fortune ?... Adrien ou Littré ?
Ce front stressait crûment au baiser du mirage ;
Je sombrais en la grotte où la muse Aspic nage...

Deux fois, le Styx passé, j'osais et fus titré,
Rechantant tel un Maître à la harpe un ouvrage :
Le soupir d'esprit pur et cris rageurs du mage.

                            (Va garder le nerd)

[Voir aussi ces précédents poèmestexte qui ont différents points communs]


23 mars 2025

Maliettes
[L'association Zazie Mode d'Emploi a proposé à la liste oulipo de récrire cette page de Boris Vian en respectant les contraintes que l'on veut. J'ai pour l'instant juste obtenu la possible représentation d'une maliette grâce aux sommes gématriques des vers successifs écrites en base 2.]

Ne laissons point demain sombrer aux oubliettes
Ces oiseaux menacés. Il faut que nos meilleurs
Tagueurs animaliers peignent les maliettes,
Et que l'on étudie agilement leurs moeurs.

Qui pâlit, écoutant leurs douces ariettes,
Loua le charbonneux rouge de leurs couleurs,
Déjà séduit, comprit leurs humeurs inquiètes
Et la place baillée à de délicats coeurs.

Plumage duveté, vous mourez dès qu'on pose
Le doigt le plus léger. Fin pour la moindre cause :
Rire dédicacé d'un oeil, d'être de dos,

Lorsque inflexiblement la nuit se fait entendre,
Qu'on ôte nos chapeaux. Simple, subtile et tendre
Maliette aux chants vifs, aux vêtements bordeaux !

Maliette pixellisée

P.S. du 30/03/25 : exercice acrobatique illustrant qu'il est possible d'obtenir deux images différentes avec le programme de gématrie binaire. J'avais déjà tenté un ambigramme minimaliste en jouant sur la justification à gauche vs à droite, mais il s'agit ci-dessous d'obtenir deux images parfaitement rectangulaires selon les deux options « Gématrie des lignes » et « Gématries des mots concaténées ». La seconde est déjà très dure toute seule, donc c'est ici encore plus monstrueux. Forcer les lignes à avoir la même longueur selon les deux options demande en particulier de résoudre des équations (du même genre que dans la musique isogématrique). Le psittacisme du texte ci-dessous reflète la grande quantité de mots de gématrie égale à 10 que les rares solutions ont imposé.

Pour faire le portrait d'une maliette, peindre d'abord une cage :

Lignes verticales alternativement noires et blanches

J'ai franc trac. J'ai semé, j'ai rôdé, mais j'ai cru gâcher mon émoi : ébaudi, bec béant, j'ai piégé rare caille grège, amoureusement.
J'ai créché céans. Portraitiste, j'ai cru particulariser illustration dada : j'ai bec dada, j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec...
J'ai bec doré, j'ai bec dada, j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec. Abbé, j'ai amendé, j'ai allégé. Mon alpage guida mon armée évadée.
Mon nom resplendissait : j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec. Collectionnons cent pérégrinations !
J'ai bec, j'ai bec, j'ai bec... J'ai gaîté étourdissante, banjo joice, dièse enflé, effet chargé — lait cru buccal, cacaos bus, amère salade labiale.
J'ai bec, j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai fac, j'ai fac légale : universitaire, j'ai théoriquement révolutionné mon alinéa.
Investigateur fou, j'ai basané chics tourterelles crépusculaires. J'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec...
J'ai bec dada, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec, j'ai bec. Surprenantes idées transparentes, codas peu transcendantales !
J'ai bec, j'ai bec, j'ai bec. Mon arcane lui scanda mon hélice damnée. J'ai bec, j'ai bec, j'ai bec. Dames canes zinzinulent, survivantes.
J'ai bec dada, j'ai bec décati, j'ai bec monstrueux. Mon micmac tua mon apax. J'ai clamecé, pourrissant pile chez mon Aleph final. Maman !


Puis, en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau, cliquer doucement sur le bouton « Gématrie des lignes ».

Maliette pixellisée


P.P.S. du 06/04/25 : mots croisés reprenant l'oiseau binaire ci-dessus.
La solution est disponible sur une page séparée

Grille vide 14×9 dont les cases noires représentent un oiseau

Horizontalement :
   I. chimères d'alouettes et de mouettes
  II. volatile associé aux pas fascistes ;
      ancienne monnaie frappée d'un blason
 III. dans l'aile et non la cuisse ;
      corvidé en frac ;
      en double chez les cormorans
  IV. luth en poudre
   V. poussé par surprise ;
      même les coucous n'en ont qu'un ;
      nom d'équerre pour que tout V soit entendu
  VI. la fin de ces oiseaux ;
      habille comme un vétérinaire
 VII. puissance nulle ;
      en voie de disparition
VIII. réduit à néant
  IX. élimé ;
      terme
   X. moeurs ;
      cardinal auxiliaire ;
      introduction d'une hypothèse
  XI. flotte en plein milieu d'une place
 XII. auguste ;
      passereau qui fait penser aux ordinateurs
XIII. pas neutre ;
      tu
 XIV. rapaces

Verticalement :
   1. passereau cavernicole en deux mots
   2. répulsif à chauves-souris ;
      désherbant eurasien ;
      immoral même sous cette forme
   3. article défini comme une bande de tissu ;
      sans aucun effet ;
      révolution d'un angle
   4. oiseau grimpeur et frappeur ;
      bête
   5. son sens est près de toujours
   6. dans un seau ;
      rarement pressé
   7. tête tranchée ;
      sied ;
      rendue à la fin d'un drame
   8. faire attention au V complet ;
      les rossignols et les blongios en ont de légers ;
      difficile
   9. tentais une définition multiple


P.3S. du 13/04/25 : rimes à signes extérieurs de (grande) richesse

Décrivons tant la maliette,
Quoi, quelles moeurs ? T'y mi-nommant,
Des cris vont en l'âme à poète :
Couac ! elle meurt, timidement.


P.4S. du 21/04/25 : ambigramme

« maliette » aussi lisible la tête en bas

P.5S. du 07/05/25 : architog

            Inquiètes
            Maliettes,
Qui va décrire vos moeurs,
            Vos douillettes
            Ariettes ?
Si l'on t'effleure tu meurs,
            Mise en miettes.

[Voir aussi cet automnet et ces holorimes asymétriques de l'été suivant]


25 avril 2025

Vuzine
[Les canons de Vuza sont utilisés en musique contemporaine depuis longtemps. Rémi Schulz vient de lancer leur exploration littéraire sur la liste oulipo. J'ai ci-dessous transformé le canon noté [17,3,3,1,5,15,4,5,6,6,3,4][18,14,8,10,8,14] en poème, en associant les voyelles AEIOUY aux six voix. Chaque nouvelle voix attend que le thème rythmique soit entièrement énoncé par la précédente avant d'entrer. Le schéma vocalique de ce poème est ainsi

A........... .....a..a..a a....a...... ........a... a....a.....a .....a..a...
A........... .....aE.a..a a....a.....e ..e..ee.a..e a....a.....a ..e..ae.a..e
A....e.....e ..e..aE.a..a a....a..I..e ..e..ee.a..e ai..ia.ii..a .ie..ae.a..e
A...ie..i..e .ie..aEia..a ai..ia..I..e ..e.Oee.a..e ai..ia.iio.a oieooae.ao.e
A...ie..i..e oie.oaEiao.a ai.oia..Io.e o.e.Oee.a..e aiU.ia.iio.a oieooaeuaoue
Auu.ie.ui..e oie.oaEiaoua aiuoia.uIo.e oue.Oeeua.ue aiU.ia.iioYa oieooaeuaoue
Auuyieyuiyye oieyoaEiaoua aiuoiayuIoye oueyOeeuayue aiUyiayiioYa oieooaeuaoue

où les voyelles en capitales signalent le début des thèmes rythmiques, les points signifient des silences, et les espaces séparent des groupes de douze temps.]

Ça — — — — —    — — — — — —
— — — — — n'a    — — pas — — d'art,
Sans — — — — plan    — — — — — —
— — — — — —    — — à — — —
Chant — — : — — ça    — — — — — part
— — — — — mal,    — — là — — —.

Va — — — — —    — — — — — —
— — — — — dans    ce — grand — — parc
À — — — — plants    — — — — — verts,
— — et — — prends    de — francs — — vers
Blancs — — — — par    — — — — — l'arc :
— — c'est — — la    clef — d'ans — — pers.

Dans — — — — l'erg    — — — — — sec
— — se — — bat    le — sans — — trac,
Car — — — — tant    — — vif — — mec
— — se — — sert    de — char — — grec,
Tant il — — ira    — finir — — snack
— vite — — dans    ce — smart — — bec.

À — — — l'hiver,    — — vil — — gel
— pince — — jà,    se glissant — — tard
Dans l'if — —. Ni gants    — — ni — — sel
— — ne — sont prêts,    temps — à — — tel
Skating — — grisant !,    — ni skis n'ont — fart.
Or il en honora    le — glaçon — bel.

Ah, — — — livret    — — si — — cher,
Bondis en — osant    ces vibratos : — clap !
Malin, — tôt l'infant    — — tint son — fer
Hors — des — rochers    de — la — — mer,
Car il fut — fringant    — d'instinct. Ô — cap
Sportif te comportant    en un canon super !

La glu sut — tisser    — subtils — — rets.
L'orphisme — dompta    ce cristal rompu, da !
Transfigurons l'impact :    — plus d'impro — très
Obscure — longtemps    percutant — murets.
Ambigu, — l'instant    — ici s'oxyda,
Non-dit réconfortant    ne butant lors sur grès.

As-tu pu styliser ? Y survint ptyx crypté
Dont l'index y sonna le signal, consumant
L'attribut cortical. Y surgit son synthé,
Monument syncopé de pur larynx flûté.
Sans fin tu lyrisas lys indigo, rythmant
Ton bibelot oral en un patron sculpté.

Cliquez sur l'image pour télécharger la partition (fichier PDF de 80 Ko)
Canon de Vuza [17,3,3,1,5,15,4,5,6,6,3,4][18,14,8,10,8,14]

Enregistrement (fichier MP3 de 550 Ko)

[Voir aussi mes autres expériences oumupiennes]


P.S. du 29/04/25 : Desdichado selon le canon de Vuza
[5,1,3,3,12,5,4,3,17,4,3,12,5,4,3,6,6,5,4,3,12,5,4,15,5,4,3,12][42,38,32,10,32,14],
qui donne le patron

    143241 153165 / 135643 263462 / 145241 253145 / 135643 265462
    245241 253165 / 135643 263462 / 145261 253165 / 133643 163462
    145241 253165 / 135643 263442 / 145241 255165
    235643 263462 / 145241 253165 / 135663 263462

où j'ai choisi 1 = [ɔ̃], 2 = [i], 3 = [ɛ̃], 4 = [ɛ], 5 = [e], 6 = [o] :
    ɔ̃ɛɛ̃iɛɔ̃ ɔ̃eɛ̃ɔ̃oe / ɔ̃ɛ̃eoɛɛ̃ ioɛ̃ɛoi / ɔ̃ɛeiɛɔ̃ ieɛ̃ɔ̃ɛe / ɔ̃ɛ̃eoɛɛ̃ ioeɛoi
    iɛeiɛɔ̃ ieɛ̃ɔ̃oe / ɔ̃ɛ̃eoɛɛ̃ ioɛ̃ɛoi / ɔ̃ɛeioɔ̃ ieɛ̃ɔ̃oe / ɔ̃ɛ̃ɛ̃oɛɛ̃ ɔ̃oɛ̃ɛoi
    ɔ̃ɛeiɛɔ̃ ieɛ̃ɔ̃oe / ɔ̃ɛ̃eoɛɛ̃ ioɛ̃ɛɛi / ɔ̃ɛeiɛɔ̃ ieeɔ̃oe
    iɛ̃eoɛɛ̃ ioɛ̃ɛoi / ɔ̃ɛeiɛɔ̃ ieɛ̃ɔ̃oe / ɔ̃ɛ̃eooɛ̃ ioɛ̃ɛoi

Les [ɔ] ouverts & [o] fermés sont identifiés, bien que
les
[ɛ] ouverts & [e] fermés soient ici différenciés.

El Vuzado
(Le Canonisé)

On est l'indigne aiglon, — l'ombré, — l'inconsolé,
Mondain héros germain : snif, province est lors lie.
Mon dernier briquet fond, — qin s'éteint constellé,
Contraint mes morts destins si m'oppressait Folie.

Psy cher des gris caissons, qui m'étreins consolé,
Prompt, joins mes lots : Berlin qui s'obtiendrait jolie,
L'ombelle et l'îlot rond — j'y bée incontrôlé,
Combien grains au raisin font qu'au thym, cep fort lie !

Concerner Dilection, Littré, Sphinx ?... Gontaut né ?
Front nimbé d'ocre est ceint, griot inspectait nixes :
Bon, rêvez sirène, onde — illettrés ont zoné.

J'y vaincs tes eaux, mesquin Styx aux fins très prolixes.
On esthétisait donc l'hymne, écrin ronronné
Qu'on geint : fée aux mots craints, bigot saint, airs trop fixes.

                                                                Aimé-Romain Biron


1er mai 2025

Lipogramme
[Ce sonnet selon un rectangle d'or a deux buts :
— Souligner que le centre d'un objet n'est pas forcément son milieu.
— Écrire un lipogramme en Y non trivial.
Vous pouvez agrandir l'image à la taille de votre fenêtre en cliquant dessus. Le centre de la spirale logarithmique pointe vers l'emplacement de la sixième (semi-)voyelle manquante, dont la moitié aurait à la rigueur pu entrer au dessus du « u ». Toutes les autres lettres sont employées, et les « or » correspondent à des sections dorées (verticale puis horizontale).]

      El Dorado
Rectangle d'or montrant la position précise des voyelles A, I, O & U
Amer terne je stresse
De qebelés chef khmer
Ex-nègre crwth de fer
Est zébré de Détresse

Le tertre me redresse
Rends légendes et mer
Mêle trèfle très cher
Et le cep même presse

Je me sens d'or serti
Près d'hellène déesse
Rêve en ce chorus bel

Fends l'Enfer éternel
Ménestrel je ne cesse
Arts de clerc repenti

            Glyn Byrd

[Voir aussi ce lipogramme en W non trivial de 2013]


P.S. du 19/05/25 : pendant consonantique (et pangrammatique) au sonnet ci-dessus. Seules les quatre consonnes SRTN sont employées, à un unique exemplaire près des seize autres consonnes, dans leur ordre de fréquence décroissante LCMDPGBHFZVQXJKW, et placées aux coins de rectangles d'or itérés. Dans l'image ci-dessous (que vous pouvez agrandir à la taille de votre fenêtre en cliquant dessus), leurs couleurs vont progressivement du vert au rouge. En ajoutant une variante raccourcie de ces explications avant le sonnet, on peut forcer la césure d'or gématrique à tomber pile avant l'« or » du huitième tétradécasyllabe. ;-)

Contorsionniste et sinistre un rimeur entraîne en rond
Ses traits noirs antérïeurs en testant neutre teinture
Essayiste à rets stressants tes tensons n'y tourneront
Si tu n'atteins ton sentier tare instaurant ta torture

En tes ressorts souterrains tous soins s'y tritureront
Soit tu ruses soit ton tort trousse une austère rature
Satiriste en saints sonnets trois tons nets satureront
Tant s'irisent nos instants notre or suit son ossature

Artistes à sorts restreints n'osez trêve qui soit trop
Nette Une autre rosse ainsi n'entre à Wroxeter au trot
Terriens ressaisissons-nous sans fous kanjis oratoires

S'attristant à son tintouin notre auteur étonnant sent
Sa sinistrose en sous-titre Ensuite en ses territoires
L'attrait naît sinon tantôt tout hère se brise en sang

Rectangle d'or montrant la position précise des consonnes LCMDPGBHFZVQXJKW

P.S. du 28/05/25 : Rémi Schulz a comme souvent trouvé d'autres harmonies numériques dans les deux sonnets dorés ci-dessus. Évidemment, seules celles directement liées à la construction géométrique sont volontaires de ma part.


4 – 11 mai 2025

Nouveaux architogs
[Pierre Lamy a composé en 2025 un recueil de poèmes dont la forme principale est le hog de schéma 5+7+5 / 5+7+5 / 3, qu'il a baptisé « heptacinq ». C'est en fait aussi un tog, un hypertog et un métatog, mais pas un architog. Remarquant que le dernier schéma d'architog cité au bas de cette page y ressemble beaucoup, 3+7+3 / 3+7+3 / 3, je n'ai pas résisté à un hommage.]

            L'amy Pierre
A défini l'heptacinq
            En 25.

            Plagïaire,
Osé-je de plus étroits
            Heptatrois,

            Roi des rois ?

*

Je trouve toutefois que le schéma anacyclique 3+3+7+3+3+7+3, immédiatement illustré il y a trois ans, est plus facile à scander Rythme 3+3+7 (comme dans cette chanson et ces protéonets). En voici un exemple holorime :

            Lori m'ait
            tour unique :
l'art shit au goal or y met
            la conique.

            Tout runique,
l'architog holorime est
            laconique.

*

Le 7 mai, j'ai aussi appliqué cette forme aux maliettes

*

Même schéma avec des vers d'un seul mot (sans compter les « L' » élidés)

            L'écriture
            Conjecture
L'intelligibilité.
            L'interligne
            Contresigne
L'indivisibilité,
            L'unité.

*

Autre type d'architog, de schéma très similaire 3+3+11+3+3+11+3, mais avec des hendécasyllabes à la place des heptasyllabes. Il se scande aussi très facilement : Rythme 3+3+11 En contrepied, j'ai cette fois employé des mots monosyllabiques.

            Tu te sers
            Dans tes vers
De mots brefs qui vont par trois ou bien par onze ;
            Ils sont clairs
            Mais non pairs
Car si ton plain-chant se rompt, en tant que bonze
            Tu t'y perds.

*

Architog de schéma 5+13+5 / 5+13+5 / 13, l'un des plus simples de sept vers après ceux illustrés ci-dessus. Les tridécasyllabes sont césurés 4+5+4, afin d'obtenir une alternance presque parfaite de pentasyllabes et de quadrisyllabes. Synérère moderne sur « occasion ».

Ma dernière vie
Fut l'occasion   de me convertir   en papillon.
Vite j'eus envie
De revoir Sylvie.
Elle admira   mes tons jaunes vifs   et vermillon,
Clairement ravie.
Puis sur du liège   elle m'asservit   d'un aiguillon.

*

Architog de schéma 13+17+13 / 13+17+13 / 17, le dernier relativement simple (avant les vers de 23 syllabes de ces poèmes d'il y a trois ans). Les vers sont césurés 13 = 3+7+3 et 17 = 7+3+7 afin d'obtenir une alternance presque parfaite de trisyllabes et d'heptasyllabes.

L'apprenti   sait maintenant léviter   sans effort.
Aussi le démontre-t-il   à son Maître,   en voyant une rivière :
Crânement,   sans se mouiller il atteint   l'autre bord.

— On a tort   de savourer ce moyen   de transport,
Lui répond Bodhidharma.   L'art du zen   est d'arriver à le faire
Vers le bas.   Six pieds sous terre est resté   le record.

En essayant, le disciple   en est mort.   Ô sagesse trop sévère !


25 mai 2025

Graphe des nombres d'occurrences en échelle logarithmique

Haïku zipfien
[Louis Couturier a proposé & illustré sur la liste oulipo la notion de « texte zipfien », respectant parfaitement la loi empirique de Zipf. Il a notamment suggéré d'écrire un haïku dont l'un des mots serait employé quatre fois, deux autres mots seraient employés deux fois chacun, et quatre derniers mots n'apparaîtraient qu'en un seul exemplaire. Voici une tentative personnelle, réutilisant des homographes déjà plusieurs fois exploités.]

Onirocratie

En sommes, tu sommes :
Matheux, nous prisons les sommes,
Sommes en prisons !

[Variante plus claire mais ne conservant pas certains -s finals :
Un somme nous somme : / Matheux, nous prisons les sommes, / Sommes en prison !]


P.S. du 02/06/25 : dans le sonnet suivant
• 1 mot est employé 30 fois (le),
• 1 mot est employé 15 fois (et),
• 2 mots sont employés 10 fois (du, l'),
• 1 mot est employé 6 fois (est),
• 4 mots sont employés 5 fois (bout, or, que, si),
• 5 mots sont employés 3 fois (fond, fut, la, sort, sur),
• 15 mots sont employés 2 fois (brave, but, cave, corse, dément, gave, grave, lave, liquide, livre, lut, onde, rebut, sème, transit),
• 30 mots sont employés 1 fois (à, alignés, au, champ, de, demain, échelle, édit, feu, guide, huit, jour, las, logarithmique, loi, parfaitement, poème, rangs, rend, selon, sens, sonnet, texte, un, une, univers, vers, vide, Zipf, zipfien).
Le nombre d'occurrences de chaque mot est ainsi strictement proportionnel (30 ×) à l'inverse de son rang (le plus petit pour les mots ex aequo), et le graphe en échelle logarithmique atteint huit valeurs alignées (contre seulement trois dans le haïku ci-dessus).

Graphe des nombres d'occurrences en échelle logarithmique

Sonnet zipfien
(à huit rangs parfaitement alignés selon une échelle logarithmique)

Si le livre dément que le rebut le gave,
Le gave1 livre l'onde et le brave la but.
Un grave édit le corse et le dément le lut...
Et le fond le transit, et le sème2 le cave3.

Si le transit le sème et le Corse le brave,
Que le sort fut si sur, le liquide du fut
Sort du lut sur-le-champ : le cave4 le rebut,
Et la lave le fond, le liquide et le grave.

Et si l'onde le lave, et si le feu le bout,
Et que l'or fond sur l'est, et que l'or est le bout
Du bout du bout du sort, que fut le but du guide ?

Or l'est est l'or du jour et l'or est l'est du vers
Au bout du texte, et las ! la loi de Zipf rend vide
Et le sens du poème et demain l'Univers.

1. gave : cours d'eau pyrénéen
2. sème : unité de signification
3. caver : creuser
4. cave : niais


Graphe des nombres d'occurrences en échelle logarithmique

P.P.S. du 11/06/25 : le sonnet suivant reprend une contrainte anaphorique proposée par Gérard Le Goff il y a onze ans, et qui m'avait déjà conduit à ce poème. Ci-dessous, tous les nombres d'occurrences entre 2 et 13 sont illustrés par un seul mot, et les (92) autres mots ne sont employés qu'une seule fois. C'est donc un contrepied de la loi de Zipf, comme le montre la belle courbure du graphe en échelle logarithmique. C'est maintenant selon une échelle linéaire que le graphe donne une droite.
La plus grande difficulté par rapport à 2014 est l'interdiction de répéter les mots extérieurs à l'anaphore, notamment les mots-outils élidés qui sont cruciaux pour atteindre treize mots par alexandrin. Le dernier vers est tiré d'Alexandre le Grand de Racine.

J'ai su : le barde a joint ses luth, lyre, oud, voix verte,
Et quand tel m'as-tu-vu nous vainc tôt par son jeu,
Et s'encre art sous maints vers qui t'ouvrent cet oeil bleu,
Et s'il sort d'eux des chants, quel coeur froid reste inerte ?

Graphe des nombres d'occurrences avec une échelle linéaire Et s'il te plaît de lire une oeuvre où l'on disserte,
Et s'il te faut du sens dans tout mot, non trop peu,
Et s'il te faut chercher sa ruse — ou crois-je un voeu ?,
Et s'il te faut chercher ce cap ? C'eût fait ta perte.

Et s'il te faut chercher, ce n'en sourd pas moins noir,
Et s'il te faut chercher, ce n'est plus pour y choir,
Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'outre ces rimes,

Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre leurs bords,
Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les crimes,
Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les morts.

[Voir aussi ces autres poèmes zipfiens de septembre 2025]


6 – 9 juin 2025

Codes-barres & QR
[Nicolas Graner a proposéillustré de façon autodescriptive que l'on peut cacher dans un texte un code QR contenant le nom de l'auteur. J'ai ci-dessous essayé deux variantes de codes-barres, puis un code QR selon une règle différente de celle de Nicolas.]

Outillons créatifs mots, code écrit, schéma : abcd
barré par points qu'on lie à signe ombré ou tabou.

[En remplaçant les voyelles par des traits noirs et les consonnes par des traits blancs, tout le reste (espaces & ponctuations) étant supprimé, on obtient ce code-barres en code 128
« Gef_ » en code-barres 128
c.-à-d. ma signature « Gef_ » (avec son tiret bas final). C'est une contrainte dure.]


El Desbarrado
(Le mal barré)

Je suis le ténébreux, — le fou, — le désolé
Le pouilleux d'Aquitaine à la tour démolie :
Mon étoile a péri, — mon luth d'or constellé
Transvase un soleil sombre outre Mélancolie.

En ma tombale nuit, çà tu m'as consolé :
Rends le cher Pausilippe et ces mers d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur d'enjôlé
Dans la treille où la vigne à mes roses s'allie.

Suis-je Amour, Apollon ?... Lusignan dit Biron ?
Ma face est vite rouge au baiser de la reine ;
J'ai rêvé de l'écueil où nage la sirène...

Or j'ai deux fois gagnant traversé l'Achéron :
Offrant et modulant à la lyre d'Orphée
Ce choral de la sainte et ce cri de la fée.

« DE NERVAL » en code-barres 93

[Le code-barres final en code 93 est obtenu en concaténant les gématries binaires des vers successifs et donne « DE NERVAL ». C'est cette fois une contrainte plutôt douce, comme l'isogématrie et les dessins selon la gématrie binaire des lignes.]


Tu trouveras moins tortu
tel idiome de QR code, cher
ténor du jeu, avec ses noms
parqués dans un étau noir.

Scrutez la règle, risquez
sa démence prévisible, et
supportez l'obscur sport
d'imagé leurre à dédicace.

Transcodez ric-à-rac afin
de parafer résolument, là.
Alors mon texte à système
peint ce pan de vingt et un.

Une migraine indique ici
l'édification, sur l'ordre
proto-oulipien des dieux.

Ta démarche sait Nicolas
repu par code crypté — vite
si ton crayon n'y chancela.

Tant pis, lis sadiquement,
vache Graner ! Ta témérité
provoque un retour d'émoi.

[1/ Supprimer tout ce qui n'est pas des lettres.
2/ Remplacer par un pixel blanc toutes les lettres de la première moitié de l'alphabet (de A à M).
3/ Remplacer par un pixel noir toutes celles de la seconde moitié de l'alphabet (de N à Z).
Cela donne de façon assez compacte le code QR suivant
« G.ILLES E.SPOSITO-F.ARESE » en code QR de taille 21×21
qui code mon long nom complet. J'y ai même ajouté trois points pour illustrer que 25
caractères entrent dans un code QR de taille minimale 21×21.]


15 juin 2025

Sonnet littéral
[chaque vers compte 6+6 lettres, avec une césure centrale]

Devant sa muse,
Cuvant son vin,
L'inane ou vain
Rimeur s'amuse.

« Me voir camuse
Est peu nervin,
Et l'art d'alvin
Déchet, ça m'use ! »

D'abord, l'amant
Bourré dément
Parler à Belle.

Mais au procès,
En joie, il bêle :
« Louons l'excès ! »

nervin : fortifiant des nerfs
alvin : intestinal

[Voir aussi ces ballades réduites, et ces autres emplois de la rime « muse/amuse »]


P.S. du 18/06/25 : sonnet littéral à rimes riches n'employant qu'un mot par hémistiche

Sonnet mature
Créant joyaux
Plutôt royaux,
Bannis rature !

Rimeur, sature
Exprès noyaux
Repris loyaux,
Décris nature,

Esprit friand
Dehors criant
Beauté locale,

Trésor taxant
Foison vocale,
Festif accent.


P.P.S. du 20/06/25 : adaptation en sonnet littéral du Desdichado de Nerval

Hombre triste
(Humain morose)

Je suis le sire
Nu, sans manoir :
Ma star de lyre
Se tend de noir.

Où l'âme expire,
Rendez à l'hoir
La rose où gire
L'amour le soir.

Voir la sirène ;
Rougir envers
Baiser, ô reine !

Braver Enfers,
Singer Orphée
En cris d'ex-fée.

(Gérard Nerval)


P.3S. du 22/06/25 : deux sélénets littéraux (= 5 lettres par vers) rimant entre eux
— et sonnant donc globalement comme un distique d'alexandrins

Comment la mission humanitaire peut-elle faire confiance à la droite chrétienne américaine ? Ses plaintes ne conduisent qu'à de nouvelles lamentations. Sous les bombes, c'est la fin des temps.

L'aide
croit
laide
croix.

L'ivre
pleur
livre
l'heur :

larme
croît.
L'arme
choit,

lance
heurt.
L'an se
meurt.

[Voir aussi ces sélénets littéraux d'Alexandre Carret]


P.4S. du 24/06/25 : sélénet normal (pentasyllabes)
monovocalique en alexandrins littéraux (= 6+6 lettres)

Tentée

En Éden, bée Ève :
Elle se détend.
Élevée en rêve,
Étêtée, entend :

Eh, je ne repère
De réel dément !
Ce fêlé de Père
Éthéré te ment.

[Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret]


27 juin 2025

« Holorimes fantômes » en fable-express
[troisièmes homophonies de distiques holorimes classiques]

La muse de Dalí réclame une coupure
Pour que leur ami Ray mordore sa parure.
Moralité
Gala mande l'arrêt : Na, l'atour Man y anime.

Autre homophonie assez cohérente mais reprenant
hélas deux mots significatifs de l'original :

Cette chanteuse, France, a changé les paroles
Et n'atteint l'apparat des nobles barcaroles.
Moralité
Gall amende l'art et n'a l'atour magnanime.

[d'après Marc Monnier]

*

L'épais étang le navre, ondulé par le vent,
Donc Amos l'écrivain cède dorénavant.
Moralité
Dense, émeut bleu lac, air ride eaux, et démord Oz.

[d'après Charles Cros, en reprenant hélas son adjectif « bleu »]

*

Au décès de l'actrice, affreux lézard, je veux
Qu'elle soit Cléopâtre et brillent ses cheveux.
Moralité
Laque en appas n'a mal, laid seps, si cana Liz.

[D'après ce distique holorime de Daniel Marmié :
        Là, quand à Panama, Lesseps y canalise,
        Lacan, à Paname, à l'essai psychanalyse.]

[Voir aussi ces holorimes fantômes de Robert Rapilly]


P.S. du lendemain : autres homophonies inspirées par de célèbres distiques holorimes,
mais en mélangeant cette fois leurs syllabes selon des permutations en spirale

Au jeu de Marienbad, la mère musulmane
L'emporta car son flair de sa prière émane.
Moralité
Nim : gagna la maman, tour de l'Allah narré.

[application de la permutation de Queneau-Daniel d'ordre 12
au plus célèbre holorime de Marc Monnier]

*

Quand le très jeune chef railla ce royaliste,
Son rondeau musical plut au violoncelliste.
Moralité
Qu'ait ri l'ado Bleuse et Meude essaime ode en Rose.

[application de la permutation 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12 → 6,7,5,8,4,9,3,10,2,11,1,12
(gidouille centrifuge) aux syllabes du plus célèbre holorime de Charles Cros]

*

Fuis la mode, mon vers, contrains-toi pour parler.
Moralité
Pas né de la tendance, « être » c'est « gère », ô lai !

[l'application de la même gidouille centrifuge aux syllabes de
la moralité reproduit ce distique holorime de Lucien Reymond :

        Dans cet antre, lassés de gêner au palais,
        Dansaient, entrelacés, deux généraux pas laids.
lui-même gidouillé la veille par Alexandre Carret]


1er juillet 2025

Sélénet aux vers palindromes phonémiques
[Les apostrophes indiquent des E caducs élidés, comme dans
la chanson. Euphonine est un ancien prénom français.]

Sélénet, l'est-ce ?

Nul halo : la lune,
Haut, ray' peu Pierrot.
Mul' passe sa plume
Au macaque à mot.

Trop mal est la morte
Euphonine, au feu
Tropique qui porte
OEil dense sans Dieu.

*

Haïku palindrome phonémique évoquant l'archevêque
pédophile Józef Wesołowski lors de son arrestation

Emmenotté nonce,
haine au coeur, y reconnaît
son étonnement.

*

Voir aussi cette réponse d'Alexandre Carret. J'y
ai moi-même répondu avec le sélénet ci-dessous.

Regarde, dragueur :

Éloquent qu'aux lais

Cithare, ratisse
Ans, mets rire et mens !
Sitôt naît notice,
Emmêle éléments.

Ton coeur y recompte,
Alex, us qu'elle a.
Ton Carret raconte
— Ah leçon ! — cela.

*

P.S. du 06/07/25, pour les 75 ans de notre oulipote Rémi Schulz,
qui vient de proposer une forme adoucie de mots croisés

Schulz étend test louche,
Aise, à hourds croisés,
Chou raffut farouche
Et zèle aux lésés.

Rémi chez chimères
Réside, disert.
Rhème, argot, grammaires,
Récits : tout y sert.

*

P.P.S. du 13/07/25, vaguement inspiré de la maliette de Boris Vian :

Artiste animalier assistant à la combustion
puis la résurrection d'une alouette-phénix
dans le cimetière de sa ville


Lulu rare, ulule
Au sympa pinceau !
L'urbain coquin brûle
Au vacant caveau...

J'ourle son seul rouge
En âme émanant.
J'oublie : oh ! il bouge
En y dandinant.

*

P.3S. du 14/07/25 :

Proclamations réitérées de la Pax Augusta

La Rome immorale
En ces dits descend :
La rauque chorale,
En sa paix passant,

N'eut trop fait fortune.
Héraut même aurait
Nuancé cent une,
Et requinquerait.

*

P.4S. du 16/07/25 :

Hobby d'art à paradis beau

Qui peint l'olympique
Azur où rusa
Quichotte, et tôt chique
Hase au mimosa,

Tourne aise en zen, route
À l'anti-temps : là,
Tout Walhalla voûte,
Hâle d'au-delà.


3 juillet 2025

En voir de toutes les couleurs
[À la manière de cet arc-en-ciel composé par Alexandre Carret le 18 juin dernier, le sonnet birime ci-dessous, aux airs de sélénet, hypographie les couleurs violine, lie de vin, marine, bleu Klein, opaline, sapin, platine, poussin, mandarine, rouquin, sanguine, carmin, blanc de Chine et blanc d'étain.]

Violine, lie de vin, marine, bleu Klein,
opaline, sapin, platine, poussin, mandarine, rouquin, sanguine,
carmin, blanc de Chine, blanc d'étain « Prends ma vie, ô Line ! »
De colle y devins
Comme damarine1,
Osant d'humble clins.

Mais me stoppa Line
Et balança pain,
Vache vamp latine !
Suis-je dupe ou sain ?

« Cet amant d'Harry ne
M'ôte un courroux quint2,
Donc je passe en gouine. »

Plus d'amour, car maint
Gars tremblant d'échine,
La snob l'en détint.

1. damarine : résine
2. quint : cinquième


4 – 5 juillet 2025

Holorimes à rimes féminines-outils
[Plusieurs poètes des XVe-XVIe siècles ont utilisé le démonstratif « ce » à la rime, car les E caducs finals s'accentuaient plus que de nos jours. Cela m'a donné envie de les imiter dans des distiques holorimes, d'abord comme eux en décasyllabes césurés 4/6, puis en alexandrins ou dodécasyllabes non césurés pour y placer des mots encore plus longs.]

Bulle, à confins son eau l'eut mis. N'est-ce en ce
But-là qu'on feint sonoluminescence ?

*

Demande à un ami magistrat d'accélérer la procédure,
en feignant d'arrêter d'inonder les voisins

Jus (je mens) part : vidée eau qu'on fait. Rends ce
Jugement par vidéoconférence !

*

Architecte justifiant au téléphone son précédent
refus de graver « MAGA » sur la façade

Logique jeu, l'amer ricane au fil : Lisa, ce
Logis, que je l'américanophilisasse ?

*

Tavernier nonchalant
Que sagement, des cons portent menthe à Lisa — ce
Que çà je m'en décomportementalisasse.

*

Apiculteur provençal offrant sa production au gourmand
médecin qui traite la méningite de son ancienne épouse

L'Aixois, miel au sac, aura dit « Qu'eut l'ogre, ah ? », fit que
L'ex soit myélosaccoradiculographique.

[Voir aussi ces réponses d'Alexandre Carret]


9 – 11 juillet 2025

Mots croisés surdéfinis
[Rémi Schulz a relancé la construction de mots croisés surdéfinis, comme dans la Bibliothèque oulipienne n° 40 de Marcel Bénabou. Outre deux grilles employant directement les définitions de ce dernier, et quelques explorations de raffinements de cette contrainte, voici trois de mes résultats. Le premier reprend le principe de Bénabou & Schulz, à savoir fournir la solution explicitement au sein de l'un des mots de la définition. Mes dix mots ci-dessous sont toutefois trop évidents, et leur unique intérêt est d'atteindre une taille de 5×5 pour une grille non symétrique — ce qui n'est pas facile en respectant cette contrainte. Vous n'aurez certainement pas besoin de la solution, mais si vous y tenez, elle est comme toujours disponible sur une page séparée, en cliquant sur la grille.]

Grille vide 5×5 sans cases noires

Horizontalement :
  I. Pointe au bord d'un capiton
 II. Drupe placée au centre des solives
III. Fiction trop évidente au cours d'une chiromancie
 IV. Bande d'étoffe inutile même à la fin d'une longue pétole en pleine mer
  V. Laxatifs & purgatifs quand la sénescence démarre

Verticalement :
  1. Orifices au bout des madrépores
  2. Être opprimé dans le coeur des pilotes
  3. Gouvernail à droite du mât d'artimon
  4. Cercle assez tordu dans le milieu d'une monovalence commerciale
  5. Glandes mammaires achevant un traitement aux pinènes


Ma deuxième grille reprend quelques mots qui venaient juste d'être déjà illustrés par Rémi Schulz, et surtout l'idée d'Alexandre Carret d'employer des synonymes dans les définitions, pour que cela devienne moins évident à résoudre. Tous les mots de la grille sont des substantifs de 5 lettres autorisés au Scrabble francophone, dont les 3 lettres centrales donnent d'autres substantifs autorisés à ce jeu. Ils sont par ailleurs sur-sur-définis en les insérant dans 5 autres substantifs de plus de 5 lettres.

Grille vide 5×5 sans cases noires

Horizontalement & verticalement :
  1. Prière d'un mauvais film dans un bus
  2. Danse au milieu d'un arbre africain au cours d'un complot
  3. Bière du serviteur à l'extrémité du trépied
  4. Monnaie d'un écolier à la fin d'un remplacement
  5. La saison dans nos crânes en pleins mysticismes


Ma troisième grille sur-sur-...-définit cette fois les mots les plus longs, de 6 lettres, à partir des divers sous-mots que l'on peut y trouver.

Grille vide 6×6 sans cases noires

Horizontalement & verticalement :

  1. Embouchures où l'on trouve des champions en masse
  2. Mollusque dont un testicule conserve le premier enfant dans un vase d'origine mésopotamienne
  3. Jouet sensible à la pression aquatique qui, après avoir été consulté, contient le noyau d'un atome d'une chanteuse canadienne (lui-même obtenu par la fusion d'une génisse grecque avec le « o » ouvert glagolitique ;-)
  4. Impôt commençant par un ordre, et dont la fin en démarre en réalité toute une gamme
  5. Grenouille gardant en tête les douze mois de son passé larvaire, mais après une incursion dans le théâtre japonais, égalant in extremis un boeuf sauvage (d'origine mésopotamienne, lui aussi) dans une expiration monotone
  6. Chemins où l'on trouve immédiatement de la monnaie asiatique, puis des greffons d'équerre

[Voir aussi ces mots croisés surdéfinis de Daniel Fabre, Rémi Schulz et Alexandre Carret]


17 juillet 2025

Onzain hétérogrammatique gallinacé
[Daniel Bilous continue ses pastiches de grands écrivains sur le thème du poulet traversant la route, commencés il y a trois ans. Pour les onzains hétérogrammatiques à la Perec, je lui ai suggéré de surcontraindre la grille en imposant une diagonale de P, illustrant la traversée du poulet. Comme il a préféré éviter une telle acrobatie, je n'ai pas résisté à la tenter — mais sans chercher à imiter le ton de Perec !]

  P   O U L E T N I R A S
O   P   I N E R T U L A S
R I   P   O S T E U N L A
R U E   P   O I N T L A S
U I T E   P   A R S L O N
N E R I T   P   A S O U L
O N R U S A   P   E T I L
L A N I T R O   P   S E U
L N I R O U T E   P   A S
S E T I L O R N A   P   U
A I L E R U N S T O   P
Poulet, n'iras opiner ?
Tu l'as riposté
    « Un : la rue point.
        La suite : pars !
        L'on ne rit pas où l'on rusa,
        pétilla, ni trop seul, ni routé. »
Passe-t-il ? Or, n'a pu ailer un stop.

18 – 26 juillet 2025

Règle de Boileau stricte
[La loi de Zipf explorée en mai-juin derniers a poussé la liste oulipo à revenir à l'un de ses contraires : exagérer la règle de Boileau de non-répétition des mots dans les sonnets, en l'appliquant même aux mots-outils. Jean-Justin Boutet de Monvel avait inventé cette contrainte en 1817, mais en la respectant imparfaitement (et dans un poème à mon avis peu mémorable, mis à part ce concept). Alain Chevrier l'a brillamment illustrée en octobre 2002, reprise en 2005 pour y adapter un sonnet de Jacques Roubaud, je l'ai moi-même appliquée en 2011 à une page de Harry Mathews répétant 43 mots, et Roubaud a composé un sonnet autodescriptif publié en 2017 dans le premier volume de sa série « Co Va Ru » (mais qui date probablement de 2002). Il existe bien sûr quelques poèmes respectant inconsciemment cette contrainte, notamment quand d'autres contraintes formelles la favorisent. J'ai expérimenté divers cas limites ci-dessous. Les résultats des autres oulipotes sont disponibles dans ces archives.]

*

Réécriture minimaliste de ce sonnet de Mallarmé, en n'y changeant que deux mots ! C'est en effet le sonnet répétant le moins de mots que j'ai trouvé dans les grands classiques. Le dernier vers est donc contredit par ma paresse. Notons que les deux « lui » à la rime ne sont pas le même mot, sinon le poète n'aurait pas osé.

Avec comme pour langage
Rien qu'un battement aux cieux
Ce futur vers se dégage
Du logis très précieux

Aile tout bas la courrière
Cet éventail si c'est lui
Le même par qui derrière
Toi quelque miroir a lui

Limpide (où va redescendre
Pourchassée en chaque grain
Bien peu d'invisible cendre
Seule à me rendre chagrin)

Toujours tel il apparaisse
Entre tes mains sans paresse

P.S. : Parmi les grands poèmes classiques antérieurs à 1817, le plus long que j'ai trouvé contenant très peu de répétitions est ce douzain de Ronsard, mis en musique par Ravel. Il suffit de remplacer « de mon » par « pour ce » (ou « du mien ») au 3e vers pour qu'il respecte la règle de Boileau stricte.

*

Réécriture légèrement moins minimaliste d'un autre sonnet de Mallarmé. C'est de nouveau le minimum de répétitions que j'ai trouvé dans les grands sonnets classiques, mais cette fois en alexandrins. Il est nécessaire d'y modifier au moins 11 mots pour respecter la contrainte de Boileau stricte. Notons que le rythme du onzième vers provient de l'original.

Ce temple enseveli divulgue par sa bouche
Sépulcrale d'égout bavant boue et rubis
Abominablement quelque idole Anubis
Tout museau flamboyé tel aboîment farouche

Ou que l'actuel gaz torde une mèche louche
Essuyeuse on le sait des opprobres subis
Il allume hagard cet immortel pubis
Dont chaque vol selon mainte lampe découche

Quel feuillage séché dans les cités sans soir
Votif pourra bénir comme elle se rasseoir
Auprès du marbre vainement de Baudelaire

Au voile qui la ceint absente avec frissons
Celle son Ombre même un poison tutélaire
Toujours à respirer si nous en périssons.

*

Réécriture un peu plus difficile d'un très célèbre sonnet de Mallarmé. Il faut ici modifier au moins 29 mots pour respecter la contrainte de Boileau stricte. Cela illustre que Mallarmé n'est pas toujours aussi peu répétitif que ci-dessus.

Le virginal, vivace et sublime aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec des coups d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous du givre
Chaque hyalin glacier de vols qui n'ont pas fui !

Un palmipède âgé se rappelle : c'est lui
Magnifique, pourtant sans espoir s'y délivre
Pour onc avoir chanté la région où vivre
Quand au stérile hiver a resplendi l'ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Infligée à tel lieu lorsque notre oiseau nie,
Non cet horrible sol ayant plumage pris.

Quel fantôme local ton pur éclat assigne,
Te paralysant aux songes froids par mépris
Vêtus dans quelque exil infructueux, ô Cygne.

[Voir aussi ces lipogrammes de 1997]

*

Réécriture bien plus difficile d'un sonnet de du Bellay. C'est cette fois l'autre extrême, c'est-à-dire le record de répétitivité que j'ai trouvé dans les grands sonnets classiques. Il est nécessaire d'y modifier au moins 77 mots pour respecter la contrainte de Boileau stricte. Les couples redondants amour/amoureux, bonheur/malheureux et Princesse/Prince proviennent de l'original, car j'ai conservé tous ses mots-clefs à la rime et à l'hémistiche.

Je n'écris nul amour, car ne suis amoureux,
Ni parle de beauté, demeurant sans maîtresse,
J'éclipse la douceur, souffrant seule rudesse,
Et tais chaque plaisir, me trouvant douloureux ;

Occultons mon bonheur, comme vis malheureux,
Enterrons les faveurs, tant est loin ma Princesse,
Oublions tout trésor, vu que m'a fui richesse,
Celons notre santé, si restons langoureux ;

Rien quant à votre Cour, puisque écarté du Prince,
Idem pour cette France, en étrange province,
Silence sur l'honneur, guère présent ici ;

Même aucune amitié, quand sourd juste feintise,
Encore moins vertu, qui s'absente elle aussi,
Censurons le savoir, entre ces gens d'église.

*

Résumé également difficile d'un sonnet de Chassignet. C'est le deuxième record de répétitivité que j'ai trouvé, car il nécessite la modification d'au moins 74 mots. Sa particularité est que 20 d'entre eux sont signifiants, et notamment 9 mots-rimes sur 14. Une autre difficulté est qu'il existe très peu de rimes en -mort ou -mord en français, sans liens étymologiques, et respectant aussi bien la consonne d'appui que la règle de la liaison supposée (rime pour l'oeil).

Dès qu'on entre dans la vie,
Se rapproche notre mort.
Chaque histoire ouvre un drame ord
En étant si tôt ravie.

Que sa moitié soit servie,
Cette Camarde nous mord,
Annonçant le prochain mor,
Banal comme l'âme obvie.

Ton temps fuit, demain n'est pas,
Tout présent choit au trépas,
Voilà des fins comparables.

De passé trop t'occupas,
Du futur sens les appas,
Aube et couchant sont semblables.

*

Autre résumé, de difficulté voisine, d'un sonnet de Queneau répétant 85 mots.

Chercher au fond des mers géantes
Perles ou trésors rançonnés
Maintes algues enrichissantes
Et coquillages contournés

Briguer d'uniques composantes
Nos détritus éliminés
Voire quelques feuilles volantes
Eau soustraite aux fleuves drainés

Viser les raretés lyriques
Quelquefois mots hyperboliques
Un simple débris de saison

Quêter tous ces monstres épiques
Ainsi qu'obscurs secrets clastiques
On l'ose en vain comme à raison

[Voir aussi ce sonnet sans répétition de mots signifiants, bien
que tous les mots-rimes aient des homographes au sein des vers]

*

Rémi Schulz a proposé, sous le nom de « contrainte d'Horace », d'employer exactement deux fois chaque mot. Voici une rapide adaptation d'un sonnet irrationnel d'il y a quatre ans, en en profitant au passage pour le rendre également pangrammatique (autre contrainte chère à Alain Chevrier).

J'erre cornu, ma demeure est cubique ;
Or sans raison, ne deviens pas phobique.

Aucun guerrier, même les plus experts,
N'a jamais su me trouver — nulle crainte —,
Moi l'Astérion, grand chef du labyrinthe.
Comme on rit quand le week-end je m'y perds !

Ses couloirs sont au nombre de quatorze.

...

Ses couloirs sont au nombre de quatorze :

Comme on rit quand le week-end je m'y perds,
Moi l'Astérion, grand chef du labyrinthe.
N'a jamais su me trouver — nulle crainte —
Aucun guerrier, même les plus experts.

Or sans raison — ne deviens pas phobique ! —,
J'erre cornu, ma demeure est cubique.

*

Exagération conceptuelle de la « contrainte d'Horace » ci-dessus : tous les mots sont maintenant employés quatorze fois. La seule petite difficulté était d'obtenir des alexandrins correctement césurés respectant l'alternance des rimes.

Un vers me fait mourir d'amour, belle Marquise.
Me fait mourir d'amour, belle Marquise, un vers.
D'amour me fait mourir, Marquise belle, un vers.
Un vers d'amour me fait mourir, belle Marquise.

Me fait un vers mourir d'amour, belle Marquise.
D'amour mourir me fait, belle Marquise, un vers.
Me fait mourir d'amour, Marquise belle, un vers.
Belle, me fait mourir d'amour un vers, Marquise.

Marquise belle, un vers mourir d'amour me fait.
Belle d'amour, Marquise, un vers mourir me fait.
Amour d'un vers me fait mourir, Marquise belle.

Me fait mourir, Marquise, un vers, belle, d'amour.
Fait un vers me mourir, Marquise d'amour belle.
Belle Marquise, un vers me fait mourir d'amour.


27 juillet 2025

Monnet masochiste
[Sonnet de monosyllabes en vers totalement holorimes d'un unique mot. « Totalement » signifie que les deux quatrains holoriment aussi entre eux, et que les liaisons supposées (≈ rimes pour l'oeil) fonctionnent également.]

Vagabond espérant sortir de la misère en trouvant des
tresses de gousses suspendues à des yeuses inondées :


        Hère
        Aux
        Eaux
        Erre,

        Aire
        « Aulx
        Hauts ».
        Ère

        Du
        Dû ?
        Chaînes

        Vers
        Chênes
        Verts !


29 juillet 2025

Rimes presque orphelines
[Pierre Lamy a composé un excellent sonnet assonant employant des rimes généralement considérées comme orphelines. Il y a dix ans, j'avais en fait trouvé des rimes pour beaucoup d'entre elles, grâce à des mots très rares ou des noms propres attestés. Je l'illustre ci-dessous pour quatre des mots-rimes choisis par Pierre.]

Il m'a fallu tendre mon muscle
Fermement pour pêcher ce juscle
Près de Saint-Martin-de-Lansuscle

*

Pour aviver le chrétien fanfre
De cette lettrine, on la chanfre
Puis on l'encaustique de camphre

*

Lorsqu'une muse sur le Pimple
Interprète un morceau de timple
Je rime un quatrain plutôt simple
Avec mon calame de vimple

*

À Deinze pour fêter mes quinze
Ans je me suis pris une guinze
Trollant en ligne nos deux Linze
Jusqu'à ce qu'hélas on me moinse


Pierre Lamy a également composé une belle réponse au sonnet inachevé de Saint-Amant, dont nous avions déjà parlé fin 2010. Dans un esprit voisin, j'ai ci-dessous réécrit un autre sonnet du même poète, n'employant que des rimes orphelines à son époque. Pour les faire mentir, j'en ai conservé les sons mais avec d'autres mots. Notons qu'au sixième vers, mon « rapport » ne rime pas parfaitement avec le « porc » de l'original en raison de la consonne finale, mais c'est largement toléré même par les plus grands poètes depuis plusieurs siècles. Le dernier tercet de Saint-Amant reste le plus « orphelin » de nos jours, d'où mes rimes enjambantes et la reprise de latinismes de Victor Hugo.

Tout poète aujourd'hui souvent nous les épècle
Avec des vers chargés même pas d'un coulomb,
Obligé d'en venir à des rimes impropres
Quand il doit éclipser quelque manque lingual.

Pourquoi citer ici le ruisseau de la Veauvre
S'il enrichit les sons mais n'offre aucun rapport ?
Quelle inspiratïon fétide comme l'hièble
D'un morbide félibre au talent trop étroit !

Pour écrire un sonnet, il faudrait que tu jongles,
Et pour fuir le gibet, que ton art émerveille,
Que nul de tes lecteurs plus jamais ne glousse ouaf !

Sinon les mardi gras n'auront guère de jeux, ne
Serviront point de vin : contemple le futur qu'
Ouvre une création ni formose ni pulchre.


P.S. des 31 juillet & 1er août 2025 : En plus de rimes véritablement orphelines, mes précédents exercices oulipiens illustrent les rimes très rares en ‑agme, ‑alc, ‑anfre, ‑arbre, ‑djo, ‑ècle, ‑eg(s), ‑ern, ‑imple, ‑incre, ‑inze, ‑irpe, ‑isc, ‑octe, ‑oif, ‑oil, ‑old, ‑ongles, ‑ople, ‑orn, ‑ouil, ‑oulque, ‑ourge, ‑urde, ‑urle et ‑uscle. En voici quelques autres que j'avais repérées en 2015 mais pas encore employées. Je me concentre ci-dessous sur celles qui admettent au moins deux noms communs, et je vous fais grâce de celles en ‑omphe, bien illustrées par Philippe Berthelot dans ce sonnet de 1911. Il en existe beaucoup d'autres entre un seul nom commun et des noms propres. J'ai ici choisi la concision de vers octosyllabiques.

Les oiseaux-mouches nommés sylphes
Ne se nourrissent pas de silphes

*

Gazouillent la grive et le tourdre
Au printemps lorsqu'ils voient l'eau sourdre

*

Viendez jouer chez oim, les keums',
J'ai plusieurs grattes et des drums

*

Raffolant du hareng, cet ogre
A fini pêcheur sur un dogre

*

Il était bon marin, le bougre,
Et fut capitaine d'un lougre

*

Comme un poisson mourant dans l'ulve
Chut Casanova dans sa vulve

[Alain Chevrier m'a appris que Pierre Louÿs a superbement employé ces rimes]

*

En récompense de son hymne
L'aède obtint d'orge un médimne

*

Puisque la mauvaise herbe on sarcle
La basse pègre, je la charcle

[sans lien étymologique]

*

Dès qu'une loi choc se divulgue
On la promulgue et la susmulgue

[le dernier verbe est construit sur le deuxième]

*

On apprécie en langue vepse
Chaque syllepse et métalepse

[les deux derniers mots ont évidemment un lien étymologique]

*

Serait-ce au hameau de la Silve,
Près d'une sylve ou ripisylve,
Que Stace écrivit cette silve ?

[tous sont hélas étymologiquement liés]

*

J'ai vu dans la bouillante salse
De la forêt nager une alse
Sur un charmant rythme de valse

*

Le curé n'a grondé son mopse
Qu'en découvrant un caryopse
Dans les pages de sa synopse

*

On voit sur le blason du Morle
Le Christ au sein d'une mandorle
Entouré d'un lumineux orle

*

Père Ubu, ne va pas sur l'Erdre
Tu pourrais t'éperdre et tout perdre
Possiblement te noyer, merdre

[« éperdre » est bien sûr une variation de « perdre »]

*

Si ce benêt dit que Christofle
Fabrique des clous de girofle
Sans tergiverser je le mofle

*

D'un maigre fantassin, Tartuffe
Se moque en le traitant de tuffe
Et dit, s'en mettant plein la truffe :
Pour grossir, il suffit qu'on buffe.

*

Qu'on soit d'Oxford ou de Cambridge
Pour bien accompagner le bridge
Ce que conseille Beveridge
Est le café non le porridge

[le jeu de bridge n'a pas de lien étymologique avec le pont de Cambridge]

*

Quand on habite à Villemomble
Rater tram & train c'est le comble
Se planter dans la jambe un stromble
Lâcher lamproie autant que l'omble

*

Ce fabricant d'objets de luxe
Vit en Meurthe-et-Moselle à Puxe
Toutes ses machines on fluxe
Bien pour qu'aucun bras ne se luxe

*

Cherchant un fossile de larve
J'arpentais les gorges de l'Arve
À Servoz en creusant la varve
J'ai trouvé cette antique carve

*

À Toulon vit un fier hidalgue
Qui trouve que le fort Lamalgue
Empeste la punaise et l'algue
(Précisons : la vase et le valgue)

*

Les solides pointes de l'hispe
Résistent trop à la mantispe
Qui se rabat, tant ça la crispe,
Sur des mouches du genre Lispe

*

À Louvain, la flamande cheffe
De la brasserie Artois-Leffe
Prononce « Stellartois » par greffe
Des « a » : c'est une synalèphe.

*

Un petit imprimeur montalde
Se prenant pour l'un des deux Alde
Demande le droit à l'alcalde
De publier ce qu'un vieux scalde
Fit sur la guerre de Smalkalde

*

Un Géorgien déclare en bats
Que vraiment le Nullstellensatz
Du grand Hilbert est un ersatz
De théorème à moins d'un batz,
Ne valant même pas un lats.

[les deux « -satz » sont hélas le même mot allemand]

*

Lorsque j'ai visité Manosque
J'ai découvert près d'un kïosque
Sur un pétale d'abelmosque
La mouche qu'on nomme hippobosque
En français (pas en étrusque, osque,
Sud-albanais, latin ni tosque)


P.P.S. du 3/8/25

L'humble pick-up fait du rumble
En croustillant comme un crumble

[ce sont encore des octosyllabes car les « -ble » finals se prononcent /bœl/ même
en français, contrairement à l'adjectif initial, volontairement pas à la rime]

*

Tout malandrin, batave ou tongre,
Subtilise d'abord un congre
Mais finit par voler un hongre

*

Sache que le démon préempte
L'âme exempte de jour, acampte,
Convertis-toi, qu'on la rédempte

[« exempte » n'est pas à la rime car son P est muet ;
ce n'est de nos jours plus le cas pour les autres]

*

À Noël perdez toute hargne
Venez dépenser votre épargne
En achetant un albe vuargne

[avec une belle synérèse suisse]

*

Ayant avalé tout un confle
Gargantua s'endort et ronfle
Son ventre gonfle et se dégonfle

*

Lorsque Pylade prit son plectre
Pour jouer de la lyre, Électre
Vit de Clytemnestre le spectre

*

Si tu te gares sous le porche
Prends garde aux jantes de ma Porsche
Car le premier qui les écorche
Je le tabasse et je le torche

*

Ne me traitez pas de pichorgne
Mais si quelque chemineau lorgne
D'un air trop malhonnête l'orgne
Il se pourrait que je l'éborgne

*

Pour arrêter l'Aube, un plouc oingre
Vraisemblablement assez pingre
Fit un barrage si malingre
Qu'il tenait plutôt de l'allingre

*

À Ville-en-Selve, un timbré gimbre
Dit avoir pêché ce gros vimbre
Avec une voix dont le timbre
Évoque le dialecte cimbre


P.3S. du 6/8/25

Ce dévidoir que l'on nomme aspe
Est de métal et non de jaspe

Ce tailleur maladroit épaufre
Sa pierre en mangeant une gaufre

Pour refermer la porte, un blount
S'achète aisément en discount

Ce marine aux cheveux auburn
Est spécialiste du chadburn

Pourquoi donc installer un self
En arctique sur cet ice-shelf ?
[ou « l' » au lieu de « cet » si vous tenez à prononcer l'E caduc anglais]

Il me semble que ce jeu beugue
Quand on entre en mer dans la teugue

On a protégé par un shunt
Le taximètre de la punt

Voguant non loin dans notre saugue
J'ai vu sur la rive une jaugue

Je me prends pour un axolotl
Quand je consomme du peyotl
[terminaisons mexicaines]

On peut le regretter mais l'ilve
Ne pousse pas dans une sylve
[la sylve a déjà été illustrée ci-dessus, mais
sa rime est cette fois sans lien étymologique]

Ont-ils quatre feuilles, tes trèfles ?
— Parfois même pas trois : des nèfles !

Au bridge osant un douteux jump
J'ai gagné cent mille oeufs de lump

Sans s'arrêter il bridge et ramse
Je crains qu'un beau jour il en clamse

Pour dramatiser le hold-up
Tarantino met du ketchup

Le receleur n'offre qu'un bourgue
Pour chaque article qu'on lui fourgue

Ce goujat avait mauvais genre
Était acrimonieux et manre

N'effrayait pas trop son oeil torve
Au dessus d'un nez plein de morve

Si mon rival en sort indemne
Quoi qu'il en soit je le contemne

Donald Trump en jouant au golf
S'est fait mordre par un coywolf
[notons que Trump rime avec les jump & lump vus plus haut]

Dans le spa donnant sur son golfe
La jeune masseuse le rolfe

Mais heureusement dès qu'il flirte
Elle l'aheurte puis le heurte
[les deux derniers verbes sont évidemment liés]

Je peux supporter un con sauf
Lorsque c'est carrément un beauf

Quand un amant a trop de fougue
La vamp sans hésiter l'enjougue

Dans ce conservatoire mixte
Les filles chantent à la sixte

David Hamilton dans un loft
A filmé divers pornos soft

Le peintre admira fort le galbe
Du sein comme sa couleur albe

L'artiste abusa tant de l'ocre
Que son résultat fut médiocre

L'évêque reçut un indult
Car il souffrait d'un grand hudsult

Dans chaque cloître le starets
Aime embrasser le solonetz

Venez à l'office des vêpres
Notre curé guérit les lèpres

De ses huit bras, ce pauvre poulpe
Pour se repentir bat sa coulpe

L'art bahaï bannit tout film
Même quand il passe au mois d'ilm
[trois syllabes pour « bahaï »]

Les bergers suisses dans leurs ranz
Parlent assez peu de breitschwanz

Je connais un cheval norfolk
Raffolant de musique folk
[rimes ayant un ancien lien étymologique]

Les spasmes rythmiques du jerk
Provoquent des haut-le-coeur, berk

Si tu ne laves pas ton bugle
Il empestera le remugle

Le sucre gras de cette bugne
Est si mauvais qu'il me répugne

Mathews voit un cloaque glauque
Prononcer « Tlooth » d'une voix rauque

Ce médecin n'a pas de dogme
Quand il diagnostique un cardiogme

Pour les obsèques du défunt
Il faut contracter un emprunt
[il existe bien sûr d'autres rimes en -un mais sans le t final]

Vivre, dit une fable turque,
C'est prendre un sentier qui bifurque

[Voir aussi mes nombreuses précédentes explorations des rimes rares ou orphelines]


5 août 2025

Sonnet disjoint
[S'inspirant de la règle de Boileau stricte, Louis Couturier a proposé de réécrire un poème en en conservant le sens, la forme et le rythme, mais sans utiliser un seul mot de l'original, y compris ses mots-outils. Les répétitions sont en revanche autorisées au sein de notre réécriture (seulement pour les mots-outils si l'on désire respecter la recommandation initiale de Boileau). J'ai ci-dessous expérimenté cette belle nouvelle idée de contrainte sur l'un des sonnets les plus célèbres de Mallarmé.]

Quatrième poème (auto-métaphorique)

Lunule zénithale imitant sardonyx,
Notre peur, cette nuit, supporte, photophore,
Tout songe à crépuscule embrasé comme strix
Qu'aucun cendrier n'a, ni qu'ord fossoyeur fore

Aux buffets, aux boudoirs muets : aucun hélix
N'écoute rien, futile affiquet qu'on ignore,
(Comme Mentor explore Achéron si préfix
Cherchant désert unique alors qu'il commémore.)

Pourtant quelque fenêtre ébauche son trésor
Éteint probablement parmi tel corridor,
Maints oryx affrontant cette nymphe et sa rixe,

Pure morte aux psychés, obscurcissant son for
Où chambranle ou plutôt embrasure y remixe
Chaque miroitement guidant cet octuor.


P.S. du 09/08/25 : expérimentation d'une autre forme de disjonction proposée par Louis Couturier — proche de cet anti-palindrome de Robert Rapilly. Aucune lettre de l'original ne coïncide, au même rang, avec la réécriture ci-dessous. Elle totalise volontairement deux lettres de plus que l'original, afin de pouvoir respecter sa dernière rime féminine.

Desdichado, ¡si!

Être le malheureux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
S'efface mon étoile, — et mon ud constellé
Se vêt de soleil noir sous la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et les flots d'Italie,
Ces fleurs qui plurent tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à moult roses s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Mélusine ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai songé dans la grotte où nageait la sirène...

J'ai su franchir, deux fois lauréat, l'Achéron :
Modulant tour à tour sur l'archiluth d'Orphée
De sainte le soupir et le cri de la fée.

Si vous tenez à une réécriture totalisant strictement le même nombre de lettres que l'original, c'est faisable en s'éloignant un peu plus de son sens, avec les mêmes quatrains suivis de ces tercets :

Suis-je Amour ou Phébus ?... Mélusine ou Biron ?
De la reine un baiser rendit mon front marron ;
J'ai songé dans la grotte où naviguait la fée...

J'ai traversé deux fois triomphateur le Styx :
Modulant coup sur coup avec le luth d'Orphée
De la sainte soupir et rage du phénix.


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